La gauche de gouvernement, de l’urgence au renouveau

Le paysage politique français est profondément et durablement bouleversé au lendemain du 7 mai. Au parti socialiste, mon parti, le débat fait rage entre les partisans d’une opposition résolue et les tenants d’une participation à la majorité présidentielle.

Les partisans d’une opposition résolue et les tenants d’une participation à la majorité sautent dans le piège qui leur est tendu.

Certains précipitent leurs choix, dans un sens comme dans l’autre, au risque de se condamner à la marginalisation et de décourager leurs électeurs, qui attendent plus de dignité et d’unité. Ce spectacle est d’autant plus désolant que ses acteurs sautent à pieds joints dans le piège qui leur est tendu.

Car aucune de ces options n’est en fait ouverte, donc pertinente. Le nouveau président, désireux de se constituer une majorité qui lui est propre, ne souhaite en effet pas inclure le parti socialiste dans une coalition, il a choisi de nommer un Premier ministre issu des rangs de la droite. Et pourtant, son projet comprendra à l’évidence des propositions progressistes et pro-européennes qu’il serait absurde de refuser. Plutôt que de s’enfermer dans cette querelle totalement stérile, il faut être méthodique et travailler à une feuille de route de court et de moyen terme. Continuer la lecture

Croissance pour tous, fiscalité équitable et sécurité: retour sur le G7 à Bari

J’étais à Bari vendredi et samedi pour le G7 des ministres des finances. En tant que représentant de l’Union européenne, j’y  ai présenté et défendu notre agenda économique et fiscal auprès de nos principaux partenaires internationaux.

Quels les messages leur ai-je passés au nom de l’UE?

D’abord, que tout doit être fait pour continuer à soutenir une croissance économique inclusive et créatrice d’emplois. C’est la priorité absolue, à l’heure où nos économies retrouvent de la vigueur, en Europe et dans le monde. Dans cette perspective, la coordination des politiques économiques et fiscales entre les Etats et les institutions internationales, ainsi que la levée des obstacles au commerce international, est plus que jamais nécessaire et le rappel de ces principes dans le communiqué final est une très bonne chose.

Lutter contre les inégalités, la grande leçon que les pays développés doivent tirer de la montée des populismes.

J’ai rappelé que les fruits de cette croissance doivent bénéficier à tous, pas uniquement à ceux qui en bénéficient déjà. D’où la nécessité de lutter sans relâche contre les inégalités que peut entraîner un développement économique mal calibré. C’est à mon sens la grande leçon que les pays développés doivent tirer de la montée des populismes, et cette prise de conscience collective doit désormais déboucher sur des actes. Continuer la lecture

Ce n’est qu’un début

L’incroyable campagne présidentielle 2017 s’est enfin achevée. La France a un nouveau Président, Emmanuel Macron, nettement élu contre le Front national de Marine Le Pen. Au deuxième tour, il a été le candidat de tous les démocrates contre l’extrême-droite, celui des pro-Européens contre les nationalistes. Son élection est une bonne nouvelle pour la France, pour les valeurs universelles qu’elle porte dans le monde, et pour l’Europe qu’il a mise au cœur de sa campagne. Il est maintenant le Président de tous les Français, il doit les rassembler, et pour cela il doit pouvoir compter sur le concours de toutes les femmes, de tous les hommes de bonne volonté. Il aura le mien, au premier chef pour construire une meilleure Europe, une Europe plus forte et plus juste. Mais chacun le sent, cette victoire, dont je me réjouis, n’est qu’un début.

Cette élection a périmé tous les codes, bousculé toutes les habitudes.

Ce fut une élection particulière, et même inédite. Que de premières ! Pour la première fois sous la Vème République, un Président sortant en fin de premier mandat n’a pas été en mesure de se représenter. Pour la première fois sous la 5ème République, les deux grands partis de gouvernement, la droite républicaine et la gauche socialiste, ont été éliminés au soir du premier tour. Les primaires, devenues un mécanisme partagé de sélection des candidats, ont été en partie détournées de leur sens et ont éliminé les figures les plus rassurantes ou expérimentées au profit d’outsiders, qui n’ont pas su pour des raisons différentes porter haut les couleurs de leurs formations politiques. Le Front national, qui s’était déjà qualifié pour le second tour en 2002 avec Jean-Marie Le Pen, a multiplié par deux son score de l’époque avec sa fille, qui a pourtant montré ses limites: il s’est manifestement banalisé, un bloc souverainiste et populiste s’est libéré, sans tabou ni pudeur. Malgré l’ampleur de la victoire du second tour, cela reste pour la France un choc, une blessure et un puissant signal d’alarme pour le futur. L’extrême-droite, toujours aussi violente, xénophobe, prompte à jouer des peurs et des passions négatives, se heurte toujours à un « plafond de verre », elle ne gagne pas. Mais elle continue de progresser et sa défaite ne doit pas être un lâche soulagement: le combat contre le populisme et le nationalisme est plus que jamais d’actualité! Et au final, c’est un candidat jeune, à la tête d’un parti qui n’existait pas il y a un an, qui l’a emporté sur une ligne centrale, « ni droite, ni gauche », et « de droite et de gauche ». Cette élection fut donc celle du coup de balai, du « dégagisme », elle a périmé tous les codes, bousculé toutes les habitudes. Elle ouvre une période de changements, mais aussi d’incertitudes. Continuer la lecture

Aux urnes citoyens!

Dernière ligne droite avant le second tour de cette élection présidentielle hors normes. Beaucoup a déjà été dit. Aujourd’hui, le temps de l’analyse est derrière nous. Il doit laisser place à l’action. Au choix final.

Dimanche, il y aura besoin de toutes les voix des démocrates pour faire barrage au Front national.

L’abstention n’est pas une option. En temps normal, elle est déjà un pied-de-nez à la démocratie. Dimanche, elle serait irresponsable. Elle est un luxe que nous ne pouvons pas nous offrir.

Marine Le Pen n’attend qu’une chose : que les électeurs restent chez eux. C’est sa meilleure chance d’obtenir un score historique. Ses troupes seront alors en ordre de bataille pour devenir, à l’issue des législatives, la principale force d’opposition. Ne lui donnons pas ce pouvoir.

Certains, à gauche, hésitent à se déplacer. Il est temps de mettre ces scrupules de côté. Dans cette élection inédite, il y aura besoin de toutes les voix des démocrates pour faire barrage au Front national. Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Continuer la lecture

Mon discours devant la commission PANA du Parlement européen

Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les Vice-Présidents,
Mesdames et Messieurs les députés,

Merci pour cette invitation, que j’ai acceptée avec plaisir. Elle tombe à point nommé. C’est en effet le bon moment pour nous revoir et évaluer les progrès dans notre combat commun contre l’évasion fiscale, après mon audition en décembre.

L’actualité brûlante des Panama Papers s’éloigne mais il ne faut baisser la garde.

Ce combat, dans lequel nos deux institutions sont des alliés naturels, reste une priorité absolue pour la Commission. Nous en avons apporté des preuves concrètes, au travers d’un agenda fiscal chargé, de calendriers d’adoption particulièrement ambitieux et d’une collaboration avec ce comité et ses prédécesseurs que je souhaite exemplaire. Les citoyens européens, j’en suis conscient comme vous, continuent de nous adresser un message qui est un message d’exigence et d’ambition en matière de lutte contre d’évasion fiscale. Et ce n’est pas parce que l’urgence absolue, l’actualité brûlante qu’ont représenté les Panama Papers s’éloigne avec le temps qu’il faut baisser la garde. N’attendons pas que le prochain scandale nous réveille. Continuons à faire notre travail de manière opiniâtre et continue. Et ce, d’autant qu’une récente enquête de ce Parlement met en évidence qu’une forte majorité des citoyens de l’UE nous appelle à agir davantage pour relever le défi de la lutte contre la fraude fiscale. J’ai en tête le chiffre de 74% de citoyens européens qui nous demandent de poursuivre l’action avec vigueur. Continuer la lecture

Grèce : le prix de l’incertitude

L’incertitude est le pire ennemi de l’économie, c’est la plus grande menace pour la Grèce.

Cela fait des années maintenant que je suis impliqué dans ce dossier. Et c’est ma conviction : à chaque fois que nous tergiversons, que nous hésitons, que la ligne d’horizon semble se brouiller pour le pays, son économie se met à tanguer. Aux responsabilités qui sont les miennes, le phénomène apparaît avec netteté : quand les négociations avancent, la croissance et la confiance redémarrent. Quand les négociations tardent, la croissance marque le pas. L’incertitude freine les investissements, elle empêche la réduction du chômage, elle hypothèque les tendances positives qui ont émergé dans l’économie grecque en 2016. Bref, tout retard a un coût et un poids.

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La Commission, que je représente dans les discussions avec Athènes, a tenu jusqu’au bout son rôle de facilitateur du compromis.

Les ministres des finances des pays de la zone euro ont enfin levé cette incertitude vendredi, pour partie au moins. L’Eurogroupe – la réunion de ces ministres, issus des pays créanciers de la Grèce – est en effet parvenu à un accord de principe pour sortir de l’impasse, après des mois de négociations difficiles, parfois tendues. La Commission, que je représente dans les discussions avec Athènes, a tenu jusqu’au bout son rôle de facilitateur du compromis, avec une ultime réunion entre les principaux partenaires jusque tard dans la nuit la semaine dernière. Je veux chaleureusement remercier tous ceux qui, au sein de mes services, n’ont pas épargné leur temps et leurs forces pour parvenir à ce résultat. Continuer la lecture

Un an après, qu’ont changé les Panama Papers?

Il y a un an, les Panama Papers révélaient au grand public l’ampleur inédite d’un système d’évasion fiscale via des sociétés offshore, dans toute son indécence. Rarement scandale fiscal n’avait déclenché une telle onde de choc planétaire.

Mais les Panama papers présentaient aussi, à mes yeux, l’opportunité unique d’une prise de conscience collective: il faut, enfin, apporter une vraie réponse politique à l’évasion fiscale. C’est l’occasion de donner une impulsion décisive à un combat où les avancées se font traditionnellement à tous petits pas. Très vite la solution est apparue : imposer la transparence. Voilà, en un mot, le fil conducteur de mon action de Commissaire en charge des questions fiscales en réponse à ce scandale.

Où en est-on aujourd’hui? Les changements sont visibles à plusieurs niveaux : en matière extérieure, au niveau des Etats Membres de l’Union, et au niveau des citoyens.

La législation adoptée ces derniers mois et les accords signés ont mis fin au secret bancaire en Europe.

En matière extérieure, l’Union élabore pour l’automne une liste européenne de paradis fiscaux, c’est-à-dire les juridictions qui ne mettent pas en œuvre les principes et pratiques de bonne gouvernance fiscale édictés par le G20 et l’OCDE. Je souhaite qu’elle puisse être assortie de sanctions en cas de non-respect. Si ces progrès peuvent paraître modestes, il faut mesurer le chemin parcouru : auparavant les Etats Membres refusaient purement et simplement ne serait-ce que d’aborder le sujet. Cette année, nous allons nous doter pour la première fois d’un outil européen de dissuasion et de pression, pour porter le fer au-delà des frontières de l’Union. La législation adoptée ces derniers mois dans l’Union européenne et les accords signés avec Andorre, la Suisse, Monaco ou le Liechtenstein ont mis fin au secret bancaire en Europe. Quant au Panama, il a changé sa législation et doit aujourd’hui répondre aux demandes d’information que lui adressent d’autres pays. Oui, jeter une lumière crue sur des pratiques inacceptables permet de faire bouger les lignes. Continuer la lecture

France-Allemagne: impressions de campagnes

2017 sera pour l’Europe une année électorale décisive. Ses deux principaux piliers, la France et l’Allemagne, sont en campagne. Sur le terrain politique comme dans le champ économique, le contraste est frappant, et cela doit alimenter nos réflexions.

Mardi dernier, j’étais à Berlin, où j’ai rencontré à la fois mes amis sociaux-démocrates, Martin Schulz et Sigmar Gabriel, des ministres et parlementaires conservateurs de la CDU, les responsables des syndicats et du patronat. Tous ont la tête dans la préparation des élections du mois de septembre et le débat s’est déjà installé, dans des conditions plutôt prometteuses. Certes, l’Allemagne n’est pas à l’abri de la menace populiste. Elle assiste à la montée d’une formation d’extrême-droite xénophobe et islamophobe, l’AFD. Mais la percée de celle-ci semble jugulée autour d’un score – considérable pour l’Allemagne – de 10%. Et la confrontation électorale s’est réorganisée autour des deux grandes formations historiques de la démocratie allemande, la CDU et le SPD.

Le combat en Allemagne sera rude, sans doute serré, mais il opposera deux candidats respectés et bien identifiés.

Chacune d’entre elles a désormais son candidat. Angela Merkel défendra son bilan et la réussite économique du pays. Elle mettra en avant son expérience internationale, son leadership européen, la force de ses valeurs, sa capacité à incarner et rassembler le peuple allemand. Le SPD, très affaibli ces dernières années par sa participation minoritaire au sein d’une grande coalition, reprend des couleurs grâce à un changement de leader réussi et consensuel. Sigmar Gabriel a été remplacé par Martin Schulz, qui fait figure d’homme neuf et qui va apporter au combat électoral son énergie, son humour, sa combativité, son éloquence. Le combat sera rude, sans doute serré, sans concessions – la CDU tentera de faire passer Martin Schulz pour un dangereux populiste de gauche, le SPD jouera sur la supposée « fatigue » d’Angela Merkel. Mais il oppose deux candidats respectés, respectables et bien identifiés, capables de diriger leur pays avec efficacité et crédibilité et de promouvoir l’Europe Continuer la lecture