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OUI, SANS AMBIGUÏTÉ

Catégorie : Politique,Réflexions | Par pierre.moscovici | 06/11/2007 à 17:46
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Le Bureau national du Parti socialiste va, ce soir, se prononcer sur le traité modificatif européen. Vous connaissez ma position, j’ai été parmi les premiers à l’exprimer : je suis pour un « oui malgré tout », mais sans ambiguïté. J’espère que notre attitude sera claire, lisible, aussi unie que possible. Je voudrais dire, par une série de questions, comment je l’argumente.
1) Une position unie du PS est-elle souhaitable ? Bien sûr, si l’on veut à la fois éviter de revivre les divisions de 2005 et rendre crédible notre rénovation. Un parti divisé s’affaiblit, un parti flou disparaît. Je l’ai dit ici, entre les deux pièges tendus par Sarkozy, la division et l’inconsistance, il faut choisir le moindre, et une sortie par le haut : un rassemblement autour d’un « oui » critique.
2) Cette position unie est-elle possible ? Sans doute pas. Les blessures du référendum sur le TCE ne sont pas cicatrisées, et il est sans doute difficile, pour beaucoup de « nonistes » d’hier de basculer sur le « oui ». Certains, autour de Vincent Peillon, l’ont fait : tant mieux, cela a pesé. Mais ils ne furent pas les opposants les plus résolus au traité et force est de reconnaître que l’opération est acrobatique. Elle ne sera pas suivie par Jean-Luc Mélenchon, qui dira non – ce n’est pas une surprise – elle ne le sera probablement pas non plus par Henri Emmanuelli, Laurent Fabius ou Benoît Hamon, qui semblent aller vers l’abstention.
3) Est-ce grave ? Non, s’il y a par ailleurs une nette majorité. Les cas de conscience, les convictions sur un tel sujet ne me choquent pas. Et je note que l’abstention ne fait pas obstacle à la ratification du traité.
4) Faut-il un nouveau référendum ? Oui et non. Oui, si l’on considère que, le peuple ayant voté une première fois, il doit être consulté à nouveau sur un traité comparable. Je suis sensible à cet argument. Il ne me convainc toutefois pas. D’abord, parce que le socialisme et le référendum n’ont jamais fait bon ménage – cette conversion plébiscitaire récente ne m’enthousiasme guère. Ensuite et surtout, parce qu’il ne s’agit pas pour moi d’un nouveau traité constitutionnel, mais d’un simple traité modificatif, qui doit être ratifié comme le sont les autres traités, en général par la voie parlementaire. Ma recommandation : évitons nous cette épreuve. D’autant que demander un référendum pour se diviser et/ou s’abstenir n’est pas d’une grande cohérence.
5) Faut-il s’abstenir ou ne pas prendre part au vote lors de la modification constitutionnelle votée par le Congrès ? Je ne sais pas. Attendons, en tout cas, que le Conseil constitutionnel se prononce, en décembre. Et ne rendons pas notre décision de ce soir illisible, en proposant trois positions sur deux votes : non vote au Congrès sur la modification constitutionnelle, oui à la ratification avec liberté de vote pour certains. Ce ne saurait pas compréhensible, donc pas compris.
6) En définitive, quel vote pour les socialistes ? Ayons une position, une seule, quitte à laisser certains s’abstenir : un « oui » au traité, notre « oui ». Pas un « oui » à Sarkozy, sauveur autoproclamé de l’Europe, pas un « oui » enthousiaste – ce traité renonce à beaucoup de l’ambition du TCE pour l’Europe politique, il ne marque pas un grand progrès de l’Europe économique et sociale – un « oui » critique et carré à une démarche pragmatique, réaliste, qui tire l’Europe de l’ornière et nous dote des instruments nécessaires à la prise de décision dans l’Europe à 27.
7) Quelle est la perspective ? Tournons, enfin, la page ouverte à Amsterdam des réformes institutionnelles, indispensables mais qui ne passionnent pas le citoyen. Avançons plutôt sur notre projet pour une Europe économique, sociale, politique, attachée au développement durable, puissante dans le monde, faisons-le avec les socialistes européens, reprenons notre place – une des premières – parmi eux, bâtissons une plateforme crédible pour gagner les élections européennes de 2009, décisives. Parlons enfin d’Europe aux citoyens. Si je vote « oui », c’est parce que je suis persuadé que ce traité, à bien des égards décevant, est la boîte à outils qui permettra à l’espace public européen de se déployer, enfin. Saisissons-nous en.

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