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Dernière ligne droite

Catégorie : Politique,Réflexions | Par pierre.moscovici | 11/03/2010 à 12:07
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La campagne pour le premier tour des élections régionales s’achève : elle aura été curieuse, certains disent médiocre, évitant la confrontation des projets, régionaux ou nationaux, se cantonnant dans les polémiques subalternes et les attaques ad hominem ambiguës et même basses

La dernière en date est celle du Sénateur de la Meuse, par ailleurs Président du groupe UMP au Sénat, Gérard Longuet, à l’encontre de Malek Boutih. Critiquant sa nomination possible à la place de Louis Schweitzer, il avoue sa préférence pour un « représentant du corps français traditionnel », regrettant les « vieux protestant, parfait ! » qu’est l’actuel Président. Ce propos évidemment grossier, a été atténué par son auteur, confessant sa « maladresse », et même corrigé par Frédéric Lefebvre, comme chacun sait chantre de la modération et du beau langage. Il me choque bien sûr, par sa connotation xénophobe, par la distinction, la hiérarchie qu’il établit entre les Français, ceux « de souche », comme les « vieux lorrains, les vieux bretons », ceux d’immigration ancienne, et, troisième cercle, plus récente : ce n’est pas ça, l’identité française, telle que je la définissais hier. Cette phrase est plus qu’ambigüe, profondément condamnable. Je veux toutefois, à rebours de certaines interprétations finalement lénifiantes, écarter la thèse d’une simple approximation, commise par un homme issu de la droite extrême – il fut, dans sa jeunesse, un des piliers d’Occident, un de ses animateurs violents – dont les dehors polissés ne doivent pas faire oublier la dureté. Au contraire, je sais Gérard Longuet trop intelligent pour penser qu’il ait parlé au hasard, ou commis une banale imprudence : il s’agit plutôt, selon moi, d’un dérapage prémédité suggérant le racisme, destiné à attirer l’électorat du FN vers l’UMP dont l’exécution a été ratée. Cet incident s’inscrit pour moi dans la lignée des attaques contre Ali Soumaré, et montre un parti majoritaire fébrile, incertain, et du coup prêt à tous les coups, même les moins maîtrisés. Comment s’étonner, dans ces conditions, que le climat politique du pays, à la veille d’une élection importante, soit morose ?

Le rejet du pouvoir est puissant, et Nicolas Sarkozy, qui a déjà expliqué qu’il ne tirerait que peu de conséquences d’une lourde défaite des siens les 14 et 21 mars, fait fausse route. Les élections régionales sont locales, le message sera bien, lui, national. Une victoire de la gauche ne signifierait pas, pour elle, un passeport sans visa pour l’alternance : les Français sont suffisamment stratèges, et maintenant volages, moins attachés qu’hier à une sympathie partisane, pour ne pas penser dès aujourd’hui à l’élection présidentielle. Tirer des plans sur la comète au vu d’un bon résultat, organiser déjà le « casting » de l’après 2012… le 22 mars 2010 serait une folie : que personne, à gauche, n’y succombe ! J’aurai l’occasion d’y revenir ici. Mais un succès de la gauche aurait néanmoins une triple signification. Il témoignerait, bien sûr, de la confiance qui nous est faite pour gérer les collectivités locales. Il marquerait une sanction puissante du sarkozysme, et nous donnerait davantage de force pour faire reculer le pouvoir sur la réforme des collectivités territoriales et sur celle des retraites. Enfin, il affirmerait une attente, que nous devrons comprendre comme une exigence : gagner en 2012 n’est pas seulement possible, mais nécessaire, nous devrons nous atteler collectivement et intelligemment à cette tâche, en commençant par la réussite du projet dont j’ai la charge.

Rien n’est joué, toutefois. La droite va se battre jusqu’au bout. Nicolas Sarkozy lui-même s’engagera au-delà des limites autorisées par les règles républicaines – sur lesquelles il s’assoit, il est vrai, régulièrement – en s’exprimant le samedi 13 mars, au-delà de la période de campagne officielle, dans l’organe dédié de la droite, le « Figaro Magazine ». Il tentera ainsi, jusqu’à la dernière minute, de mobiliser son camp, pour le faire monter au détriment du Front national et limiter ainsi les triangulaires. Il conserve deux espoirs pour ces élections, pour « sauver les meubles ». D’abord, que l’abstention atteigne davantage que prévu l’électorat de gauche, plus populaire et rendu trop optimiste par les sondages favorables. Ensuite, que la gauche se divise, et qu’une bonne performance des partenaires du Parti socialiste – les écologistes et le Front de gauche – complique la tâche de celui-ci en rendant délicats les accords de second tour. S’il en allait ainsi – droite plus mobilisée, abstention plus forte et division à gauche – certains combats apparemment perdus par l’UMP redeviendraient ouverts, comme dans ma Région, la Franche-Comté. C’est ce piège qu’il faut déjouer, en faisant campagne jusqu’au bout, en convaincant, en mobilisant.

L’argument du « vote utile », je le sais, n’est pas facile à manier, et pas toujours très apprécié. Disons plutôt qu’il y a, dimanche 14 mars, une configuration souhaitable pour un large succès de la gauche unie : celle d’un Parti socialiste fort, talonnant et pourquoi pas devançant l’UMP, largement en tête à gauche et donc à l’aise pour rassembler celle-ci dans la cohérence et dans la clarté, sans déchirement excessif. C’est cela qu’il faut répéter jusqu’au bout : la large victoire de la gauche le 21 mars, la sanction contre Nicolas Sarkozy passent par un Parti socialiste puissant – même s’il ne s’agit pas de lui donner un chèque en blanc pour l’avenir – le 14 mars au premier tour. A chacun d’entre nous, à sa place, de marteler le message : dans un pays où les électeurs se décident de plus en plus tard, et au terme d’une campagne sans relief, l’heure est à la mobilisation.

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