Rénovation

La Convention nationale du Parti socialiste s’est déroulée samedi à la Plaine Saint Denis. Evidemment, l’ambiance unanimiste, l’absence de conflits ouverts, la faiblesse du coup des enjeux de la journée ne diffusaient pas l’odeur de la poudre, sans laquelle il n’est pas de grand débat politique. Mais ce fut une belle réunion, marquée par une ambiance studieuse, par des échanges de bon niveau, et par une approbation massive du texte, amendé par les fédérations, qui sert désormais de socle à notre projet et qui constitue, comme je l’ai dit devant la Convention, la première brique de notre préparation en vue de l’échéance de 2012. Il manquait, c’est vrai, beaucoup de « ténors » socialistes, ceux là même d’ailleurs qui ont été peu actifs dans la préparation des travaux, qui ont critiqué son résultat mezza voce sans oser soumettre leurs idées au vote des militants.

Je persiste à penser que ces absents ont eu tort. J’ai au contraire été frappé par la qualité des interventions des responsables, des délégués qui sont venus enrichir notre texte. Ils ont contribué à l’élaboration collective de ce que je persiste à considérer comme une ambition crédible, trouvant le juste équilibre entre la volonté de transformation économique, sociale et écologique, d’une part, la prise en compte des contraintes internationales ou des difficultés financières, la conscience de nos engagements européens d’autre part. Je suis fier d’avoir aidé, à ma place, à forger ce consensus qui, loin d’être mou, constitue à mes yeux un progrès réel et un atout majeur pour les socialistes. Cette tâche accomplie, au service du parti tout entier, je reprends ma liberté totale d’expression – dont, rassurez vous, je ferai un usage responsable et je l’espère pertinent.

Cette liberté de ton, Martine Aubry l’a utilisée à sa façon, en disant samedi que « quand Nicolas Sarkozy nous donne des leçons de maîtrise budgétaire, c’est un peu M. Madoff qui administre quelques cours de comptabilité ». La formule illustrait une évidente volonté offensive face au Président de la République. Elle vaut ce qu’elle vaut, mais ne mérite pas les cris d’orfraie ou les leçons de vertu délivrées, la bouche en coeur, par les dirigeants de l’UMP, Frédéric Lefebvre et Xavier Bertrand en tête, ou encore par le Premier ministre, François Fillon. Contrairement à François Hollande, qui nous a jadis tant fait rire par la violence imagée de ses charges contre Jacques Chirac et l’actuel Président de la République, je ne le regrette ni ne le condamne. Bien sûr, il faut garder une certaine tenue du débat public, évidemment, il est nécessaire de respecter la fonction présidentielle et la personne de son titulaire. Mais la droite, franchement, n’a aucune leçon à donner. Nicolas Sarkozy serait mieux fondé à critiquer la « vulgarité » des autres, s’il ne s’abaissait pas lui-même, à l’occasion, à des paroles faciles ou agressives, s’il n’était pas si souvent familier ou fanfaron. François Fillon serait plus crédible en avocat du respect s’il ne cognait pas toutes les semaines lors des questions d’actualité à l’Assemblée nationale, et à bras raccourcis, sur l’opposition, s’il ne traitait pas les socialistes, qui sont la première force politique du pays, avec condescendance, voire avec mépris. Quant à Xavier Bertrand et Frédéric Lefebvre, ils sont moins crédibles en professeurs de morale qu’en personnages d’un film de Tarantino. Ne cédons donc pas à la culture de l’excuse, surtout devant cette droite dure, intolérante, sûre d’elle, qui ne sent pas que la France souffre et gronde. Et passons à autre chose.

Commençons, d’abord, par la rénovation de notre parti, qui est dès maintenant à l’agenda et sera décidée lors d’une Convention nationale, le 3 juillet. Dès demain sera soumis à l’examen du Bureau national le rapport, très complet, d’un groupe de travail présidé par Arnaud Montebourg, qui s’est comme chacun sait beaucoup investi sur cette question. « Besoin de gauche » a pris part activement et positivement à ces travaux, notamment grâce à la contribution d’Emeric Brehier, le jeune et talentueux premier secrétaire fédéral de la Seine et Marne. La rapport est de bonne qualité, il nourrit la réflexion. Ne cachons pas, toutefois, qu’il reste des points en débat, d’une importance non négligeable – c’est même un euphémisme, pour dire qu’ils sont absolument décisifs. J’aurai l’occasion d’y revenir dans les prochaines semaines, je veux toutefois en évoquer trois brièvement, ici et maintenant. La première question délicate est à mes yeux celle du cumul des mandats. J’ai écrit dans ce blog mon sentiment sur cette question, je l’ai exprimé publiquement sur « Dimanche plus » ce week-end, vous comprendrez que je ne me répète pas longuement : je suis partisan du mandat unique pour tous, mais hostile à tout « désarmement unilatéral » qui pénaliserait la gauche, et réticent devant un système qui ouvrirait tant d’exceptions qu’il deviendrait illisible ou inapplicable. Je suis donc favorable à une réforme institutionnelle plus large, permettant d’instituer le non-cumul entre un mandat parlementaire et des fonctions exécutives locales pour 2014, date des élections territoriales et municipales.

Un mot, maintenant, sur les primaires. J’ai été parmi les premiers à soutenir cette idée, je la défends avec ardeur. Je souhaite qu’elles soient organisées à l’automne 2011, suffisamment loin de l’élection présidentielle pour permettre le rassemblement, suffisamment près d’elle pour donner un puissant élan à notre candidat(e). Elles seront ouvertes à tous ceux qui se reconnaissent dans les idées du socialisme démocratique – la présence éventuelle des écologistes devant être discutée avec eux, même si ni eux, ni nous, ne semblons à cette heure privilégier une candidature commune. Il importe, enfin, que le seuil des soutiens requis pour la participation aux primaires soient assez bas pour qu’elles soient pluralistes, qu’elles permettent la confrontation amicale des sensibilités et des générations, mais aussi assez élevé pour permettre à des protagonistes pertinents de concourir.

Troisième sujet, à mes yeux essentiel même s’il est moins spectaculaire, donc moins évoqué : la chronologie des Congrès et des primaires. Notre dernier Congrès, qui s’est tenu à Reims, a laissé une image assez traumatisante pour que personne ne souhaite s’infliger pareille épreuve avant la présidentielle. Faut-il pour autant éviter tout Congrès, fût-il extraordinaire et programmatique, avant les primaires ? Je ne le crois pas, ce serait même extrêmement dangereux. Il en va, en vérité, de l’existence même du Parti socialiste, du rôle de ses militants. Ceux-ci, en acceptant les primaires, consentiront à se voir déposséder – en partie – du droit à désigner leur candidat(e) au profit d’un collège électoral plus large. Sans Congrès, ils se priveraient aussi de toute capacité à peser sur le programme du Parti, sur les idées de notre candidat(e). Prenons garde à leur démobilisation et à leur frustration. Pour ma part, si je suis d’accord pour accepter une part de « présidentialisation » du Parti socialiste – nécessaire pour s’adapter aux règles de la Vème République – je refuse son effacement.

C’est pourquoi je serai, dans les discussions qui s’ouvrent, très ferme sur ces trois questions. La rénovation peut être un progrès considérable, elle peut aussi, si nous cédons trop à l’air du temps ou si nous agissons sans principe, déboucher sur une grave régression démocratique. Cela mérite bien un débat approfondi, serein et constructif, cherchant la synthèse et l’unité, mais sans mollesse. Qu’en pensez-vous ?