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Questions d’actualité

Catégorie : Actualité,Assemblée nationale,Réflexions | Par pierre.moscovici | 03/10/2007 à 20:59
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Ça y est, les questions d’actualité ont repris à l’Assemblée nationale. Quelle importance, direz-vous ? On pourra, en effet, considérer qu’il ne s’agit là que d’un épiphénomène, d’une version moderne des jeux du cirque, et on n’aura d’ailleurs pas forcément tort. Il y a là de la posture, de la comédie, un spectacle qui, paraît-il – je ne les ai jamais regardées à la télévision – ne grandit pas toujours la politique. Pourtant, c’est moins simple que ça.

Car les questions d’actualité sont aussi le signe du réveil du Parlement, donc d’une partie essentielle du débat démocratique. Il n’y a eu, en effet, que des sessions extraordinaires depuis les présidentielles et les législatives, faites de textes déjà ficelés, promesses de campagne, sans espace pour l’amendement et la discussion. Cela fait un peu du Parlement, pour reprendre l’expression d’un jeune député talentueux, Jean-Jacques Urvoas, « un tabernacle vide ». Ce moment un peu desséchant est derrière nous. C’est la session ordinaire qui s’est ouverte hier. L’Assemblée nationale – et le Sénat, que je n’oublie pas, car il lui arrive de jouer un rôle utile, par exemple sur le fameux « amendement ADN » – vont maintenant examiner, à visage ouvert, les grands textes, à commencer par le projet de loi de finances et le projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS). Les arguments s’échangeront, devant l’opinion. Le Parlement jouera – avec ses limites connues, qu’il faudra déplacer – son rôle de contrôle de l’exécutif. La confrontation démocratique entre la gauche et la droite, la majorité et l’opposition – François Bayrou étant à l’Assemblée très seul – va reprendre. C’est tout cela que symbolise la cérémonie des questions d’actualité. C’est pourquoi elles sont tant attendues. Attendues par l’opinion – on m’en parle dans le Doubs, avec curiosité, « ça reprend quand » ? – qui veut voir et critiquer. Attendues par le gouvernement – et d’abord par le Premier ministre, François Fillon, qui recherche désespérément un lieu d’expression, asphyxié qu’il est par l’omniprésence sarkoziste. Attendues par la gauche et le PS – qui y voient l’occasion d’affirmer des positions et, autant que possible, une affirmation. Eh bien, nous y sommes, et finalement ce n’est pas totalement anecdotique.

Quelles impressions de cette première séance en tant que député ? Je connaissais l’exercice de l’autre côté, celui du gouvernement, au sein duquel j’ai eu l’occasion pendant cinq ans, de 1997 à 2002, d’affronter les « fauves » – les députés de la Nation. Je connaissais l’appréhension de cette séance, naissant le matin, grandissant jusqu’à l’heure fatidique – 15h – avec les questions qui taraudent le malheureux ministre : « serais-je interrogé ? Sur quoi ? Ai-je un point de vulnérabilité ? Lequel ? » Je connaissais le sentiment du ministre passé à la question, cœur battant dans cette arène impitoyable. Je me souviens de moments forts – et d’abord de la mort, en quelque sorte « en scène » de Michel Crépeau, en se rasseyant après avoir interpellé le gouvernement. En tant que député, c’est plus cool. « Ils » sont en bas, « nous » sommes en « haut ». Nous n’avons qu’à écouter – un peu – sourire – parfois – huer – pour moi ce sera rarement, pas mon tempérament, mais il y a des spécialistes, des « gueulards » professionnels, assez drôles – interroger – exceptionnellement. J’ai donc regardé tout ça avec une distance amusée.

Qu’ai-je vu ? D’abord un gouvernement assez faible. François Fillon attendait ce rendez-vous, paraît-il, avec gourmandise. Je ne suis pas sûr qu’il aura été satisfait – il n’a d’ailleurs guère été repris par les médias. Il est solide, calme, professionnel. Il connaît bien le Parlement, où il siège depuis 1981. Mais il a l’air malheureux – quel sacerdoce, manifestement, que cette fonction de « collaborateur » percé de flèches par ses amis – épuisé, donc assez terne. Christine Lagarde fait sourire, elle est tellement caricaturale, pas antipathique, mais l’image même de la bourgeoisie conservatrice : elle ne peut pas incarner la confiance. Je suis assez stupéfait de l’indulgence parlementaire envers Rachida Dati – voix faible, expression sans relief, phrasé approximatif. Sans doute répugne-t-on à l’attaquer, tant elle paraît fragile. Pourtant, il le faudra bien – ce ne serait d’ailleurs pas lui rendre service que de la protéger ainsi : elle devra connaître, elle aussi, l’épreuve du feu, sans laquelle elle ne sera jamais une vraie politique. Enfin, il y a Bernard Kouchner : je le trouve tendu, presque énervé, en colère permanente contre les socialistes – qui pourraient aussi l’être contre lui. Pourquoi ? Je le crois en vérité mal à l’aise, trop peu libre de ses faits et gestes avec Sarkozy, défensif par rapport à ses propos maladroits – sur la guerre par exemple – trop aligné sur la « real politik » pour être lui-même. Cette impression m’a été confirmée plus tard, lors de l’audition de la Commission des Affaires étrangères qui a suivi. J’aimerais qu’il apprenne la contradiction, les règles du débat démocratique, qu’il sache écouter les critiques, les admettre sans remettre en place et en cause ses interlocuteurs. D’ailleurs j’ai ri quand le très aristocratique Hervé de Charrette, député UMP et ancien locataire du Quai d’Orsay, après une riposte plus que vive du ministre à un député socialiste m’a glissé : « on ne traite pas ainsi la Commission des Affaires étrangères », ce club si respectable…

J’ai voulu aujourd’hui vous distraire avec la vie du Parlement. Je vous promets que je n’y reviendrai pas trop souvent !

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