Au travail, ensemble !

Le deuxième tour des élections législatives a clos une interminable, incroyable et épuisante séquence électorale. La France a choisi son Président il y a plus d’un mois, elle a élu dimanche une nouvelle Assemblée nationale, avec une majorité neuve et claire mais aussi des oppositions plurielles, elle a désormais un gouvernement stable, né dans des conditions plus difficiles que prévu. Le temps de l’action peut vraiment commencer.

Les législatives appellent une réflexion sur nos institutions.

Les élections législatives ont débouché sur un verdict net, mais non sans contradictions. Elles sont marquées à la fois par le fait majoritaire et par une abstention sans précédent, plus massive encore chez les jeunes et dans l’électorat populaire. Celle-ci devra être analysée, dans ses causes multiples. Elle signe sans doute une fatigue démocratique, une forme de lassitude politique. Elle exprime probablement aussi une forme d’attentisme : il fallait laisser sa chance à Emmanuel Macron, solder la période précédente, mais l’engouement reste à créer. Elle appelle enfin une réflexion sur nos institutions. Depuis la mise en place du quinquennat et l’inversion du calendrier électoral en 2002, les élections législatives ont changé de sens et perdu de leur lustre. Elles ne sont plus que des élections de confirmation, avec une éventuelle correction au second tour pour modérer les excès du premier – elle a eu lieu dimanche, de manière importante. Continuer la lecture

Grèce : et maintenant, cap sur la croissance !

Une bonne nouvelle pour un formidable espoir : c’est ce que je retiens de la réunion décisive de l’Eurogroupe hier soir – le Conseil des ministres des finances de la zone euro – à laquelle j’ai participé. Nous avons trouvé un accord global, qui va permettre à la Grèce de tourner, enfin, la page de l’austérité. Comme nous le demandions depuis des mois, la responsabilité collective et l’intérêt général ont prévalu. La Grèce peut ainsi ouvrir un nouveau chapitre.

Le gouvernement d’Alexis Tsipras a fait preuve d’un grand courage politique ces derniers mois.

Premier succès, majeur : la Grèce a tenu ses engagements, elle a accepté des réformes supplémentaires, enfin reconnus par les Etats et les Institutions. La Grèce avait une liste de 140 réformes à adopter et mettre en œuvre depuis septembre dernier: elle l’a fait! Il ne s’agit pas de petits ajustements à la marge, mais d’un effort profond de changement, dans des secteurs aussi variés et sensibles que les retraites, la fiscalité ou l’ouverture du marché de l’énergie. Et cet effort a été mené jusqu’au bout, alors qu’Athènes a dû, en parallèle, consentir à un tour de vis budgétaire supplémentaire. Alors, disons-le : le gouvernement d’Alexis Tsipras a fait preuve d’un grand courage politique ces derniers mois, il tenu sa parole, il a fait un travail remarquable et en profondeur pour réformer son pays et lui offrir une chance de renouer avec la croissance et de retrouver son autonomie économique et financière.

Cette reconnaissance n’était pas juste symbolique. Elle était nécessaire pour conclure ce qu’on appelle la « deuxième revue » du programme d’assistance à la Grèce. Et conclure cette deuxième revue était le préalable au versement d’une tranche de quelque 8,5 milliards d’euros issus du prêt total du plus de 85 milliards d’euros mobilisés depuis l’été 2015. Continuer la lecture

Rien ne se passe jamais comme prévu

La politique est décidément devenue l’art de la surprise. Elle fut le théâtre de la stabilité, elle est désormais un chamboule-tout, pour le meilleur ou pour le pire. Après le vote sur le Brexit, l’élection de Donald Trump, la victoire d’Emmanuel Macron, le monde se réveille ce matin avec un nouveau choc électoral : le parti conservateur britannique a, contre toute attente, perdu sa majorité.

Le Labour party semblait pour certains voué à la disparition.

Tout paraissait pourtant simple. Après le vote de l’article 50 ouvrant la perspective des négociations en vue d’une sortie de l’Union européenne, la Première ministre Theresa May avait provoqué des élections anticipées, afin d’obtenir un mandat clair pour un « hard Brexit ». Le terrain électoral semblait dégagé. Les conservateurs incarnaient la fermeté et la crédibilité, face à un parti travailliste en crise, dirigé par un leader « old style », un socialiste « archaïque », que l’on disait inéligible, Jeremy Corbyn. Les premiers sondages leur promettaient une victoire écrasante : 20 à 25 points d’avance, pour une majorité de 100, voire 150 sièges. Le « Labour party » semblait même pour certains voué à la disparition. Le résultat, on le sait, est tout autre, puisqu’en fait les conservateurs ont perdu une douzaine de sièges et la majorité absolue, pendant que les travaillistes réalisent leur meilleure performance depuis les grandes années de la vague blairiste et gagnent 30 sièges. Que s’est-il passé, en si peu de temps? Continuer la lecture

La gauche de gouvernement, de l’urgence au renouveau

Le paysage politique français est profondément et durablement bouleversé au lendemain du 7 mai. Au parti socialiste, mon parti, le débat fait rage entre les partisans d’une opposition résolue et les tenants d’une participation à la majorité présidentielle.

Les partisans d’une opposition résolue et les tenants d’une participation à la majorité sautent dans le piège qui leur est tendu.

Certains précipitent leurs choix, dans un sens comme dans l’autre, au risque de se condamner à la marginalisation et de décourager leurs électeurs, qui attendent plus de dignité et d’unité. Ce spectacle est d’autant plus désolant que ses acteurs sautent à pieds joints dans le piège qui leur est tendu.

Car aucune de ces options n’est en fait ouverte, donc pertinente. Le nouveau président, désireux de se constituer une majorité qui lui est propre, ne souhaite en effet pas inclure le parti socialiste dans une coalition, il a choisi de nommer un Premier ministre issu des rangs de la droite. Et pourtant, son projet comprendra à l’évidence des propositions progressistes et pro-européennes qu’il serait absurde de refuser. Plutôt que de s’enfermer dans cette querelle totalement stérile, il faut être méthodique et travailler à une feuille de route de court et de moyen terme. Continuer la lecture

Croissance pour tous, fiscalité équitable et sécurité: retour sur le G7 à Bari

J’étais à Bari vendredi et samedi pour le G7 des ministres des finances. En tant que représentant de l’Union européenne, j’y  ai présenté et défendu notre agenda économique et fiscal auprès de nos principaux partenaires internationaux.

Quels les messages leur ai-je passés au nom de l’UE?

D’abord, que tout doit être fait pour continuer à soutenir une croissance économique inclusive et créatrice d’emplois. C’est la priorité absolue, à l’heure où nos économies retrouvent de la vigueur, en Europe et dans le monde. Dans cette perspective, la coordination des politiques économiques et fiscales entre les Etats et les institutions internationales, ainsi que la levée des obstacles au commerce international, est plus que jamais nécessaire et le rappel de ces principes dans le communiqué final est une très bonne chose.

Lutter contre les inégalités, la grande leçon que les pays développés doivent tirer de la montée des populismes.

J’ai rappelé que les fruits de cette croissance doivent bénéficier à tous, pas uniquement à ceux qui en bénéficient déjà. D’où la nécessité de lutter sans relâche contre les inégalités que peut entraîner un développement économique mal calibré. C’est à mon sens la grande leçon que les pays développés doivent tirer de la montée des populismes, et cette prise de conscience collective doit désormais déboucher sur des actes. Continuer la lecture

Ce n’est qu’un début

L’incroyable campagne présidentielle 2017 s’est enfin achevée. La France a un nouveau Président, Emmanuel Macron, nettement élu contre le Front national de Marine Le Pen. Au deuxième tour, il a été le candidat de tous les démocrates contre l’extrême-droite, celui des pro-Européens contre les nationalistes. Son élection est une bonne nouvelle pour la France, pour les valeurs universelles qu’elle porte dans le monde, et pour l’Europe qu’il a mise au cœur de sa campagne. Il est maintenant le Président de tous les Français, il doit les rassembler, et pour cela il doit pouvoir compter sur le concours de toutes les femmes, de tous les hommes de bonne volonté. Il aura le mien, au premier chef pour construire une meilleure Europe, une Europe plus forte et plus juste. Mais chacun le sent, cette victoire, dont je me réjouis, n’est qu’un début.

Cette élection a périmé tous les codes, bousculé toutes les habitudes.

Ce fut une élection particulière, et même inédite. Que de premières ! Pour la première fois sous la Vème République, un Président sortant en fin de premier mandat n’a pas été en mesure de se représenter. Pour la première fois sous la 5ème République, les deux grands partis de gouvernement, la droite républicaine et la gauche socialiste, ont été éliminés au soir du premier tour. Les primaires, devenues un mécanisme partagé de sélection des candidats, ont été en partie détournées de leur sens et ont éliminé les figures les plus rassurantes ou expérimentées au profit d’outsiders, qui n’ont pas su pour des raisons différentes porter haut les couleurs de leurs formations politiques. Le Front national, qui s’était déjà qualifié pour le second tour en 2002 avec Jean-Marie Le Pen, a multiplié par deux son score de l’époque avec sa fille, qui a pourtant montré ses limites: il s’est manifestement banalisé, un bloc souverainiste et populiste s’est libéré, sans tabou ni pudeur. Malgré l’ampleur de la victoire du second tour, cela reste pour la France un choc, une blessure et un puissant signal d’alarme pour le futur. L’extrême-droite, toujours aussi violente, xénophobe, prompte à jouer des peurs et des passions négatives, se heurte toujours à un « plafond de verre », elle ne gagne pas. Mais elle continue de progresser et sa défaite ne doit pas être un lâche soulagement: le combat contre le populisme et le nationalisme est plus que jamais d’actualité! Et au final, c’est un candidat jeune, à la tête d’un parti qui n’existait pas il y a un an, qui l’a emporté sur une ligne centrale, « ni droite, ni gauche », et « de droite et de gauche ». Cette élection fut donc celle du coup de balai, du « dégagisme », elle a périmé tous les codes, bousculé toutes les habitudes. Elle ouvre une période de changements, mais aussi d’incertitudes. Continuer la lecture

Aux urnes citoyens!

Dernière ligne droite avant le second tour de cette élection présidentielle hors normes. Beaucoup a déjà été dit. Aujourd’hui, le temps de l’analyse est derrière nous. Il doit laisser place à l’action. Au choix final.

Dimanche, il y aura besoin de toutes les voix des démocrates pour faire barrage au Front national.

L’abstention n’est pas une option. En temps normal, elle est déjà un pied-de-nez à la démocratie. Dimanche, elle serait irresponsable. Elle est un luxe que nous ne pouvons pas nous offrir.

Marine Le Pen n’attend qu’une chose : que les électeurs restent chez eux. C’est sa meilleure chance d’obtenir un score historique. Ses troupes seront alors en ordre de bataille pour devenir, à l’issue des législatives, la principale force d’opposition. Ne lui donnons pas ce pouvoir.

Certains, à gauche, hésitent à se déplacer. Il est temps de mettre ces scrupules de côté. Dans cette élection inédite, il y aura besoin de toutes les voix des démocrates pour faire barrage au Front national. Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Continuer la lecture

Mon discours devant la commission PANA du Parlement européen

Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les Vice-Présidents,
Mesdames et Messieurs les députés,

Merci pour cette invitation, que j’ai acceptée avec plaisir. Elle tombe à point nommé. C’est en effet le bon moment pour nous revoir et évaluer les progrès dans notre combat commun contre l’évasion fiscale, après mon audition en décembre.

L’actualité brûlante des Panama Papers s’éloigne mais il ne faut baisser la garde.

Ce combat, dans lequel nos deux institutions sont des alliés naturels, reste une priorité absolue pour la Commission. Nous en avons apporté des preuves concrètes, au travers d’un agenda fiscal chargé, de calendriers d’adoption particulièrement ambitieux et d’une collaboration avec ce comité et ses prédécesseurs que je souhaite exemplaire. Les citoyens européens, j’en suis conscient comme vous, continuent de nous adresser un message qui est un message d’exigence et d’ambition en matière de lutte contre d’évasion fiscale. Et ce n’est pas parce que l’urgence absolue, l’actualité brûlante qu’ont représenté les Panama Papers s’éloigne avec le temps qu’il faut baisser la garde. N’attendons pas que le prochain scandale nous réveille. Continuons à faire notre travail de manière opiniâtre et continue. Et ce, d’autant qu’une récente enquête de ce Parlement met en évidence qu’une forte majorité des citoyens de l’UE nous appelle à agir davantage pour relever le défi de la lutte contre la fraude fiscale. J’ai en tête le chiffre de 74% de citoyens européens qui nous demandent de poursuivre l’action avec vigueur. Continuer la lecture