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LE CONGRÈS DU PS (1) : CE QU’IL NE FAUT PAS FAIRE

Catégorie : Le Parti socialiste,Réflexions | Par pierre.moscovici | 27/11/2007 à 17:26
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Le prochain Congrès du PS, en juin ou plus probablement en novembre 2008, sera décisif. Il est sans doute vain, jusque-là, d’attendre une amélioration majeure de notre situation. Nous pouvons être plus efficaces, plus percutants, plus soudés – que dis-je, nous le devons ! – mais nous ne pouvons pas, d’ici là, trancher les questions majeures qui nous taraudent, effectuer les clarifications nécessaires. C’est pourquoi ce Congrès sera sans doute un des plus importants de notre histoire, car il devra clore proprement un cycle de leadership – les dix années de François Hollande à la tête du PS – un cycle stratégique – celui du parti d’Épinay – et ouvrir une nouvelle époque. Sa réussite est donc essentielle, et ses conditions sont exigeantes. Avant d’en parler, je veux évoquer ce qu’il ne faut pas faire, selon moi : un congrès de désignation, un congrès de confusion, un congrès de stagnation et d’attente.
La tentation d’un Congrès de désignation de notre candidat à l’élection présidentielle, dès 2008, est forte, et je le comprends. Le raisonnement est limpide. Le PS sort d’une longue période d’incertitude dans son leadership. Depuis le retrait de Lionel Jospin, le soir du funeste 21 avril 2002, il est traversé par un long combat irrésolu pour sa direction. François Hollande est un homme de talent, un analyste brillant, un orateur séduisant, il n’a pas su, pas pu ou même peut-être pas voulu s’imposer comme le chef incontesté des socialistes. Alors qu’en toute logique sa fonction aurait dû faire de lui notre candidat à l’élection présidentielle, il n’est pas parvenu à en réunir tous les attributs. Il a neutralisé les « présidentiables » – Laurent Fabius, qu’il a ringardisé, DSK, qu’il a caractérisé dans un positionnement social-libéral, Lionel Jospin, qui n’a pu revenir – mais a finalement été doublé sur le fil par la figure étrangement charismatique, mais pour le moins imprévue et parfois imprévisible, de Ségolène Royal. La défaite de celle-ci à la présidentielle, avec un score honorable, n’a pas suffi à rassembler le parti autour d’elle. D’autres postulants, comme Bertrand Delanoë, apparaissent sans encore clairement se distinguer. Et une nouvelle génération, elle aussi talentueuse mais incertaine, affirme ses ambitions dans un relatif désordre. Ce paysage a pour les militants socialistes, pour nos électeurs, quelque chose de désespérant, il nourrit l’image d’un parti divisé et flottant, il suscite l’envie d’en finir, avec une idée faussement évidente à la clé : que le PS trouve, enfin, un chef !
Ce n’est en réalité pas si simple, pour deux raisons liées. D’abord, parce qu’il n’y a pas, aujourd’hui, une personnalité socialiste qui s’impose incontestablement, sinon naturellement. Si cela était le cas, elle serait déjà à la tête du parti, François Hollande lui aurait laissé les rênes au lendemain des législatives de juin, comme Henri Emmanuelli l’avait fait avec élégance, mais aussi avec réalisme, pour Lionel Jospin en 1995. Les présidentiables les plus courus désormais, Bertrand Delanoë et Ségolène Royal, ont tous deux des atouts et des handicaps, aucun ne s’est encore imposé, d’autres – je pense évidemment à DSK, qui depuis Washington n’oublie pas la France – restent en lice. Ensuite parce que, de ce fait même, une confrontation prématurée pour la présidentielle produirait plus d’ambiguïté que de clarté. Qui, en effet, l’emporterait ? Je n’en sais rien, le vote militant serait sans doute très partagé. Mais ce que je sais, c’est que celui qui aurait apparemment gagné aurait eu une victoire à la Pyrrhus. Ce ne serait pas la fin, mais l’ouverture du match, un match en plusieurs rounds, le premier ouvrant immédiatement un processus de revanche, cette bataille permanente risquant fort d’impuissanter le candidat du PS en 2012 et de faire le jeu de Nicolas Sarkozy. Ce n’est pas raisonnable, cela ne me paraît être de l’intérêt d’aucun des protagonistes. Je crois, sincèrement, hautement préférable de l’éviter.
Autre écueil à éviter : un congrès de confusion – je dirais même, un congrès de confusion de plus. Les deux congrès de la précédente mandature ont été, dans des styles bien différents, tous deux ratés, ou plutôt tous deux insuffisants. Le Congrès de Dijon avait sa part de nécessité : il fallait garantir la pérennité et la crédibilité du PS. Mais il a aussi eu sa part d’artifice : face à des « rénovateurs » qui avaient étrangement – et un peu contre leur nature – brandi un étendard vaguement gauchiste et néo-protectionniste, s’est affirmé une majorité « réformiste »… qui n’a pas défini le sens de ce mot, ne lui a pas donné de contenu. L’ovation faite à un Bernard Thibaut stupéfait résumait à elle seule cette ambiguïté. Le Congrès du Mans fut celui d’une fausse synthèse, d’une réconciliation feinte entre les partisans du « oui » et du « non » au TCE, autour d’un Premier secrétaire qui sentait déjà que l’heure de sa candidature présidentielle, cherchée à travers un référendum interne hasardeux, était passée, mais refusait encore de l’avouer et de se l’avouer. Là encore, il y avait une logique – afficher l’unité du parti un an avant l’élection suprême – et beaucoup d’hypocrisie – cette synthèse était à l’évidence factice, elle a éclaté lors du récent vote du bureau national sur le traité modificatif. Nous ne devons, en 2008, reproduire aucun de ces exercices. Il faudra, au contraire, donner enfin du contenu, du sens au « réformisme de gauche » et ne pas craindre de faire apparaître des clivages. Sinon, nous achèverions de nous décrédibiliser.
Enfin, refusons un Congrès de stagnation et d’attente. A défaut d’une désignation, souhaité par d’aucuns, ou d’une clarification, refusée par beaucoup, pourrait apparaître la tentation d’un nouveau Congrès vide, préservant tous les possibles sans trancher quoi que ce soit. En sortirait une majorité aussi vaste que vague, une direction aussi composite qu’impuissante, un Premier secrétaire convenant à tous et à tout, ne gênant personne – ni à gauche, ni à droite d’ailleurs – le tout pour repousser à plus tard les choix, pour laisser sa chance à chacun. Cette formule a peut-être ses mérites – elle laisse tout ouvert – mais elle a un inconvénient majeur : elle impose au PS deux ans de surplace supplémentaires, deux années perdues de plus, elle nous ferait prendre un retard considérable, probablement définitif. Ne faisons pas de hollandisme sans Hollande : ce serait la même chose en pire. Alors, que faire ? J’en parlerai demain.

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