Fraternité

Charmes de la vie politique : vendredi et samedi, j’étais à Montbéliard, aujourd’hui je suis à Dublin pour parler de l’Europe, hier j’intervenais devant l’«université permanente » du PS à l’invitation d’Henri WEBER et Yves ATTOU sur une « politique étrangère de gauche » (je joins à ce post le canevas de mon intervention). J’aime ces confrontations avec nos cadres, nos militants, la vivacité de l’échange, la diversité des points de vue. Dans ce débat, j’ai vu aussi, en quelque sorte, un scanner de notre parti. En effet, j’en retire deux impressions.

  1. Le PS reste une force puissante, aux ressources étendues. Le public de cette université était constitué de cadres du PS et du MJS, de beaucoup de candidats, jeunes pour la plupart d’entre eux, aux élections municipales et cantonales. Tous sont formés, intelligents, animés par des convictions sincères et désintéressées, prêts à se battre pour leur idéal de socialiste, contre la droite, mais dans des conditions difficiles : ils croient à l’avenir de leurs idéaux, ils se sentent enthousiastes pour renverser un sort contraire. Ce parti-là, non, n’est pas mort.
  1. On sent bien, en même temps de quoi il souffre, de quoi il a besoin.

Il a besoin de confiance en lui. Il y a encore, dans nos rangs, trop de complaintes, d’auto-flagellations, d’«à quoi bonisme», pour parler comme Serge GAINSBOURG, de désabusement. Comme si nos 15 années au pouvoir avaient été des années de trahison, de désillusion. Comme si nous avions fini par nous confondre sans nuance avec la droite. Je n’accepte pas ce fatalisme, cette amertume. J’ai été très tôt partisan du «droit d’inventaire», cher à Jean-Christophe CAMBADELIS et à Lionel JOSPIN, qui peine à l’exercer pour lui-même mais qui l’a justement appliqué au mitterrandisme finissant. Mais cracher dans la soupe, non : cela ne sert rien, ne la rend pas plus mangeable, c’est surtout très injuste au regard de notre bilan, contrasté, certes, depuis 1981. C’est stérile et sans issue.

Il a besoin d’une vraie rénovation intellectuelle. J’entends encore trop de poncifs, d’«idées-réflexes» venant des temps anciens, de préjugés idéologiques mal digérés. Ce n’est pas ce qu’il nous faut : je ne prétends pas avoir raison sur tout, je peux me tromper, je tâtonne, ma réflexion est inaboutie, mais j’essaie toujours d’avancer, j’écoute les autres, je me nourris d’eux, et cela me paraît la bonne démarche. Notre pensée n’est pas assez sûre, glorieuse, conquérante, pour souffrir la paresse ou la suffisance. Au travail, donc, sans oeillères.

Surtout, avant tout –et c’est lié- le PS a besoin de fraternité.

Fraternité, oui ! Je sais le terme galvaudé, mais je l’écris. Assez de petites malveillances gratuites, de positionnements stériles et intolérants –cela vaut pour les plus expérimentés comme parfois pour les plus jeunes des socialistes. Il n’y a pas, chez nous, de morphologie de «droite» ou «de gauche», des socialistes et des libéraux, des «chavistes» et des «réformistes», des «ouistes» et des «nonistes», incapables de se parler, murés dans leur hostilité réciproque. Assez de caricatures : il y a des camarades, de sensibilité différente, qui doivent réapprendre à former, ensemble, un socialisme du 21ème siècle, un socialisme du réel. À défaut, ce sera très difficile, voire impossible. Un jeune militant du Tarn, se croyant très malin sans doute, a cru devoir, au milieu de certains sourires entendus, établir une étrange filiation allant de FOCCART à … DSK, en passant par CHIRAC et SARKOZY.

Et bien, c’est juste très con ! Le travail de DSK  est très difficile, il le sait, mais il est décisif pour change la mondialisation. C’est un vrai défi, pour un progressiste. Et si nous procédons ainsi, en ne cessant de dénoncer des ennemis intérieurs, de tirer contre notre camp, nous resterons une belle phalange, pleine d’intelligence certes, mais condamnée pour longtemps –et à juste titre- à une opposition impuissante.

Allons ceci dit, ce fut une belle matinée, où je me suis senti entouré de sympathie au soir de cette promotion «Lucie AUBRAC» : il est bon que les socialistes sachent retourner à l’université –oui, mais pour apprendre. Cela vaut aussi pour moi….