Dans les médias

BONNE HUMEUR

Catégorie : Réflexions | Par pierre.moscovici | 19/12/2007 à 19:08
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Allez, je veux vous rassurer, si toutefois vous aviez été inquiets : aujourd’hui je suis de bonne humeur. En effet, je suis un garçon de tempérament optimiste, dont les coups de colère ne durent jamais longtemps. En plus, j’ai passé la soirée dans le Vaucluse, une bonne soirée politique – lancement de la campagne de Michèle Armand, notre candidate à Avignon, débat à Althen-les-Paluds, chez Lucien Stanzione, dîner tardif avec les copains chez Jean-François Cesarini – de celles que j’aime. Vous avez été nombreux à réagir à mon post d’hier, je veux à mon tour vous répondre rapidement.
Comprenez, d’abord, ma motivation. Elle n’est pas négative : ce ne sont ni la frustration, ni la jalousie qui m’animent – jalousie ou frustration de quoi, de qui, on se le demande… Ces sous-entendus là sont mesquins et de peu d’intérêt. Je ne suis pas frustré de média, bien au contraire, il n’y a jamais eu tant à dire face à la déferlante sarkoziste et pour moi tant d’occasions de le faire. Et ma position dans le PS comme dans Socialisme et démocratie me satisfait, autant qu’il est possible dans une période particulièrement ingrate pour la gauche toute entière : elle n’est plus, elle ne peut plus être, celle du responsable des « experts », que j’ai été auprès de Lionel Jospin en… 1986, elle est celle d’un responsable politique plus ou moins apprécié – on ne peut pas plaire à tout le monde – mais dans sa maturité. Non, ce qui m’a fait bouger, c’est l’image que nous risquons, à trop nous enfermer dans la tactique, de renvoyer de nous-mêmes. Je n’ai pas envie que SD apparaisse divisé, incertain de son identité, disponible pour des ralliements, cherchant des alliances avec d’autres avant même de se définir. C’est pourquoi je nous appelle, tout simplement, à revenir aux « fondamentaux ».
Quels sont ces fondamentaux ? Le premier est idéologique, ou intellectuel. Nous représentons une sensibilité historique du socialisme, déjà présente dans les synthèses de Jaurès et de Blum, portée à l’extérieur de la SFIO par Pierre Mendès-France, à l’intérieur du PS par Michel Rocard puis DSK, fortement représentée dans l’expérience gouvernementale de Lionel Jospin. Cette sensibilité est celle du socialisme du réel, de la vérité, elle est internationaliste, européenne, décentralisatrice, régulatrice, attachée à la négociation sociale, elle veut marier l’individuel et le collectif, la production et la redistribution, refuser la rente et promouvoir le risque, l’innovation, combattre les inégalités à la racine, bref elle est socialiste et démocrate. Proche de la social-démocratie allemande ou suédoise, elle n’a jamais, c’est vrai, été majoritaire dans le PS – pour les raisons que l’on connaît. Je suis persuadé qu’elle a aujourd’hui, après trois défaites consécutives à la présidentielle, qui ont laissé le parti intellectuellement exsangue, la capacité de l’être, que son heure est arrivée, en tout cas que ses idées ont vocation à irriguer une majorité enfin vraiment réformiste. Encore faut-il pour cela que nous jouions pleinement notre rôle : porter ces idées, les faire vivre, les adapter aux temps que nous vivons – ce que nous avons commencé à faire avec le « Manifeste » – les décliner en propositions concrètes – ce qui reste largement à faire – les diffuser largement auprès des militants du parti, dans les fédérations, créer un vrai mouvement autour d’elles. Il y a là un agenda de travail lourd, exigeant – rénover notre pensée, notre discours, notre stratégie, notre organisation – qui doit mobiliser l’essentiel de notre énergie. Alors que se profile un congrès décisif, cette exigence doit avoir une traduction : préparer et écrire, présenter puis défendre une contribution générale, rassemblant nos conceptions, ayant vocation à devenir le cas échéant une motion portée par un candidat à la direction du parti, ce que nous n’avons pas fait – pas osé faire peut-être – à Dijon et au Mans. Ce n’est pas exclusif de textes signés avec d’autres – je juge pour ma part intéressante l’évolution engagée par Arnaud Montebourg – mais cette démarche ne saurait conduire à notre dissolution ou à notre abstention dans le débat qui s’ouvre. Y participer pour l’animer, et même le gagner, constitue pour moi l’objectif que nous devons nous fixer. Ne nous détournons pas de ce cap là.
Le deuxième « fondamental » est humain. La direction de SD, plus que cela la vie de ce groupe doivent être vraiment collectives, sans arrière-pensée. Il ne saurait y avoir de partage d’« empire » – y a-t-il d’ailleurs un empire ? – entre des généraux, contrôlant des territoires et des troupes. Nous devons travailler ensemble, chacun avec ses talents, ses spécificités, ses sensibilités, mais en allant dans la même direction. Il ne peut pas y avoir, il ne doit pas y avoir de conflit de pouvoir dans SD. Ce serait plus que vain, suicidaire. Nous sommes plus unis, profondément, que certains dans le parti se plaisent à le croire. Pourquoi laisser penser le contraire et nous présenter comme plus faibles que ce n’est le cas ? Cela vaut notamment pour Jean-Christophe Cambadélis – que j’ai défendu ici, dont je connais la qualité – et moi. Nous sommes différents, incontestablement, mais liés depuis longtemps par l’estime et l’amitié. Entre nous il peut y avoir de l’émulation, il n’y a pas de place pour une concurrence malsaine.
Raison de plus pour se respecter, se soutenir, avancer dans des démarches complémentaires et non alternatives, mariant l’attente d’une vraie rénovation, chère à nos amis rocardiens, notamment à Alain Bergounioux, et le professionnalisme d’un courant qui veut réellement compter, peser. C’est mon état d’esprit : tranquille, volontaire et de bonne humeur. Ce n’est qu’un début, continuons le débat…

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