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Catégorie : Actualité,Réflexions | Par pierre.moscovici | 25/07/2007 à 22:07
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J’ai bien lu vos commentaires critiques – certains d’entre eux en tout cas – à mes deux derniers papiers, sévères en effet pour le pouvoir. Je n’ai rien à retirer de ce que j’ai écrit: d’une manière générale, je m’efforce de mettre mes actes en conformité avec mes paroles, je n’ai aucune visée tactique et déteste le double langage. Donc j’assume. Si je me suis exprimé comme je l’ai fait, c’est parce que je suis sincèrement inquiet – on peut, ou non, partager cette inquiétude, je le conçois – par l’évolution rapide du pouvoir vers la personnalisation, par l’absence complète de tout contre pouvoir, par le mépris – oui, je maintiens ce mot – dans lequel est tenu tout ce qui ne vient pas du président de la République ou de son entourage proche.

Mais je veux en revanche répondre à une interrogation que vous soulevez et qui fait sens: comment s’opposer de manière à la fois intelligente et ferme? La réponse n’est pas aisée, elle se définira en marchant, il y a dans la vie politique des cycles, des rythmes. Mais je veux d’ores et déjà tenter quelques observations.

  1. Je ne suis pas anti-sarkozyste par principe, mais le sarkozisme me préoccupe. L’élection présidentielle a eu lieu il y a trois mois, seulement. Le Président de la République est un homme politique de talent, qui fait bouger les lignes, sans arrêt en mouvement. Faut-il, pour autant, s’agenouiller devant l’icône, baiser la babouche, tout approuver? Évidemment pas. Je n’ai aucune intention d’être un opposant systématique, « pavlovien », ce n’est pas ma tournure d’esprit ni ma formation – dans laquelle ma sympathie lointaine pour la LCR, dans les années 1970, a joué un rôle plus que modeste. J’approuverai ce qui peut et doit l’être. Je vous invite, par exemple, à relire mon intervention à l’Assemblée nationale et mon post sur le « mini-traité »: un lecteur avisé notera que ma position oscille entre l’approbation critique et l’abstention constructive, et que je n’ai aucune intention de rejouer, notamment au sein du PS, la mauvaise pièce de 2005. C’est sur cette position, vous aurez l’occasion de le vérifier, que je tenterai d’entrainer ma formation politique. Mais je me permets une lapalissade: un opposant intelligent reste un opposant, et il y a – o combien – dans les débuts de ce quinquennat matière à s’opposer. Si je pensais qu’il y a, dans le paquet fiscal, autre chose que des avantages coûteux pour le budget de l’État, économiquement inefficaces et injustes, si je croyais que ces mesures servent effectivement, en quoi que ce soit, les plus modestes et les couches populaires, je le dirais. Ce n’est pas le cas, et j’attends qu’on me démontre que j’ai tort. Si je pensais que l’ouverture était sincère et effective, qu’il y avait dans cette manoeuvre autre chose que la récupération et l’utilisation pures par la droite de talents venus de la gauche, je le dirais. Ce n’est pas le cas, et j’attends qu’on me démontre que j’ai tort.
  2. Derrière certaines réflexions, court une interrogation fondamentale: a-ton le droit de critiquer le nouveau pouvoir? Tout se passe comme si une étrange culture s’était installée, dans laquelle le « pragmatisme », le « résultat », l’approbation de l’opinion, la volonté d’être « en phase avec ce que pensent les gens », comme à TF1, justifiaient tout – en l’occurrence dans l’affaire lybienne, le court-circuitage de tous les canaux gouvernementaux et diplomatiques, le non-respect de nos partenaires européens, les négociations obscures avec des partenaires peu recommandables, la légitimation des pratiques condamnables de personnages aussi troubles que le colonel KHADAFI. Je me réjouis, autant que d’autres, comme André VALLINI, de la libération des infirmières bulgares et du médecin palestinien, mais je n’oublie pas qui les a emprisonnés, condamnés, torturés, avant de les libérer, et je ne veux pas confondre le plaisir de ce résultat avec les récompenses faites au régime lybien. Dans quelle démocratie vivons-nous, lorsque les principes et les valeurs républicaines ne sont plus des références, lorsque les questions essentielles sont interdites, au prétexte que l’air du temps ne le veut pas? Que ceux qui voient dans les États-Unis un modèle – et je suis comme Tocqueville un admirateur de la démocratie en Amérique – s’interrogent: de telles façons de faire seraient-elles possibles dans ce pays, par ailleurs si critiqué, mais qui a fini par rejeter les dérives de son Président? Seraient-elles possibles en Grande-Bretagne, où la lumière a fini par se faire sur les mensonges de Tony BLAIR dans l’affaire irakienne?

Alors, je poursuivrai mon chemin. Il ne sera pas haineux – je ne connais pas ce sentiment – il ne sera pas agressif – ce n’est pas mon tempérament – mais il sera ferme, constructif, aussi intelligent que je peux l’être avec mes modestes moyens. A ceux d’entre vous qui pensent qu’un homme de gauche moderne se caractérise par l’approbation systématique de ce que fait la droite, l’auto-dénigrement ou la critique permanente de sa formation politique, je concède que je ne suis pas moderne: je ne suis et ne serai pas tenté par l’ouverture, je ne suis pas fasciné par le président chef de parti, je reste un socialiste. Mais si être moderne, c’est essayer de comprendre la société telle qu’elle est, chercher des réponses de gauche adaptées aux nouveaux défis de notre temps, si c’est trouver les moyens de réconcilier la sécurité et le risque, si c’est faire l’inventaire des erreurs qui nous ont amenés à 3 défaites – et ceux qui aujourd’hui me reprochent mon opposition à SARKOZY devraient pour être objectifs relire ce que j’ai déjà écrit ici, sans complaisance, à ce sujet – si c’est être Européen, résolument, vouloir rebâtir la gauche au 21ème siècle, alors je revendique fièrement de l’être. Je n’oblige personne à lire ce blog, je ne cherche pas l’approbation de tous, mais je souhaite qu’on respecte ce qu’il est: la réaction à l’évènement, au jour le jour, d’un homme qui s’exprime en liberté, non pas le lieu d’un ralliement progressif aux courants dominants ou de l’élaboration de nouvelles thèses sur le socialisme. Le temps des propositions viendra, il suppose d’être au préalable au clair avec ce que l’on est, ce que l’on veut, : avec mes contradictions et mes faiblesses, je crois l’être. A vous d’en juger.

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