Les commissaires européens sont-ils un problème démocratique ?

Depuis que j’ai pris mes fonctions de commissaire aux affaires économiques, fiscales et aux douanes en 2014, c’est une question que l’on me pose constamment, presque quotidiennement. La critique du manque de légitimité démocratique des commissaires européens a enflé durant la crise grecque et se fait encore plus virulente depuis que la Commission européenne a demandé à l’Italie de lui présenter un projet révisé de son budget pour 2019.

Chaque jour, je lis cette opposition supposée entre une « bureaucratie non élue » et les gouvernements légitimes, entre les décisions technocratiques et les « budgets du peuple ». Eh bien, je la crois fausse et ne m’y reconnais pas ! Cette critique émane la plupart du temps d’hommes politiques populistes, hostiles aux institutions européennes mais aussi d’Européens qui se demandent légitimement de quel droit la Commission européenne s’immisce dans les décisions d’un gouvernement souverain et démocratiquement élu.

Je comprends les interrogations des citoyens européens. Aujourd’hui, je souhaite leur apporter un éclairage.

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Saving Europe

I have often been asked in recent months whether I will be a candidate to lead the Socialist Party’s list in the May 2019 European elections. As a convinced socialist and European, I had to first ponder this serious question, considering also the crisis facing both Europe and the left.

The answer I give today is clear: the conditions are not met for me to engage in another electoral campaign for the Socialist Party. So I will not be participating in this process.

Let me explain why.

1. Europe is going through a deep and unprecedented political crisis, one which calls for an adequate response in the European elections.

For 60 years, Europe has always overcome its economic or political crises thanks to the vision of its leaders, the search for compromise for the common good, and deeper integration.

The current crisis is tragic, because it threatens the very existence of the European project. For the first time since the Second World War, Europe’s democratic and humanist values are being challenged by certain political parties which, whether in government, in coalition or in national parliaments, advocate inward-looking policies and the rejection of others. They dream of « illiberal democracy »: coming to power via the ballot box, only to then undermine democracy by questioning the rule of law, attacking media freedom and destroying the independence of the judiciary.

Europe is at a crossroads. If we do nothing, the Orbans, Salvinis, Kaczynskis and Le Pens of this world will design a Europe where the judiciary and the press are controlled, foreigners stigmatised, minorities threatened. Populists to some, nationalists to others: to me, all of these far-right leaders are the enemies of the open and liberal democracies that we have built since 1945 in order to guarantee peace.

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Sauver l’Europe

On m’a souvent demandé ces derniers mois si je serai candidat à la tête de liste du Parti socialiste aux élections européennes de mai 2019. Le socialiste et Européen convaincu que je suis se devait de s’interroger face à la crise de l’Europe et de la gauche.

Je réponds aujourd’hui nettement : les conditions ne sont pas remplies pour m’engager à nouveau dans un processus électoral pour le PS. Je n’y participerai donc pas et je veux m’en expliquer.

1. L’Europe traverse une crise politique, inédite et profonde qui exige une réponse à la hauteur lors des élections européennes.

Depuis 60 ans, l’Europe a toujours surmonté ses crises économiques ou politiques par la vision de ses leaders, la recherche d’un compromis pour le bien commun et une intégration plus poussée.

La crise actuelle est tragique, car elle menace l’existence même du projet européen. Pour la première fois depuis la 2nde Guerre Mondiale, l’Europe doit faire face à une remise en cause de ses valeurs démocratiques et humanistes par certains partis politiques qui, au gouvernement, en coalition ou dans les parlements nationaux, prônent le repli sur soi, le rejet de l’autre. Ils rêvent de « démocratie illibérale », celle qui arrive au pouvoir par les urnes, pour ensuite la confisquer, remettre en cause l’Etat de droit, attaquer la liberté des médias, détruire l’indépendance de la justice.

L’Europe est à la croisée des chemins. Si nous ne faisons rien, les Orbán, Salvini, Kaczyinski, Le Pen, dessineront une Europe où la justice et la presse seront sous contrôle, les étrangers stigmatisés, les minorités menacées. Populistes pour les uns, nationalistes pour d’autres, tous ces leaders d’extrême-droite sont pour moi les ennemis des démocraties ouvertes et libérales que nous avons bâties depuis 1945 pour garantir la paix.

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Quel avenir pour la social-démocratie en Europe ? Mon discours à la Conférence Olivaint de Sciences Po Paris

Bonsoir à tous et merci pour cette invitation, que j’ai acceptée avec d’autant plus de plaisir que j’étais assis à votre place, il y a quelques dizaines d’années de cela et parce que j’apprécie la qualité des échanges menés ici, à la Conférence Olivaint. Cette atmosphère, mêlée d’enthousiasme et de débats, de projets et de questions, je la connais. Alors je voudrais vous souhaiter de belles années dans cette institution, où j’ai aimé étudier et pendant longtemps aussi enseigner.

Pour votre conférence de rentrée, j’ai souhaité m’attaquer à un sujet politique, transversal et plus personnel – car c’est de ma famille politique de toujours qu’il s’agit : l’avenir de la social-démocratie en Europe, à un moment difficile pour elle et crucial pour notre continent. En faisant ce détour, je vous parlerai bien sûr de l’Europe telle que je la vois, telle que je la pratique et telle que je la souhaite. J’arrive du Parlement européen, après deux jours importants. Le Parlement a accueilli Alexis Tsipras après la fin du programme d’assistance à la Grèce, et il a fait deux votes décisifs, sur les droits d’auteur et sur l’ouverture de la procédure de l’article 7 contre la Hongrie.

Où en est la social-démocratie à 9 mois des élections européennes?

Nombreux sont les observateurs qui la classent désormais entre le tigre des neiges et le rhinocéros blanc – parmi les espèces en voie de disparition. Difficile de leur donner complètement tort, quand on constate son recul historique depuis l’ « Europe rose » des années 1990 – celle de Tony Blair, Lionel Jospin – dont j’étais le jeune ministre des Affaires européennes -, Gerhard Schröder, Antonio Guterres ou Wim Kok – ou même depuis l’époque plus récente où la France, l’Italie ou encore la République tchèque étaient dirigés par des socio-démocrates. Continuer la lecture

Fünf Punkte, um (endlich) die griechische Krise richtig zu verstehen

Die Griechenland-Krise hat europäische Solidarität, einschneidende Sparmaßnahmen und nationale Egoismen hervorgebracht. Viele sind der Auffassung, dass die Europäer zu großzügig gegenüber einem Land waren, das allein dafür verantwortlich ist, dass es fast zum Bankrott kam. Andere betrachten die aufeinanderfolgenden Finanzhilfeprogramme als brutale Sparmaßnahmen. Wieder andere sind der Ansicht, dass diese Krise auf existenzielle und heilsame Weise ins Bewusstsein gerufen hat, wie anfällig das Euro-Währungsgebiet ist.

Da das aktuelle Finanzhilfeprogramm am 20. August ausläuft, ist es an der Zeit, eine Bestandsaufnahme vorzunehmen.

Aus meiner Sicht ist zunächst festzuhalten, dass es richtig war, Griechenland zu retten. Die 288 Mrd. Euro, die die europäischen Staaten und der Internationale Währungsfonds in acht Jahren aufgebracht haben, waren notwendig, um ein politisches und wirtschaftliches Chaos zu vermeiden. Ohne europäische Hilfe wäre Griechenland zusammengebrochen und in ein tiefes politisches und wirtschaftliches Chaos geraten, vielleicht für Jahrzehnte. Ein Zusammenbruch Griechenlands hätte auch verheerende Folgen für einige unserer Volkswirtschaften gehabt. Sie wären mit in den griechischen Abgrund gerutscht. Das momentan starke Wachstum in Europa gäbe es dann nicht. Somit war es richtig, Griechenland zu retten. Zum Schutz unserer Volkswirtschaften, des Euro und Europas. Als Kollektiv hat uns das Ganze nur stärker gemacht.

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Five insights to help (finally) understand the Greek crisis

A symbol of European solidarity, a laboratory of austerity or a reflection of national egoisms? It is often difficult to form a clear opinion on the Greek crisis. Many believe that Europeans have been too generous towards a country they consider solely responsible for its near bankruptcy. While others view successive financial assistance programmes as violent shocks of imposed austerity. Still others think that this crisis has forced us to ask some existential questions and made us healthily aware of the eurozone’s fragility.

I have experienced this crisis first hand, from within; first, as French Finance Minister from 2012 to 2014, and since then as European Commissioner for Economic and Financial Affairs. As the stability support programme draws to a close on August 20, the time has come to take stock. I would like to answer the five questions that I hear most often in my travels across Europe. Five questions about Greece, of course; but questions that also say a lot about how Europe works, about the often complex interactions between our countries, politics and the economy. Citizens will be the judge.

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Cinq questions pour (enfin) comprendre la crise grecque

Symbole de la solidarité européenne, laboratoire austéritaire ou reflets des égoïsmes nationaux, il est souvent difficile de se forger une opinion claire sur la crise grecque. Beaucoup estiment que les Européens se sont montrés trop généreux envers un pays pourtant seul responsable de sa quasi-faillite. Pour d’autres, les programmes d’assistance financière successifs ont été des chocs austéritaires violents. D’autres enfin pensent que cette crise a été la prise de conscience existentielle et salutaire d’une zone euro trop fragile.

J’ai vécu cette crise de l’intérieur, comme ministre des finances français de 2012 à 2014, et depuis comme commissaire européen chargé de l’économie et des finances. Alors que le programme d’assistance financière se conclut le 20 août prochain, le temps de l’inventaire est venu. Je veux donc ici répondre aux cinq questions que j’entends le plus souvent à travers l’Europe. Cinq questions sur la Grèce, certes, mais qui en disent long sur le fonctionnement de l’Europe, et ces interactions souvent complexes entre nos pays, la politique et l’économie. Les citoyens jugeront.

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Grèce, le retour à la normale

Le 20 août prochain marquera la sortie définitive de la Grèce de son troisième programme d’assistance financière. Enfin ! Cette étape décisive est le résultat des sacrifices consentis par le peuple grec ces 8 dernières années pour rester dans la zone euro et de la détermination des autorités – tous partis confondus – à mener les réformes nécessaires au redressement du pays.

Dans 40 jours donc, la Grèce va retrouver son autonomie et revenir dans le cadre de coordination économique commun à tous les pays de la zone euro. L’Europe n’abandonne pas la Grèce pour autant. Car le travail n’est pas fini pour la remettre sur la voie d’une croissance durable. Nous avons mis fin à l’austérité et posé des fondations solides pour la reprise actuelle. Il faut maintenant poursuivre ce chemin. Je constate d’ailleurs dans une enquête récente que les Grecs eux-mêmes souhaitent que l’Europe continue à aider leur pays. Continuer la lecture