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Bonne nouvelle

Catégorie : Le Parti socialiste,Politique,Réflexions | Par pierre.moscovici | 07/04/2010 à 11:56
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Je fais suite à mon post d’hier pour vous donner les résultats du Bureau national du Parti socialiste, consacré en premier lieu à la présentation du programme de travail pour l’année qui vient par Martine Aubry, puis à une première discussion en vue de la Convention nationale sur le « nouveau modèle de développement », dont elle m’a confié l’animation.

Chez les socialistes, tout est possible. Notre « vivre ensemble », nul ne l’ignore, est compliqué. Nous cultivons les délices, ou les démons, de la division. Notre organisation en courants aggrave ce travers : pour compter et se compter, il faut souvent se distinguer. C’est d’autant plus facile que notre homogénéité idéologique n’est pas assurée. Le Parti socialiste est une grande famille politique, qui agrège en son sein des sensibilités différentes, des façons d’être socialistes diverses, et nous ne sommes pas, à l’occasion, avares de qualificatifs sévères, voire stigmatisants entre nous : combien de fois ai-je entendu les socio-démocrates être suspectés de social-libéralisme, voire de je ne sais quelle complicité avec la droite ? On trouve même la trace de ces échanges sur ce blog… J’ai par ailleurs été frappé, ces dernières années, par la dégradation des relations inter-personnelles entre les dirigeants du parti, dont le Congrès de Reims a été le paroxysme. Tout cela pouvait, à la veille d’échéances importantes, et sur des questions se prêtant aisément à la différenciation, voire à la controverse, susciter des inquiétudes. Je me suis, en tout cas, rendu à la réunion d’hier dans l’incertitude.

Avouons le, j’ai été surpris… en bien. Certes, je mentirais en vous disant avoir senti une unanimité complète. Celle-ci, au demeurant, serait très artificielle et ne serait en aucun cas souhaitable. Je le redis : de la diversité, de la confrontation sincère de points de vue parfois éloignés, voire opposés, naît une véritable richesse intellectuelle. Pour ma part, je ne suis jamais choqué par l’expression d’une nuance ou d’une alternative, dès lors qu’elle n’est pas factice ou tactique, j’en tire même des enseignements, je suis capable, si je suis convaincu, de faire évoluer mes propres positions. Il y eut donc, dans ce Bureau national, sur la base de la présentation que j’ai faite des travaux des ateliers, du plan envisagé et des grandes orientations à défendre, que je vous ai exposée sur ce blog, des remarques, des critiques, des accents : c’est bien naturel, et c’est la moindre des choses. Mais j’ai été frappé par l’ambiance de ces échanges, très sereine, très cordiale, très constructive, et surtout par leur qualité. Il n’y avait là aucune envie de démolir, aucune recherche d’affirmation stérile, mais une vraie discussion de fond, la volonté de procéder à des inflexions, des ajouts, des retraits, à partir d’une même ambition : bâtir un nouveau modèle de développement, un nouveau modèle de société, opérer de véritables transformations et non simplement mettre quelques rustines sur le pneu crevé du libéralisme. Bref, ce fut une discussion digne – ce n’est pas toujours le cas – d’un grand parti se préparant à l’alternance.

Comment expliquer ce climat, pas forcément inattendu mais très exceptionnel ? J’y vois – peut-être de façon optimiste, l’avenir le dira – la trace de trois effets. Il y a d’abord, c’est incontestable, un « effet régionales ». La victoire, comme la musique, adoucit les moeurs. Chacun a pris conscience, depuis cet été, que l’unité était un talisman, que la briser était synonyme de défaite. Le Parti socialiste – souhaitons que ce soit avec lucidité, sans arrogance – a repris confiance en lui, il est sorti de la spirale de l’échec qui, toujours, nourrit l’aigreur, favorise les règlements de compte en avivant la tentation de chercher des responsables – forcément les autres. Cela peut entretenir l’euphorie – qui n’est pas de bon conseil – ou plus raisonnablement faire lever l’optimisme, qui est de meilleur aloi. Plus profondément, je distingue aussi un « effet crise ». Nous sommes en effet tous conscients que nous ne vivons pas seulement un moment banal, au creux d’un cycle, précédant le retour inévitable à l’état antérieur, mais qu’il s’agit bien de s’attaquer aux racines de la crise, aux déséquilibres qui l’ont précipitée, de remettre en cause le système pour aller vers une société plus créative, plus douce, plus juste. Cela n’annule pas les différences qui existent entre nous, mais bouscule les carcans rigides de courants dans lesquels nous nous sommes souvent laissé enfermer : il n’y a pas, dans la mutation que nous vivons, des réalistes et des laxistes, une droite et une gauche du parti, des libéraux et des collectivistes, mais des socialistes qui cherchent, ensemble, un nouveau modèle, qui veulent offrir aux Français, en 2012 et pour la durée, une politique nouvelle, à la fois volontariste et crédible. C’est en tout cas ce que je veux espérer. Comme l’a dit hier Henri Emmanuelli, l’idée commune est bien de changer de paradigme : faisons le !.

Le dernier effet est un effet « responsabilité ». La droite s’effondre jour après jour, elle doute de son chef qui, de plus en plus, s’enferme dans une atmosphère confinée, s’isole dans son palais avec quelques conseillers, loin des Français et de leurs préoccupations, qui s’accroche à des dogmes obsolètes, à commencer par le bouclier fiscal. Avec les régionales, un mythe a chuté. Nicolas Sarkozy n’est plus invulnérable, l’alternance, nécessaire, est possible en 2012. Le devoir de la gauche est de s’y préparer, d’affûter ses propositions, d’être prête le moment venu à les soumettre au verdict populaire. J’ai senti, hier, une véritable volonté d’avancer ensemble, autour d’un texte commun et non de contributions alternatives : c’est plus que réconfortant, encourageant. Je veux croire que cet état d’esprit va durer, qu’il ne s’agit pas d’une éclaircie passagère.

Certains d’entre vous, à me lire, se demanderont si je suis devenu, à quelques jours d’un voyage au Québec, un « bisounours », si je ne vois pas la vie en rose. Non, j’ai conservé toute ma lucidité, je garde les yeux ouverts. Je sais que le plus dur commence, que le débat sera difficile, animé, que des mauvais coups ou des retours de bâton ne sont pas à exclure, je m’attends à des jours plus compliqués. Mais j’ai vraiment la sensation qu’un cap a été franchi, qu’une volonté claire de réussir ensemble s’est affirmée. Il s’agit là, convenons-en, d’une bonne nouvelle pour le Parti socialiste et pour la gauche. Vous comprendrez que je me réjouisse.

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