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LE DIRECTEUR GÉNÉRAL

Catégorie : Actualité,Europe / International,Réflexions | Par pierre.moscovici | 01/10/2007 à 21:00
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Et voilà, c’est fait. Dominique Strauss-Kahn est le directeur général désigné du FMI, il prend une responsabilité internationale de premier plan et s’éloigne de la vie politique française. Dans ce moment, moi qui ai partagé son chemin politique – depuis 25 ans autour de Lionel Jospin tout d’abord, avec lui ensuite, nous avons toujours avancé ensemble – moi qui suis son ami, je ne peux qu’éprouver des sentiments mêlés.

Bien sûr, je le sais, c’est une perte pour le Parti socialiste et d’abord pour « Socialisme et démocratie ». DSK, dans son action comme ministre des finances entre 1997 et 1999 – la seule période, faut-il le rappeler, où la France a vu reculer fortement le chômage depuis plus de 30 ans, celle aussi où l’euro a été lancé – dans son parcours de dirigeant politique, dans son expression et dans sa pensée, dans son engagement européen, a incarné une gauche moderne, un socialisme du réel, il a tracé une voie, renoué un fil avec le Pierre Mendès France qui pensait, de manière têtue, que la vérité devait guider nos pas. Comment son départ pour Washington ne créerait-il pas un vide ? C’est un point de repère pour les Français qui va manquer, une boussole pour la social-démocratie à la française, une voix qui compte face à la droite, un chef pour ses amis.

Et pourtant, avant tout, je pense que cette nomination est une bonne chose. Parce que DSK est, j’en suis convaincu, le directeur général dont le FMI a besoin. Il devra changer cette institution malade, réformer sa gouvernance pour faire plus de place aux pays émergents, au monde en développement, réorienter son action pour en faire le régulateur du système monétaire et financier international, en désordre, l’associer à la Banque mondiale pour agir en faveur d’une justice planétaire. Il en a la compétence, évidemment, et il en a la vision. C’est celle qu’il a construite dans sa « campagne électorale mondiale », au long des 100 000 kilomètres qu’il a parcourus. Car il a d’emblée compris que les « deals » d’hier ne fonctionnaient plus, que la fonction ne pouvait plus revenir d’autorité aux Européens au nom d’équilibres nés de la seconde guerre mondiale, qu’il fallait convaincre, entraîner. C’est aussi une bonne chose pour la France, parce que la conception qui est la nôtre, celle d’un monde plus juste, organisé par le multilatéralisme, doit continuer d’être entendue. C’est une bonne chose pour le socialisme – pour paraphraser Lula, il n’est pas anodin – qu’une telle institution soit dirigée par un progressiste. C’est, enfin, une bonne nouvelle pour lui. Comment, en effet, un homme de sa trempe pouvait-il, dans les années qui viennent, se rendre le plus utile ? Je suis persuadé qu’il sera plus heureux, plus épanoui, plus créatif dans cette fonction à sa hauteur que dans les méandres actuels du Parti socialiste.

Quelles conséquences pour demain ? Difficile à dire. Je lis, ici et là, qu’il aurait renoncé à la présidentielle de 2012. À voir. Le connaissant, je sais qu’il va s’emparer de sa fonction sans réserve, sans calcul, sans arrière-pensées, et qu’il aura à cœur d’honorer le contrat qu’il vient – pour cinq ans – de signer. Et pourtant, je suis convaincu que tout reste ouvert. L’avenir, comme le disait Louis Althusser, dure longtemps, et il n’est écrit nulle part. Je n’imagine pas qu’un tel homme, qui a la politique dans ses gênes, cesse de s’intéresser à son pays, à la gauche, au PS. On verra bien. Disons que ça reste une éventualité, un recours, mais que cela ne saurait être, pour lui comme pour nous, un plan.

Socialisme et démocratie doit donc, selon moi, muter dans la fidélité. Fidélité à ce que nous avons fait ensemble, défendu ensemble, la gauche social-démocrate, internationaliste, européenne, réaliste, réformiste. Nous devons creuser ce sillon, l’approfondir encore. Le « manifeste » qui sera rendu public demain en est le premier signe. Il faudra aller plus loin et définir précisément les solutions dont la France a besoin. Cela exige aussi une mutation. Nous ne serons pas, ne serons plus, ne devons plus être une « écurie présidentielle », un courant organisé autour d’un homme, au fonctionnement nécessairement descendant et concentré, mais un laboratoire d’idées animé par un vrai collectif, sincère, plus décentralisé, ouvert, humble qu’avant.

C’est ce à quoi je veux contribuer, par mon action politique et aussi par la mise en place d’une fondation – d’un réseau – destiné à travailler sur les idées de la gauche de demain. Ne pensons pas à un successeur pour DSK, mais à une pérennité du travail politique que nous avons effectué ensemble. Je souhaite que ces idées soient, demain, celles d’une majorité d’un PS à vocation majoritaire. C’est ma seule ambition. Je conviens qu’elle n’est pas mince.

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