Dans les médias

Etrange rendez-vous

Catégorie : Réflexions | Par pierre.moscovici | 30/08/2007 à 21:56
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Départ pour La Rochelle, cet après-midi, en commençant par un détour chez Arnaud Montebourg qui réunit ses amis non loin de là, à Fouras. Tout le monde se lamente, dit pis que pendre de ce rendez-vous. Eh bien, et ce n’est pas par goût du paradoxe, je suis heureux de m’y rendre, car un parti politique est, aussi, un attachement à des traditions, un lieu d’échanges et de rencontres, avec ses militants d’abord, et parce qu’on n’abandonne pas le navire dans la tempête.
Cette édition sera sans doute, je ne l’ignore pas, bizarre. Il y a d’abord eu, pour la précéder, plusieurs initiatives particulières : le pique-nique de Ségolène Royal à Melle, la traditionnelle fête de la Rose de Frangy où les membres du « contre-gouvernement » socialiste ont affiché leurs ambitions rénovatrices – trop évidemment concurrentes pour être convaincantes. Ces manifestations n’ont rien d’illégitime, le PS aujourd’hui comme hier est fait de sa diversité. Elles ont en effet pervers : nourrir le doute sur un « centre » – le parti – déjà affaibli. Elles ne sauraient, en tout cas, se substituer à notre travail collectif : une formation politique qui se balkaniserait et se réduirait à la confrontation d’ambitions personnelles ou générationnelles n’a pas d’avenir. Il y a ensuite, la foule des absents. Certains ont leurs raisons, que je respecte. Je pense à DSK, bien sûr, entièrement tendu vers sa candidature à la direction du FMI, lamentablement attaquée par les Russes et le « Financial Times ». Je pense aussi à Laurent Fabius, dont on oublie trop qu’il fut directeur de cabinet de François Mitterrand en… 1976 et un des protagonistes du Congrès de Metz en 1978 : cela ne fait pas de lui un « vieux », mais on peut comprendre sa volonté de prendre un peu de recul, même si cela ne justifie pas celui de plusieurs de ses amis, comme Claude Bartolone ou Jean-Luc Mélenchon. D’autres ont cédé, à un titre ou à un autre, aux charmes de l’ouverture. Je leur ai déjà souhaité bon vent. Hier, Michel Rocard a été nommé membre d’une Commission pour la rénovation du métier d’enseignant. Je ne l’assimile pas pour autant à cette cohorte, même si j’aurais préféré qu’il ne prête pas le flanc à cette accusation. Mais j’ai pour lui, si dénigré, si méprisé, si accablé jadis dans notre parti, pour lui qui fut toujours, avec ses lueurs et ses obscurités, un militant exemplaire, une tendresse et une indulgence sans limites : nous lui devons tant ! Arrêtons, pourtant de soupirer devant les dégâts de l’ouverture. Pour ma part, je ne crois pas qu’ils soient si grands. L’histoire, en réalité, est simple. Elle met en scène d’un côté un Président habile, bon connaisseur des faiblesses de la nature humaine, et de l’autre des hommes qui, pour diverses raisons – le temps qui passe, le goût des honneurs, l’ambiguïté idéologique, une vraie séduction politique – ont voulu, une première ou une dernière fois, participer au pouvoir. Cela sert Nicolas Sarkozy, cela ne les grandit pas ; cela prive le PS d’une part de son legs historique, mais pas de ses forces vives. S’il sait les valoriser, les mutualiser, les mobiliser, le PS sera à nouveau, très vite, un candidat à l’alternance, et les titres des gazettes qui nous moquent tant, qui font rire le Président, seront oubliés.
Alors, La Rochelle, pour quoi faire ? Ce rendez-vous sera utile s’il remplit trois objectifs. Le premier est de trouver le ton juste dans l’opposition. Je ne crois pas que les socialistes, collectivement l’aient fait : il y a eu cet été trop d’absence – paresse ou crainte d’affronter la popularité du pouvoir – trop de complaisance – par démagogie ou pari sur l’avenir – trop de simplisme – par réaction pavlovienne ou défaut de travail. Je crois avoir évité ces écueils et – je le dis peut-être immodestement – ouvert un chemin, celui d’une opposition active, ferme, j’espère aussi intelligente. Il y a de quoi faire, car le sarkozisme, c’est à la fois, dans la symbolique, la « pipolisation », la privatisation et la personnalisation du pouvoir, et dans la pratique un néo-conservatisme politique dur, un néo-libéralisme improductif, revendiqué aujourd’hui devant le Medef, et un tournant atlantiste presque assumé. Je souhaite que le PS sorte enfin, face à Sarkozy, de sa prudence, voire de sa torpeur. Le deuxième objectif est de réapprendre à travailler ensemble. J’entends beaucoup parler, déjà, du prochain Congrès, d’aspirants premiers secrétaires, d’ambitions en tout genre. Rien, jusqu’à présent, je l’avoue, ne m’a convaincu ou impressionné. Surtout, cela ne me semble pas la bonne démarche. Avant toute chose, il nous faut recréer un état d’esprit, réapprendre à échanger sans a priori, ni arrière-pensées, rechercher des convergences sans abolir nos différences. C’est de cette démarche, et d’aucune autre, que peut ressortir la clarification, émerger la majorité réformiste dont le PS a besoin. Troisième objectif, enfin, engager la rénovation de nos idées. Il y a tant à faire même si, contrairement à Arnaud Montebourg – et je le lui dirai ce soir – je ne crois pas à la « tabula rasa », à la table rase : définir le socialisme du 21e siècle, trouver notre voie dans la mondialisation, relancer le rêve européen, réconcilier l’individu et le collectif, l’économie et le social, la liberté et l’ordre. L’université d’été sera réussie si dans les nombreux ateliers organisés par Jean-Christophe Cambadélis – je participerai à deux d’entre eux, sur le Centre et sur l’Europe – commencent à apparaître un état d’esprit et une réflexion. Il y aura aussi les « fringe meetings » :je serai pour ma part très attentif à l’avenir de « socialisme et démocratie », auquel  j’entends me consacrer, parce que je crois qu’il s’agit d’un des pôles moteurs du renouveau des idées socialistes en France.
Alors, oui, je pars à La Rochelle avec l’optimisme de la volonté. Je ne supporte pas le pessimisme ambiant, qui conduit à la résignation face à une sorte de fatalité sarkoziste, à l’égoïsme généralisé, au dénigrement systématique. Que le PS se ressaisisse : il a dans ses rangs assez de talents pour ça. C’est possible, j’en suis sûr, ça ne dépend que de nous. Je vous raconterai lundi – si cela en vaut la peine.

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