MAUVAIS POIL

Quelques mots sur les tangages internes du PS, que la trêve des fêtes va calmer.
La lecture d’un article paru jeudi dans le « Nouvel Observateur » m’a vraiment foutu de mauvais poil. Intitulé « la vie sans DSK », il décrit l’état de « Socialisme et démocratie » après son départ à Washington. Ce n’est pas tant le papier lui-même que ce qu’il révèle d’un état d’esprit qui peut exister dans nos rangs et qui ne devrait pas y être présent. Mal inspiré, il est en effet plein d’anecdotes consciencieusement biaisées : le partage de « l’empire » au profit de Jean-Christophe Cambadélis pour le parti, de Jean-Marie Le Guen pour l’Assemblée nationale et à ma prétendue grande déception, nos choix contrastés en cas de duel Royal/Delanoë – pour moi, ce serait Ségolène – les ambitions des uns et des autres. Surtout, nous sommes dépeints comme encore unis par la nécessité mais dépourvus d’identité, voués à des combinaisons compliquées – alliance avec Arnaud Montebourg, Laurent Fabius et d’autres pour éviter le choc des présidentiables, subtiles nuances entre la « rénovation » – les idées – et la « reconstruction » – le parti – qui pourraient mener à des démarches à géométrie variable, très byzantines. Je vous y renvoie.
Eh bien, ras le bol, je ne veux plus faire de politique comme ça ! L’histoire est fausse – j’avais pour ma part compris que notre direction était ou serait collective, c’est pourquoi et seulement pourquoi je ne l’ai pas revendiquée – les épisodes choisis le sont de façon curieusement sélective, les jeux de rôle sont caricaturaux. Non, je ne suis pas devenu « royaliste », j’en ai assez qu’on le diffuse complaisamment ! Oui, je parle avec Ségolène, comme cela aurait dû être le cas pendant la présidentielle, ce sont des conversations – plus rares qu’on le dit – cordiales, fermes et constructives – faut-il s’en plaindre ? Ce n’est en aucun cas un ralliement de ma part. Précisons que j’ai aussi rencontré Bertrand Delanoë, dans le même esprit, et que je suis prêt à le faire à nouveau. J’ai écrit ici même pourquoi je refusais que le Congrès de 2008 soit un Congrès de désignation : serait-il cohérent, dès lors, de s’aligner maintenant sur un présidentiable ? Je l’ai dit aussi, et je le répète : je ne participerai pas à un TSR – « tout sauf Royal » – ou à un TSD « tout sauf Delanoë » : pourquoi me mettre dans un camp ? Tout cela est puéril et un peu manipulateur.
Ce n’est pas le plus important. Ce n’est pas par narcissisme déçu, ou parce que je lis dans cet article qu’« aspirant » au poste de premier secrétaire, on peut se demander si mes « amis » me soutiendront – j’espère bien que ce sera le cas si cette hypothèse se concrétise, sinon, à quoi bon avoir des amis ? – que je me rebelle : je suis bien dans ma peau, j’aime ce que je fais et je fais ce que j’aime, je sais où je vais. Non, c’est parce que je souhaiterais que, plutôt que de nous perdre dans des stratégies trop subtiles, obsédés par l’idée de barrer la route à telle ou tel, nous ayons confiance en nous et revenions à l’essentiel. Et l’essentiel, c’est la situation de la France, confiée à un Président politiquement doué mais imprévisible, engagé dans une perpétuelle fuite en avant, aventurier et aventureux, escamotant les vraies difficultés – les inégalités, le pouvoir d’achat, la situation des banlieues – par un bagout de représentant de commerce, abîmant l’image de la France à l’étranger par des épisodes grotesques comme la désastreuse visite de Kadhafi à Paris. Nous n’avons pas le droit de laisser Nicolas Sarkozy, puisque c’est de lui qu’il s’agit, filer tranquillement vers la réélection en 2012, sans opposition cohérente, nous n’avons pas le droit de laisser la gauche dans l’état de déréliction où elle se trouve, d’accréditer l’idée qu’elle serait « la plus bête du monde ». Et j’ai la faiblesse de croire que nous avons, après avoir porté le thème de la social-démocratie alors qu’il n’était guère audible, une responsabilité particulière, au moment où chacun sent la nécessité, enfin, d’un socialisme du réel, comme l’a montré le forum de samedi, encore timidement rénovateur mais encourageant, sur les rapports entre les socialistes et le marché.
Cette responsabilité, c’est vrai, est double. Il s’agit bien de faire évoluer le parti, de le moderniser sans le dénaturer, d’améliorer sa gouvernance sans le présidentialiser, de lui donner un cap sans nier sa diversité, bref d’ouvrir de nouvelles voies et d’éviter des dérives. Pour atteindre cet objectif, il n’y a d’exclusive sur personne, il faut discuter avec tous, sans exception. Mais il faut, d’abord et avant tout, faire avancer nos idées, mener à bien une vraie rénovation – de notre pensée, de notre discours, de notre organisation, de nos alliances sans céder sur l’essentiel – et l’Europe à l’évidence, en fait partie. Cela suppose de rechercher de vraies convergences de fond : le « contrat de rénovation », signé avec les amis d’Arnaud Montebourg – que je n’ai pour ma part pas paraphé parce que, tout en adhérant à cette démarche, je n’y vois pas assez clair sur les étapes suivantes – va dans ce sens. C’est important, mais la priorité est autre : nous affirmer, nous constituer, nous exprimer, et pour cela travailler sur nos propres bases. J’ai parfois le sentiment que nous nous en écartons trop, voire les oublions, au risque de désorienter voire de décourager beaucoup de militants et de citoyens qui se sont reconnus en nous, depuis des années, qui attendent de nous de l’audace, du courage et pas seulement de l’habileté – même s’il n’est pas interdit, bien au contraire, d’en avoir.
Moi, je suis comme Julio Iglésias ; je n’ai pas changé. Je connais l’adage : pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? Malgré cela, je m’obstine à chercher la clarté, et je demeure convaincu que la priorité est de construire, de déployer Socialisme et démocratie pour être utile au PS, pour aider à le reconstruire – il en a besoin – et que cela passe par une stratégie lisible : une contribution générale au Congrès, marquant sans timidité notre identité, une motion, seuls ou avec d’autres en accord avec nos idées, un candidat au poste de Premier secrétaire, si possible. Tenons nous y : il n’est pas temps de se dissoudre, mais au contraire de se cristalliser. Il va falloir clarifier tout ça.