Campagne et ouverture

La journée d’hier fut riche en péripéties, d’importance et de qualité inégales : je ne peux toutefois pas la passer sous silence, et veux m’exprimer ici sur la campagne électorale comme sur les dernières nominations à des emplois publics.

Nicolas Sarkozy a hier nommé Michel Charasse membre du Conseil constitutionnel et Didier Migaud Premier Président de la Cour des comptes. S’agit-il d’une nouvelle phase de « l’ouverture » ? Oui et non. Oui, bien sûr, si l’on s’attache à la démarche du Président de la République. Sa visée est toujours la même, depuis 2007. Il s’agit pour lui d’apparaître comme un chef d’Etat impartial, au dessus de la mêlée, capable de prendre des options dépolitisées, d’écouter la diversité française, pour tenter de faire oublier sa dimension partisane, son assimilation étroite à la droite UMP, dont il est le chef. Il cherche, en somme, à se désenclaver. Cette stratégie présente pour lui des bénéfices secondaires. Elle sème le trouble à gauche, elle fait douter de la fermeté d’âme de celle-ci, accessoirement elle vide petit à petit le Parti socialiste, première force de l’opposition, de cadres de grande valeur. En ce sens, la nomination de deux personnalités de gauche – ou plutôt issues de la gauche, j’y reviendrai – procède bien de « l’ouverture ». Il y a toutefois des différences notables avec les phases précédentes. D’abord, il y avait une nécessité. Le Conseil constitutionnel ne pouvait pas, ne devait pas rester monocolore : cela n’a jamais été le cas depuis 1965, il aurait été décrédibilisé s’il avait été intégralement composé d’hommes – il n’y a hélas plus de femmes au Conseil – de droite. Ensuite, le Conseil constitutionnel comme la Cour des comptes ne sont pas des institutions exécutives, mais des juridictions suprêmes : y appartenir suppose une neutralité, une impartialité, qui n’existent pas pour des fonctions gouvernementales. Il n’y a donc pas, en l’espèce, de ralliement, du moins formel, au pouvoir.

Enfin, il y a la personnalité des nominés, qui sont l’un et l’autre, pour des raisons différentes, inassimilables à l’ouverture. Didier Migaud est un grand connaisseur des finances publiques, il possède la rigueur, la pugnacité, la pondération nécessaires pour présider aux destinées d’une maison que je connais bien – je suis à l’origine membre de la Cour des comptes : il saura faire preuve de sérénité et de hauteur de vues, sans renoncer à ses convictions. Nul doute pour moi qu’il sera pour Nicolas Sarkozy un rude contradicteur, non plus dans l’arène politique – il s’en est retiré – mais dans son nouveau rôle de contrôleur de la bonne gestion des finances publiques. Il aurait pu faire un autre choix, mais celui-ci est respectable ; il ne s’est pas renié, je sais qu’il ne se reniera pas. Tout autre est le cas de Michel Charasse. Il faut du culot ou de l’approximation pour le considérer aujourd’hui comme un socialiste. Certes, ses racines sont à gauche, et il fut un serviteur dévoué de François Mitterrand. Mais je l’ai connu détracteur acharné de Lionel Jospin, et chacun sait qu’il a voté pour… Nicolas Sarkozy en 2007, poursuivant alors Ségolène Royal d’une détestation virulente. Son dernier fait d’armes est, par ailleurs, d’avoir empêcher une socialiste, Michèle André, d’accéder à la Présidence du Conseil général du Puy de Dôme. Donc, non, il ne peut représenter une « prise de guerre » sur le Parti socialiste, qu’il méprise cordialement. En revanche, il est un esprit libre, un homme très intelligent, prompt à la contradiction, fin juriste : il ne sera sans doute pas plus complaisant dans ce rôle que dans toutes les fonctions qu’il a occupées jusque là.

J’en viens à la campagne pour les élections régionales, hélas dominée par les polémiques. Permettez-moi de peu parler de la Région Languedoc Roussillon. Pour rester pudique, le sujet me… lasse. Il y a en France 22 Régions métropolitaines, 4 outre-mer, où des hommes et des femmes conduisent des politiques publiques, se battent pour leurs convictions, tentent de convaincre leurs concitoyens : c’est ça, la démocratie. Rappelons à ceux qui l’ignorent que le vote des 14 et 21 mars n’est pas un référendum pour ou contre Georges Frêche, mais un choix décisif pour nos territoires. Pour ma part, je m’intéresse davantage à la Bourgogne, à l’Ile de France, au Centre, à l’Aquitaine, à la Basse-Normandie – où j’irai soutenir nos candidats après l’avoir fait en Rhône Alpes ou dans le Val d’Oise – et bien sûr à la Franche-Comté, où je mène campagne pour Marie-Guite Dufay. Le Bureau national d’hier a tiré les conséquences de la décision prise, à l’initiative de Martine Aubry, de soutenir Hélène Mandroux. Je veux voir dans la position retenue une application de la modération que j’ai, depuis le début, suggérée. Les soutiens socialistes de Georges Frêche se sont mis hors du parti : ce sont nos statuts, qu’il faut toutefois appliquer pragmatiquement à une situation très exceptionnelle. Mais ils ne sauraient être totalement assimilés aux outrances de leur Président : une Commission est mise en place pour procéder à la réconciliation des socialistes, dans leur diversité, dès après le scrutin. Menons maintenant campagne, contre la droite, pour des régions solidaires et fortes. Consacrons-nous à cela, rien qu’à cela. Ensuite, viendra le temps de l’apaisement à Montpellier.

Plus grave et importante me paraît l’indignité de la droite à l’endroit d’Ali Soumaré, la tête de liste du Parti socialiste dans le Val d’Oise. Nous avons eu, ce n’est pas si fréquent, le courage de faire confiance à ce jeune homme talentueux, issu des cités de Villiers le Bel. Je suis fier d’avoir lancé sa campagne à Goussainville. Parce qu’il est ce qu’il est, parce qu’il est noir, une certaine droite l’a sali en ressortant une condamnation amnistiée – pour une erreur de jeunesse, à propos de laquelle Ali a payé sa dette à la société – et lui a imputé des délits commis par un homonyme. Quel est ce parti où l’on stigmatise, calomnie, diffame, en s’appuyant sur des sources policières et judiciaires douteuses ? C’est l’UMP ! La justice, la vraie, a heureusement fait litière des accusations portées contre Ali Soumaré. La droite, maintenant, doit réparer son erreur. Valérie Pécresse « condamne » aujourd’hui un procédé, qu’aux dires de sa tête de liste dans le Val d’Oise, Axel Poniatowski, homme agréable que j’ai connu mieux inspiré, elle a initialement approuvé, Chantal Jouanno a été clean, Xavier Bertrand a couvert la charge des élus de droite et ne dit mot. Mais ce n’est plus, ce n’est pas de regrets dont il est besoin, mais bel et bien de mesures. Que ceux qui nous font la morale et dirigent le pays avec cynisme fassent le ménage chez eux : Monsieur Delattre, le maire de Franconville, qui est à l’origine de cette affaire, doit être sanctionné. Et j’attends maintenant que la ministre-candidate et le Secrétaire général du parti majoritaire adressent à Ali Soumaré les excuses qu’ils lui doivent.