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Discours

Catégorie : Le Parti socialiste,Politique,Réflexions | Par pierre.moscovici | 13/01/2010 à 12:25
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La politique, en ce début d’année 2010, reprend petit à petit ses droits, et les débats ne manquent pas. Nicolas Sarkozy ne cesse de présenter ses voeux dans une – relative – discrétion médiatique. François Fillon, de manière un peu surprenante à mes yeux, a emboîté le pas à Jean-François Copé – est-ce contrainte ou choix ? – et pris le risque d’une loi sur, ou plutôt contre, la burqua qui risque d’être à la fois stigmatisante, inapplicable et inconstitutionnelle. Un ministre du gouvernement, qui plus est, ce qui n’est jamais anodin, Président du Conseil général des Hauts de Seine, Patrick Devedjian, attaque frontalement la décision du Conseil constitutionnel sur la taxe carbone, relayant le courroux privé du Président de la République – par ailleurs père de son rival local Jean Sarkozy : cela montre le peu de respect qu’a ce pouvoir des institutions de la République, qu’il veut soumises ou alignées, dont il ne supporte pas l’indépendance, voire la composition dès lors qu’elles n’ont pas l’heur de lui plaire. Tout ceci mérite réaction, je suis bien sur présent sur tous ces fronts. Parallèlement, la session parlementaire a commencé, avec la fin du débat sur la Poste – qui ne clôt certes pas le combat en faveur de ce service qui doit rester public – et le début de la discussion sur la réforme des collectivités territoriales : j’y prends part. Enfin, je passe beaucoup de temps dans le pays de Montbéliard, et notamment dans les cérémonies de voeux des maires de ma circonscription et de l’agglomération que je préside. Mais je voudrais aujourd’hui évoquer deux discours – car la politique est aussi, et peut-être d’abord affaire de verbe, dès lors que celui-ci donne un sens à l’action.

Premier discours, celui de Martine Aubry lors de ses voeux à la presse. Participant à la direction du Parti socialiste en tant que Président du comité de pilotage de la Convention nationale sur un nouveau modèle de développement, j’y ai assisté, avec intérêt. A l’évidence, les choses bougent, ou commencent à bouger en tout cas, rue de Solférino. La cérémonie d’hier était en effet loin du bricolage d’ il y a un an, au lendemain du désastreux Congrès de Reims. La presse, d’abord, était là, nombreuse, preuve qu’il y a dans le pays un désir d’alternance, en tout cas une curiosité nouvelle pour l’opposition, qui sort petit à petit du dédain terrible qui la frappait. La communication du Parti – avec une nouvelle organisation des lieux, avec le lancement du réseau social…socialiste, la Coopol – est beaucoup plus professionnelle, et clairement mise au service de la Première secrétaire. Enfin, et surtout, il y a celle-ci, Martine Aubry. Elle est, incontestablement, beaucoup plus assurée et enjouée qu’au moment de sa prise de fonction. Son discours, assez long – c’est un de ses petits défauts que de parler parfois un peu longtemps – était bien construit, offensif contre le sarkozisme, mobilisateur pour les élections régionales qui viennent, plutôt optimiste. Il était encore imparfait, mais de bien meilleure facture que ses prestations du premier semestre 2009. Surtout, et c’est à mes yeux son principal mérite, il comportait – enfin – la feuille de route que j’appelle de mes voeux depuis deux longues années – hélas, perdues, ou presque, par les socialistes. Elle a enfin annoncé trois conventions nationales thématiques : outre celle que j’anime, les adhérents du parti seront amenés à débattre sur les enjeux internationaux – petite correction apportée au discours de la Première secrétaire, ce n’est pas la première depuis le début des années 80, elle succède à celle que nous avions organisée en 1996 avec Lionel Jospin – et sur l’égalité réelle. Le menu est roboratif, surtout si on lui ajoute la rénovation du Parti et le choix des modalités d’organisation des primaires. Sera-t-il digeste ? Je ne le sais pas. En tout cas, il faut en passer par là. On se doute que cette méthode, que j’ai préconisée, me convient. Il faudra – c’est toujours un exercice difficile pour un leader – que Martine Aubry passe un peu plus du « moi » au « nous », qu’elle distingue davantage ceux qui travaillent avec elle, pour convaincre qu’il s’agit là d’une véritable entreprise collective : je ne doute pas que cela viendra.

Y a-t-il pour autant une « Martine-mania » ? C’était le sujet du jour, celui de plusieurs articles de presse, la grande interrogation des journalistes présents à Solférino hier matin : avons-nous, « enfin », trouvé notre candidate ? Ce nouveau marronnier me fait, je l’avoue, un peu sourire. Derrière cette prose, il y a en effet une évidence : Martine Aubry est Première secrétaire du Parti socialiste, elle a été un ministre important du gouvernement Jospin, elle est clairement identifiée à gauche, comment ne penserait-elle pas à une candidature présidentielle ? C’est le contraire qui serait illogique, voire absurde ! Je n’ai jamais cru, pour ma part, à la fable d’une Martine Aubry prenant le Parti à reculons, se dévouant à la cause, sans volonté ni intention ou ambition personnelle. De l’ambition, elle en a bien sûr, et non sans moyens. Désormais, les choses sont plus claires, elles ne sont plus cachées, et c’est bien ainsi. Cela ne signifie pas, pour autant, que le Première secrétaire soit devenue la candidate naturelle du Parti : elle est trop expérimentée, trop intelligente pour l’ignorer. Sa popularité croît, parce qu’on la crédite d’abnégation et de bonne volonté : elle sera indexée sur nos résultats électoraux et sur notre capacité à élaborer des propositions. C’est donc dans l’épanouissement collectif qu’elle gagnera des galons individuels. Sa « présidentialité » éventuelle se construira ultérieurement et progressivement : si le temps des déclarations d’intention est sans doute venu, celui des candidatures véritables aux primaires doit encore attendre. Je reste pour ma part persuadé qu’il y aura, à ce moment là, une véritable confrontation, dont le sort se décidera tardivement, avec plusieurs « profils de poste » : la première secrétaire sera sans aucun doute présente, avec son bilan à la tête du Parti, Ségolène Royal n’a renoncé à rien, François Hollande ne cache plus son désir, Manuel Valls n’a jamais cherché à dissimuler le sien, j’ai affirmé ma volonté, Dominique Strauss-Kahn, enfin, reste à la fois le plus proche de l’image classique d’un Président de la République… et le plus éloigné de la France. Nous verrons bien. En attendant, travaillons pour remettre le Parti socialiste sur la voie de l’alternance.

Un mot, enfin, sur un autre discours, celui du Premier ministre François Fillon, en hommage à Philippe Séguin, hier à l’Assemblée nationale. Ce fut un beau moment parlementaire, celui du rassemblement de l’Assemblée nationale toute entière autour d’un de ses anciens Présidents. L’actuel, Bernard Accoyer, a prononcé un éloge honorable. Celui de François Fillon fut beaucoup plus remarquable, plus fort à mon sens que celui rendu la veille aux Invalides par le Président de la République. En effet, il fut traversé d’une authentique émotion, bien charpenté, bien écrit, prononcé avec fermeté et conviction. Je ne partage pas les opinions de François Fillon, je le trouve dur et parfois sectaire, mais il a hier joué son rôle, avec dignité. Il reste toutefois un homme politique. Son portrait de Philippe Séguin était aussi une forme d’auto-portrait et un réquisitoire, en creux, contre la politique « bling-bling », le spectacle et la sondocratie, pour la République et contre le libéralisme, une réhabilitation de l’ « autre politique » et de ses accents souverainistes, bref une critique à peine voilée, ressentie en tout cas comme telle par beaucoup, de… Nicolas Sarkozy. Ce Premier ministre là n’entend pas s’effacer sans mot dire, il se voit un destin après Matignon, il veut incarner un recours à droite. Au-delà de sa tristesse, sincère, de son admiration, évidente, pour l’ancien Président de la Cour des Comptes… et du RPR, le message était clair : dans cet hommage, il y avait aussi un manifeste.

PS : je veux exprimer ici une pensée pour le peuple d’Haïti, dont la capitale, surpeuplée, a été frappée par un tremblement de terre. Beaucoup d’installations sont détruites, les victimes se comptent par centaines. Face à cette tragédie, qui atteint une population qui compte parmi les plus pauvres du monde, la solidarité internationale, à commencer par celle de la France, doit être pleinement mobilisée, pour secourir les victimes et, ultérieurement, aider à la reconstruction du pays.

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