Le centre et nous

Je profite d’une actualité politique peu chargée pour vous faire part des réflexions sur le Centre que j’ai formulée dans la table ronde que j’animais à La Rochelle.

La question des relations avec le Centre n’est plus, pour les socialistes, un tabou.
C’est, d’abord, la nécessité qui l’impose. Elle est composée de trois données nouvelles, qui se sont exprimées dans l’élection présidentielle. La première est le score de François BAYROU : 18,5% des suffrages, près de 7 millions de voix au premier tour. La seconde est, symétriquement, la faiblesse de la gauche : un total gauche à 36% -dont l’extrême gauche- une gauche de gouvernement à moins de 30%, des partenaires historiques, les Verts et le PC, à moins de 2%. Enfin, il y a la configuration du second tour, dans lequel François BAYROU, sans appeler à voter pour Ségolène ROYAL, a clairement dit son rejet de Nicolas SARKOZY, passant ainsi, non pas à gauche, mais dans l’opposition. Mais il y a aussi plus profondément, une réflexion idéologique et politique sur l’union de la gauche, ses vertus traditionnelles et maintenues, ses limites désormais criantes –à commencer par l’hésitation du PC entre l’alliance avec le PS et le mouvement vers un pôle de radicalité, un « linke » à la française, dont celui-ci serait la cible.

Il ne s’agit pas d’envisager, de façon purement cynique et pragmatique, un changement d’aile pur et simple, le renoncement à la stratégie d’Épinay, le retour à la tentation de la « 3ème force ». Sans tabou, la réflexion doit aussi être sans illusion. Parce que si François BAYROU et sa petite -si petite- équipe se sont détachés de la droite, si les électeurs centristes traditionnels -plutôt de droite, eux aussi- ont rejoint aux législatives leur camp, si les notables de l’UDF ont rejoint celui-ci en 2 temps –à la création de l’UMP en 2002, avec celle du « Nouveau centre » croupion d’Hervé MORIN en 2007, le rapprochement avec les socialistes est tout sauf acquis. Nos idées, d’abord, restent divergentes : le Centre reste inspiré par une tradition démocrate-chrétienne qui n’est pas la nôtre, et aussi par une empreinte fortement libérale. Au Parlement européen, ses députés votent plus souvent avec les conservateurs, sur les questions économiques et sociales en particulier, qu’avec les socialistes. Les stratégies, ensuite, ne sont pas aisément compatibles. François BAYROU fait partie des grands obsessionnels de la politique, des grand brûlés de la présidentielle. Il a goûté, par 2 fois, à la drogue dure de cette élection, multipliant par 3 ses voix entre 2002 et 2007, sortant -provisoirement ?- son parti de la marge. Il rêve d’une 3ème tentative victorieuse, et subordonne tout à cette ambition. Celle-ci, il le sait, est compromise, elle ne peut aboutir que si les socialistes se fracturent et qu’une partie d’entre eux rejoint une famille sociale-libérale recomposée dont il serait le chef. Il n’a donc nulle intention, après avoir connu 2 scissions douloureuses, de se subordonner au PS, de jouer la rustine d’une gauche en difficulté. Est-ce à dire que nous n’aurions qu’une chose en commun : l’adversaire, Nicolas SARKOZY ?

Je ne le crois pas, du moins, je ne pense pas qu’il faille s’en tenir là et se contenter de bâtir, comme l’ont suggéré François REBSAMEN et Jean-Christophe CAMBADÉLIS des alliances, à la carte, pour battre l’UMP. Ce serait destructeur pour le MODEM -mais après tout, m’objectera-t-on, c’est son problème- mais ce ne serait pas non plus un facteur de clarification pour une gauche en quête d’identité. Ces alliances auront lieu, évidemment, mais il faut aller plus loin. Ne fermons pas non plus la porte ouverte par Ségolène ROYAL, avec la main tendue à François BAYROU. J’avais, alors, approuvé le geste, tout en regrettant l’improvisation, la précipitation qui ne pouvait mener qu’à un pas de deux électoral sympathique, utile pour le second tour, mais sans lendemain. C’est pourquoi je pense qu’il faut dépasser la posture très classique –jospiniste, en fait -adoptée par François HOLLANDE à la conclusion de l’Université d’Été- listes de gauche au premier tour, discussions au second –d’autant plus que, pour moi, la conquête du pouvoir local, pour essentielle qu’elle soit, ne résume pas la raison d’être du PS et de la gauche : je souhaite un autre Président que Nicolas SARKOZY et, surtout, une autre politique que la sienne en 2012.

Alors, je propose une méthode : ouvrons le dialogue de fond avec le MODEM, sans renoncer, au contraire, à nos fondamentaux. L’objectif ? Ceux qui me lisent le connaissent : bâtir une « maison du renouveau », une coalition progressiste face au bloc conservateur extrêmement puissant, homogène, tenu par un leadership incontesté, construit par Nicolas SARKOZY. Le moyen ? La recherche des zones de clivage et des points de contact : solidarité, humanisme, État providence, éducation, respect des libertés individuelles- qui n’en doutons pas vont souffrir pendant ce quinquennat- construction européenne. Le lieu ? Des Assises des progressistes largement ouvertes, à toute la gauche d’abord, aux centristes qui le souhaitent aussi. C’est ainsi que nous pourrons, sur la base de convergences et divergences établies, constatées en commun, décider –ou non- d’avancer plus loin ensemble.

Qu’on me comprenne bien. Je ne prône pas l’alliance avec le Centre, je la sais difficile. Mais je ne souhaite pas qu’elle soit écartée d’un revers de main, par un réflexe pavlovien, parce que je suis hélas convaincu qu’une gauche aussi minoritaire qu’elle l’est aujourd’hui ne pourra retrouver le pouvoir que si elle s’élargit. Là est le défi principal, d’ailleurs : retrouver ceux de nos électeurs qui, le 22 avril, ont préféré François BAYROU à Ségolène ROYAL, sans perdre ceux qui ont fait confiance à celle-ci. Mais cela n’exclut pas, au contraire, de conforter ce rassemblement.