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L’université de tous les possibles

Catégorie : Actualité,Le Parti socialiste,Réflexions | Par pierre.moscovici | 04/09/2007 à 21:55
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laudimètre… Tout cela, bien sûr, n’est pas faux, mais si banal : il y a, chaque année, un « duel au soleil », chez les socialistes, et ce festival connaît chaque jour sa « nouvelle star ». C’est, en vérité, l’écume des choses. Ce n’est pas ce que j’ai vécu, ce n’est pas ce que je retiens.

Pour moi, au contraire, ce rendez-vous a été celui de tous les possibles. Certes, il y avait moins de têtes d’affiche qu’à l’ordinaire : les ralliés au pouvoir, évidemment, brillaient par leur absence, d’autres assumaient leur prise de distance, les « rénovateurs » évitaient, peu ou prou, le centre du parti. Mais ce qui m’a surtout frappé, c’est l’attitude des militants, nombreux, plutôt heureux d’être là, désireux d’écouter, de parler, non de se battre, épris d’unité, à la recherche -pour l’heure en tout cas- plus d’un sens ou d’un état d’esprit que d’un chef suprême. Qu’on ne me fasse pas dire ce que je ne pense pas : le PS est gravement malade, sa défaite –ses défaites – l’ont laissé exsangue, à court de projet, sans stratégie, sans discours fort, il est désorienté par les désertions, miné par les critiques, démoralisé par la guerre permanente des écuries, des chefs, des créatures diverses de la jungle –éléphants, lions, gazelles- des générations –les « vieux » de 50 ans contre les « jeunes » de 45, quel choc ! Mais en même temps, le PS me paraît disponible pour le travail, l’écoute mutuelle, l’ouverture à d’autres, sans les tabous et les à priori habituels, sans les vieux clivages factices autant que rituels.

Mes 3 jours à La Rochelle, ont conforté ce point de vue. Jeudi soir, j’ai été l’invité du dîner de « Rénover maintenant », le courant d’Arnaud MONTEBOURG. Rencontre surprenante pour certains, qui n’aurait pas pu avoir lieu auparavant, tant nous nous sommes opposés entre 2002 et 2007, non pas sur le plan personnel -nos rapports furent toujours amicaux- mais sur le terrain politique –désaccords profonds lors des congrès de Dijon et du Mans, choix lors du référendum sur le TCE. Pendant 5 ans, sur le plan national comme dans ma propre Fédération,, j’ai combattu les théories du NPS et en même temps, j’ai toujours respecté ses militants, porteurs de conviction, jouant loyalement, malgré leur statut minoritaire, le jeu du parti, par exemple en ne menant pas de campagne publique pour le « non » en 2005. À tel point que j’ai fait équipe lors des élections législatives avec l’un d’entre eux, Martial BOURQUIN, sans qui je ne serais pas aujourd’hui député. La discussion à Fouras fut franche, je n’ai été ni complaisant ni creux, nous ne partageons pas tout , loin s’en faut, mais l’accueil fut chaleureux, et pas seulement formellement. Il y a, dans ce groupe, une volonté sincère de décloisonnement, une envie de recoller au réel, une lassitude de la marge, qui ouvrent des perspectives de dialogue. Je les saisirai, comme je  crois qu’il faut les envisager avec tous : c’est dans cet esprit que j’ai longuement rencontré -enfin !- Ségolène ROYAL, et que je participerai à la journée organisée autour d’Harlem DESIR –avec Bertrand DELANOË et Lionel JOSPIN- le 16 septembre.

Vendredi fut le jour de « Socialisme et Démocratie ». On aurait pu nous penser orphelins, après la candidature de DSK au FMI, affaiblis ou dissous, voire prêts pour une vente par appartements aux poids lourds du Parti. Et bien il n’est rien. SD est plus cohérent que jamais, il s’est doté d’un « manifeste pour un nouveau socialisme », rédigé par Laurent BAUMEL, qui constitue notre première contribution à la rénovation, il est ouvert à tous les débats, à toutes les discussions… Évidemment, nous ne pouvons pas fonctionner sans DSK comme nous le faisions avec lui. Nous avions alors un « présidentiable », un cabinet autour de lui, un petit appareil très centralisé, des messages descendants. Tout cela n’est plus, ne peut plus être. Il faut maintenant un travail beaucoup plus décentralisé -Michel DESTOT, le Maire de Grenoble, y a justement insisté –beaucoup plus ouvert, beaucoup plus collectif, et nous en sommes convenus en bonne intelligence- dieu que les bruits sur mes désaccords avec Jean-Christophe CAMBADELIS, sont … cons, qui ignorent la solidarité et la loyauté de notre relation. J’ai pour ma part fixé un cap : que Socialisme et Démocratie soit à la fois un élément moteur de l’indispensable rénovation  idéologique et un pôle de stabilité dans le PS, refusant d’être le supplétif de quiconque. J’ai proposé que nous nous mettions en situation de déposer une contribution générale  au prochain Congrès –ce que nous n’avions pas fait à Dijon et au Mans- une motion si nécessaire et, dans ce cas de figure, d’avoir un candidat au poste de Premier secrétaire en 2008. Je crois avoir été écouté, compris, et même suivi. Je suis sorti de ces rencontres heureux : cette force comptera dans l’avenir du PS, elle restera unie et deviendra, à force de travail- et la fondation que j’animerai doit y contribuer- de plus en plus cohérente et active.

Samedi, enfin, fut le moment des ateliers. J’en ai animé 2, un sur le Centre, un sur l’Europe. C’est là que j’ai le mieux compris la disponibilité du PS. Qui aurait pu, il y a quelques années, imaginer les socialistes évoquant sereinement les perspectives d’un dialogue, voire d’une alliance, avec le Centre ? Ce fut le cas ce samedi, sous le poids de la nécessité –la faiblesse de la gauche à la présidentielle, le score de François BAYROU, l’éloignement du MODEM et de l’UMP- mais aussi parce que la discussion avec ce parti n’est plus un interdit –même si les positions restent très éloignées sur ce sujet. J’ai pour conclure, suggéré une méthode : des Assises du progrès, ouvertes aux centristes comme à toute la gauche, pour bâtir une « maison du renouveau ». L’après-midi, sur l’Europe, j’ai rencontré des militants soucieux, par delà leur choix de 2005, de relancer le rêve européen, de travailler plus et mieux avec le PSE, d’éviter de reproduire la querelle du TCE sur le « traité simplifié » qui sera soumis à ratification durant le prochain semestre. Impression plutôt rassurante, à confirmer. Et dimanche ? Je suis rentré, non pas que je nie l’évident talent oratoire de François HOLLANDE, mais parce que je déteste les grand messes. Je garde à François ma confiance pour la rénovation qu’il a à charge de conduire, je suis prêt à y participer sans réserve, mais l’affirmation récurrente, tout au long de ces jours, de son désir de liberté et de son ambition pour 2012 m’a mis mal à l’aise. Qu’il pense, après 11 ans à la tête du parti, à un destin personnel, dont il a les qualités, ne me choque pas : quoi de plus naturel, en effet ? Mais je ne voudrais pas qu’il confonde les échéances : pendant un an, il doit animer un parti fragile, le rassembler sans stigmatiser ni marginaliser quiconque, -je m’oppose à beaucoup de positions de Manuel VALLS, par exemple, mais je souhaite qu’il puisse s’exprimer dans le parti- le respecter, et non avancer ses pions. S’il ne le comprend pas, le délicat processus que nous devons conduire ensemble échouera, il ne réussira pas sa sortie, condition sine qua non d’un éventuel essor pour lui, il se nuira et nous nuira. Je souhaite qu’il y réfléchisse.

Au lendemain de cette Université d’Été 2007, me voilà donc un homme libre et décidé. Je ne me déroberai pas, et combattrai le pessimisme sordide qui règne parfois au PS, fait d’un mélange désagréable de dénigrement systématique de son propre camp, de complaisance à l’égard de SARKOZY et de découragement, par l’optimisme de la volonté et le travail sur les idées.

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