Candidat ?

(Petit) émoi dans le landernau socialiste : j’aurais déclaré ma candidature au poste -envié mais difficile- de Premier secrétaire du Parti socialiste. Les réactions sont évidemment contrastées. Certains trouvent l’initiative heureuse, d’autres l’estiment maladroite. Certains jugent cette perspective insupportable -je serais trop « libéral », trop modéré, trop énarque, trop parisien, que sais-je encore… d’autres me trouvent toutes les qualités pour postuler- ma modestie naturelle m’empêche de les décrire. Tout ça me fait sourire, d’autant plus que je ne suis pas candidat, même si je ne regrette pas ces interprétations.

Non, je ne suis pas candidat au siège de François HOLLANDE. Je l’ai dit clairement sur Canal+, le moment n’est pas venu, ce n’est pas la question du jour. La succession, en effet, n’est pas ouverte. Le Parti socialiste a adopté un calendrier, que j’ai voté, il doit être respecté. Dans un premier temps, réfléchir sans tabou, avec audace, à la rénovation de nos idées et de nos pratiques, ensuite mener la bataille des municipales, enfin tenir notre congrès avant l’automne 2008. Cette chronologie est pertinente : il faut d’abord travailler sur les idées, dégager des convergences, constater des divergences, avant d’envisager les -légitimes- débats d’orientation et de pouvoir, qui doivent être tranchés. Les priorités sont fixées, elles le sont justement. J’ai déjà dit ici ma disponibilité à jouer le jeu, à aider François HOLLANDE à réussir cette refondation, qui ne peut être un simple « changement », à l’inciter à laisser 100 fleurs s’épanouir, à agréger tous les socialistes, sans distinction, sans ostracisme, à nos travaux : je la répète. Et je n’ai pas critiqué le Premier secrétaire pour avoir voulu brusquer les rythmes, en mettant en avant prématurément son destin personnel avant 2008, dans l’intention de l’imiter en pensant à celui que je pourrais moi-même avoir le cas échéant. Un peu de cohérence ne nuit pas, je m’y efforce pour ma part. C’est pourquoi, vraiment, je ne suis pas candidat… aujourd’hui.

Pour autant, mon propos n’est pas totalement gratuit, il ne ressort pas de la gaffe, de la bourde ou de l’acte manqué. Car j’ai aussi affirmé –et je le maintiens- pouvoir faire partie de ceux qui, le moment venu, pourraient prétendre à la direction du Parti. Pourquoi ai-je ainsi répondu ? D’abord, parce que je suis lassé d’une certaine forme de langue de bois, qui évacue les problèmes, les traite avec une fausse modestie affectée -«je ne suis qu’un humble vermisseau», «la question n’existe pas», «seul compte le fond»- alors que, oui, les interrogations sur le futur leadership au PS sont d’ores et déjà présentes. C’est d’ailleurs logique : toute personnalité –Président, maire, Premier secrétaire, …- qui annonce ne pas se représenter ouvre ipso facto un espace, elle reste en fonction mais sa succession est déjà envisagée. Elle peut être, en fonction de son talent –et François HOLLANDE n’en manque certes pas- plus ou moins frappée par le « lame duck » syndrom –le syndrome du canard boiteux- mais elle ne sort pas intacte de l’annonce de son retrait.

Il faut, ensuite, que la question de la succession soit justement posée. Les médias –c’est leur rôle- se font l’écho de beaucoup de rumeurs, de combinaisons, quand ils ne les mettent pas en scène. Les listes de prétendants auto-proclamés –ou artificiellement choisis- se multiplient, chacun laisse dire, s’offre ici et là des portraits inégalement flatteurs, personne n’avance clairement. C’est le bal des hypocrites, et ce n’est pas mon tempérament. J’ai voulu, en mettant un peu les pieds dans le plat, dire 2 choses. La première est que le prochain Premier secrétaire du PS ne pourra pas être une marionnette, un chanoine d’appareil, agi par d’autres, se contentant de geler le parti en fonction de tel ou tel « présidentiable », ou au contraire le neutralisant pour qu’il évite de choisir entre l’un de ceux-ci : il devra, tout simplement être un vrai dirigeant politique, capable d’animer cette formation, de faire trancher ses débats, d’exprimer ses positions. Il en résulte –et c’était ma seconde idée- qu’il ne peut être un «Premier secrétaire de transition », chargé de chauffer la place pour le « vrai » leader en 2012. Le PS va travailler à sa rénovation pendant un an : c’est bien, c’est déjà long. Il ne peut se permettre 3 ans de surplace, en subordonnant tout à la désignation du candidat à la présidentielle et en espérant que les difficultés économiques et financières -qui arrivent- et les excès du sarkozisme -qui commencent à se voir- provoquent le rejet de la droite. C’est ce que nous avons fait entre 2002 et 2007, avec les résultats que l’on sait. Nul doute que les mêmes causes produisent les mêmes effets.

Il y a, enfin, le facteur personnel. Il faudra que le prochain Premier secrétaire du parti possède certaines qualités, pour incarner dignement cette fonction. Eh bien, je paraphrase la formule de TALLEYRAND : quand je me contemple, je me désole, quand je me compare, je me console. Je ne pense pas, aujourd’hui, à cette fonction -elle doit avoir ses avantages, ses joies, mais aussi ses limites, ses peines-  mais ne je vois rien, ni personne parmi les prétendants plus ou moins déclarés, qui m’empêcheraient d’y penser un jour si, en me rasant, j’avais d’autres préoccupations que de ne pas me couper. Pourquoi, en outre la sensibilité à laquelle j’appartiens, celle de la social démocratie  rénovée, s’interdirait-elle de penser à la direction du PS ? Laissons de côté les égos. Posons-nous, pour une fois, la bonne question : qui peut le mieux, dans cette passe difficile, diriger le PS. Si mon petit pavé dans la mare a aidé à bousculer les calculs habituels, les combinaisons perpétuelles, il n’aura pas été inutile. Donc, je ne le regrette pas.