Dans les médias

Feuille de route

Catégorie : Actualité,Le Parti socialiste,Politique,Réflexions | Par pierre.moscovici | 04/01/2010 à 12:26
Commentaires fermés

Le mois de janvier est, traditionnellement, celui des voeux. Le Président de la République, Nicolas Sarkozy, va comme l’an passé démultiplier les siens, en une sorte de pré-campagne régionale, ou d’exercice de rattrapage pour une fin d’année magistralement ratée. La plupart des leaders politiques présenteront les leurs, les élus locaux feront de même. Pour ma part, je vais, dans les trois semaines qui viennent, passer beaucoup de temps dans le pays de Montbéliard, pour relancer la mise en oeuvre du projet d’agglomération et saluer mes administrés. Je souhaite à tous les lecteurs de ce blog une très heureuse année 2010. L’actualité va très vite reprendre ses droits – c’est déjà le cas avec la mise en évidence de la catastrophique gestion de la vaccination contre la grippe H1N1. Et les élections régionales vont vite mobiliser les forces politiques et occuper les esprits : je participerai bien sûr à ce combat, à ma place, qui n’est pas cette fois celle d’un candidat, en soutenant les listes socialistes, à commencer par celle de Marie-Guite Dufay en Franche-Comté face à Alain Joyandet, réplique locale de l’hôte de l’Elysée, dont il a tous les tours, tous les trucs, tous les tics.

Mais je voudrais, en ce jour de rentrée, dépasser l’actualité immédiate, et réfléchir avec vous au calendrier des deux ans qui viennent. Il est vital, en effet, pour les socialistes, pour la gauche, de penser et maîtriser le temps qui nous sépare de l’échéance majeure, de la mère de toutes les batailles, de la présidentielle de 2012. Bien sûr, me direz vous justement, l’essentiel est dans la substance : c’est l’objet même de la Convention nationale que j’anime. Evidemment, rien ne sera possible sans leader : mais nous n’avons pas, à l’heure actuelle de candidat naturel ou évident pour 2012. Le calendrier, en réalité est vital. Nous avons, dans le quinquennat de Nicolas Sarkozy, perdu à peu près deux ans. L’interminable attente du Congrès de Reims, stérilisant le Parti socialiste, a débouché sur un échec cuisant. Ce pathétique Congrès a ouvert, ou approfondi, des plaies profondes, il a accouché d’une direction fragile, qui n’était pas en situation de mener une bonne campagne européenne : ces élections furent pour nous plus qu’une déconvenue, un désavoeu. Et si le parti donne, depuis la rentrée 2009, l’impression d’un léger mieux, si son image se redresse doucement, c’est davantage parce qu’un calme précaire y est revenu, qu’une volonté de travail collective commence à naître timidement, que des chantiers de refondation – que j’appelais de mes voeux depuis deux ans – ont enfin été ouverts, que parce qu’une stratégie nette et lisible s’impose, pour rattraper notre retard et recréer l’espoir. C’est de celle-ci, d’une feuille de route claire dont nous avons besoin, et d’abord de bien identifier les étapes qui nous mèneront, si les choses se passent comme elles le doivent, à l’alternance dans deux ans.

Je vais vous en donner, en guise de contribution, ma vision personnelle. Tout, en fait, se joue dans le semestre qui vient. Celui-ci sera marqué par trois rendez-vous importants. Il y aura d’abord, bien sûr, les élections régionales. Pour les socialistes, il s’agit de conserver les régions que nous dirigeons – bien – et de tenter de conquérir l’Alsace et la Corse. Pour cela, nous devons être à un niveau beaucoup plus élevé qu’en juin 2009, et distancer nettement des écologistes qui, sans être devenus des adversaires, se posent en concurrents. Les régionales ne sont pas des élections présidentielles en miniature, nous l’avons vu en 2004 et 2007, mais elles établiront un rapport de forces national et consolideront, je l’espère, notre implantation pour agir face à la recentralisation voulue par le Chef de l’Etat. La Convention nationale sur le nouveau modèle de développement aura lieu le 29 mai 2010 : je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour faire en sorte qu’elle soit la pierre angulaire du projet des socialistes pour la décennie qui vient, qu’elle débouche sur un texte fondamental, sur une vision et une cohérence. Je sais ce que je suis prêt à accepter : la synthèse est souhaitable, elle suppose des compromis. Mais je suis aussi déterminé à refuser tout texte caricatural ou ambigu : nous avons besoin à la fois d’ambition et de crédibilité. Enfin, nous aurons, avant le 14 juillet, arrêté le dispositif et le calendrier du Parti socialiste jusqu’en 2012, et avancé dans la réforme, nécessaire, de notre organisation, notamment en atténuant la proportionnelle un peu délétère qui nous gouverne.

Quel est, pour moi, le bon timing ? Il est à mes yeux décisif – on n’en parle jamais, cela me semble très important – que le Congrès du Parti socialiste intervienne avant les primaires. Pourquoi un Congrès ? Parce qu’il est statutaire, d’abord, pour arrêter une ligne avant la bataille, évidemment, pour simplifier les primaires – il y aura des regroupements, des vainqueurs et des vaincus – et surtout, tout simplement, pour conserver un rôle au Parti. A défaut, nous aurions importé en notre sein l’inversion du calendrier électoral, que nous regrettons pour le pays, et confié l’intégralité de notre destin à un corps électoral, celui des primaires, en majeure partie extérieur à nos rang. Ce serait acter la disparition du Parti en tant que tel, ramené à une force d’appoint du candidat à la présidentielle, ou, pire encore, à une force de contestation de celui-ci. Ce serait plus que risqué, profondément erroné, voire mortel. La date de ce Congrès, me semble-t-il, s’impose presque : il devrait se situer au lendemain des élections cantonales de 2011, en mars-avril de cette année. Le temps des primaires s’ouvrirait alors : déclaration de candidature, appuyée par un nombre à définir d’élus et/ou de citoyens en mai, début de campagne en juin, vote, selon des modalités à définir, mais qui doivent être simples et pratiques, en septembre-octobre. Parallèlement à tout cela, le travail programmatique se poursuivrait. Nous aurions ainsi, à l’automne 2011, un dispositif complet.

Telles sont les positions que je défendrai dans la « Commission de la rénovation », chargée de préparer la Convention nationale sur le parti de juin-juillet 2010. Bien sûr, tout se discute, et je ne suis pas psycho-rigide. Mais j’y ai beaucoup réfléchi : prenons garde à l’incohérence ou à la précipitation. Tout est fragile : le Parti socialiste, son vivre ensemble, son avenir même. Soyons audacieux, mais conséquents, constructifs et méthodiques – c’est en tout cas ma propre résolution pour l’année qui s’ouvre. Quel est, sur tout cela, votre point de vue ?

Be Sociable, Share!