Dérives polonaises

Alors que la dérive autoritaire contre le système judiciaire s’accélère en Pologne, l’Union doit adapter sa réponse.

Depuis un an et demi déjà, les réformes judiciaires engagées par l’exécutif polonais menacent l’Etat de droit en Pologne. L’Etat de droit n’est pas une notion abstraite. Derrière l’Etat de droit, il y a le respect des droits des citoyens – la liberté d’opinion, l’égalité devant la loi, le droit à un procès équitable ou la validation des élections. C’est également le cadre qui permet au secteur privé de se développer : cela fait partie d’un environnement des affaires favorable.

Derrière l’Etat de droit, il y a le respect des droits des citoyens

Cette menace sur l’Etat de droit en Pologne s’est récemment accentuée. Concrètement, si les nouvelles mesures présentées étaient mises en œuvre en l’état, ces mesures aboliraient toute indépendance de la magistrature et mettraient le système judiciaire sous le contrôle politique du gouvernement. Les juges devraient répondre au bon plaisir des dirigeants politiques. Nous ne pouvons accepter cela dans nos démocratiques européennes. Continuer la lecture

Retour sur le G20 de Hambourg

Je reviens avec un peu de recul G20 d’Hambourg, où j’accompagnais le week-end dernier Jean-Claude Juncker, le Président de la Commission européenne. L’enjeu de ce G20 était simple : réaffirmer la vision d’un ordre international ouvert, fondé sur les règles et la coopération multilatérale. C’est crucial dans un contexte où la tentation des politiques nationalistes se fait plus pressante, de l’Asie au continent américain.

L’Europe avait des messages simples à passer. D’abord, sa croissance s’accélère, à 2% cette année et l’an prochain. Ensuite, réaffirmer son engagement sans faille en faveur de l’accord de Paris sur le changement climatique. Prendre ses distances avec une vision protectionniste du commerce international également – se retrancher derrière des frontières nationales n’est pas la bonne manière de répondre à une mondialisation dont les effets déstabilisateurs ne doivent par ailleurs pas être sous-estimés. Maintenir l’impulsion politique dans la lutte contre la fraude et l’évasion fiscales et augmenter la pression sur les paradis fiscaux.

La méthode de la coopération internationale est la bonne.

Mesuré à cette aune, le G20 d’Hambourg est un succès en demi-teinte. Il n’y a pas eu de recul sur le front du commerce. Les membres du G20 se sont engagés à garder leurs marchés ouverts et la lutte contre le protectionnisme, encore vue comme une évidence il y a quelques mois mais mise à mal récemment par l’administration Trump, est bien mentionnée dans le communiqué final. Les dirigeants du G20 sont également convenus d’une méthode et d’un calendrier pour progresser avec la Chine sur la question sensible des surcapacités chinoises d’acier – évitant ainsi une guerre commerciale. La méthode, celle de la coopération internationale dans le cadre d’un forum multilatéral (l’OCDE) est la bonne. Continuer la lecture

Mon discours à la conférence de France Stratégie: « Quel avenir pour la zone euro ? »

Vous le savez, la Commission européenne a publié le 31 mai dernier un document de réflexion sur l’approfondissement de l’Union Économique et Monétaire. C’est notre contribution à un débat qui doit, à nos yeux, reprendre avec une certaine urgence.

Le calendrier d’adoption de ce document de réflexion n’est pas anodin. De 2008 à 2013, la crise a contraint l’Union à répondre aux circonstances, dans l’urgence. Avec des progrès très substantiels à la clé, d’ailleurs. L’Union bancaire, érigée à marche forcée pendant la crise, est incomplète certes ; elle n’en est pas moins une nouvelle donne. Mais le tourbillon de la crise s’est éloigné. Cela nous donne une chance de prendre du recul pour contempler le tableau qui émerge de ces années difficiles.

Les échéances électorales en France et en Allemagne peuvent déboucher sur une nouvelle dynamique.

Nous cherchons aussi à tirer profit de la fenêtre d’opportunité politique qui s’ouvre. Les échéances électorales en France et en Allemagne peuvent déboucher sur une nouvelle dynamique en matière d’approfondissement de l’Union Economique et Monétaire. Nous relevons en tout cas que le débat s’est d’ores et déjà engagé dans ces deux pays, sur la base de nos propositions.

Le moteur derrière ce document de réflexion, c’est notre inquiétude face aux divergences persistantes en zone euro. La dette publique de l’Italie est deux fois plus importante que celle de l’Allemagne. L’excédent courant allemand est deux fois supérieur à celui de la moyenne en zone euro. Le taux de chômage allemand est lui deux fois inférieur à la moyenne dans l’UEM. Je pourrais encore multiplier les exemples – vous voyez l’idée.

L’héritage de la crise pèse lourdement, et pas de manière uniforme sur nos économies.

D’où viennent ces divergences? Plusieurs facteurs entrent en compte mais un en particulier doit être mis en lumière : l’héritage de la crise, qui pèse lourdement, et pas de manière uniforme sur nos économies. Les dettes publique et privée, le chômage de long-terme et des jeunes, le déficit d’investissements, continuent d’hypothéquer les perspectives de croissance en zone euro. La fragmentation du secteur financier et les faiblesses persistantes dans le système bancaire font aussi partie de cet héritage de la crise. Continuer la lecture

Au revoir, Simone Veil

« Je crois, toujours, que cela sert à quelque chose de se battre. » Simone Veil, rescapée de la Shoah, pionnière des droits de la femme, européenne de cœur, nous a quittés.

La France perd une figure au destin exceptionnel, une inspiration, admirée de tous.

Elle nous laisse son courage et sa conviction, après avoir incarné et épousé les tragédies, les combats mais aussi les promesses du siècle dernier. La France perd une figure au destin exceptionnel, une inspiration, admirée de tous. Une femme qu’aucune violence n’a brisée et dont la force de caractère, dans les tourments de la seconde moitié du XXème siècle, impose le respect. Une combattante, un repère, et même un modèle, pour chacun d’entre nous.

Simone Veil a « commencé sa vie dans l’horreur », selon ses propres mots, pudiques. Elle survit aux camps de concentration d’Auschwitz-Birkenau, Bobrek, puis Bergen-Belsen, à leurs -30 degrés, à une marche de 70 kilomètres sous la neige, à la violence indicible d’un siècle qui avait basculé dans la folie. De sa famille, seules deux de ses sœurs survivent avec elle. Elle a puisé de ce destin de rescapée une force d’âme exceptionnelle et un optimisme qui interpelle : « Je suis, je reste toujours optimiste. La vie m’a appris qu’avec le temps, le progrès l’emporte toujours. […] Et quoi qu’on en dise, l’humanité, aujourd’hui, est plus supportable qu’hier. » Continuer la lecture

Au travail, ensemble !

Le deuxième tour des élections législatives a clos une interminable, incroyable et épuisante séquence électorale. La France a choisi son Président il y a plus d’un mois, elle a élu dimanche une nouvelle Assemblée nationale, avec une majorité neuve et claire mais aussi des oppositions plurielles, elle a désormais un gouvernement stable, né dans des conditions plus difficiles que prévu. Le temps de l’action peut vraiment commencer.

Les législatives appellent une réflexion sur nos institutions.

Les élections législatives ont débouché sur un verdict net, mais non sans contradictions. Elles sont marquées à la fois par le fait majoritaire et par une abstention sans précédent, plus massive encore chez les jeunes et dans l’électorat populaire. Celle-ci devra être analysée, dans ses causes multiples. Elle signe sans doute une fatigue démocratique, une forme de lassitude politique. Elle exprime probablement aussi une forme d’attentisme : il fallait laisser sa chance à Emmanuel Macron, solder la période précédente, mais l’engouement reste à créer. Elle appelle enfin une réflexion sur nos institutions. Depuis la mise en place du quinquennat et l’inversion du calendrier électoral en 2002, les élections législatives ont changé de sens et perdu de leur lustre. Elles ne sont plus que des élections de confirmation, avec une éventuelle correction au second tour pour modérer les excès du premier – elle a eu lieu dimanche, de manière importante. Continuer la lecture

Grèce : et maintenant, cap sur la croissance !

Une bonne nouvelle pour un formidable espoir : c’est ce que je retiens de la réunion décisive de l’Eurogroupe hier soir – le Conseil des ministres des finances de la zone euro – à laquelle j’ai participé. Nous avons trouvé un accord global, qui va permettre à la Grèce de tourner, enfin, la page de l’austérité. Comme nous le demandions depuis des mois, la responsabilité collective et l’intérêt général ont prévalu. La Grèce peut ainsi ouvrir un nouveau chapitre.

Le gouvernement d’Alexis Tsipras a fait preuve d’un grand courage politique ces derniers mois.

Premier succès, majeur : la Grèce a tenu ses engagements, elle a accepté des réformes supplémentaires, enfin reconnus par les Etats et les Institutions. La Grèce avait une liste de 140 réformes à adopter et mettre en œuvre depuis septembre dernier: elle l’a fait! Il ne s’agit pas de petits ajustements à la marge, mais d’un effort profond de changement, dans des secteurs aussi variés et sensibles que les retraites, la fiscalité ou l’ouverture du marché de l’énergie. Et cet effort a été mené jusqu’au bout, alors qu’Athènes a dû, en parallèle, consentir à un tour de vis budgétaire supplémentaire. Alors, disons-le : le gouvernement d’Alexis Tsipras a fait preuve d’un grand courage politique ces derniers mois, il tenu sa parole, il a fait un travail remarquable et en profondeur pour réformer son pays et lui offrir une chance de renouer avec la croissance et de retrouver son autonomie économique et financière.

Cette reconnaissance n’était pas juste symbolique. Elle était nécessaire pour conclure ce qu’on appelle la « deuxième revue » du programme d’assistance à la Grèce. Et conclure cette deuxième revue était le préalable au versement d’une tranche de quelque 8,5 milliards d’euros issus du prêt total du plus de 85 milliards d’euros mobilisés depuis l’été 2015. Continuer la lecture

Rien ne se passe jamais comme prévu

La politique est décidément devenue l’art de la surprise. Elle fut le théâtre de la stabilité, elle est désormais un chamboule-tout, pour le meilleur ou pour le pire. Après le vote sur le Brexit, l’élection de Donald Trump, la victoire d’Emmanuel Macron, le monde se réveille ce matin avec un nouveau choc électoral : le parti conservateur britannique a, contre toute attente, perdu sa majorité.

Le Labour party semblait pour certains voué à la disparition.

Tout paraissait pourtant simple. Après le vote de l’article 50 ouvrant la perspective des négociations en vue d’une sortie de l’Union européenne, la Première ministre Theresa May avait provoqué des élections anticipées, afin d’obtenir un mandat clair pour un « hard Brexit ». Le terrain électoral semblait dégagé. Les conservateurs incarnaient la fermeté et la crédibilité, face à un parti travailliste en crise, dirigé par un leader « old style », un socialiste « archaïque », que l’on disait inéligible, Jeremy Corbyn. Les premiers sondages leur promettaient une victoire écrasante : 20 à 25 points d’avance, pour une majorité de 100, voire 150 sièges. Le « Labour party » semblait même pour certains voué à la disparition. Le résultat, on le sait, est tout autre, puisqu’en fait les conservateurs ont perdu une douzaine de sièges et la majorité absolue, pendant que les travaillistes réalisent leur meilleure performance depuis les grandes années de la vague blairiste et gagnent 30 sièges. Que s’est-il passé, en si peu de temps? Continuer la lecture

La gauche de gouvernement, de l’urgence au renouveau

Le paysage politique français est profondément et durablement bouleversé au lendemain du 7 mai. Au parti socialiste, mon parti, le débat fait rage entre les partisans d’une opposition résolue et les tenants d’une participation à la majorité présidentielle.

Les partisans d’une opposition résolue et les tenants d’une participation à la majorité sautent dans le piège qui leur est tendu.

Certains précipitent leurs choix, dans un sens comme dans l’autre, au risque de se condamner à la marginalisation et de décourager leurs électeurs, qui attendent plus de dignité et d’unité. Ce spectacle est d’autant plus désolant que ses acteurs sautent à pieds joints dans le piège qui leur est tendu.

Car aucune de ces options n’est en fait ouverte, donc pertinente. Le nouveau président, désireux de se constituer une majorité qui lui est propre, ne souhaite en effet pas inclure le parti socialiste dans une coalition, il a choisi de nommer un Premier ministre issu des rangs de la droite. Et pourtant, son projet comprendra à l’évidence des propositions progressistes et pro-européennes qu’il serait absurde de refuser. Plutôt que de s’enfermer dans cette querelle totalement stérile, il faut être méthodique et travailler à une feuille de route de court et de moyen terme. Continuer la lecture