LE CONGRÈS DU PS (2) : COMMENT RÉUSSIR ?

Comment, dans l’état préoccupant du PS, devant l’ampleur des écueils qui nous entourent, réussir le Congrès de 2008 ? Comment Socialisme et démocratie peut-il y contribuer ? On m’objectera, à juste titre, que l’enjeu est encore lointain, que la situation est encore confuse, voire de manière plus rhétorique qu’il y a d’autres urgences. Je ne les néglige pas, je tente avec mes modestes moyens de participer à une opposition intelligente, de réfléchir sur la société, d’intervenir dans le débat public. Ce blog n’y suffisant pas – même s’il m’est utile, et s’il l’est je l’espère aussi pour vous – je prépare un petit ouvrage, tourné vers l’avenir, qui sera publié après les municipales. Mais ce Congrès doit être pensé bien en amont, il se noue déjà en partie, il ne faut pas prendre de retard. Alors, que faire ? pour moi, ce Congrès doit être à la fois un Congrès de clarification et un Congrès de reconstruction, que Socialisme et démocratie doit aborder avec des idées simples.
Je souhaite un Congrès de clarification. Il ne sera pas encore temps, en 2008, de présenter notre projet pour 2012. Ce serait trop tôt, cela demandera beaucoup de travail. En revanche, il nous faut, dès 2008, être clair sur nos orientations, affirmer enfin – je l’ai dit hier – ce que signifie un réformisme de gauche conséquent. Avec DSK, avec beaucoup d’autres, je défends dans le PS, depuis des années, une attitude que nous avons qualifiée de social-démocrate – même si nous n’ignorons pas que la social-démocratie traditionnelle est en crise, qu’elle doit être dépassée, voire réinventée. Il s’agit, en clair, de nous libérer du surmoi gauchiste qui paralyse la gauche française, du splendide isolement qui caractérise trop souvent le socialisme français, de faire vivre un socialisme du réel, intégré dans la famille européenne. Pour cela, nous devons affirmer de nouvelles conciliations – entre l’individuel et le collectif, entre l’État et le marché, entre la Nation et l’internationalisme, entre la sécurité et la liberté, le tout en poursuivant nos idéaux de justice et de réduction des inégalités. Cette nouvelle social-démocratie ne doit pas être abstraite, elle doit permettre d’affronter les problèmes d’aujourd’hui : la compétitivité dans la mondialisation, la préparation de l’avenir à travers la connaissance, le futur de l’État providence – ce que Jean-Marie Le Guen appelle le passage à une société de prévoyance – et de l’État régalien, la redistribution des richesses, l’immigration, la construction de l’Europe, la régulation monétaire et financière internationale, l’instauration d’un nouveau multilatéralisme… Sur tous ces sujets, je crois les esprits socialistes mûrs pour des choix cohérents : chacun en effet a compris que les explications commodes de nos défaites lors des dernières élections présidentielles – en 2002 nous aurions perdu pour n’avoir pas été assez à gauche, en 2007 parce que nous n’aurions pas choisi la bonne candidate – étaient pour le moins courtes. En vérité, nous ne l’avons pas emporté faute d’avoir embrassé la réalité d’aujourd’hui avec nos valeurs. N’en restons pas aux synthèses inconsistantes, avançons, proposons, bâtissons une plateforme de travail ambitieuse, sortons de l’ambiguïté. Bref que ce Congrès, comme le dit Alain Bergounioux, lance enfin la vraie rénovation, pas le « renouveau Canada Dry » qu’on nous sert depuis longtemps déjà.
J’espère aussi, en 2008, un Congrès de reconstruction. La refondation ne peut être l’œuvre d’un seul Congrès, la tâche est beaucoup trop vaste, elle exige un travail en profondeur et dans la durée. Ce que je préconise, c’est donc la mise en place, en 2008, d’une direction nouvelle, resserrée, animée d’un esprit collectif, dirigée par un bon capitaine, dont la mission serait de conduire un vrai programme de reconstruction pour un Parti socialiste nouveau. Nous en connaissons le cahier des charges, qui pour moi doit comprendre cinq chapitres :
• une pensée socialiste revisitée, capable de sous-tendre un projet ambitieux et réaliste.
• une nouvelle stratégie d’alliances, susceptible de permettre un rassemblement de toute la gauche et, au-delà, des progressistes.
• un engagement européen enfin commun, concret, résolu
• un discours, une rhétorique pouvant entraîner, compréhensible et comprise
• une organisation modernisée, dans toutes ses dimensions : militantisme, rapports avec la « société civile » et les intellectuels, maîtrise des nouveaux outils de communication, désignation du candidat à la présidentielle par des primaires ouvertes.
Ce parti rénové devra conserver ce qui fait sa spécificité – l’expression et la représentation des idées à la proportionnelle – et retrouver les moyens d’une autorité – évidemment juste ! – qui s’est un peu perdue. Pourquoi, sur cette base, ne pas conclure un vrai contrat de reconstruction, dont la mise en œuvre, sur trois ans, permettrait ensuite la désignation de notre candidat dans les meilleures conditions ?
Que doit faire Socialisme et démocratie dans ce Congrès ? Allons vers ce rendez-vous compliqué avec des idées simples ! Plusieurs d’entre vous – et je sais que cette interrogation va bien au-delà des lecteurs de ce blog – se sont émus de contacts pris ici et là, préludes supposés d’alliances internes perçues par certains comme contre-nature. Je veux, là-dessus, être clair. Tout le parti, toutes ses familles, sont en mouvement. Toutes veulent se décloisonner, se parler. Alors ne boudons aucun contact, menons-les au contraire sans tabous, sans préjugés. Pour ma part, je rencontre volontiers aussi bien Ségolène Royal que Bertrand Delanoë, Arnaud Montebourg que Manuel Valls, François Rebsamen que Vincent Peillon, Martine Aubry que Benoît Hamon – peu d’amis de Laurent Fabius, je l’avoue. Mais, pour aller plus loin que l’échange platonique et amical – progrès, déjà, par rapport à une période antérieure cloisonnée par les hostilités réciproques – je mets et mettrai toujours en avant deux critères liés à ma conception de ce Congrès, c’est-à-dire de l’avenir du PS : pouvons-nous partager des idées pour la vraie rénovation, avons-nous la même conception de la reconstruction du parti ? Pour être crédible, efficace et plus que cela, moteur, Socialisme et démocratie ne doit pas craindre de s’affirmer. Depuis La Rochelle, je ne cesse de le dire, je le redis ici à nouveau : nous devons nous mettre en situation – contrairement à ce que nous n’avons pas osé, à tort, faire à Dijon et au Mans – de déposer, en vue du Congrès de 2008, une contribution générale rassemblant nos idées, allant au-delà des analyses – justes – du « Manifeste » pour formuler des solutions, de soumettre une motion, seuls ou avec d’autres, au vote des militants, de présenter le cas échéant un candidat au poste de Premier secrétaire. Cela suppose avant tout de travailler, beaucoup, notamment à travers une fondation dont je poursuis le projet. Ne tournons pas autour du pot, soyons ouverts sans être ambigus, soyons au travail et déterminés. Moi, en tout cas, je le suis. Complètement.
PS : Un mot court sur le drame de Villiers-le-Bel et la situation des banlieues. Tant de choses ont été dites. Ce qui me frappe, c’est la stagnation, entre 2005 et 2007, de ce problème majeur, c’est l’inertie du pouvoir sarkoziste – déjà là, sur ce terrain, depuis plus de cinq ans – victime de ses provocations. Je veux ici dire, à mon tour, ma solidarité aussi bien avec les familles des jeunes tués – quelles qu’aient été les circonstances de leur mort, elle est insupportable, bête et tragique à la fois – qu’avec les policiers, les pompiers, touchés par d’inadmissibles procédés de guérillas urbaines, avec les élus, les populations enfin. Il y a plus que jamais urgence.