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Paris, Bruxelles et l’Europe : un Commissaire européen pour quoi faire ?

Catégorie : Actualité | Par pierre.moscovici | 30/04/2015 à 16:13

« Paris, Bruxelles et l’Europe : un Commissaire européen pour quoi faire ? »

 

On me pose souvent une question faussement anodine – « Vous faîtes quoi au juste à Bruxelles ? Et ça vous plaît ?».

On me pose souvent une question faussement anodine – « Vous faîtes quoi au juste à Bruxelles ? Et ça vous plaît ? ». Sous l’apparente simplicité de cette question se cachent souvent une vraie curiosité, parfois une confusion, quelquefois un profond scepticisme. Qu’est-ce qu’être Commissaire ? Six mois après l’entrée en fonction de la Commission Juncker, je veux donner ma définition de cette fonction à la croisée des chemins européens.

Commençons par ce qu’un Commissaire n’est pas.

Un Commissaire n’est pas un commentateur des politiques publiques élaborées par son pays d’origine ou des décisions de son gouvernement.

Un Commissaire n’est pas un commentateur des politiques publiques élaborées par son pays d’origine ou des décisions de son gouvernement. Je suis Français, j’aime mon pays, je reste intéressé par sa vie politique, économique, sociale. Je me sens impliqué dans les débats qui s’y déroulent. Mais mon rôle n’est pas de scruter, pour en faire l’exégèse, la moindre initiative française. Je n’ai pas pour ambition d’être le chroniqueur quotidien de la politique intérieure de mon pays, et de gloser à chaque fois que la France vote une loi, fixe une orientation ou approuve une réforme. Certains veulent – par jeu – me ramener à la dimension hexagonale, ou me faire réagir systématiquement sur les décisions de mes amis politiques – je n’en ai pas changé. Je ne le ferai pas, par respect pour ma fonction, qui implique justement une prise de distance nécessaire aux décisions relevant du niveau européen.

Le rôle d’un Commissaire n’est pas de prescrire une ordonnance détaillée, mais de veiller à ce que les gouvernements nationaux soient à la hauteur de leur responsabilité.

Un Commissaire n’est pas non plus une autorité de tutelle. J’ai un dialogue exigeant avec certains pays. La Grèce doit proposer des réformes ambitieuses pour redresser ses finances et assainir ses structures économiques: c’est sa responsabilité. Nous avons en retour à négocier avec un gouvernement issu des urnes: nous le respectons. La France doit accélérer la modernisation de son économie: la Commission rappelle nos fins communes, elle propose des axes, la France définit les moyens. Le rôle d’un Commissaire n’est pas de prescrire une ordonnance détaillée, mais de veiller à ce que les gouvernements nationaux soient à la hauteur de leur responsabilité – sans quoi des procédures sont prévues dans les traités.

Un Commissaire européen est bien, en revanche, un homme politique – et le Président Juncker l’a précisément voulu ainsi.

Un Commissaire européen est bien, en revanche, un homme politique – et le Président Juncker l’a précisément voulu ainsi. J’ai une étiquette politique, comme chacun des membres du Collège : je suis membre du Parti socialiste, j’y porte depuis longtemps une option sociale-démocrate. Je ne m’en cache pas – mieux, je suis attaché à mes convictions réformistes et pro-européennes, que je promeus au Collège, et c’est aussi cette voix que je fais entendre en France, lorsque je l’estime nécessaire. Je n’en garde pas moins toujours à l’esprit l’intérêt européen, dont la défense est au cœur de mes fonctions et de mon travail quotidien.

Avoir des convictions politiques, c’est le meilleur rempart contre la gestion technocratique de l’Union qui lui a été tant reprochée. Articuler des priorités, hiérarchiser des objectifs de politique économique, définir une ligne d’horizon pour notre action, relève par nature de choix politiques, pas administratifs, et les Commissaires n’ont donc pas à laisser leur idées et leurs convictions au vestiaire lorsqu’ils entrent en Collège. On ne peut pas être politique sans faire de la politique, sauf à vouloir tuer le débat démocratique et toute ambition pour l’intégration européenne.

Le Président Juncker attend de ce Collège qu’il engage un effort de pédagogie et de proximité, ce qui implique de passer du temps dans les Etats membre.

Un Commissaire européen est aussi un porte-parole des politiques européennes dans les Etats membres, à commencer par son pays. Cette Commission n’a pas seulement des objectifs. Elle a une méthode. On a parfois reproché aux membres des Commissions précédentes d’être hors-sol, distants, coupés des réalités nationales, de rester dans leurs bureaux et de peu parler à la presse. Le Président Juncker attend de ce Collège qu’il engage un effort de pédagogie et de proximité, ce qui implique de passer du temps dans les Etats membres et notamment dans celui que chacun de nous « connaît le mieux », comme nous le disons en plaisantant entre nous – celui dont il est issu. Il ne s’agit pas d’assurer la livraison de quelconques diktats bruxellois au plus près du point de réception : il s’agit de s’assurer que les fils d’un dialogue étroit avec le niveau local soient toujours tendus, et de garder le doigt sur le pouls d’une société civile européenne qui a manifesté plus qu’une saute d’humeur, un véritable désenchantement par rapport au projet européen lors des dernières élections.

Agir et parler d’Europe en France fait partie de ma mission, c’est une nécessité face à la puissance des courants populistes qui taraudent notre continent. Lire la suite


Mon interview hier dans Arte Journal

Catégorie : Actualité,Europe / International,Vidéos | Par pierre.moscovici | 29/04/2015 à 16:53

Invité d’Arte Journal hier, je vous invite à revoir mes réponses sur la Grèce et la France ci-dessous, dans l’édition française et allemande :

La Commission européenne est là pour aider la Grèce et pour aider les Grecs. Il n’y a pas de temps à perdre.

Edition française :
Edition allemande :


Invité ce matin de l’émission Bourdin Direct sur BFM TV et RMC

Catégorie : Actualité,Europe / International,Vidéos | Par pierre.moscovici | 29/04/2015 à 10:16

J’ai répondu ce matin aux questions d’Apolline de Malherbe dans l’émission Bourdin Direct sur BFM TV et RMC.

Je me suis exprimé sur la Grèce, en insistant sur le respect de ses engagements européens et l’effort de réformes. La place de la Grèce est dans la zone euro, et nous travaillons de manière déterminée avec le gouvernement grec en ce sens. J’ai aussi évoqué le dialogue avec le gouvernement français tourné vers des finances publiques saines et des réformes structurelles.

Je vous invite à voir ou revoir cette interview ci-dessous :

 


Mon interview hier dans Le Grand Jury RTL-LCI-Le Figaro

Catégorie : Actualité,Europe / International,Vidéos | Par pierre.moscovici | 27/04/2015 à 12:03

Invité hier de l’émission Le Grand Jury sur RTL, LCI, Le Figaro, j’ai répondu à Jérôme Chapuis, Yves Thréard et Frédéric Delpech sur les sujets d’actualité européens et français. Je vous invite à voir ou revoir mon interview ci-dessous.

Première partie de l’interview : migration, Afrique, solidarité, défense européenne, France et réduction des déficits…


Pierre Moscovici, invité du « Grand Jury RTL/ Le… par rtl-fr

Deuxième partie de l’interview : : réformes en France et en Europe, redressement économique, Grèce, OGM, vie politique française...

Pierre Moscovici, invité du « Grand Jury RTL/ Le… par rtl-fr


Il est temps de reconnaître le génocide arménien

Catégorie : Actualité | Par pierre.moscovici | 24/04/2015 à 18:58

Il est temps de reconnaître le génocide arménien

L’Europe s’est construite sur le rejet de tragédies humaines insondables, mais aussi sur la conviction qu’elles peuvent être dépassées autour d’un projet partagé. Cet esprit reste vivant dans le cœur des Européens: il doit aujourd’hui animer la Turquie, grand pays partenaire de l’Europe, et la pousser, enfin, à solder son contentieux historique et mémoriel.

2015 marque le centenaire du génocide arménien, de ce massacre atroce perpétré par le nationalisme, dont tous les historiens sérieux connaissent les racines et l’ampleur. La Turquie d’aujourd’hui ne peut marquer une quelconque compréhension envers ce crime, qui a fait 1,5 millions de victimes, s’entêter dans les poursuites judiciaires contre ceux qui osent exprimer cette vérité, se raidir derrière ce terrible non-dit. Elle seule peut, enfin, en le nommant, refermer les plaies de ce drame.

Etre européen, c’est aussi accepter de se confronter à son passé. Plusieurs Etats ont fait ce travail de mémoire et d’introspection, souvent douloureux, au cours des soixante dernières années. Tous en sont sortis plus forts, réconciliés avec eux-mêmes, et au final apaisés par cet effort de vérité. La voie est alors dégagée pour une nouvelle dynamique politique, dans la société civile et avec les ennemis d’hier.

En avril 1998, à l’époque où j’étais le ministre des affaires européennes français, j’avais le premier parlé de génocide arménien devant la représentation nationale française. Je l’avais fait en mon nom propre, puisque la position officielle de mon pays restait alors encore empreinte d’embarras. Dix-sept ans après, je maintiens que cette reconnaissance est une étape à la fois indispensable pour Ankara, et un passage incontournable pour une totale réconciliation avec Erevan.

Je suis d’autant plus ferme dans cette conviction que, chacun le sait, je suis un ami sincère de la Turquie, et un partisan raisonné mais engagé de son adhésion à terme à l’Union. La reconnaissance du génocide arménien n’est pas pour moi un expédient politique destiné à faire échouer sa candidature. Elle n’est pas un geste d’hostilité envers la Turquie moderne. Au contraire!

Nous avons avec la Turquie une histoire et une culture partagées. Je milite pour que nos chemins continuent à converger, avec une Turquie laïque, démocratique, arrimée à l’Europe, porte vers l’Orient et avocate du dialogue avec notre voisinage élargi. C’est précisément parce que je suis favorable à l’adhésion turque que je me sens à l’aise pour être exigeant avec ses dirigeants.

« L’histoire est la science du malheur des hommes », disait Raymond Queneau. L’Europe est l’exemple que de ce malheur peuvent également naître l’amitié des nations, la conscience d’un destin partagé, et la volonté de construire un projet politique commun. La Turquie moderne qui se dessine aujourd’hui doit assumer son passé, pour se tourner résolument vers son avenir européen.

Oui, même si je connais la difficulté du processus et les obstacles qui nous en séparent, je crois à l’avenir européen de la Turquie, je souhaite qu’elle puisse un jour entrer dans l’Union et que les négociations avec elle se déroulent de bonne foi, sans préjugé ni ostracisme: pour moi l’Europe n’est pas par essence un « club chrétien ».

Mais cela ne peut se faire au prix du déni de l’histoire. La Turquie européenne que j’appelle de mes vœux, partenaire essentiel voire membre de notre Union , ne peut s’enfermer dans la négation des événements atroces dont nous commémorons le centenaire. La parole se libère petit à petit en Turquie sur cette tragédie, le Président Erdogan a ces dernières années fait des pas dans la bonne direction. À titre personnel, je crois qu’il faut aller plus loin. Il est temps, il est grand temps de nommer l’innommable, il est temps de reconnaître le génocide arménien !


Is there a European Economic Spring?

Catégorie : Actualité | Par pierre.moscovici | 23/04/2015 à 16:42
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Is there a European Economic Spring?

The first signs of economic recovery must be supported in order to continue progress towards strong and sustainable growth and towards more employment.

I was in Washington last week, taking part in the spring meetings of the IMF, and the G7 and G20 ministerial meetings. I delivered a clear message on behalf of the European Commission: the first signs of economic recovery must be supported in order to continue progress towards strong and sustainable growth and towards more employment. My conviction is that we must collectively take forward a balanced mix of reforms, investment, smart fiscal policies, and fair taxation. And my signal for Europe is that the Juncker Commission is addressing these challenges with renewed strength and commitment.

As I outlined at the last G20 ministerial meeting in Istanbul in early February, many challenges remain, in view of moderate and uneven global economic growth. It would be a political and economic error to believe that recovery is an external factor, and to welcome passively the improvement in the economic outlook. Without action, the only outcome would be stagnation. There is no point in using bandages to hide the remaining scars of the crisis: we must address definitively our weaknesses and move forward.

The current economic upturn in Europe must be supported by strong and consistent measures.

I want to be clear: the point is not to be too optimistic, nor unjustly pessimistic but simply realistic. The current economic upturn in Europe must be supported by strong and consistent measures. We need to pursue the path of structural reforms for growth and jobs, which are essential to secure the future and are inseparable from sound public finances. This approach defines the actions and decisions of the Juncker Commission, within which I want to carry a reformist dynamic. It is this requirement that guides our discussions with Greece and with all Member States. The implementation of ambitious reforms – in particular in labour, services and product markets – is essential to unlock our growth potential and to strengthen the competitiveness and productivity of our economies.

In Europe and in the euro area, our last Winter Economic Forecast showed a slight acceleration of the recovery. This trend is supported by favourable external factors — the drop in oil prices, the depreciation of the euro and the action taken by the European Central Bank, in the context of very low inflation.

I have every reason to believe that growth will be much stronger this year than last year. We have to ensure that this trend will continue in the coming months, towards sustainable growth in Europe.

Is there a European Economic Spring? Do these positive signs of recovery start a new chapter in Europe? The Commission will publish its Spring Economic Forecast on May 5, with a comprehensive analysis of the prospects for recovery in the euro area and the European Union. I have every reason to believe that growth will be much stronger this year than last year. We have to ensure that this trend will continue in the coming months, towards sustainable growth in Europe. The time of recovery must give way to a new era where Europe stands firmly on its own two feet, and where each Member State is an actor in our shared destiny. This is an opportunity that we must seize. Lire la suite


Y a-t-il un printemps économique européen ?

Catégorie : Actualité,Europe / International,Réflexions | Par pierre.moscovici | 20/04/2015 à 10:49

Y a-t-il un printemps économique européen ?

Les premiers signes de reprise économique doivent être soutenus pour poursuivre les progrès vers une croissance forte et durable et vers plus d’emplois.

Je reviens de Washington, où j’ai pris part aux réunions du FMI et aux rencontres du G7 et du G20 ministériel. J’y ai porté un message clair, au nom de la Commission européenne : les premiers signes de reprise économique doivent être soutenus pour poursuivre les progrès vers une croissance forte et durable et vers plus d’emplois. Ma conviction, c’est que nous devons collectivement porter un équilibre entre réformes, investissement, politiques budgétaires intelligentes, et avancées fiscales justes. Mon signal pour l’Europe, c’est que la Commission Juncker répond à ces enjeux avec une énergie renouvelée et une détermination sans faille.

De nombreux défis économiques demeurent, avec une croissance mondiale qui reste modérée et très inégale.

Je l’avais souligné lors de la dernière réunion du G20 ministériel à Istanbul début février, de nombreux défis économiques demeurent, avec une croissance mondiale qui reste modérée et très inégale. Nous aurions tort – ce serait une faute économique et politique – de penser que la reprise est un facteur extérieur, et de nous réjouir passivement de l’amélioration de la tendance économique actuelle. Sans action, l’Europe ne sortira pas de la stagnation. Rien ne sert de poser des bandages pour cacher les cicatrices de la crise : il nous faut soigner définitivement nos faiblesses et aller de l’avant.

L’embellie actuelle de la situation économique en Europe doit être confortée par des mesures fortes et cohérentes.

Que l’on me comprenne bien: il ne s’agit ni d’être trop optimistes, ni injustement pessimistes, mais tout simplement réalistes. L’embellie actuelle de la situation économique en Europe doit être confortée par des mesures fortes et cohérentes. Il s’agit bien  de poursuivre le chemin des réformes structurelles pour l’emploi et la croissance, indispensables pour consolider l’avenir, et indissociables de finances publiques saines. C’est cette approche qui détermine les actions et les décisions de la Commission Juncker, au sein de laquelle je veux impulser une énergie réformiste. C’est cette exigence qui guide nos échanges avec la Grèce et avec tous les Etats membres. Car la mise en œuvre de réformes ambitieuses – notamment sur les marchés du travail, des services et des produits – est indispensable pour débloquer notre potentiel de croissance et pour renforcer la compétitivité et la productivité de nos économies.

En Europe et au sein de la zone euro, nos dernières prévisions économiques d’hiver témoignent d’une légère accélération de la reprise. Cette tendance est soutenue par des facteurs extérieurs favorables – baisse du prix du pétrole, dépréciation de l’euro, ou encore action déterminée de la Banque Centrale Européenne, dans un contexte d’inflation qui demeure très faible. Pour la première fois depuis 2007, les économies de tous les États membres devraient cette année renouer avec la croissance, avec une prévision de 1,7 % pour l’Union et 1,3 % pour la zone euro.

Le temps de la convalescence doit laisser place à celui d’une Europe qui se redresse et qui se tient solidement sur ses deux jambes. Lire la suite


Mon interview dans la matinale d’iTélé

Catégorie : Actualité,Europe / International,Vidéos | Par pierre.moscovici | 20/04/2015 à 10:05
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Migration, Europe, Grèce, France : mon interview ce matin par Bruce Toussaint sur iTélé à voir ci-dessous. J’y insiste sur la nécessité de réponses rapides et coordonnées en Europe pour lutter contre les naufrages meurtriers en Méditerranée, sur l’importance d’aller vite et fort dans les échanges avec la Grèce, ou encore sur mon souhait de réussite de la France, pour elle-même et pour l’Europe.

Drames en Méditerranée : il faut une stratégie d’ensemble en Europe, collective et forte, qui s’inscrive dans la durée.

L’invité de Bruce Toussaint du 20/04/2015