L’HORREUR À ALGER, LE RIDICULE À PARIS

Monstrueux attentats, hier à Alger – plus de 60 morts, 200 blessés – touchent deux cibles : le pouvoir algérien et l’ONU, plus particulièrement le HCR. L’auteur de ce forfait est connu, il a été signé et revendiqué, c’est Al-Qaida, à travers sa branche pour le Maghreb islamique, qui a absorbé l’ancien groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC). Que dire devant l’horreur ? Exprimer d’abord une condamnation, saluer les victimes, les civils et les étudiants algériens, les fonctionnaires de l’ONU qui ont payé leur engagement de leur vie. Le terrorisme est absurde, révoltant inacceptable, son refus, je le disais hier à propos du colonel Kadhafi, ne doit souffrir aucune exception, il ne connaît nulle excuse. Mais il faut aussi marquer une préoccupation : l’Algérie renoue avec les attentats de masse, elle est à nouveau dans la ligne de mire des islamistes, qui ont prouvé hier – alors que le pouvoir les dit marginaux – leur immense capacité de nuisance. C’est un constat d’échec, cruel. Le terrorisme est bien sûr difficile à combattre, toutes nos sociétés y sont vulnérables. Mais l’Algérie l’est sans doute plus que d’autres. Car la présence islamiste au Sahel n’est pas contenue. Car la coopération policière avec les autres pays du Maghreb n’est pas optimale. Surtout, parce que les réformes nécessaires à un rejet de l’islamisme n’ont pas été faites. L’Algérie est un pays riche, mais où la manne financière n’est pas partagée, où le peuple assiste en spectateur aux manœuvres d’un pouvoir opaque. Tant que l’Algérie n’aura pas avancé vers la démocratie, n’aura pas ouvert son modèle social, elle sera menacée de convulsions. Ce n’est l’intérêt de personne : l’Algérie est un grand pays, auquel nous sommes intimement liés, et qui a une vocation au leadership maghrébin, s’il sait valoriser ses ressources. C’est pourquoi nous devons aider l’Algérie, l’encourager à changer, multiplier les contacts avec les partis algériens, d’abord le FFS, mais aussi le RCP, sans négliger bien sûr les relations avec le pouvoir qui, pour contestable qu’il soit, détient les clés du changement. En tout cas, après le 11 septembre 2001, ce 11 décembre 2007 montre la virulence conservée d’Al-Qaida, rappelle la menace terroriste et nous incite à garder une vigilance intacte.
Suite de la visite de Kadhafi à Paris : le calvaire continue. Avec l’inénarrable colonel, au comportement capricieux de rock star, la provocation est toujours au rendez-vous, le pire est toujours – presque – sûr, et Sarkozy continue jusqu’au jour à se mordre les doigts de cette invitation baroque. L’interview du « guide » à France 2 valait en effet son pesant de cacahuètes ! L’hôte de la France refuse la présence internationale au Darfour – à laquelle notre pays travaille : belle reconnaissance. Le colonel prétend par ailleurs n’avoir pas évoqué la question des droits de l’homme avec Nicolas Sarkozy. J’ai cédé hier mon temps de parole lors du débat sur la préparation du Conseil européen à Jean-Marc Ayrault, pour qu’il évoque la visite en France du dictateur libyen, au nom des socialistes. Il l’a fait, et bien fait, et a posé à ce sujet la question : qui, de Kadhafi ou de Sarkozy, qui clame avoir parlé de ce sujet, dit la vérité ? J’ai ma réponse : je ne mets pas, pour ma part, en doute la parole du Président de la République, ni les propos du secrétaire général de l’Élysée, Claude Guéant, la partie française a, évidemment, mis le problème des droits de l’homme à l’ordre du jour de ces entretiens. D’une certaine façon, c’est pire : Kadhafi n’a pas entendu le message, parce que ce n’est pas pour lui un sujet, parce que cette préoccupation n’existe pas à ses yeux, tout simplement parce qu’il ne veut pas entendre ou parce que, comme disent les jeunes, il n’en a « rien à cirer ». C’est pourquoi je demande au Chef de l’État de revenir à la charge, de manière plus formelle, plus publique, pour éviter le camouflet. Je lui demande aussi d’exiger de Kadhafi – c’est bien le moins – la reconnaissance de l’innocence des infirmières bulgares et du médecin d’origine palestinienne détenus, condamnés et torturés en Libye pendant huit ans. Le fera-t-il ? Je ne me fais guère d’illusions…
Toujours est-il que cette visite est une bérézina. Bien sûr, des contrats sont signés, mais beaucoup étaient déjà conclus, d’autres sont lointains ou bien hypothétiques – le Rafale n’a pas encore trouvé preneur.Et la rhétorique populiste de Sarkozy – « les ouvriers d’Alstom ou d’EADS seront contents, moi je travaille pour eux » – ne suffira pas à effacer cette tache. Cette visite embarrasse, y compris à droite : le prétexte de Copé pour ne pas assister à la réception à l’hôtel de Lassay ne trompait personne – c’était fait pour – et de nombreux élus UMP ressentent un sincère malaise, seuls Patrick Ollier et Nadine Morano – avec sa finesse proverbiale – s’acharnent à défendre l’indéfendable. Sarkozy a de la chance : le ridicule ne tue pas. Mais il blesse : le Président doit compter les heures qui s’écoulent jusqu’au départ de cet hôte qui l’encombre, il éprouvera alors un vrai soulagement. Le plus simple, à dire vrai, eût été qu’il ne vienne pas…