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Articles de septembre 2007


QUAND FRANCOIS RENCONTRE FRANCOIS

Catégorie : Actualité,Réflexions | Par pierre.moscovici | 27/09/2007 à 21:11
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La rencontre entre François BAYROU et François HOLLANDE, hier à l’Assemblée nationale, a été très commentée. Elle le mérite. Les deux hommes ont été prudents, à juste titre. Le champ de la discussion a été limité : il ne s’agissait que des institutions, de la recherche de positions sinon communes, du moins compatibles, pour contrer les risques de dérive présidentialiste de la Commission BALLADUR/LANG. La conversation a été courte : une petit heure au plus. Il n’y a pas eu de conférence de presse partagée –même si bien sûr des images ont été prises. Néanmoins, cette rencontre n’est pas sans importance. Pourquoi ?

D’abord, elle prend acte d’une réalité. Le Centre, certes -le MODEM plutôt- n’est pas passé à gauche, les positions de François BAYROU sur les grands sujets économiques et sociaux ne rejoignent pas celles des socialistes, et la photo ne vaut pas changement de stratégie. Mais elle n’est certes pas dénuée de signification. Le MODEM convient qu’il y a, avec les socialistes, des questions dont il faut débattre –si limitées soient-elles. C’est, au demeurant, François BAYROU qui a été à l’initiative de cet entretien. Les socialistes reconnaissent que -sur le problème de la démocratie au moins- le MODEM n’est plus à droite, que BAYROU peut être un acteur de l’opposition à l’omniprésence sarkozienne. La glace est donc rompue. Il y a, enfin, un fait supplémentaire : ce rendez-vous semble avoir produit des résultats, en tout cas des refus communs -de l’hyper présidentialisme en général –et aussi des affirmations- la volonté d’introduire une dose de proportionnelle dans les modes de scrutin, d’accroître les pouvoirs du Parlement, d’aller vers le non-cumul des mandats. Bref, selon la formule de François HOLLANDE, renversant celle d’Edgar FAURE -j’ai toujours pensé que ces deux hommes se seraient bien entendus s’ils avaient été contemporains- il y a bien eu recherche d’une « minorité d’idées ». Sans le dire, un tabou a été levé.

Est-ce pour autant le premier pas vers un changement d’alliance ? Je ne le crois pas. Car la distance reste encore très grande entre les deux partis. François BAYROU est toujours attaché à son obsession présidentielle, qui suppose l’affaiblissement conjoint de SARKOZY et du PS. Il oscille entre le « ni droite – ni gauche » et le « et – et ». Il évite de se définir sur des questions importantes –ainsi semble-t-il prêt à défendre le gouvernement sur les régimes spéciaux- et aborde les élections municipales avec pragmatisme, voire hyper réalisme, puisqu’il refuse à priori de choisir à Paris, donne des signes à Gérard COLLOMB à Lyon, paraît pencher vers Alain JUPPÉ à Bordeaux, veut battre les socialistes à Pau. Cette approche « à la carte » peut être commode, voire nécessaire pour renforcer un parti, elle ne fonde rien. Elle rappelle à ceux qui l’oublient parfois que François BAYROU n’est pas un ange, ni l’avenir de la gauche. Le PS, de son côté, bouge peu ou plus que lentement. François HOLLANDE, avant cette poignée de mains, s’est rendu à la Fête de l’Humanité. Un « comité de riposte » au sarkozisme se met en place, un « comité de liaison de la gauche » aussi. Ce n’est pas vers le centre que nous regardons en priorité, c’est un mauvais procès –ou pour d’autre une illusion- que de le prétendre.

Alors, simple geste ou premier pas ? Difficile de dire, peut être les deux à la fois en fait. Il n’y a, à l’évidence, aucun appétit chez les uns ou chez les autres pour une alliance MODEM-PS. Les histoires sont trop différentes, les positions trop divergentes, les ambitions trop concurrentes. Quoi qu’il en dise, BAYROU est traumatisé, sinon par la présidentielle, du moins par les législatives et la désertion de ses ex-amis du « nouveau centre » : il veut bien affronter SARKOZY, il est prudent avec l’UMP. Quant au PS, c’est clair –je l’approuve et le partage- ses alliances sont à gauche, et l’unité de la gauche reste le fondement de sa stratégie. Et pourtant les choses bougent, comme je l’avais prédit, sous le poids des nécessités : omniprésence sarkozienne, faiblesse de la gauche, autonomisation relative du MODEM…  Il y a maintenant des intérêts communs à agir ensemble, une disponibilité pour se parler. C’est peu et c’est beaucoup. Tout cela valide mon approche -en tout cas ne la contredit pas. Celle-ci, contrairement à ce qui a été écrit ici et là, n’est pas un renversement d’alliances : le PS est à gauche, il doit le demeurer, et ne saurait faire l’impasse –mot à la mode- sur ses alliés traditionnels. Non, je plaide pour une démarche radicalement nouvelle, pour une coalition progressiste entre un parti de toute la gauche et un centre qui romprait avec la droite, et je propose d’en créer les conditions par un dialogue sur le fond, mettant en évidence les convergences –encore timides- et les divergences –nombreuses. La rencontre entre François et François ne s’en inspire pas, elle est ponctuelle et entourée de mille précautions symboliques, sémantiques, politiques. Et pourtant, sans que ses acteurs en aient été pleinement conscients, elle la préfigure peut être. En tout cas, je la maintiens.


Faillite

Catégorie : Actualité,Réflexions | Par pierre.moscovici | 25/09/2007 à 21:20
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Depuis quelques jours, la faillite est à la mode. Au lendemain de la prestation télévisée de Nicolas SARKOZY, François FILLON, ragaillardi par quelques compliments, pourtant manifestement insincères, s’est lâché en Corse : «je suis», dit-il, «à la tête d’un État en faillite», qui «n’a pas présenté de budget en équilibre depuis 30 ans». Ce langage, étrange, un peu exalté, suscite plusieurs questions.

Il y a, d’abord, une curieuse tendance à l’exagération, voire à la brutalité chez les ministres de Nicolas SARKOZY. La liste des bourdes -ou des énormités- ne cesse de s’allonger : après la TVA sociale de l’entre-deux tours des législatives, le plan de «rigueur» annoncé par temps calme par le ministre de l’Économie et des Finances, Christiane LAGARDE, la «préparation à la guerre» affirmée à grands coups de menton par Bernard KOUCHNER, voici venu le temps de la faillite. Plusieurs interprétations de cette emphase discursive sont possibles  -et d’ailleurs pas contradictoires. La première est la frustration. Dans un paysage médiatique saturé par l’omniprésence sarkoziste, par un Président incroyablement égocentrique qui prétend tout faire et tient manifestement ses ministres -à commencer par son premier « collaborateur »- en piètre estime, et dans lequel font irruption les Conseillers du prince, qui s’expriment sans réserve -Claude GUÉANT, sacré par « Le Point » en tant qu’«homme le plus puissant de France», titre aussitôt contesté par Henri GUAINO, caractérisé par le Président comme le «fêlé»- il ne reste qu’une issue pour se faire entendre et faire parler de soi: grossir le trait, utiliser des mots-choc, bousculer le jeu, fût-ce par des paroles absurdes. C’est ce à quoi s’emploient manifestement toutes ces éminences déprimées, en permanence sous la menace d’un remaniement annoncé et d’une nouvelle rasade d’«ouverture» promise avec sadisme. Seconde interprétation, le management par la provocation. Il s’agirait, en bref, d’énoncer un problème avec violence, pour le mettre à l’agenda puis le traiter, ensuite, de manière apaisée, en espérant que la pilule passe mieux. Cet art de la reculade a déjà été expérimenté sur le faux «service minimum» ou sur l’autonomie des universités, il n’a pas si mal fonctionné jusqu’à présent.

Mais là, on est sur un autre terrain, plus glissant. Et force est de reconnaître que le Premier ministre s’est planté. Par frustration, encore, tout d’abord. Car, que je sache, il n’est pas « à la tête de l’État ». Sous la Vème République, le Chef de l’État est le Président de la République, le Premier ministre n’est que le Chef du gouvernement, ce qui n’est déjà pas si mal, sauf si, paraphrasant le Général de GAULLE qui disait à propos du Président LEBRUN en 1940, «pour qu’il ait été un Chef d’État, il eût fallu qu’il soit un chef et qu’il y ait un État», il n’y avait aujourd’hui ni gouvernement, ni chef. Surtout, le Premier ministre fait erreur. Non, la France n’est pas une entreprise, elle n’est pas en faillite, et elle ne sera pas le premier dossier qu’aura à traiter Dominique STRAUSS-KAHN s’il est élu vendredi à la tête du FMI – ce que je souhaite et crois. Le pays est riche, il est solvable, il attire les investissements étrangers, il demeure une des principales puissances économiques mondiales. Il peut être mal géré, connaître une situation de finances publiques préoccupante, voire grave, il n’est pas en faillite. En politique, les mots comptent, cette phrase affaiblit le crédit de la France à l’étranger, elle n’aurait pas dû être prononcée.

Pour autant, elle a un sens, et c’est pourquoi elle est tant commentée. Car, oui, la question de la dette et des déficits est une question sérieuse, qu’il faut traiter sérieusement. En mettant les pieds dans le plat, François FILLON attaque de manière cruelle la politique de la droite depuis 5 ans, celle de Nicolas SARKOZY surtout depuis l’élection. Car la gauche, en 2002, avait laissé une situation convenable, l’endettement – du fait il est vrai d’une forte croissance, habilement entretenue, davantage que d’un effort de maîtrise des dépenses- avait reculé, les déficits aussi. Ce n’est pas le cas depuis lors, et la gestion des gouvernements CHIRAC, auxquels appartenaient Nicolas SARKOZY et François FILLON, aux premières loges, a été plus que médiocre. Ce diagnostic souligne aussi ce qui restera le pêché originel du quinquennat qui commence : la sous-estimation de la question de la dette, le choix fait de cadeaux fiscaux dispendieux, injustes, inefficaces, qui n’ont pas, au contraire, engendré un «choc de croissance et de confiance». Le résultat de cette politique de gribouille -à laquelle on aurait dû préférer une action politique tournée vers l’avenir, vers l’innovation, l’éducation, la recherche, le développement universitaire, bref vers l’offre compétitive- est là : les déficits se creusent, à la fois du fait de ces 15 milliards d’euros qui ont mangé toutes les marges de manœuvre de nos finances publiques, et du recul de la croissance espérée – aujourd’hui estimée à 1,8% en moyenne. Le gouvernement présentera demain le projet de loi de finances : il sera marqué par un déficit important -plus de 40 milliards d’euros- et par une fausse prévision de croissance -2,25%- qui annonce de nouveaux dérapages. Je le dis ici depuis quelques semaines : cette politique ne peut pas réussir, elle va se fracasser sur le mur des réalités, elle sera rattrapée par la force de nos engagements européens et surtout par la charge de la dette, qui freine l’investissement public. Derrière les rodomontades –«je veux 3% de croissance», dit le Président- se profilent pour le printemps, des révisions déchirantes, dont les franchises médicales sont le premier acte. Alors, oui, finalement, François FILLON a peut-être raison. La banqueroute menace, mais c’est celle de la politique de Nicolas SARKOZY. C’est, au fond, à celui-ci que s’adressait son avertissement.


Contrat social ?

Catégorie : Actualité,Réflexions | Par pierre.moscovici | 20/09/2007 à 21:24
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Fidèle à son rythme trépidant, Nicolas SARKOZY vient, en 2 jours, de prononcer 2 discours de nature à bousculer le paysage social de la France, l’un sur la protection sociale, l’autre sur les fonctionnaires. Rupture, modernisation, fracture, casse : tous ces mots ont été employés pour qualifier, en bien ou en mal, ces propositions, effectivement ambitieuses. Je ne les discuterai pas en détail, ce n’est pas le rôle d’un blog, mais formulerai quelques remarques.

L’approche du Président, tout d’abord, ne mérite pas la caricature. Les syndicats ne s’y sont pas livrés, les politiques auraient tort de le faire. Il y a, dans sa démarche, 2 intuitions justes. La première est qu’il y a des chantiers sociaux qui ne peuvent être différés, des adaptations nécessaires. Ainsi, chacun convient aujourd’hui que les régimes spéciaux de retraite doivent être réformés, pour des raisons financières et d’équité –mais dans un cadre global. Chacun sait aussi que la fonction publique peut -doit- être modernisée, ouverte, dépoussiérée, que la réforme de l’État est incontournable. Quitte à surprendre, je ne suis pas choqué, je l’avoue, de l’annonce d’un grand débat sur le modèle social français. La deuxième intuition est celle de la nécessité d’un retour au dialogue social. La France crève de la faiblesse de sa démocratie sociale. Nous sortons -il faut le rappeler, on l’oublie trop souvent- de 5 années de gouvernement de droite, auquel SARKOZY et FILLON participaient en première ligne, dont les «réformes» -retraites, assurance maladie, CPE, CNE- furent conduites dans la  brutalité, sans la moindre concertation, quitte à provoquer le rejet puis le ressentiment. Plus loin dans le temps, force est de constater que la gauche n’a guère brillé dans ce domaine. Une des erreurs du gouvernement JOSPIN, auquel j’ai appartenu, a été de trop procéder par la loi, insuffisamment par le contrat. Dès lors, privilégier le dialogue social, discuter avec les syndicats, modifier les règles de représentativité les concernant marque un changement d’attitude que je ne condamne pas, bien au contraire.

Une fois cela dit, le paysage se gâte. Car les cartes de la négociation sont doublement biseautées. Elles le sont d’abord par les délais impartis. La démocratie sociale exige du temps, SARKOZY ne lui en donne pas, qui accorde royalement 2 semaines -rallongées à 4- pour traiter des régimes spéciaux ou pour envisager la fusion de l’ANPE et de l’UNEDIC. Ce n’est pas un dialogue, c’est un oukase, une mise en scène privée de crédibilité, dont François CHÉRÈQUE, Secrétaire général de la CFDT, a justement dit qu’elle était enfermée dans des délais impossibles. Elles le sont ensuite -et surtout- par la substance des réformes proposées. Pour que la démocratie sociale soit fructueuse, il faut des contreparties, du «grain à moudre», comme le disait André BERGERON, du donnant-donnant. Or, là, il apparaît que les modifications envisagées -les mutations plutôt- du modèle social français sont toutes inspirées par le MEDEF ou par la volonté de libéralisation et de déréglementation. Des exemples ? Ils sont légion : l’assouplissement des 35h, l’alignement des régimes spéciaux, le financement de la dépendance par l’assurance privée, la remise en cause du SMIC, l’allongement de la durée de cotisation, la fin des corps dans la fonction publique, la remise en cause du principe des concours pour les recrutements, le versement d’un pécule pour quitter le service public …Voici les syndicats mis au pied du mur, sans vraie marge de manœuvre, sans perspectives de progrès, convoqués à une discussion qui semble un alibi.

Au total, la manœuvre est risquée, voire dangereuse. Le pari sarkozien est cousu de fil blanc : profiter des difficultés de l’opposition, jouer sur la faiblesse -supposée- et la division -réelle- syndicale, s’appuyer sur l’opinion pour faire passer, vite, une pilule amère. Je ne sais pas si cela marchera -il y a, dans cette frénésie, cette boulimie, de quoi réveiller une combativité sociale jugée trop vite endormie. Je sais, en revanche, que le corps social français résistera, dans la durée, à ces atteintes à nos équilibres sociaux. J’avais, avec Dominique STRAUSS-KAHN, plaidé en 2005, pour un «nouveau compromis social français », qui ne nie pas les adaptations nécessaires, mais qui mette en même temps l’accent sur les investissements économiques et sociaux -dans l’éducation, la recherche, l’industrie, la démocratie…- dont le pays a besoin. Ce n’est pas le chemin choisi par Nicolas SARKOZY. Plutôt que de regarder vers les pays scandinaves et la flexi-sécurité, vers une social-démocratie rénovée, voire tempérée –il est de droite, ne l’oublions pas- il a opté pour le système britannique -la flexibilité sans sécurité. Ce n’est pas, j’en suis convaincu, la bonne voie. Il prétend offrir un nouveau contrat social, en réalité il le défait. La gauche doit la dénoncer avec intelligence, accompagner –à sa place- les syndicats dans leurs exigences ou leurs combats, et avoir toujours en tête la nécessité de proposer son propre chemin. Nous devons être présents avec fermeté et subtilité dans ce grand débat.


Bruits de bottes

Catégorie : Actualité,Réflexions | Par pierre.moscovici | 18/09/2007 à 21:26
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Quelques mots sur les extravagantes déclarations de Bernard KOUCHNER à propos de l’Iran  «il faut se préparer au pire, à la guerre». Elles accentuent le diagnostic que je posais ici la semaine dernière, celui d’un tournant néo-conservateur de la diplomatie française. Je déteste la caricature, j’aimerais me tromper, et pourtant les évidences s’accumulent.

Quelle est, d’abord, la situation réelle ? La menace nucléaire iranienne n’est pas un mythe, elle ne doit pas être sous estimée, ce serait une faute que de le faire. Et tout doit être fait pour que l’Iran n’accède pas à l’arme nucléaire. Tout, c’est-à-dire une combinaison bien dosée de sanctions -celles qui existent sont assurément insuffisantes- de contrôles de l’agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) –à mon sens essentiels- et de dissuasion -l’option militaire, je le dis depuis longtemps, ne doit pas être écartée. Avant toute chose, il convient de soutenir l’action de l’AIEA, comme il aurait fallu, au moment de la crise irakienne, soutenir celle des inspecteurs des Nations unies, jusqu’au bout. Le Directeur général de l’AIEA, M. El Baradei, est un homme d’une exceptionnelle qualité, ferme et diplomate à la fois. Il estime aujourd’hui ne pas voir de «danger clair concernant le programme nucléaire iranien», et demande qu’on le laisse poursuivre son travail, au moment où la coopération avec les autorités iraniennes semble, enfin, donner quelques timides résultats -qu’il faut certes, accueillir avec précaution, en gardant les yeux ouverts sur les intentions réelles du régime de Téhéran.

Les déclarations de Bernard KOUCHNER prennent dans ce contexte tout leur relief. Sans doute sont-elles jugées excessives dans son propre camp –pardon de parler ainsi, mais il y appartient maintenant résolument- puisque le Premier ministre, François FILLON, a dû infléchir ce discours en affirmant que, si la tension avec l’Iran était «extrême», «la diplomatie avait encore sa place». Mais elles n’ont pas été faites par hasard, puisqu’elles s’inscrivent dans la droite ligne des propos tenus par Nicolas SARKOZY aux Ambassadeurs, qui évoquaient l’alternative entre «la bombe iranienne» et «le bombardement de l’Iran». Voilà où nous en sommes. La France utilise une rhétorique que l’Administration BUSH elle-même, qui continue de privilégier l’option diplomatique, n’ose plus employer : c’est, pour les néo-conservateurs, très affaiblis à Washington et à New York, une divine surprise, qu’ils n’attendaient plus, que de voir un Chef d’État occidental, qui plus est Français, relayer des positions démonétisées. La diplomatie  française contredit aussi tous les efforts de l’AIEA, dont le Directeur général a répété le 17 septembre que « nous devons toujours nous souvenir que l’usage de la force ne peut être envisagée que quand toutes les autres options sont épuisées », ce qui est loin d’être le cas.

Quel est le bénéfice de cette attitude ? Je ne le perçois pas. Elle est sincère, et repose sur une lecture dure, mais sérieuse, de la politique iranienne. Il ne s’agit pas d’être naïf, de faire crédit à ce régime opaque, déterminé, souvent disponible pour des propos anti-sémites voire révisionnistes : je ne mésestime pas sa dangerosité, et ne prêche pas pour un pacifisme bêlant. Pour ma part, je n’écarte pas la possibilité d’une confrontation, mais –et c’est plus qu’une nuance avec les autorités françaises -je ne la  privilégie pas et ne souhaite pas l’encourager- En diplomatie, les mots ont un sens -ils sont même premiers. Ceux-là sont, au moins, maladroits : ils vont trop loin, ils nous coûtent dans l’opinion publique internationale, ils renforcent les éléments les plus durs en Iran, ils nous font jouer un rôle à la fois inutile et dangereux. J’ajoute que, pour un socialiste –Bernard KOUCHNER ne l’est plus, certes- le discours de guerre est à manier avec plus de précaution. Bref, je regrette ces bruits de botte. Il faudra suivre l’évolution des choses avec attention, vigilance et préoccupation. Je le ferai.

18 septembre 2007


Contradictions européennes

Catégorie : Actualité,Europe / International,Réflexions | Par pierre.moscovici | 17/09/2007 à 21:37
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L’équipe SARKOZY évolue sur l’Europe. Elle le fait dans des directions opposées, l’une pragmatique et ouverte, l’autre idéologique et sournoisement nationaliste. Les derniers jours ont été, en effet, marqués par deux prises de positions divergentes, celle de Jean-Pierre JOUYET sur le referendum au sujet de l’élargissement, celle de Nicolas SARKOZY lui-même  sur les déficits publics –cette dernière étant la plus spectaculaire mais pas forcément la plus importante à long terme.

La Secrétaire d’État aux affaires européennes a, devant la Commission BALLADUR sur la réforme des institutions, proposé que soit annulée la disposition constitutionnelle, votée à l’initiative de Jacques CHIRAC, stipulant que tout élargissement de l’Union européenne, au delà de 28 membres, devrait être soumise à référendum. J’ai toujours été violemment hostile à ce que j’avais qualifié dans mon dernier livre –« L’Europe est morte, vive l’Europe », de forfaiture. Car il y a là une double faute. Un péché, d’abord,contre les institutions de la Vème République. Celles-ci, en effet, laissent le choix, sur les grands sujets, au Président de la République de consulter la représentation nationale, le Parlement, ou de saisir directement le peuple par référendum. C’est le cas pour les révisions constitutionnelles ou pour les ratifications de traité, par exemple. Pourquoi le Chef de l’État –ou plutôt ses lointains successeurs, puisque l’adhésion de la Turquie ne peut intervenir avant 2014- aurait-il partie liée sur ce seul sujet ? Il y a ensuite, une « prise d’otages » européenne inacceptable, un verrou à l’adhésion qui rend en réalité très artificielle la poursuite des négociations. Même si celles-ci allaient à leur terme, même si la Turquie avait fait, à l’arrivée, tous les efforts demandés, même si tous nos partenaires l’approuvaient, l’élargissement de l’Union à la Turquie –et d’ailleurs aussi aux Balkans- serait jeté en pâture à un débat dont on pressent le caractère malsain, puisque la question implicite serait : « Un pays musulman a-t-il sa place en Europe ? » Je ne dis pas que la Turquie doit à toute force entrer dans l’Union, je n’en sais rien aujourd’hui. Je ne dis pas non plus qu’il faille absolument éviter le référendum. Mais je crois qu’il faut laisser ouvertes toutes les options constitutionnelles et politiques, et renoncer à ce monstre institutionnel, fruit d’un « deal » douteux entre Jacques CHIRAC –Président de la République pourtant favorable à l’adhésion turque- et Nicolas SARKOZY –Président de l’UMP hostile à celle-ci au moment de la ratification du TCE. Je souhaite que le Président de la République actuel suive son ministre –qui vient de commettre le premier acte utile de l’«ouverture». Hélas, quand je lis les consternantes déclarations du Secrétaire général de l’UMP, Patrick DEVEDJIAN, qui nous dit, sans rire, que cette procédure pourrait être supprimée…dès lors que la certitude d’une non-entrée de la Turquie serait acquise, j’ai des doutes.

Si j’approuve cette démarche, je suis très inquiet de propos tenus par Nicolas SARKOZY dans un avion entre Budapest et Paris, dont la tonalité anti européenne est préoccupante. J’y ai trouvé une série de poncifs déjà entendus pendant la campagne électorale, dont certains frôlent la démagogie et le nationalisme. Je ne supporte pas la condescendance dont le Président fait preuve à l’égard d’Angela MERKEL -la malheureuse, empêtrée dans une coalition et dans un système  fédéral faisant une large place aux «landers» à qui les déclarations françaises sur le retour au nucléaire rendraient service. Je ne supporte pas ces discours sans fondement sur la croissance française, qui devrait aller vers 3%, alors qu’une politique fiscale dispendieuse, injuste et inefficace, n’a créé aucun choc de confiance mais creuse les déficits et aggrave notre dette, pourtant ennemis de la justice sociale et du progrès.

Je ne supporte pas les leçons incessantes faites aux membres de l’euro groupe, à commencer par Jean-Claude JUNCKER, ou la stigmatisation de l’euro –comme si, avec nos 30 milliards de déficit du commerce extérieur, là où l’Allemagne a 170 milliards d’excédent avec la même monnaie , nous étions un modèle pour nos partenaires Je ne supporte pas les mises en cause permanentes de Jean-Claude TRICHET –dieu sait pourtant que j’ai toujours critiqué son dogmatisme- oubliant que l’Europe est une œuvre collective, qui doit être gouvernée collectivement, et que la Banque centrale européenne, si elle peut et doit être convaincue, est indépendante et n’a pas d’ordres à recevoir.

Il y a là une façon pernicieuse de présenter la construction européenne, comme une contrainte insoutenable, comme un jardin à la française, de nature à nourrir des illusions puis à créer du rejet. Nicolas SARKOZY fait de l’Europe le bouc émissaire de ses propres manquements : cela ne nous évitera pas les douloureux rendez-vous politiques et financiers qui attendent la France.


NEO BONAPARTISME PLANÉTAIRE, NÉO CONSERVATISME MONDIAL

Catégorie : Actualité,Europe / International,Réflexions | Par pierre.moscovici | 13/09/2007 à 21:44
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Conférence de presse, hier, sur la politique étrangère de Nicolas SARKOZY. Je l’ai faite avec plaisir, car le PS doit réapprendre à s’exprimer sur les grandes questions, à partir d’un travail objectif et approfondi. Il est temps, il est possible même, d’analyser l’action internationale de la France depuis la présidentielle : nous connaissons, en effet les promesses du candidat, la doctrine du Président présentée aux Ambassadeurs à la rentrée, la pratique de l’exécutif depuis 120 jours. Pour l’essentiel, j’ai présenté 5 observations.

Nicolas SARKOZY aime à parler de rupture, il y a effectivement, dans sa politique étrangère, un changement de style et de rythme par rapport à l’attitude traditionnelle de la France, prolongée par Jacques CHIRAC. Le Président de la République, en effet, a la même frénésie d’action à l’international que dans la politique intérieure. Il ne lui suffit pas de se conduire comme l’empereur des Français, il veut aussi régenter l’Europe et régner sur la planète : son bonapartisme n’est pas seulement hexagonal, il est mondial. Le style SARKOZY est actif, voir activiste, il rompt avec la lenteur, la prudence chiraquienne. Traité modificatif, intervention sur le Darfour, Union euro méditerranéenne, libération des infirmières bulgares, rencontre avec BUSH, visite de Bernard KOUCHNER à Bagdad : ça bouge, un peu dans tous les sens. Car il y a aussi beaucoup d’agitation dans tout cela, et « The Economist » tape juste en écrivant « il court vite, mais où va-t-il ? ». On peine, en effet, à trouver la vision globale, tant il y a dans cette cavalcade, des hésitations, des approximations, des précipitations, des contradictions aussi entre le candidat d’hier et le Président d’aujourd’hui.

Certaines de ces contradictions sont positives. Je pense à l’évolution de SARKOZY sur la Turquie, sous la pression européenne. Hier violemment hostile à l’adhésion de la Turquie, exécutée d’une phrase –«elle n’est pas en Europe»- il y demeure opposé mais accepte désormais la poursuite des négociations. Même s’il ne faut en aucun cas préjuger de leur issue, il est sage de les mener avec exigence et bonne foi. Sur le Liban, l’attitude de la France aujourd’hui est moins fondée que sous Jacques CHIRAC par des amitiés -et des inimitiés- personnelles, moins attachée à un clan ou a une famille, elle agit pour la réconciliation. Cela va aussi dans le bon sens. Pourquoi ne pas le dire ?

Mais il y a aussi, et surtout, des évolutions négatives, tout d’abord sur le plan des valeurs, de la démocratie et des droits de l’homme. Le plus choquant, après ses prises de position sur «l’immigration choisie», est sans doute son discours de Dakar, affirmant sa curieuse vision de «l’homme africain qui n’est pas assez entré dans l’histoire» :  éthniciste, teinté de préjugés néo-colonialistes, ce discours a légitimement heurté les esprits en Afrique et dans le reste du monde. Le plus préoccupant est l’adoption par Nicolas SARKOZY de la problématique des néo-conservateurs américains, insistant sur «le danger d’une confrontation entre l’Islam et l’Occident», comme «le premier défi auquel le monde est confronté». Il ne s’agit pas d’être innocent ou angélique face au terrorisme -l’anniversaire du 11 septembre 2001 est là pour nous en rappeler la force- mais de garder à l’esprit que le «choc des civilisations » n’est pas fatal, ni souhaitable, qu’il peut être combattu par d’autres voies que la seule force. Enfin, je note l’effacement de la démocratie et des droits de l’homme de la politique étrangère de SARKOZY : silence sur ce sujet lors de la visite au Maghreb, et notamment en Tunisie -où Rama YADE, pourtant dans ses attributions, a été plus discrète qu’à Aubervilliers-, complaisance envers la Russie de Poutine. Il y a, sur tous ces terrains, des reculs, et une vraie différence avec ce que devrait être une approche de gauche, humaniste, des relations internationales.

Je veux souligner, en outre, l’étrange alignement de Nicolas SARKOZY sur une administration BUSH, pourtant discréditée. Je n’aime pas la complainte «anti-atlantiste», aux relents vite anti-américains, j’aime trop les Etats-Unis, je sais trop ce que nous leur devons pour y succomber. Mais la conduite sarkozienne est, sur ce terrain, singulière. Elle l’est sur la guerre en Irak, thème sur lequel le Président de la République, comme Bernard KOUCHNER, restent trop silencieux pour être innocents. Elle l’est sur l’Iran, où la formule «la bombe ou le bombardement» va à l’encontre des patients efforts de l’AIEA, seule à même de faire reculer le programme nucléaire iranien. Elle l’est sur l’Afghanistan, où la France se ré-engage, à l’opposé des promesses du candidat de l’UMP. Elle l’est à propos de l’OTAN, dans laquelle la défense européenne, vue par Nicolas SARKOZY, risque de n’être qu’un pilier continental à côté du pilier américain.  Hervé Morin, le pâle Ministre de la Défense, a d’ailleurs vendu la mèche. Il s’agit, en cessant de «chipoter», de réintégrer les structures militaires de l’OTAN. À part l’honneur  de plaire à l’administration américaine, qu’est-ce que la France a à y gagner ?

Enfin, la politique européenne de Nicolas SARKZY, sur laquelle je reviendrai, si elle est certes plus dynamique que celle de Jacques CHIRAC après le rejet du TCE, me paraît plombée par un défaut majeur. L’affirmation solitaire de la France, la volonté sarkozienne de tout imposer, de tout récupérer à son profit, sa désinvolture sur les déficits publics conduisent, chaque jour davantage, à un éloignement avec l’Allemagne de MERKEL, porteur à moyen terme de sévères difficultés. Nicolas SARKOZY, contrairement à ce qu’il affirme dans son discours aux Ambassadeurs, n’a pas compris que l’Europe était une construction collective, une union entre égaux, dont seules l’Allemagne et la France, ensemble, peuvent être le moteur. Par son attitude, il crée petit à petit les conditions de malentendus et d’irritations qui peuvent, à terme, susciter une aggravation de la crise européenne qui se poursuit, au delà des apparences de la relance du mini-traité.

Telle est la politique étrangère de la France aujourd’hui : en mouvement, ambitieuse certes, mais sans principe, à la fois néo-bonapartiste et néo-conservatrice, trop solitaire, et sans moyens –puisque le Quai d’Orsay se trouve sévèrement rationné. Pas étonnant qu’elle suscite, à l’étranger, sévérité et scepticisme. Il nous revient d’éclairer les Français et de travailler à des alternatives. C’est une partie, décisive, du travail à venir des socialistes.


Candidat ?

Catégorie : Actualité,Réflexions | Par pierre.moscovici | 12/09/2007 à 21:46
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(Petit) émoi dans le landernau socialiste : j’aurais déclaré ma candidature au poste -envié mais difficile- de Premier secrétaire du Parti socialiste. Les réactions sont évidemment contrastées. Certains trouvent l’initiative heureuse, d’autres l’estiment maladroite. Certains jugent cette perspective insupportable -je serais trop « libéral », trop modéré, trop énarque, trop parisien, que sais-je encore… d’autres me trouvent toutes les qualités pour postuler- ma modestie naturelle m’empêche de les décrire. Tout ça me fait sourire, d’autant plus que je ne suis pas candidat, même si je ne regrette pas ces interprétations.

Non, je ne suis pas candidat au siège de François HOLLANDE. Je l’ai dit clairement sur Canal+, le moment n’est pas venu, ce n’est pas la question du jour. La succession, en effet, n’est pas ouverte. Le Parti socialiste a adopté un calendrier, que j’ai voté, il doit être respecté. Dans un premier temps, réfléchir sans tabou, avec audace, à la rénovation de nos idées et de nos pratiques, ensuite mener la bataille des municipales, enfin tenir notre congrès avant l’automne 2008. Cette chronologie est pertinente : il faut d’abord travailler sur les idées, dégager des convergences, constater des divergences, avant d’envisager les -légitimes- débats d’orientation et de pouvoir, qui doivent être tranchés. Les priorités sont fixées, elles le sont justement. J’ai déjà dit ici ma disponibilité à jouer le jeu, à aider François HOLLANDE à réussir cette refondation, qui ne peut être un simple « changement », à l’inciter à laisser 100 fleurs s’épanouir, à agréger tous les socialistes, sans distinction, sans ostracisme, à nos travaux : je la répète. Et je n’ai pas critiqué le Premier secrétaire pour avoir voulu brusquer les rythmes, en mettant en avant prématurément son destin personnel avant 2008, dans l’intention de l’imiter en pensant à celui que je pourrais moi-même avoir le cas échéant. Un peu de cohérence ne nuit pas, je m’y efforce pour ma part. C’est pourquoi, vraiment, je ne suis pas candidat… aujourd’hui.

Pour autant, mon propos n’est pas totalement gratuit, il ne ressort pas de la gaffe, de la bourde ou de l’acte manqué. Car j’ai aussi affirmé –et je le maintiens- pouvoir faire partie de ceux qui, le moment venu, pourraient prétendre à la direction du Parti. Pourquoi ai-je ainsi répondu ? D’abord, parce que je suis lassé d’une certaine forme de langue de bois, qui évacue les problèmes, les traite avec une fausse modestie affectée -«je ne suis qu’un humble vermisseau», «la question n’existe pas», «seul compte le fond»- alors que, oui, les interrogations sur le futur leadership au PS sont d’ores et déjà présentes. C’est d’ailleurs logique : toute personnalité –Président, maire, Premier secrétaire, …- qui annonce ne pas se représenter ouvre ipso facto un espace, elle reste en fonction mais sa succession est déjà envisagée. Elle peut être, en fonction de son talent –et François HOLLANDE n’en manque certes pas- plus ou moins frappée par le « lame duck » syndrom –le syndrome du canard boiteux- mais elle ne sort pas intacte de l’annonce de son retrait.

Il faut, ensuite, que la question de la succession soit justement posée. Les médias –c’est leur rôle- se font l’écho de beaucoup de rumeurs, de combinaisons, quand ils ne les mettent pas en scène. Les listes de prétendants auto-proclamés –ou artificiellement choisis- se multiplient, chacun laisse dire, s’offre ici et là des portraits inégalement flatteurs, personne n’avance clairement. C’est le bal des hypocrites, et ce n’est pas mon tempérament. J’ai voulu, en mettant un peu les pieds dans le plat, dire 2 choses. La première est que le prochain Premier secrétaire du PS ne pourra pas être une marionnette, un chanoine d’appareil, agi par d’autres, se contentant de geler le parti en fonction de tel ou tel « présidentiable », ou au contraire le neutralisant pour qu’il évite de choisir entre l’un de ceux-ci : il devra, tout simplement être un vrai dirigeant politique, capable d’animer cette formation, de faire trancher ses débats, d’exprimer ses positions. Il en résulte –et c’était ma seconde idée- qu’il ne peut être un «Premier secrétaire de transition », chargé de chauffer la place pour le « vrai » leader en 2012. Le PS va travailler à sa rénovation pendant un an : c’est bien, c’est déjà long. Il ne peut se permettre 3 ans de surplace, en subordonnant tout à la désignation du candidat à la présidentielle et en espérant que les difficultés économiques et financières -qui arrivent- et les excès du sarkozisme -qui commencent à se voir- provoquent le rejet de la droite. C’est ce que nous avons fait entre 2002 et 2007, avec les résultats que l’on sait. Nul doute que les mêmes causes produisent les mêmes effets.

Il y a, enfin, le facteur personnel. Il faudra que le prochain Premier secrétaire du parti possède certaines qualités, pour incarner dignement cette fonction. Eh bien, je paraphrase la formule de TALLEYRAND : quand je me contemple, je me désole, quand je me compare, je me console. Je ne pense pas, aujourd’hui, à cette fonction -elle doit avoir ses avantages, ses joies, mais aussi ses limites, ses peines-  mais ne je vois rien, ni personne parmi les prétendants plus ou moins déclarés, qui m’empêcheraient d’y penser un jour si, en me rasant, j’avais d’autres préoccupations que de ne pas me couper. Pourquoi, en outre la sensibilité à laquelle j’appartiens, celle de la social démocratie  rénovée, s’interdirait-elle de penser à la direction du PS ? Laissons de côté les égos. Posons-nous, pour une fois, la bonne question : qui peut le mieux, dans cette passe difficile, diriger le PS. Si mon petit pavé dans la mare a aidé à bousculer les calculs habituels, les combinaisons perpétuelles, il n’aura pas été inutile. Donc, je ne le regrette pas.


Le centre et nous

Catégorie : Actualité,Le Parti socialiste,Politique,Réflexions | Par pierre.moscovici | 06/09/2007 à 21:50
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Je profite d’une actualité politique peu chargée pour vous faire part des réflexions sur le Centre que j’ai formulée dans la table ronde que j’animais à La Rochelle.

La question des relations avec le Centre n’est plus, pour les socialistes, un tabou.
C’est, d’abord, la nécessité qui l’impose. Elle est composée de trois données nouvelles, qui se sont exprimées dans l’élection présidentielle. La première est le score de François BAYROU : 18,5% des suffrages, près de 7 millions de voix au premier tour. La seconde est, symétriquement, la faiblesse de la gauche : un total gauche à 36% -dont l’extrême gauche- une gauche de gouvernement à moins de 30%, des partenaires historiques, les Verts et le PC, à moins de 2%. Enfin, il y a la configuration du second tour, dans lequel François BAYROU, sans appeler à voter pour Ségolène ROYAL, a clairement dit son rejet de Nicolas SARKOZY, passant ainsi, non pas à gauche, mais dans l’opposition. Mais il y a aussi plus profondément, une réflexion idéologique et politique sur l’union de la gauche, ses vertus traditionnelles et maintenues, ses limites désormais criantes –à commencer par l’hésitation du PC entre l’alliance avec le PS et le mouvement vers un pôle de radicalité, un « linke » à la française, dont celui-ci serait la cible.

Il ne s’agit pas d’envisager, de façon purement cynique et pragmatique, un changement d’aile pur et simple, le renoncement à la stratégie d’Épinay, le retour à la tentation de la « 3ème force ». Sans tabou, la réflexion doit aussi être sans illusion. Parce que si François BAYROU et sa petite -si petite- équipe se sont détachés de la droite, si les électeurs centristes traditionnels -plutôt de droite, eux aussi- ont rejoint aux législatives leur camp, si les notables de l’UDF ont rejoint celui-ci en 2 temps –à la création de l’UMP en 2002, avec celle du « Nouveau centre » croupion d’Hervé MORIN en 2007, le rapprochement avec les socialistes est tout sauf acquis. Nos idées, d’abord, restent divergentes : le Centre reste inspiré par une tradition démocrate-chrétienne qui n’est pas la nôtre, et aussi par une empreinte fortement libérale. Au Parlement européen, ses députés votent plus souvent avec les conservateurs, sur les questions économiques et sociales en particulier, qu’avec les socialistes. Les stratégies, ensuite, ne sont pas aisément compatibles. François BAYROU fait partie des grands obsessionnels de la politique, des grand brûlés de la présidentielle. Il a goûté, par 2 fois, à la drogue dure de cette élection, multipliant par 3 ses voix entre 2002 et 2007, sortant -provisoirement ?- son parti de la marge. Il rêve d’une 3ème tentative victorieuse, et subordonne tout à cette ambition. Celle-ci, il le sait, est compromise, elle ne peut aboutir que si les socialistes se fracturent et qu’une partie d’entre eux rejoint une famille sociale-libérale recomposée dont il serait le chef. Il n’a donc nulle intention, après avoir connu 2 scissions douloureuses, de se subordonner au PS, de jouer la rustine d’une gauche en difficulté. Est-ce à dire que nous n’aurions qu’une chose en commun : l’adversaire, Nicolas SARKOZY ?

Je ne le crois pas, du moins, je ne pense pas qu’il faille s’en tenir là et se contenter de bâtir, comme l’ont suggéré François REBSAMEN et Jean-Christophe CAMBADÉLIS des alliances, à la carte, pour battre l’UMP. Ce serait destructeur pour le MODEM -mais après tout, m’objectera-t-on, c’est son problème- mais ce ne serait pas non plus un facteur de clarification pour une gauche en quête d’identité. Ces alliances auront lieu, évidemment, mais il faut aller plus loin. Ne fermons pas non plus la porte ouverte par Ségolène ROYAL, avec la main tendue à François BAYROU. J’avais, alors, approuvé le geste, tout en regrettant l’improvisation, la précipitation qui ne pouvait mener qu’à un pas de deux électoral sympathique, utile pour le second tour, mais sans lendemain. C’est pourquoi je pense qu’il faut dépasser la posture très classique –jospiniste, en fait -adoptée par François HOLLANDE à la conclusion de l’Université d’Été- listes de gauche au premier tour, discussions au second –d’autant plus que, pour moi, la conquête du pouvoir local, pour essentielle qu’elle soit, ne résume pas la raison d’être du PS et de la gauche : je souhaite un autre Président que Nicolas SARKOZY et, surtout, une autre politique que la sienne en 2012.

Alors, je propose une méthode : ouvrons le dialogue de fond avec le MODEM, sans renoncer, au contraire, à nos fondamentaux. L’objectif ? Ceux qui me lisent le connaissent : bâtir une « maison du renouveau », une coalition progressiste face au bloc conservateur extrêmement puissant, homogène, tenu par un leadership incontesté, construit par Nicolas SARKOZY. Le moyen ? La recherche des zones de clivage et des points de contact : solidarité, humanisme, État providence, éducation, respect des libertés individuelles- qui n’en doutons pas vont souffrir pendant ce quinquennat- construction européenne. Le lieu ? Des Assises des progressistes largement ouvertes, à toute la gauche d’abord, aux centristes qui le souhaitent aussi. C’est ainsi que nous pourrons, sur la base de convergences et divergences établies, constatées en commun, décider –ou non- d’avancer plus loin ensemble.

Qu’on me comprenne bien. Je ne prône pas l’alliance avec le Centre, je la sais difficile. Mais je ne souhaite pas qu’elle soit écartée d’un revers de main, par un réflexe pavlovien, parce que je suis hélas convaincu qu’une gauche aussi minoritaire qu’elle l’est aujourd’hui ne pourra retrouver le pouvoir que si elle s’élargit. Là est le défi principal, d’ailleurs : retrouver ceux de nos électeurs qui, le 22 avril, ont préféré François BAYROU à Ségolène ROYAL, sans perdre ceux qui ont fait confiance à celle-ci. Mais cela n’exclut pas, au contraire, de conforter ce rassemblement.