Dans les médias

Ça ne peut plus durer !

Catégorie : Actualité,Réflexions | Par pierre.moscovici | 05/07/2010 à 18:22

Il y a quelques jours, j’écrivais ici que le gouvernement de Nicolas Sarkozy, dirigé par François Fillon, était à l’agonie. La formule avait fait sourire certains d’entre vous, persuadés peut-être que le pouvoir, dans notre curieux système politique, pouvait rester indifférent aux assauts de la société. C’est en réalité tout le contraire : la démocratie d’opinion a pris le dessus, la pression du mécontentement a emporté une première digue. Deux ministres ont, en effet, démissionné hier. Alain Joyandet, tout d’abord, a quitté le navire, dans la foulée Christian Blanc a été prié d’en faire de même. Aujourd’hui, la droite tente, laborieusement, d’expliquer qu’il s’agit là des premiers gestes de la « République irréprochable » qu’évoque désormais le Chef de l’Etat et souligne que les situations des démissionnaires – lâchés par leur collègues d’hier, désignés par eux comme des brebis galeuses avec une rare inélégance – n’a rien à voir avec celle d’Eric Woerth. Ces départs donneraient un sursis à l’attelage gouvernemental, ils offriraient un ballon d’oxygène à une droite à bout de souffle. Selon moi, c’est tout le contraire, le signe que cette situation délétère est intenable.

Face à ces démissions, la réaction populaire immédiate a été celle du bon sens : pourquoi eux, et pas les autres ? Nicolas Sarkozy a peut être voulu, en poussant les deux secrétaires d’Etat à la démission, s’éviter l’épreuve d’un remaniement estival. Les partants ont peut être souhaité l’en protéger. En réalité, cette tragi-comédie dominicale montre surtout l’épuisement du gouvernement et l’indécision de l’entraîneur de l’équipe UMP. Dans un régime parlementaire, l’issue serait simple et rapide. Cette après-midi, le Gouvernement serait interpellé par l’opposition à la Chambre, ce soir il tomberait, demain le Président de la République tenterait d’en former un nouveau, avec ou sans le même Premier Ministre, voire dissoudrait l’Assemblée Nationale devant le constat du discrédit de la majorité. Mais nous sommes en Vème République, dans un système semi-présidentiel ou présidentialiste, dénué de tout contre-pouvoir crédible : seul Nicolas Sarkozy pourrait tirer les leçons de la crise politique qui s’étend sous nos yeux, et renverser la table. Force est de constater qu’il ne veut pas ou ne sait pas le faire. Après avoir « flingué » devant des députés UMP plusieurs de ses ministres – la liste n’est pas close avec Alain Joyandet et Christian Blanc – il a attendu que ceux-ci partent avant d’être virés, et laisse les autres en place. Comment s’étonner que ce Gouvernement qui n’a plus la confiance du Président n’ait pas non plus celle des Français, et ne puisse fonctionner ? Il est en vérité presque surprenant que le Républicain sourcilleux qu’est le Premier ministre, François Fillon, accepte de demeurer en poste dans ces conditions.

Seul Nicolas Sarkozy pourrait tirer les leçons de la crise politique qui s’étend sous nos yeux, et renverser la table. Force est de constater qu’il ne veut pas ou ne sait pas le faire

Cette situation, contrairement aux apparences, n’est pas une aubaine pour l’opposition : elle peut être un piège, elle doit être gérée avec responsabilité et dignité. J’observe avec inquiétude les effets ravageurs des dérives a-républicaines qui abîment le Gouvernement sur le milieu politique dans son ensemble. Les hommes politiques sont, d’après un sondage paru ce matin, perçus comme « corrompus» par les deux tiers des français, et la cote de tous le leaders du pays, de gauche et de droite, s’affaisse dans les baromètres d’opinion. Ce climat malsain, suspicieux, entretenu sur l’air du « tous pourris », ne profite qu’à l’abstention et au Front national, il nourrit un populisme renaissant. C’est pourquoi la gauche ne doit pas donner raison à une droite qui, pour masquer son désarroi, nous accuse de « chasse à l’homme », nous reproche d’être à la recherche de cibles, bref de nous comporter comme des vautours. Cette accusation est fausse : le Parti socialiste, depuis le début de cette crise, n’a jamais demandé de tête, il n’a pas entretenu de polémiques à caractère personnel, il n’a pas participé au flot des révélations qui emporte les uns après les autres les membres du Gouvernement – qui, en fait, est chahuté sans cesse par le « Canard enchaîné ». Il ne doit pas, à mon sens, s’acharner sur tel ou tel cas, sur tel ou tel homme ou femme. Il doit poser les bonnes questions, au bon niveau.

Ce climat malsain, suspicieux, entretenu sur l’air du « tous pourris », ne profite qu’à l’abstention et au Front national, il nourrit un populisme renaissant.

Ce qui est en cause, ce ne sont pas les manquements, inexcusables, des individus, c’est la conduite même du pays, c’est le Gouvernement de la France. Les Français souffrent, leur moral est fragile, de durs efforts leur sont demandés, ils éprouvent un sentiment d’injustice, ils n’acceptent plus l’iniquité qui est la marque de fabrique du pouvoir. Ne demandons pas la démission du suivant ou de la suivante sur la liste de Nicolas Sarkozy, montrons plutôt qu’un changement de gouvernement et surtout de politique est nécessaire, interpellons le Président et le Premier ministre, contrôlons rigoureusement l’exécutif. C’est la raison pour laquelle je n’ai jamais pour ma part, appelé à la démission d’Eric Woerth. On dit beaucoup – c’est sans doute vrai – que les départs d’hier ont été décidés pour le protéger : si c’est le cas, c’est pour le moins maladroit, et souligne au contraire davantage ses difficultés. Peu m’importe. L’important, c’est que la lumière soit faite sur les conflits d’intérêt qui ont pu entacher son action : c’est pourquoi la demande d’une Commission d’enquête parlementaire est la juste riposte, qui ne peut attendre. Posons avec fermeté, avec sérénité, avec respect pour les personnes, les questions qui interrogent les français, exigeons les réponses, adressons nous aux vrais responsables de ces dérives, ceux qui dirigent l’Etat et abaissent la République.

L’important, c’est que la lumière soit faite sur les conflits d’intérêt qui ont pu entacher son action : c’est pourquoi la demande d’une Commission d’enquête parlementaire est la juste riposte, qui ne peut attendre.

La France a besoin d’un gouvernement de crise, pas d’un gouvernement en crise. Je suis un homme de gauche, je me bats contre Nicolas Sarkozy, j’attends avec impatience 2012 et la fin de cette expérience singulière et traumatisante. Mais je suis d’abord un responsable politique soucieux du bien public, amoureux de son pays. Il n’est pas possible de laisser plus longtemps le navire sans gouvernail, un sursaut républicain est nécessaire. Oui, ça ne peut plus durer ! C’est la responsabilité de Nicolas Sarkozy, s’il conserve un certain sens de l’Etat, que d’y remédier. Et c’est la nôtre de préparer l’alternance, seule à même de répondre au mal -être des français.

Photo: CC par zigazou76

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43 commentaires

  • baillergeau dit :

    Le groupe Bettencourt, CLYMENE, est-il un sujet dont on peut débattre utilement dans les limites de notre hexagone ?

    Je ne le crois pas et la presse tremble à l’idée d’avoir à en parler.

    Pour moi, il y a quatre raisons à cela :

    *Ce groupe est né dans l’horreur des années 39/45, avec la bénédiction des amis du père de Liliane, Deloncle et Déat.
    Les crimes économiques de cette période n’ont jamais été jugés, aussi le doute demeure.

    *Mitterrand fut à la Libération le patron de la presse de ce groupe dont il n’ignorait rien du passé, personne n’en a parlé par la suite.

    *Clymène est à cheval sur la frontière suisse, facile à passer si le temps devient mauvais.

    *La grandeur du groupe aurait pu trouver un interlocuteur assez puissant, si une majorité de français avait voulu avoir un état fédéral européen.

    Il faudrait apprendre à débattre des sujets en fonction du cadre dans lequel ils se développent, le reste est du vent.

  • Bloggy Bag dit :

    Cette nuit a eu lieu une petite révolution à l’AN : les députés ont voté contre une des lois de Woerth.

    Je crois que non seulement les députés viennent d’envoyer une demande de démission à ce ministre, mais que la bataille pour le leadership de l’ump a commencé avec un avantage à Copé sur ce coup là.

    Pierre, pourrais-tu nous éclairer sur ce vote étrange ?

    • Christine R dit :

      Pas sûr qu’on puisse réduire le résultat du vote uniquement à une question de personne, même si Woerth est affaibli.
      Il s’agissait d’une loi sur la représentation syndicale dans les TPE, qui devrait d’ailleurs s’imposer comme une évidence, et s’est heurtée à des résistances et à la pression du patronat qui a freiné des 4 fers avec une argumentation complètement anachronique.

  • Machiavel dit :

    @ Bloggy Bag 11:57
    « … Dominique STRAUSS-KAHN, a décidé de présenter sa démission. Menacé d’être mis en examen pour « faux et usage de faux »…

    La dignité? OK. Mais il savait ce qu’il avait fait … et savait que la mise en examen était inéluctable.
    Pour l’instant il n’en est rien concernant Woerth qui nie tout en bloc. La présomption d’innocence prévaut donc.
    Wait and see…

    • Bloggy Bag dit :

      Le problème avéré pour Woerth est le conflit d’intérêts et là, la présomption n’a pas lieu d’être puisqu’il s’agit d’un élément objectif qui n’a rien à voir avec la justice.

      Une éventuelle mise en examen dans le cadre ou en marge de l’affaire Bettencourt ne serait qu’un élément de plus.

      Il faut aussi se souvenir que de toute façon ce gouvernement n’a pas appliqué cette position morale qui veut qu’un ministre mis en examen démissionne avec l’affaire Santini (dont on n’entend plus parler et qui touche aussi par ricochet son successeur, un certain Nicolas).

    • sélène dit :

      Celui qui n’a aucune chance d’être innocenté par la justice n’a aucun intérêt à démissionner.. autant qu’il occupe le terrain le plus longtemps possible.. cela s’appelle « la fuite en avant ».

      Nous nous trouvons devant ce cas de figure: l’évidence d’une mise en cause judiciaire ne peut être retardée qu’en gardant les rênes du pouvoir.

      Ceci dit, je n’accablerai personne: Woerth a agi dans l’intérêt de sa « famille politique », pas pour lui même.

      Nous avons eu le cas de figure Emmanuelli dans le même genre.. ce sont des hommes dévoués, qui paient de leur personne, se dévouent, parfois au delà du raisonnable et du légal.

      Comment Sarkozy, le maître d’oeuvre, peut il se sortir de tout cela? rester au pouvoir, de toute évidence. Il n’y aucun risque de démission.

      Pour changer son entourage, « brulé » par les affaires, une législative serait la bienvenue… parions…. élection en Décembre?

      • grouchy dit :

        D’autant que pour le financement illicite de la campagne des présidentielles, le délai de prescription tomberait à point.

  • Jonas dit :

    Ce n’est plus l’affaire Woerth c’est l’affaire Sarkozy, de toute façon il était évident depuis le début que Woerth était en service commandé.

    Y’a pas une histoire d’argent liquide là maintenant en plus ? Ca n’arrête pas de prendre de l’ampleur cette affaire, plus ça va, plus on découvre le sinistre pot aux roses !

    • Nicolas(Nantes) dit :

      La police vient de confirmer le retrait de 50.000 euros à l’agence BNP prétendu par la fameuse ex-comptable de Bettencourt.

      Ca sent de plus en plus mauvais chaque jour pour Woerth et le gouvernement.

      • Jonas dit :

        Et pour Sarko !

        • grouchy dit :

          Woerth au tribunal, Sarko au bal….

          Cela dit je ne vais pas non plus pleurer sur le sort de Woerth tout dévoué soit-il.
          Quand on réceptionne une valise pleine de billets quelle qu’en soit la destination, on réceptionne une valise pleine de billets.
          Au passage, jolie prestation de la comptable.

          Reste l’honnêteté du personnel de maison….On ne peut vraiment plus se fier à personne….

  • Bloggy Bag dit :

    Je reposte ici une partie de mon dernier billet ( http://wordpress.bloggy-bag.fr/2010/07/07/dissolution-demission-elections-anticipees/ )qui envisage 3 scénarios possibles liés à la situation actuelle :

    Dissolution de l’AN : c’est un coup possible (à la Chirac) que j’avais envisagé il y a déjà plusieurs mois chez Moscovici. L’idée est de perdre (assurément) la nouvelle législative pour se refaire une santé à travers une cohabition. Le problème étant pour Sarko un peu plus complexe puisqu’il s’agirait d’une double cohabitation : avec le PS mais aussi avec son parti qu’il a largement entrainé dans le trou, déçu et pire encore ici, totalement discrédité. Il faudrait dans l’absolu pour que cela marche un gouvernement d’union nationale et réussir in fine a apparaître comme le sauveur. Plus que délicat pour qui a tout raté depuis 2007.

    Démission de Sarko : depuis le départ une telle hypothèse se pose (du moins je me la pose depuis 2007 et n’est-ce pas Léotard qui a écrit “cela va mal finir” ?), elle devient plus crédible mais Sarko n’est pas là pour la grandeur ou un dessein pour la France. Ce qui l’intéresse c’est lui, il sait qu’il n’a plus vraiment de chance d’être réélu, il fera tout pour rester à l’Elysée, quitte à ne plus gouverner.

    Élection anticipée : même si j’avais tord pour la démission de Nicolas Sarkozy, elle n’interviendrait qu’au bout de plusieurs mois de bataille (pour l’heure, aucune instruction judiciaire n’est ouverte sur les effets collatéraux de l’affaire Bettencourt), voire une bonne année. Or l’élection présidentielle n’est plus très éloignée et l’on pourrait sans doute à quelques mois près, conserver le calendrier prévu.

    Politiquement, quels en seraient les impacts ?

    Clairement cela signifierait une purge sanglante au sein de l’UMP avec une lutte entre Copé et D2V pour le leadership du parti. Il n’est cependant pas certain que l’UMP y survivrait et il est plus probable qu’un de ses partis satellites récupère la mise.

    Pour le PS, cela simplifierait un de ses problèmes techniques qui est celui de l’organisation d’une primaire qui comme je l’ai montré, souffre d’un vice intrinsèque qui est celui de l’impossiblité de garantir l’équité des candidatures. Lâche soulagement…

    Enfin, point finalement le plus important au regard de l’histoire, cela signifierait un marqueur important de la lente agonie de la Vème République dont les principes fondateurs ont perdu de leur force, et ici de leur probité, à force d’être tordus, amendés, contournés. Que manque-t-il aujourd’hui à cette Vème République ? Un vrai contre-pouvoir moral, le regard sévère de la probité et de l’intérêt général, la hauteur et le recul garants de la grandeur et de l’honneur de la France.

    • Victor dit :

      Cette situation politique est calamiteuse…
      Se construire une opinion sur cette affaire est bien difficile.

      A mon avis, d’après ce que j’ai lu, la meilleure solution « stratégique » à court terme est que le PS suggère à Woerth de porter plainte. A priori, s’il n’a pas peur qu’un juge d’instruction indépendant enquête, il ne devrait pas être contre cette idée ^^. Même s’il s’agite en ce moment, j’ai cru comprendre qu’il ne fallait pas trop faire confiance à Philippe Courroye pour chercher/trouver la vérité.

      En tout cas, mauvaise ambiance…
      Elaborer des scénarios sur ce qui va se passer est ambitieux Bloggy… je ne sais pas quoi en penser !
      Quoi qu’il advienne, le PS doit être vigilant… La convention du parti tombe à pic… mais entre la théorie et la pratique, il y a souvent un grand fossé et malheureusement l’éthique en politique (et pas seulement d’ailleurs) est aussi parfois malmenée dans nos rangs (en tout cas… je le constate régulièrement chez les jeunes socialistes).

      Le « spectacle » que nous offre les politiques et les médias ça ne donne pas trop envie de s’engager en politique pour défendre des valeurs et des idées… mise à part pour la changer (mais qui n’a jamais voulu changer la politique ? ^^).

      Mais bon, quand on est jeune, on est encore bien naïf… c’est aussi un atout ! :-) On a tjs la force d’y croire au changement !

      • Bloggy Bag dit :

        Il pourrait porter plainte pour diffamation mais en politique c’est très compliqué à utiliser car accusé ou accusateur, le politique part coupable aux yeux de l’opinion.
        Par ailleurs ce n’est plus Woerth qui est attaqué avec les dernières déclarations de la trésorière, mais bien Sarkozy.

        Que faire dans une telle situation ? Ce qu’à fait Dominique, au nom de la morale et du sens de la responsabilité, démissionner avec dignité pour préserver le gouvernement et pouvoir défendre librement son honneur :

        http://www.ina.fr/economie-et-societe/justice-et-faits-divers/video/CAB99044318/dominique-strauss-kahn-annonce-sa-demission.fr.html

        C’est dans ce genre de moment que l’on voit la grandeur des hommes : tout vous accable, vous restez digne et prenez des décisions au nom de l’intérêt général, puis vous combattez jusqu’au moment où la vérité est établie et votre honneur lavé de la calomnie.

    • Nicolas(Nantes) dit :

      S’il y a élections anticipées cette année, faut pas chercher, ce sera Aubry qui sera candidate. Dans l’urgence, elle représente et tient le parti. C’est elle qui aura le plus de chances de l’emporter.

      Maintenant, envisager des élections anticipées, c’est un peu osé :)

      • Bloggy Bag dit :

        Ce serait très compliqué pour Aubry avec les royalistes qui dégainent pour un oui ou un non et qui seraient particulièrement ulcérés d’une procédure accélérée de désignation qui les mettrait hors jeu avant de commencer (pour peu qu’ils y soient encore dans le jeu).

        Ils crieraient sans doute immédiatement à un Reims bis en mettant un bazar innommable.

        • Nicolas(Nantes) dit :

          bloggy,

          s’il y avait de nouvelles élections anticipées, genre en septembre, autant dire que les primaires c mort et qu’il faudra parer à l’urgence et choisir celui ou celle qui a déjà les manettes en main, à savoir Aubry.

          Et autant dire que ça fera suer pas mal de monde, royaliste, strauss-kahnien, hollandais et autres, mais c ainsi. Si c’était l’urgence, on irait pas organiser des primaires en deux mois…

          Mais bon, ce scénario est quand même très peu probable ! Chirac fait jurisprudence en la matière.

          • Bloggy Bag dit :

            Je sais bien Nicolas, mais l’histoire actuelle nous éclaire crument sur la réalité politique : des faits extérieurs, contextuels et sans relation directe avec le cœur du problème peuvent mettre un système à terre.

            Au départ, l’affaire Woerth est une imbécilité mais c’était simple à résoudre : il démissionnait de son poste de trésorier et on n’en parlait plus.
            Oui mais voila, il y a eu la série de petites gaffes ministérielles, puis la série de grosses imbécilités cupides ministérielles.
            Oui mais voilà, il y a l’héritage de la 3ème fortune de France à préserver avec des règlements de comptes qui ont des odeurs d’évasions fiscales et pas de chance, cela reconduit à Woerth qui a il me semble fort imprudemment menacé quelques grandes fortunes sans avoir le moyen de ses ambitions.
            Et oui mais voila, après avoir été lamentable en foot il faut au yeux des Français tout faire pour pouvoir regonfler le torse.

            Cela fait beaucoup de « oui mais voilà » aussi contextuels qu’insignifiants qui aujourd’hui dépassent Woerth et sapent les fondations sarkozystes.

            En politique, les faits n’ont finalement que peu d’importance en regard de leur interprétation. Guillotiner Louis XVI n’était pas un crime puisque cela libérait le peuple du joug de la monarchie…

            Pour en revenir à Martine pour qui on doit avoir de la reconnaissance pour avoir réussi à tenir le rafiot PS à flot et en être arrivé à être en mesure d’affréter un fringant navire, les faits et ses résultats ne suffiront pas à légitimer sa candidature. Elle ne peut être candidate qu’après avoir mené une bataille équitable contre d’autres candidats. Dans tous les autres cas, elle accentuerait voir légitimerait les accusations de Reims. Comme elle a par ailleurs la particularité à cause des 35h de radicaliser la droite contre elle, cela pourrait ne pas être suffisant à une présidentielles.

            Pour l’heure, mon analyse des chances est la suivante :
            – Royal / Hollande sont plombés par 2007 et ne peuvent espérer que le soutien de la gauche, et encore.
            – Mosco / Valls n’émergeront pas sans fait d’arme (j’ai écrit fait d’arme, pas campagne marketing) pourtant, en particulier Pierre, ils pourraient être rassembleur à gauche et au centre
            – Aubry ne peut gagner qu’avec le soutien cohérent de la gauche
            – DSK est pour l’heure le seul candidat capable d’être soutenu par une bonne partie de la gauche, tout le centre et jugé acceptable par une partie de la droite, surtout avec les frasques actuelles de ce gouvernement. Bien sûr il devrait démissionner avant l’heure, mais là aussi il est maître de gérer ce point du calendrier.

        • Marie dit :

          quel exemple de fraternité …

      • Marie dit :

        Tenir un parti ?

        • Nicolas(Nantes) dit :

          bah c’est elle qui le représente, elle est la première secrétaire, donc oui, en cas d’urgence et d’élections anticipées, c’est évident que c’est elle qui a l’avantage. C’est ainsi.

          En cas d’élections anticipées, les délais sont généralement de deux mois environ. Tu vois, à l’improviste, organiser en deux mois des primaires ? Ou même un simple vote des militants ? Avec le minimum de campagne nécessaire ? Autant dire que c’est mort d’avance, donc du coup, le premier secrétaire, s’il est jugé « présidentiable », ce qui est le cas d’Aubry, a clairement l’avantage.

          Mais encore une fois, élections anticipées, faut pas rêver, ça ne va pas arriver !

  • Machiavel dit :

    BRIE-COMTE-ROBERT, Seine-et-Marne (AP) — Nicolas Sarkozy est apparu détendu et particulièrement souriant mardi matin malgré les dernières révélations dans l’affaire Bettencourt, dans le cadre d’un déplacement sur le thème de la médecine de proximité à l’hôpital de Brie-Comte-Robert (Seine-et-Marne).

    A mon avis, il nous prépare un bon coup. Il adore ce genre de situations. Méfiance…

    • Jonas dit :

      A mon avis il pédale dans la semoule….

      • Michel Ternes dit :

        Il est dépassé oui. Le monde résumait bien la situation en rappelant combien il aime donner le tempo. Là, il est dans la réaction.
        Cela ne m’étonnerait pas qu’il essaie d’allumer des contrefeux mais il faudra vraiment taper fort pour détourner une attention qui est de + en + focalisée sur sa personne

  • Machiavel dit :

    Si j’étais Sarkozy…
    je démissionnerais sur le champ et je provoquerais des élections présidentielles anticipées. Rien que pour faire chier la gauche qui aura voulu ma perte et n’aurait donc pas le temps matériel de se retourner et désigner son candidat, favorisant ainsi un vote populiste vers Marine Le Pen que j’aurais pris soin de recevoir discrètement à l’Élysée.
    Pas mal, non? Après moi le déluge.

    • Bloggy Bag dit :

      Je dissoudrais plutôt l’AN histoire de me refaire une petite santé pendant 1 an et demi.
      Et je demanderais avec des trémolos un gouvernement d’union nationale. Scénario déjà envisagé…

    • Jonas dit :

      @ Machiavel :
      « après moi le déluge »

      En tout cas ton hypothèse confirmerait son irresponsabilité totale vis à vis de l’Etat dont il est censé être le chef.

  • Jonas dit :

    héhé

    J’ai envie de citer le grand Charles qui disait, à une périodê dont on avait annoncé la liquidation de l’héritage :

    « La réforme oui, la chienlit non »

    (Bon je ne veux pas dire par là que je suis pour la réforme injuste des retraites, mais juste qu’on veut bien réformer la France mais pas n’importe comment, d’une part, et que c’est la chienlit au gouvernement, d’autre part)

  • Bloggy Bag dit :

    Après le majordome, maintenant c’est au tour de la comptable de parler et d’accuser à la fois Woerth et Sarkozy. Décidément, il est bien difficile de trouver du petit personnel de nos jours…
    En tout cas, la démission de Woerth n’est plus qu’une question de jours je pense (voire moins si l’on en juge aux déclarations du porte-parole de l’Elysée qui botte déjà en touche du côté… du trésorier de la campagne 2007, un certain Eric).
    Dernier problème, Sarko s’étant exposé dès le début de son mandat comme celui qui touche à tout, les fusibles sont moins efficaces surtout pour une affaire qui toucherait directement sa campagne de 2007.

    Quand on est mauvais, on l’est jusqu’au bout…

    • Jonas dit :

      « Quand on est mauvais, on l’est jusqu’au bout… »

      Bloggy, Sarko est pire que mauvais, il est calamiteux pour la France, si le PS, ce que j’espère profondément, revient au pouvoir en 2012, la France risque d’être dans une situation terrifiante… et qu’on ne mette pas ça sur le dos de la crise, Sarko a très mal géré la France, les services publics, les finances publiques, sans parler du très mauvais exemple qu’il donne et de bien d’autres choses (réformes baclés et/ou très néfastes etc…)

      Bref, quand tu dis qu’il est mauvais, je trouve que tu es trop timoré.

      A bon entendeur

  • Victor.P dit :

    Toute cette affaire est bien triste !

    Je conseille (si ce n’est déjà fait), pour ceux qui apprécient le droit et l’humour fin, la lecture de la note de maitre eolas sur l’affaire Woerth-Betttencourt (ou l’inverse) !

    Il nous livre l’affaire dans l’affaire de l’affaire… soit ce qui se passe du côté des tribunaux et de la justice. Comme nous l’affirme le blogueur avocat, une vraie partie d’échec s’est engagée entre magistrats : terrifiant !
    http://www.maitre-eolas.fr/

    La guerre des déclarations et des communiqués m’a bien faire rire aujourd’hui : jolie pagaille au gouvernement.
    D’un côté le Parti Socialiste qui se méfie du « contre feu » qui aurait été allumé par l’Elysée pour sauver le Soldat Woerth.
    L’Elysée et l’UMP qui mettent en avant le devoir d’exemplarité et qui expliquent que ces démissions honorent ceux qui les ont acceptés sous la pression de l’Elysée.
    Et les deux Ministres qui, à l’inverse, affirment avoir pris l’initiative de leur démission. Joyandet avait bien été le premier à dégainer un communiqué… Blanc a assuré que qu’il avait déjà pris sa décision de démissionner et qu’il voulait la présenter courant juillet ; voilà qui est fait (pour le coup, le 17 juin dernier, je l’avais entendu faire un discours « d’adieu » lors des 4e Assises de la Vallée Scientifique de la Bièvre… il était bien sur le point de partir).

    Cette saga, on en a surement pour tout l’été si Sarkozy ne fait pas le ménage !

    • Baillergeau dit :

      Pourquoi voulez-vous qu’il fasse le ménage ?
      Il y a des gens qui font plus ou moins bien avec les « caids and small hands » qui eux ne sont pas de notre monde.
      Ces personnes agissent dans un monde sans règles.
      Nous avons été très cons de ne faire un Etat Fédéral Européen qui contrôlerait 75 % des paradis fiscaux du monde.
      Qui le voulait ?
      La régularisation en ce domaine pouvait changer la répartion des cartes.
      Les socialistes le veulent-ils encore ?

      • Victor dit :

        Le ménage car il y a trop de poussières ^^ ! Son équipe gouvernementale est usée.

        Il y a des règles. Certains peuvent s’en accomoder car ils en ont les moyens… Et mediapart nous le rappelle ce matin.

        Une régulation mondiale a, il me semble, toujours été un voeu socialiste.

  • Clamence dit :

    30 kms de sable à Gâvres dans le Morbihan,
    35 cl de whisky pur malt au coffre,
    Un chien obéissant comme un social-démocrate,
    Une marche encore solide vers un bar encore ouvert,
    Où allons-nous, les très vieux errants de la gauche ?

    BETTENCOURT ?
    Quelle idée de nous mettre cela sous le nez ?
    On n’a déjà pas digéré les affaires de son papa avec les nazis, ni avec Mitterrand dans les journaux du groupe à la Libération.

    Pourquoi nous raconter ces affaires alors qu’elles n’ont peut être rien à voir avec les conneries de la République en cours ?
    « CLYMENE » a une dimension qui n’est pas celle de la petite République Française – Fermez le banc.

    Ceux qui n’ont pas voulu d’une Europe Fédérale capable de tenir tête à de grands groupes, ferment leur gueule, une fois pour toute.

    Cependant, je ne suis pas certain que la dimension européenne fut en mesure de contraindre ce groupe international, mais on eut pu le menacer, çà aurait déjà été cela.

    CHRITIAN BLANC ?
    Plein de qualités hors du commun pour des circonstances exceptionnelles.
    Des défauts domestiques incompatibles avec la compta nationale.
    On peut condamner les uns sans oublier les autres ?
    Il parait que l’on ne peut pas.

  • monsieut Bitru dit :

    Ca ne peut plus durer. Certes. Mais çà va durer.
    Vous connaissez la nature humaine, mon cher Moscovici. Et plus encore, certainement, celle de Sarkozy. Comment pouvez vous imaginer un seul instant qu’il va obéir aux diktats de la gauche? Il s’agit bien sûr de votre part d’une posture à destination de vos militants. C’est de bonne guerrre. Et quand bien même ceci serait-il souhaitable dans l’intérêt du pays, seriez-vous assez naïf pour croire que cela est réalisable? Allons…
    Je me bornerais à constater que la campagne pour 2012 vient d’être lancée…et qu’elle va être particulièrement violente. Avec tous les risques que l’on sait. Dans un sens comme dans l’autre.
    Espérons seulement que les vacances vont momentanément calmer les ardeurs suicidaires.
    Rien n’est moins sûr…

  • frednetick dit :

    Si je puis me permettre, étant militant socialiste, je trouve qu’un peu d’humilité dans notre gestion des choses ne ferait pas de mal non plus.

    Avec un sens assez marqué de l’opportunisme il me semble que l’affaire bettencourt comme vous la désignez, occulte le charcutage du projet de rénovation et l’eau tiède qui en sort une fois servis les différents pôles de lobbying interne.

    J’espère seulement qu’il ne s’agit pas d’une incapacité notoire et pérenne de notre parti à gérer de front plusieurs dossiers sensibles…

    Ceci dit je partage votre avis, motivé et constructif, comme à votre habitude. Toujours un plaisir de lire un écrit dont la teneur intellectuelle ne tient pas du café du commerce.

    Un peu d’espoir en quelque sorte.

  • Bertrand Brandes dit :

    Pourquoi eux ? Pourquoi pas tous les autres ? Quelle manoeuvre !

  • jls74 dit :

    Je pense que hélas ça va durer en encore quelques mois.
    Ces démissions (licenciements?) ne sont en rien le signe d’une « république irréprochable. Il en aurait ainsi si ils avaient démissionné immédiatement hors Sarkozy ne s’y est résolu que devant l’ampleur du phénomène et pour sauver (pour combien de temps?) Eric Woerth.

    J’en discutais il y a quelques jours avec un député UMP proche de chez moi (par loyauté je taierai son nom), et il en était tout effondré de la tournure que prenait les événements. La base des députés « godillots » commence à s’inquiéter!
    Il y a de quoi…

  • […] Ce billet était mentionné sur Twitter par Alain Koenig Ortoli. Alain Koenig Ortoli a dit: RT @pierremoscovici: Sur mon blog: "Ca ne peut plus durer!": http://bit.ly/deM0YE […]

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