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« Il faut mettre Sarkozy à la retraite en 2012 »

Catégorie : Actualité | Par pierre.moscovici | 29/06/2010 à 11:30

Interview parue dans Sud-Ouest du 29 juin 2010

Est-il facile de parler d’une seule voix au PS sur la réforme des retraites ?

Nous avons une position très unie sur les retraites. Je suis très à l’aise là-dessus… Nous estimons d’abord que la méthode du gouvernement est puissamment critiquable : depuis des mois, il essaie d’éviter le mouvement social, de contourner la négociation et de « blouser » le débat politique…

Il y a eu une concertation bidon avec un ministre, M. Woerth, qui a reçu les syndicats en sachant les mauvais coups qu’il préparait… Il y a eu une présentation escamotée, pendant la Coupe du monde de foot. Et puis, le troisième temps, ça va être la présentation du projet en conseil des ministres, comme par hasard le 14 juillet ! Je retrouve là-dedans la position froussarde de Nicolas Sarkozy par rapport au peuple. Il a voulu passer sa réforme en catimini. Il a déjà été démenti par les manifestations du 24 juin. Je suis persuadé qu’il sera démenti par la suite.

Quels sont les motifs d’inquiétude dans la réforme actuelle ?

Tout d’abord l’abandon de la retraite à 60 ans. Non pas parce que la gauche l’a mise en œuvre mais simplement parce que c’est une réalité vécue : en l’abandonnant, on s’attaque à ceux qui ont cotisé tôt, longtemps, qui ont souvent les tâches les plus pénibles et l’espérance de vie la plus faible. Sur la pénibilité, la position du gouvernement est scandaleuse, car elle reprend la position du Medef. Ils ont une vision médicale de la pénibilité quand nous avons une vision sociale.

en abandonnant la retraite à 60 ans, on s’attaque à ceux qui ont cotisé tôt, longtemps, qui ont souvent les tâches les plus pénibles et l’espérance de vie la plus faible

Nous contestons aussi le fait de pomper de l’argent dans le fonds de réserve des retraites, un fonds créé par Lionel Jospin, destiné à être abondé pour financer les retraites des plus jeunes. C’est complètement irresponsable !

Le Parti socialiste est-il crédible sur le sujet des retraites ?

Oui. Nous avons une approche alternative. Nous voulons une réforme globale et juste… Nous pensons que la retraite à 60 ans doit être maintenue, mais nous ne remettons pas en cause la réforme Fillon. Nous pensons que cette réforme est injuste mais, maintenant, nous acceptons qu’il y ait une nécessité à augmenter la durée de cotisations. Cela dit, dès lors que quelqu’un aura cotisé suffisamment, il devra pouvoir partir à 60 ans, avec une retraite à taux plein…

Nous pensons aussi que le capital n’est pas suffisamment sollicité pour financer les retraites. Il y a une série de prélèvements que l’on peut effectuer, sur les bonus, les stock-options, etc. Au total, les prélèvements nouveaux que nous opérons, avec une légère augmentation des cotisations patronales et salariales, représentent 25 milliards d’euros.

Nous pensons aussi que le capital n’est pas suffisamment sollicité pour financer les retraites.

Nous pensons par ailleurs qu’il faut abonder le fonds de réserve des retraites. Et nous proposons pour cela un prélèvement exceptionnel de 15 % sur l’impôt des sociétés, liés aux revenus exceptionnels des banques. Cette surtaxe sera un geste de justice.

Qu’en est-il du facteur démographique ?

Nous ne l’ignorons pas. Nous ne disons pas que tout le monde doit prendre sa retraite à 60 ans. Mais là où le gouvernement propose une décote pour ceux qui s’arrêtent plus tôt, nous proposons une sur-cote pour ceux qui travaillent plus longtemps.

Jusqu’où irez-vous dans ce combat ?

Jusqu’au bout. Pour Nicolas Sarkozy, il s’agit d’une pierre angulaire de sa future campagne. La rentrée sociale sera chaude et nous serons là, avec les syndicats. Au Parlement, nous serons dans une stratégie de harcèlement démocratique… Si ce gouvernement passe en force, nous remettrons en cause la réforme telle qu’elle aura été faite à l’occasion des élections présidentielles.

Président de la République, est-ce un métier pénible. Si oui, vous tente-il ?

Je crois que Nicolas Sarkozy a rendu ce métier très pénible…. Au Parti socialiste, on verra bien qui sera candidat pour la primaire d’ici en 2011. Mais il y a une chose dont on doit être sûr : que toutes les sensibilités, les personnalités du PS aient la sagesse de disputer une primaire avant de se rassembler. On n’a pas le droit de jouer avec ce que les Français attendent. Dix ans avec Sarkozy, ce serait une casse absolument dramatique. Alors, mettons-le à la retraite à 55 ans, en 2012.

que toutes les sensibilités, les personnalités du PS aient la sagesse de disputer une primaire avant de se rassembler. On n’a pas le droit de jouer avec ce que les Français attendent.

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3 commentaires

  • Bloggy Bag dit :

    « on s’attaque à ceux qui ont cotisé tôt, longtemps, qui ont souvent les tâches les plus pénibles et l’espérance de vie la plus faible. »

    cotisé tôt et longtemps = argument sur la retraite/rente

    tâches pénible = argument sur l’idée que la retraite est un âge où l’on ne peut plus travailler et que la solidarité nationale prend le relais

    faible espérance de vie = argument sur l’idée que la retraite est un âge où la société reconnaissante vous remercie équitablement pour l’effort que vous avez fait pour elle.

    En une phrase, nous voyons apparaître au moins trois visions de ce qu’est supposée être la retraite.

  • Jonas dit :

    « Dix ans avec Sarkozy, ce serait une casse absolument dramatique. Alors, mettons-le à la retraite à 55 ans, en 2012. »

    + 1 Mosco :)

  • […] Ce billet était mentionné sur Twitter par Besoindegauche, Besoindegauche, Jacek Mazur, Jacek Mazur, Pierre Moscovici et des autres. Pierre Moscovici a dit: « Il faut mettre Sarkozy à la retraite en 2012 » | Pierre Moscovici http://bit.ly/bh6RwM […]

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