DSK et moi

Pour certains, qui s’expriment sur ce blog, je parlerais trop de DSK, pour d’autres, je n’en parlerais pas assez. Faut-il en déduire que j’en parle juste comme il faut et quand il faut ? Je l’espère, je le crois, je vous dis pourquoi, en vous disant quelques mots -pardon de ce mauvais pastiche de Montaigne- de lui et de moi.

Je ne suis pas le petit télégraphiste de DSK, mon rapport avec lui n’est pas celui du PC coréen avec son leader Kim Jong Il. Nous sommes des socialistes, pas des paléo-staliniens, le culte de la personnalité n’est pas notre tasse de thé. Surtout, nous poursuivons chacun notre chemin. Il est à Washington, directeur général du FMI, il se consacre pleinement à cette tâche qui le passionne, sa réussite dans ces fonctions conditionne toute perspective d’avenir politique pour lui. Il le sait, le FMI n’est pas pour lui un plan B, un sas de décompression ou un stage avant son retour sur la scène française, c’est une vraie mission, un « full time job ». Préparer son « come back » ne peut pas être, ne doit pas être la seule raison d’être de SD. Ce serait une faute, il nous faut vivre notre vie, nous consacrer pleinement à notre tâche de militants, d’intellectuels, de citoyens, de responsables politiques, nous investir dans la reconstruction du PS et de toute la gauche, le faire ici et maintenant. C’est, en tout cas, mon état d’esprit : j’ai passé, comme le disait jadis Henri Emmanuelli, « l’âge des caramels mous », et souhaite tracer, avec ceux qui le veulent, mon sillon.

Qu’on n’attende pas pour autant de moi de l’ingratitude ou de l’amnésie. Ce n’est pas ma culture, ce n’est pas mon tempérament. J’ai un grave défaut, rare en politique : je suis fidèle à mes idées et à mes amis. En 20 ans de socialisme, j’ai toujours travaillé avec deux hommes -Lionel Jospin, pendant longtemps, DSK depuis l’origine. Je ne l’ai pas fait par paresse ou par servilité, mais parce que j’y ai trouvé une famille politique, un ancrage à gauche, profondément réformiste, réaliste, que j’y ai trouvé et retrouvé une cohérence, que nous avons agi ensemble, avec nos réussites et nos échecs, mais de façon honnête, sincère, dans la fraternité. Les circonstances peuvent nous éloigner -Lionel a pris à la fois volontairement et à son corps défendant, ses distances avec la politique, Dominique n’est pas là tous les jours -je demeure attaché à ce que nous avons pensé et fait ensemble, j’en suis dans l’ensemble plutôt fier, on ne me changera pas.

Mais ma principale motivation pour parler de DSK n’est pas affective ou nostalgique, elle est politique. La France sous Sarkozy est peut-être fascinée par l’étrange artiste qui la dirige en s’exposant à outrance, de Tripoli à Bogota, elle n’est pas heureuse, elle ne le sera pas. Car le sarkozysme n’est pas seulement une alternance au sein de la droite, c’est une aventure politique. La parenthèse de la campagne présidentielle, moment d’espérance démocratique, se referme, le pays retrouve un climat de morosité, de tristesse, il continue de perdre son rang. Je ne veux pas, je ne peux pas imaginer Sarkozy au pouvoir pendant 10 ans, je crois décisif que nous nous mettions en situation de l’emporter dès 2012. Nous n’avons pas le droit d’enjamber cette échéance, de sacrifier ce rendez-vous en sautant une génération, c’est dès maintenant qu’il faut préparer la gauche à cette confrontation, et pour cela la rebâtir. Comment dans ces conditions exclure DSK du jeu ? Je ne suis pas convaincu, je l’ai écrit ici, de l’offre de leadership présente au sein du PS. Elle est de qualité, mais rien ni personne ne s’impose. Pour ma part, je n’oublie pas que DSK incarne, aux yeux de beaucoup de Français, une ligne politique, qu’il représente une crédibilité -la plus forte sans doute- que la gauche et le pays peuvent avoir besoin de lui. Dans son action, il a besoin de notre soutien : il lui est acquis. Nous avons besoin du sien : je n’en doute pas. Que pourra-t-il faire ? Que voudra-t-il faire ? Sera-t-il en situation ? Aura-t-il conservé ou conforté un lien fort avec les Français ? Je ne peux pas répondre à ces questions -ça dépend de lui, ça dépend de nous. Mais elles sont ouvertes, ne les ignorons pas.

Voilà pourquoi je continue et continuerai à parler de DSK, de ce que nous avons fait ensemble, de ce que nous ferons ensemble demain -quoiqu’il arrive, il s’intéresse à la France, il est aux côtés de ses amis, il sera indispensable aux socialistes en 2012. Mais rassurez-vous, je le ferai sans abuser et sans oublier d’être moi-même, opposant au sarkozysme, acteur du renouveau du socialisme en France.

PS : Non, ce blog n’est pas dédié aux débats internes du PS ! Il dit aussi ce que je pense sur les questions économiques, sociales, internationales auxquelles je travaille ou réfléchis. Mais ce média n’est pas académique. Et l’enjeu de la reconstruction du PS n’est pas négligeable, il est essentiel, il ne mérite ni fascination ni mépris. S’il ne trouve pas de réponse, rien n’avancera. Alors, il gardera sa place ici.