Les écologistes et nous

Les écologistes se sont offerts, ce week-end, un de ces psychodrames publics dont ils ont le secret – il est vrai qu’il est arrivé aux socialistes de se quereller avec violence, mais dans des moments paroxystiques, comme lors des Congrès de Rennes et de Reims. La dispute fut, longtemps, la façon d’être des Verts, le symptôme de ce qu’ils appelaient eux-mêmes leur « immaturité ». Leurs Conventions, ou CNIR, souvent, se résumèrent à des affrontements de personnes ou à la confrontation d’innombrables courants, entraînant une instabilité chronique. Le mouvement écologiste semblait, ces dernières années, avoir gagné une stabilité nouvelle.

Le mouvement écologiste semblait, ces dernières années, avoir gagné une stabilité nouvelle.

Il s’était montré capable de rassemblement et d’élargissement, il paraissait en mutation, vers l’incarnation d’une écologie politique dépassant les affinités sociétales des origines. Les Français avaient d’ailleurs commencé à valider cette stratégie, accordant aux écologistes de beaux succès lors des Européennes, où ils avaient talonné le Parti socialiste, ou à l’occasion des élections régionales, où, après avoir échoué à nous surpasser, ils s’étaient affirmés comme des partenaires de coalition rugueux, incommodes, mais essentiels.

Leur Convention interrégionale de ce week-end peut apparaître, à première vue, comme une rechute. « Europe écologie » est, chacun le sait, une nébuleuse agglomérant deux composantes, au moins. Elle intègre d’abord le parti historique de l’écologie, les Verts, aujourd’hui dirigé par Cécile Duflot, ancré dans la gauche depuis le milieu des années 80. Y appartient aussi une mouvance à la fois plus hétérogène, plus fondamentaliste et plus « opportuniste » – c’est à dire moins exclusive dans sa stratégie d’alliances – voire plus centriste, qui se reconnaît dans la figure de David Cohn-Bendit. « Dany » est un personnage, un homme-histoire, une icône. Je le connais bien, l’ayant beaucoup fréquenté au Parlement européen, et j’ai pour lui l’affection, un peu amusée parfois, d’un enfant de « soixante huitards », du respect pour son intelligence, de l’amitié. Je sais aussi qu’il est un partenaire difficile, car doué d’une intelligence formidablement mobile, d’une liberté qui ne s’embarrasse d’aucune stratégie partisane, d’un sens de la formule qui tue et d’un goût irrépressible pour en user. C’est ce qu’il a fait samedi, au détriment de ses « amis » verts, en traitant leur leader en Ile de France, Jean-Vincent Placé, de « crétin », après il est vrai que celui-ci ait qualifié la structuration de « Europe écologie » en « coopérative politique », suggérée par Daniel Cohn-Bendit, de « bide total » et affublé Eva Joly, la candidate à la Présidentielle 2012, proposée par celui-ci, du doux épithète de « vieille éthique ». Le paysage semble ainsi campé, sur un fond de différends stratégiques – alliance à gauche ou engagements lâches – ontologiques – maintien de l’identité traditionnelle des Verts ou dépassement – et personnels – candidature de Cécile Duflot ou d’Eva Joly.

Le paysage semble ainsi campé, sur un fond de différends stratégiques

Qu’en sortira-t-il ? Je n’en sais rien : les écologistes peuvent aussi bien s’enfoncer dans la crise et la guerre des chefs, que se retrouver rapidement, sinon profondément, et ramener cet épisode, tout de même significatif, au rang d’une péripétie. Il va de soi que je souhaite leur réconciliation, car leur division, si elle devenait durable, et l’affaiblissement qui en résulterait seraient néfastes à la gauche toute entière. Et il est tout aussi évident qu’appartenant à une autre formation politique, je n’entends pas prendre parti dans leurs débats, ou marquer une préférence, si ce n’est pour espérer qu’ils demeurent pour nous des interlocuteurs amicaux. Mais cette querelle, symptomatique de divergences assez profondes, qui ne seront vraisemblablement tranchées de façon définitive qu’à l’approche de 2012, n’est pas pour autant sans conséquences pour le Parti socialiste. Elle indique, au contraire, la marche à suivre dans nos relations avec eux.

Comment, en effet, définir nos relations avec les écologistes ? Depuis l’émergence de ce courant politique, nous sommes à la fois des concurrents – ils pensent être appelés à prendre, un jour, la relève des socialistes dans le camp du progrès, ils ont espéré y parvenir en 1993 et en 2010, ils nous considèrent comme des productivistes parfois ringards – et des partenaires – c’est avec eux que nous gérons les régions, ils ont fait partie de la « gauche plurielle » et ont appartenu au gouvernement de Lionel Jospin. Nous avons longtemps, de notre côté, traité les écologistes comme des supplétifs ou fait preuve d’hégémonisme, peut-être parfois d’arrogance. Cette époque est révolue, pour au moins deux raisons. D’abord parce que nous avons, comme l’ensemble de la scène politique française, reconnu petit à petit l’ardente obligation du développement durable, que les Verts ont imposée dans le débat public – ce fut le constat des fondateurs, celui de René Dumont, de Brice Lalonde, de mon père, dans les années 70. Aujourd’hui, nous avons opéré notre tournant social-écologiste, que la Convention nationale sur le nouveau modèle de développement a clairement confirmé. Ensuite parce que, tout en ayant fortement réaffirmé le leadership des socialistes au sein de la gauche à l’occasion des élections régionales après que les Verts aient choisi la confrontation, nous savons qu’ils sont désormais une force politique majeure, installée dans le paysage politique, et non un mouvement un peu groupusculaire et constamment agité. Bref, entre eux et nous, le temps du respect, à défaut de l’amour, est venu.

Entre eux et nous, le temps du respect, à défaut de l’amour, est venu

Evitons, toutefois, la naïveté. Certains, dans l’enthousiasme écologiste des Européennes ou dans l’euphorie socialiste des régionales, ont été jusqu’à envisager une candidature commune dès le premier tour des élections présidentielles, ou la participation des écologistes aux primaires proposées par le Parti socialiste. Cette position pouvait théoriquement se défendre, face à une UMP supposée représentant toutes les droites. Elle me paraît aujourd’hui dépassée, et n’est plus évoquée par personne. Les socialistes avancent sur leur schéma de primaires, les écologistes se disputent sur les candidatures éventuelles. En vérité, il ne me semble ni possible, ni souhaitable d’aller vers des primaires communes et une candidature unique.

En vérité, il ne me semble ni possible, ni souhaitable d’aller vers des primaires communes et une candidature unique.

Pas souhaitable, car ce n’est pas la logique de nos institutions, qui réservent au premier tour le rôle d’effectuer les choix nécessaires à la confrontation finale, et parce que les régionales ont démontré, au détriment de l’UMP, l’inanité des stratégies de « parti unique ». Pas possible, car nos formations respectives ne le désirent pas, et parce que nos désaccords intellectuels, idéologiques – par exemple sur la décroissance, sur le rôle de l’industrie, sur le nucléaire, sur la fiscalité… – demeurent importants. C’est pourquoi je crois plus réaliste, et donc préférable, d’accepter la présence de deux candidats au premier tour, sur des plateformes et des programmes différents, tout en préparant par des dialogues de fond – à l’image de ce que nous avons fait en 1993/1994 avec les Assises de la transformation sociale – et des réflexions sur la carte électorale, le rassemblement face à Nicolas Sarkozy puis en vue des élections législatives qui suivent. Laissons, en somme, les écologistes choisir leur identité puis l’affirmer, poursuivons de notre côté notre rénovation, organisons la compétition tout en pensant à une gouvernance partagée. Cela me paraît être la bonne démarche : pourquoi ne pas l’entériner dès maintenant ?

8 réflexions au sujet de « Les écologistes et nous »

  1. A quoi sert la politique ?« Elle a deux rôles, faire avancer les choses, et nourrir ceux qui s'y adonnent. »Je dirais plutôt : Elle a deux rôles, nourrir ceux qui s’y adonnent, et accessoirement, faire avancer les choses.

    • Bravo, quel talent d’écriture

      Des belles idées, voilà la nouvelle gauche !

  2. mais ces mots ne firent écho dans l'oreille du petit Bolo qui ne se laissa point déconcerter. Il pacqua ses 12 lettrines, glissa son initiale dans sa panse et se mit en route. Alors qu'il avait gravi les premiers flancs de la chaîne des monts Italiques, il jeta un dernier regard sur la skyline de

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