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Tout commence

Catégorie : Le Parti socialiste,Politique,Réflexions | Par pierre.moscovici | 22/03/2010 à 12:04
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Le deuxième tour des régionales, sans surprise, a confirmé le premier. L’abstention a reculé, sans modifier les rapports de force. La gauche, avec près de 54 % des voix, réalise un des plus beaux scores de son histoire, l’UMP, avec 35,5 % est sévèrement défaite, le Front national – curieusement, et cela mérite analyse – n’a pas reculé, au contraire, entre les deux tours, et obtient plus de 9 % des voix. La droite, soulagée d’avoir conservé l’Alsace, et s’appuyant sur ses victoires à la Réunion et en Guyane, minimise l’ampleur de sa défaite : le désaveu qui la frappe est néanmoins puissant, cinglant même. Pour le Parti socialiste et la gauche, tout commence.

Le sarkozysme, décidément, se réduit de plus en plus à la « com ». Au premier tour, ses porte-voix avaient, en choeur, nié toute sanction, feint de se lancer dans une « autre élection » susceptible d’effacer ce premier coup qu’ils ne voulaient pas voir. Hier soir, les mêmes, avec la même harmonie, fiches identiques sortant de l’Elysée à la main, annonçaient la défaite, revendiquaient de façon formelle des « responsabilités », pour aussitôt banaliser le scrutin. Il faudrait, disent-ils, remanier, mais « techniquement », poursuivre les « réformes » en ouvrant de nouveaux – modestes – chantiers, et surtout « garder le cap » qui les a fait gagner en 2007. Pas de petites phrases, pas de contestation frontale, aucun rendez-vous pris avec l’histoire : la maison Sarkozy est bien tenue. Cette technique du « circulez il n’y a rien à voir », maintenant bien rôdée, ne convaincra pourtant personne : l’édifice présidentiel est par terre. C’est un vote de colère qui s’est exprimé les 14 et 21 mars, qui laisse la droite majoritaire dans … moins de dix départements ! C’est un appel au changement qui a été lancé. C’est un message de rejet qui a été adressé au pouvoir. La France populaire, la France des ouvriers, des employés, des salariés en général, qui a cru aux promesses de campagne du Président de la République, celle qui se lève tôt, qui espérait travailler plus pour gagner plus, celle qu’il a trahi, lui a logiquement dit non : ce n’est pas en ignorant ce refus qu’il la retrouvera, qu’il ramènera les électeurs perdus. Le roi est nu – sans stratégie, sans inspiration, sans ressources. La mission que j’évoquais dès cet été – gagner en 2012 – n’est pas impossible.

La réaction du Parti socialiste et de la gauche a, quant à elle, été très saine. Bien sûr, il y avait de la joie à vivre cette belle victoire, à voir nos politiques dans les régions largement approuvées – on comprendra que j’ai une pensée pour la Franche-Comté, où Marie-Guite Dufay a largement battu le « bon élève » du sarkozysme, Alain Joyandet, notamment grâce au vote du pays de Montbéliard, qui a largement fait confiance à la gauche. Ce succès est aussi un encouragement adressé au Parti socialiste pour qu’il se redresse davantage encore, qu’il reste uni, qu’il incarne l’espoir, qu’il rassemble la gauche et les écologistes, sans esprit d’hégémonie, comme cela a été fait entre les deux tours. Ne boudons pas notre plaisir, ne succombons pas non plus au petit jeu médiatique du « qui a gagné » et ne relançons pas la « querelle des égos » dont notre électorat ne veut pas. Nous avons su, hier soir, je crois éviter ces travers : il n’y a eu, dans nos réactions, ni arrogance, ni triomphalisme, et c’est bien ainsi.

Car si la majorité des Français nous a dit sa confiance, elle a aussi exprimé une attente exigeante, qui nous oblige. Cela, Martine Aubry l’a bien dit hier soir. Le Parti socialiste a su, depuis juin 2009, mettre en sourdine le choc des ambitions, légitimes, qui le traversent. Nous avons, autour de nos exécutifs régionaux, bâti des équipes cohérentes, pluralistes, et surtout proposé à nos concitoyens des projets cohérents, à la fois efficaces et solidaires. Il y a là, toutes choses étant égales par ailleurs, un modèle à suivre – imparfait, incomplet, mais profondément estimable. C’est cette image là que les Français ont envie de voir, celle d’une gauche ambitieuse et réaliste, engagée et cohérente. Pour autant, soyons en conscients, nous n’avons pas reçu les 14 et 21 mars un chèque en blanc pour l’alternance. Nous avons déjà vécu dans le passé de belles victoires dans des élections locales – à commencer par les régionales 2004 – qui ne se sont pas ensuite transformées en succès nationaux, faute de crédibilité de nos candidat(e)s, de nos équipes ou de nos projets. Hier, pour ma part, j’ai entendu dire, massivement : « nous ne voulons plus de Nicolas Sarkozy et de la droite, nous vous demandons de préparer l’alternance, soyez à la hauteur de l’espoir que, timidement encore, nous mettons à nouveau en vous ». Oui, nous avons depuis hier une lourde responsabilité sur les épaules, mais beaucoup reste à faire.

Je reviendrai dans les prochaines semaines sur notre « feuille de route ». Aujourd’hui, je voudrais toutefois souligner trois tâches essentielles, qui vont rythmer notre calendrier. Nous devons, d’abord, jouer notre rôle d’opposition face aux mauvais coups du pouvoir, et porter l’exigence sociale du changement. Collectivités locales, retraites, indemnisation du chômage, services publics, identité nationale : sur tous ces terrains, nous pouvons et devons faire reculer le gouvernement. Simultanément, notre travail sur le projet doit être approfondi. Car les Français attendent maintenant une gauche de proposition. C’est ce qui sera au coeur de la Convention nationale sur « le nouveau modèle de développement », dont j’ai la charge, qui se déroulera le 29 mai. Une large partie de notre avenir se joue là, dans notre capacité à porter une vision alternative sans renouer avec les vieux démons du « sinistrisme » qui, devant un peuple aussi lucide, sceptique même, que le nôtre, causeraient notre perte. Enfin, il est nécessaire de fixer, maintenant, la règle du jeu pour les primaires, ouvertes à nos partenaires écologistes et de gauche s’ils le souhaitent, qui sélectionneront notre candidat(e) et organiseront la compétition, nécessaire, logique, entre des personnalités, des sensibilités, des générations différentes tout en garantissant l’indispensable rassemblement.

C’est pourquoi les élections régionales sont à la fois pour nous un rétablissement, un aboutissement et un commencement. Le Parti socialiste est sorti du purgatoire, il tourne définitivement le dos au désastreux Congrès de Reims. Il a vu sa gestion locale, une fois de plus, reconnue. Il porte à nouveau l’espoir d’une large partie de nos concitoyens. Il lui reste maintenant l’essentiel : préparer avec force, avec sérieux, l’alternance, pour construire une gauche durable. C’est là, pour chacun de nous, une tâche exaltante et une ardente obligation.

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