Dans les médias

Fragile démocratie

Catégorie : Actualité,Politique,Réflexions | Par pierre.moscovici | 09/07/2010 à 16:00

La semaine qui vient de s’écouler aura été marquée, de bout en bout, par le feuilleton de « l’affaire Bettencourt » et par ses conséquences politiques. Sur fond de suspicion envers le pouvoir, les révélations succèdent aux révélations, les démentis aux confirmations, les attaques aux contre-attaques. Petit à petit, la polémique paraît tout submerger, au risque de donner naissance à une vague populiste. Prenons-y garde : la démocratie française, déséquilibrée par un système institutionnel sans véritables contre-pouvoirs, est précieuse, elle est fragile, elle est menacée. Elle exige de nous tous des précautions, mieux des attentions, qui ne lui sont pas toujours accordées.

La droite me parait être la première responsable de ces dérives. Parce qu’elle est au pouvoir, et parce que les interrogations, légitimes, qui se lèvent, la concernent au premier chef. Le quinquennat de Nicolas Sarkozy, et auparavant toute la construction de son destin politique, se sont forgés sur la confusion entre les intérêts publics et les intérêts privés, entre la direction du parti majoritaire, celle de l’Etat, et les forces d’argent. En ce sens, oui, il y a bien un « système », fait d’amitiés entre le Président, chef de l’UMP, et les plus grandes fortunes de ce pays, de familiarité avec les propriétaires des grands médias. La fête au Fouquet’s, le repos du guerrier sur un yacht, le bouclier fiscal, la reprise en main de l’audiovisuel public, certes contrariée et entravée par la liberté des journalistes, sont autant de symboles de cette connivence, qui touche parfois au conflit d’intérêts. C’est en ce sens, et d’une certaine façon quelle que soit la véracité des allégations qui se déploient autour de l’affaire Bettencourt, que la situation d’Eric Woerth est intenable, que la défense indignée organisée par la droite autour de lui n’est pas solide : il est impossible, vraiment, dans une République digne de ce nom, d’être à la fois, comme il fut, le financier de l’UMP et le ministre des Comptes publics. Il y a là une incongruité, plus que cela encore, une véritable indécence.

Il est impossible, vraiment, dans une République digne de ce nom, d’être à la fois, comme il fut, le financier de l’UMP et le ministre des Comptes publics. Il y a là une incongruité, plus que cela encore, une véritable indécence.

La seconde responsabilité du parti majoritaire réside dans la violence tous azimuts  de sa réaction. J’ai été choqué de voir François Baroin, mardi dernier lors des questions d’actualités à l’Assemblée nationale, accuser le Parti socialiste de « nourrir l’extrême droite ». Par delà nos engagements respectifs, j’ai de l’estime et même de l’amitié pour lui, je le sais un esprit fin et ouvert. Comment ce jeune ministre a-t-il pu, sans doute pour renforcer sa position, se livrer à une attaque aussi erronée, fallacieuse, alors qu’il sait bien que c’est le silence obstiné de son camp qui est la première source du malaise des Français ? Cette provocation n’était pas acceptable de la part d’un républicain sincère. J’ai été moins surpris, mais davantage encore révolté, par les mises en cause inqualifiables d’Eric Besson, décidément prêt à tout, stigmatisant le « visage plein de haine » des socialistes, confondant à dessein la colère surjouée d’un incident de séance parlementaire avec la vindicte personnelle. Enfin, il n’est pas anodin de voir le Secrétaire général de l’UMP, Xavier Bertrand, qui sait à l’occasion être un vrai méchant, accuser « Mediapart » d’avoir, en dévoilant les propos de l’ex-comptable de Madame Bettencourt, utilisé des « méthodes fascistes » : le propos est clairement et sciemment diffamatoire, il est surtout lourd de menaces  à l’égard des médias libres de ce pays, que l’UMP veut assommer par une résolution législative. Dernier exemple de réaction indue : le soulagement de l’Elysée après les rétractations de la comptable, mettant hors de cause Nicolas Sarkozy, qui contraste avec le silence qui a entouré ses révélations du début de semaine. Cette droite là, qui se défend contre un sort adverse, est plus que dure, elle est limite, elle n’est pas irréprochable, elle donne plutôt le mauvais exemple. Comment, dans ces conditions, s’étonner de la montée possible des idées et des forces d’extrême droite, de la fortune éventuelle du Front national et de Marine Le Pen ?

Le Parti socialiste, depuis le début de cette affaire, a dans l’ensemble eu le comportement qu’il fallait. Il n’y a pas été à la source d’informations sur les relations entre Madame Bettencourt et le pouvoir. Il n’a demandé la tête de personne, entrepris aucune chasse à l’homme, il est resté digne et respectable – pour deux. Il s’est contenté – c’est le rôle de l’opposition en démocratie – de poser les bonnes questions aux bons interlocuteurs. La droite, après avoir accusé le choc des affaires Bettencourt – en réalité, il y en a plusieurs, privées et publiques – est maintenant dans la contre-offensive. Elle tente de nous faire passer pour les auteurs d’un complot, et de faire croire que le ministre-trésorier de l’UMP est une victime. Cela ne trompe personne. Hier, nous n’avons pas perdu notre calme, nous n’avons pas succombé à je ne sais quelle euphorie, aujourd’hui, ne courbons pas l’échine, n’entrons pas davantage dans la mêlée, gardons tout notre sang froid. En réalité, les rebondissements quotidiens de l’affaire Bettencourt ne changent rien à l’essentiel, et notre attitude doit rester constante. Les rétractations – partielles – de la comptable ne suffiront pas à résoudre la crise politique majeure que traverse le pays, qui préexistait au demeurant à ses déclarations. Deux exigences s’imposaient et s’imposent toujours. La première est celle de la vérité. Il y a, dans les méandres des relations opaques entre le pouvoir et la première fortune de France, trop d’ambiguïtés, trop d’éléments troublants, trop de coïncidences étranges : le soupçon ne s’éteindra pas, il minera toujours la santé de notre démocratie, si la transparence n’est pas acceptée. C’est pourquoi, je le répète de façon obstinée, ce serait une faute lourde de refuser – ou même de différer – la Commission d’enquête que demande le Groupe socialiste de l’Assemblée nationale.

Ce serait une faute lourde de refuser – ou même de différer – la Commission d’enquête que demande le Groupe socialiste de l’Assemblée nationale.

La deuxième exigence est celle du changement de gouvernement. François Fillon s’est déclaré hostile à un remaniement rapide, Nicolas Sarkozy s’est donné trois mois pour y procéder. Ils ont tort, pour leur intérêt comme pour celui du pays. Ce gouvernement est à bout de forces : les ministres sont trop nombreux, beaucoup sont affaiblis, démoralisés, l’équipe n’est pas soudée et n’a pas – au plus, si l’on est indulgent – de projet mobilisateur. Il n’a plus la confiance du Président, il a perdu celle des Français.  Alors oui, le Président de la République ne doit pas laisser pourrir cette situation, s’enfermer davantage dans le rôle du chef hargneux d’une droite minoritaire et clanique, il doit parler et agir, mettre en place un gouvernement différent. Celui-ci sera toujours conservateur, il mènera toujours une politique de rigueur injuste et inefficace. Nous le combattrons demain comme nous affrontons celui d’aujourd’hui. Mais, au moins, aura été respectée une règle essentielle de la démocratie : une crise politique se dénoue par une sanction, elle s’achève par une nouvelle donne. C’est la seule condition pour rendre au débat entre les forces républicaines son sens et sa noblesse, pour assécher le populisme. Il reste à Nicolas Sarkozy peu de jours avant l’été pour réagir en chef de l’Etat et non en chef de bande. Tout sera joué le 14 juillet. Les paris sont ouverts.

Photo: CC par desdibuix – miquel

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19 commentaires

  • aubert dit :

    je n’aime pas cet article. Sous des apparences de sérieux et de « grande sagesse » il donne une détestable impression de pleutrerie. A.A.

    • Bertrand Brandes dit :

      Plait-il ?

    • Victor dit :

      Qui est lâche dans cette affaire ?

      Surement pas le PS et quelques médias qui osent poser des questions et délivrer quelques renseignements gênant pour le pouvoir !

      Surement Sarkozy, son gouvernement et l’UMP qui font en sorte de garder la main sur l’affaire sans permettre une instruction impartiale et indépendante que ce soit sur le plan de la justice (toujours pas de juge d’instruction) ou sur le plan de l’administration (rapport de l’IGF contesté car indépendance mise en doute)

      Au sujet de la présomption d’innocence, allez voir ce que disait François Fillon en 2006 lors de l’affaire Clearstream… autre affaire, autre discours. J’aime le courage en politique !
      http://www.maitre-eolas.fr/post/2010/07/08/Boomerang

      Et on sent déjà l’action coup de com de Sarkozy ce soir qui va s’appuyer sur le fameux rapport de l’IGF pour essayer de tourner la page… fragile démocratie en effet.

  • PSchitt dit :

    Fragile démocratie en effet.
    Une des nôtres a choisi de se distinguer, apparemment.
    Qu’en pensez-vous? Cela ne nécessiterait-il pas un rappel à l’ordre?
    http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2010/07/11/97001-20100711FILWWW00072-royal-accusee-de-deni-de-democratie.php

  • Bloggy Bag dit :

    Pierre, je me permets de t’adresser ici cet appel (j’ai voulu le mettre dans les questions / réponses mais c’est fermé).
    Le texte original (avec liens et photos) est sur mon blog : http://wordpress.bloggy-bag.fr/2010/07/10/lettre-a-mes-camarades-sociaux-democrates-et-a-nos-sympathisants/
    _____________________
    Lettre à mes camarades sociaux-démocrates et à nos sympathisants

    L’été va tant bien que mal marquer une pause dans le débat politique, et après la pause viendra le temps de la montée en puissance du grand marathon qui nous amènera en 2012.

    Depuis ces dernières semaines, nombre d’initiatives voient le jour, individuelles autant que collectives, venant d’anonymes autant que d’élus du PS socdem (Christophe SIRUGUE, Maire de Chalon-sur-Saône, député de Saône-et-Loire, Benjamin GRIVEAUX, conseiller général de Saône-et-Loire, Céline PINA, conseillère régionale d’Ile-de-France, Françoise TENENBAUM, adjointe au Maire du Dijon, conseillère régionale de Bourgogne, Françoise VERJUX-PELLETIER, adjointe au maire de Chalon, conseillère générale de Saône-et-Loire, Jean-Renaud ROY, militant, fédération du parti socialiste de Paris, pour ne citer que les acteurs du dernier appel) ou n’ayant pas jusqu’ici affiché une étiquette particulièrement marquée social-démocrate (Jean-Pierre Mignard pour ne citer qu’un des plus étonnants).

    Les initiatives fleurissent, les groupes de soutiens essaient de se constituer, les blogs se réveillent et, nouveauté de cette future élection, les groupes estampillés DSK sur la coopol font florès (plus d’une douzaine avec le label DSK). Belle volonté, bel enthousiasme, espoir revigorant.

    Je crois que le temps est donc venu de penser à coordonner tout cela pour nous rendre visible, lisible, attractif, tout en respectant l’esprit de la social-démocratie, et c’est là que ma lettre prend son sens. Le mouvement social-démocrate que nous avons commencé à réformer, rénover, refonder, est un mouvement qui est excellemment représenté par des hommes et des femmes de qualité, mais des hommes et des femmes de qualités qui s’identifient à nos idées et pas l’inverse. Et pour ce qui concerne la prochaine échéance, il est trop tôt pour l’heure de nous identifier ou de n’être identifiable qu’à travers un candidat qui n’est pas déclaré et qui n’a aucun intérêt à le faire avant l’année prochaine.
    Par contre il est plus que temps de préparer le terrain pour ce candidat, de rendre vraiment identifiable le mouvement qui est le nôtre aux yeux des militants PS, des sympathisants et de tous les français en attente d’un renouveau politique, et de faire clairement comprendre quels sont nos idéaux :

    * l’humaniste et l’esprit des lumières comme morale et non la religion,
    * une société de citoyens solidaires et non un groupe d’individus en compétition perpétuelle,
    * la raison, la volonté et les compétences et non l’irrationalité et le spectacle,
    * l’égalité de tous et l’équité pour chacun et non le corporatisme ou la loi du plus fort,
    * la liberté économique encadrée par une régulation dans l’intérêt commun et non le renoncement néo-libéral ou le collectivisme d’État,
    * la liberté individuelle respectueuse de l’autre et de la loi et non l’État tout puissant, l’État policier, le gouvernement des juges, l’ordre moral ou militaire
    * la réforme radicale, progressive, continue de la société et non la révolution ou le renoncement
    * …

    Il est plus que temps de faire clairement comprendre quels sont nos outils :

    * le dialogue et non l’injonction,
    * la négociation et non l’imposition du point de vue le plus fort,
    * le contrat et non le dictat ou la vérité révélée
    * la réflexion et le travail collectif et non le verbiage populiste
    * la pédagogie et non la violence de l’imposition des décisions
    * …

    Au-delà des principes et des outils, il nous faut constituer un réseau socdem identifiable, ce qui me semble vouloir signifier :

    * afficher la présence de figures morales de la social-démocratie, c’est-à-dire des figures éloignées de la polémique et dont la vie au service de nos idées les honore et honore notre mouvement. Alain Bergounioux et Catherine Tasca me semblent parfaitement illustrer cet aspect, et je suis sûr qu’ils ne sont pas les seuls à le pouvoir. Que ces militants de tant de combats et de victoires soient nos juges de paix lorsqu’il nous faudra avoir du recul au milieu de la bataille, que ces grandes figures soient garantes de la grandeur de nos ambitions et de notre probité,
    * remobiliser les cadres actifs socdem, cheville ouvrière de la construction de notre mouvement : je ne peux que souhaiter que Jean-Christophe Cambadélis et Pierre Moscovici reprennent leur action interrompue et qu’ils soient rejoints par tant d’autres qui aujourd’hui montrent leur volonté de faire gagner nos idées : Collomb, Destot, Huchon, Patriat, Sabban, Touraine, Urvoas, et tant d’autres qui me pardonneront de ne pas pouvoir les citer tous.
    * et de façon plus pragmatique nous donner un outil fédérateur sur internet, un point administratif d’entrée, un visuel socdem, du matériel de campagne, …

    La campagne pour les primaires aboutira à désigner un candidat. Le temps des sociaux-démocrates est arrivé mais ce candidat, quelles que soient ses qualités, quelles que soient ses capacités, quelles que soient ou aient été ses responsabilités nationales et internationales, ne nous affranchit pas de faire notre travail. Dans ce moment du calendrier, c’est à nous d’être à la hauteur de nos espoirs, c’est à nous d’être à la hauteur du candidat que nous exigeons d’avoir. Ne retombons pas dans les erreurs passées du PS : il n’existe pas de sauveur capable à lui seul de pallier nos déficiences. Par contre, si nous sommes capables de montrer qui nous sommes vraiment, de sublimer le travail de réflexion largement entrepris depuis 2006, de dissiper le brouillard de fantasmes répandus par nos adversaires au profit de la vérité nos idées, alors le chemin sera grand ouvert pour le candidat d’exception que nous aurons mérité et que nous appelons de nos vœux, alors l’appel sera tellement puissant que sa candidature sonnera comme une évidence, au bon moment.

    • baillergeau dit :

      Je ne trouve pas ta défense visible de la social-démocratie assez saignante.

      Nos parties de cache-cache avec les communistes nous ont assez coûté dans le passé pour recommencer aujourd’hui. Acceptons-nous le marché et ses entreprises privées ? Reconnaissons-nous enfin que la défense du service public est parfois l’occasion de ne pas mettre en cause des structures qui en ont besoin ?

      Cette mise au point me semble s’imposer d’autant plus que la crise du capitalisme échevelé nous offre la possibilité historique de conduire une politique social démocrate parfaitement indentifiable.

      Traitement fiscal des «sur revenus» pour ce qu’il peut rapporter et pour la morale à promouvoir « Personne n’emporte aux enfers ses richesses superflues. »

      Interdiction aux banques de faire des investissements avec l’argent de leurs dépôts, interdiction de tous les produits dérivés détachés des contrats d’économie réelle – deux mesures chères à Paul Jorion.

      Plus de paradis fiscaux qui accueillent la moitié des liquidités qui circulent dans le monde.

      Redonner de façon judicieuse et dynamique, du pouvoir d’achat aux salariés pour favoriser la croissance.

      Ces objectifs n’ont de valeur qui si notre action repose sur des structures fédérales à l’échelon de l’Europe dont la géométrie reste à mieux définir.

      Je dois aussi te dire que je n’aime pas ta formule : «L’humaniste et l’esprit des lumières comme morale et non la religion»
      Si une large part des croyants continue à ânonner des affirmations qui ont vertu d’héritage, il en est d’autres qui trouvent dans leur foi des raisons d’agir dans le sens de l’intérêt commun et qui demandent le respect de leurs conceptions.

      • Bloggy Bag dit :

        « Acceptons-nous le marché et ses entreprises privées ? » : oui (selon moi), c’est une partie du sens de « la liberté économique encadrée par une régulation dans l’intérêt commun et non le renoncement néo-libéral ou le collectivisme d’État »

        « interdiction de tous les produits dérivés détachés des contrats d’économie réelle » : je préfèrerais une taxation des produits en fonction de leur niveau de risque et cela me semble beaucoup plus simple à mettre en œuvre que la taxe Tobin puisqu’au moment d’entrer sur un marché pour vendre son produit, il faudrait simplement passer pas le guichet AMF (ou équivalent) qui vous dirait « j’estime le niveau de risque de votre produit à tel niveau, vous paierez une police d’assurance « risque systémique » de x% de votre CA sur ce produit ». L’un des gros problèmes de la taxe Tobin est qu’il faut « courir » après les ingénieurs financiers qui sont plus rapides que les organismes de régulation. Là il suffirait de les attendre au guichet pour le dire quel est le prix de la police d’assurance. En plus, une assurance risque est compréhensible par tous et plus acceptable qu’une taxe arbitraire.

        « Plus de paradis fiscaux qui accueillent la moitié des liquidités qui circulent dans le monde. » : doux rêveur… Il y a (au moins) 2 façons de faire cela : engager une guerre sanglante contre les mafias du monde et déclencher des guerres contre les pays qui sont des paradis fiscaux, et potentiellement les pays qui les soutiennent. Es-tu prêt à faire un exemple en commençant par envahir Monaco ?
        Une des hypothèses sur l’affaire Woerth est que justement il a sans doute voulu récupérer une partie de l’argent perdu dans ces paradis fiscaux. Une des conclusions (peu morale) est qu’un ministre au minefi est bien petit et que s’il n’est armé que d’une vague liste de fuyards fiscaux il a tout intérêt à faire profil bas.

        « Je ne trouve pas ta défense visible de la social-démocratie assez saignante. » Je sais bien. En fait, ce que j’aurais aimé avoir c’est une série de phrases courtes et imagées qui puisse exprimer de façon « claquante » ce qu’est la socdem (en conservant l’opposition à ce que sont « les autres »). Cela doit faire partie d’un effort de réflexion *collectif* (là mon initiative est un tantinet trop solitaire). Il faut être armé à tous les niveaux de communication : des textes de réflexions aux messages simples de communication.

        « Je dois aussi te dire que je n’aime pas ta formule : «L’humaniste et l’esprit des lumières comme morale et non la religion» » J’ai un côté « bouffeur de curés » qui n’est pas dû à un héritage politique mais qui m’est bien personnel, je le reconnais. La question est en substance : les sociaux-démocrates acceptent-il l’action religieuse comme un problème comme les autres (pouvant trouver sa solution dans une négociation et un contrat) ou est-ce un élément a priori combattu par notre action car aliénant la liberté et les possibilités d’émancipation ?

        • baillergeau dit :

          @Bloggy Bag – 12 juillet à 10 h 05

          Je te suis dans l’acceptation du marché et de ses entreprises privées, mais l’expérience du Programme Commun a montré les ambiguïtés du jeu avec les communistes et avec certains de nos amis qui ne sont des communistes honteux.

          Interdire les produits dérivés détachés des contrats de l’économie réelle, semble une voie judicieuse pour le non-économiste que je suis, quand je lis ou que j’entends notre voisin Paul Jorion défendre cette position et ne pas être contredit, sauf par ceux qui ont un intérêt direct à ce que ça continue – Note que Merkel était d’accord, si Sarko avait voulu –

          Pour les produits dérivés non détachés des contrats de l’économie réelle, une taxation appropriée reste à trouver, mais les difficultés techniques devraient être limitées, si les autres produits dérivés sont éliminés.

          « Paradis fiscaux ? »
          Pour Monaco, un tout petit attentat le 19 novembre, encore dans mes possibilités, et on n’en parlera plus !
          Pour le Luxembourg, c’est plus sérieux. Il s’agit d’un pays fondateur de l’Europe et il est vraisemblable que nous ne connaissons qu’une très faible partie des fonctions exactes d’un paradis fiscal. Même l’amateur que je suis, n’a aucune peine à s’en apercevoir en lisant le rapport Montebourg / Peillon de 2002.

          L’hypothèse que tu soulignes dans le dossier Woerth est peut être à retenir. Pour moi, je crois plus à un double jeu à haut niveau et dans un dossier qui lui a sauté à la figure, pour d’autres raisons (Villepin?) Tout le monde n’est pas Joseph Joanovici !

          «La religion qui aliène la liberté et les possibilités d’émancipation?»
          La révolution française est passée et nous ne sommes même plus au temps de l’alliance du sabre et du goupillon.
          Je ne me sens concerné que par les aspects de la religion qui sauvegardent la liberté et les possibilités d’émancipation, le reste peut disparaitre.

          • Bloggy Bag dit :

            « Interdire les produits dérivés détachés des contrats de l’économie réelle, semble une voie judicieuse pour le non-économiste que je suis »

            La titrisation d’une dette est-il un produit de l’économie réelle ? A priori pas franchement : transformer une dette en papier que tu insères dans dans des produits financiers compliqués, cela ne semble pas lié à l’économie réelle. Manque de chance, si cette dette est celle d’un marché immobilier non maîtrisé et que ce marché plonge, tu te retrouves avec une crise subprime (explication très simplifiée, qu’on me pardonne c’est pour l’illustration).

            Par contre dire « je ne comprends rien à votre produit alors j’estime cela hautement risqué, l’assurance de risque sera maximale », c’est simple et imparable si l’on veut quand même commercialiser son usine à gaz.

    • pierre moscovici dit :

      Sympathique,mais fausse évidence.Je crains de ne pas être d’accord..

      • Michel Ternes dit :

        Pierre, vous prenez la parole dans vos commentaires ! J’approuve ! Bienvenue parmi nous.

      • Bloggy Bag dit :

        C’est une réponse d’oracle, il faut décoder… :-)

        Quelle est la fausse évidence ?

        Mon appel part implicitement de l’idée que l’on peut reprendre les fondations de S&D et qu’il manquait à S&D un juge de paix n’ayant pour seule préoccupation que la grandeur du message. Je crois que sur le 2ème aspect, on ne peut être que d’accord, mais je veux bien accepter le doute sur le premier point.

        Est-il pour autant possible de reconstituer un encadrement avec les mêmes bases ? Les résultats furent bons pendant une période avant de finir par échouer, je ne l’ignore pas. Il manquait donc plus qu’une autorité morale et il faut savoir quoi et résoudre ce problème car quel que soit le candidat que nous finirons par avoir, il faudra bien que nous le soutenions. Le nom ne fera pas l’élection.

        Nous avons le temps pour trouver une solution à ce problème qui est purement un problème collectif : nous savons pouvoir être bon sur les idées, bon sur le candidat, mais il nous faut pouvoir démontrer que nous serons bon en tant que groupe politique. Nous sommes notre propre défit et la non-connaissance temporaire du nom de celui qui nous représentera est une excellente occasion pour traiter notre seul vrai problème : nous.

  • monsieut Bitru dit :

    « Il est impossible, vraiment, dans une République digne de ce nom, d’être à la fois, comme il fut, le financier de l’UMP et le ministre des Comptes publics. Il y a là une incongruité, plus que cela encore, une véritable indécence. »

    Certes, « comme il le fut ».
    Mais alors, il fallait le dire alors qu’il était ministre du budget et dénoncer la non-compatibilité des postes.
    Aujourdhui, l’incongruité est plutôt de demander sa démission… alors qu’il est ministre du travail, sur fond de réforme des retraites. Ben voyons.
    Il faut reconnaitre une certaine tartufferie au PS, et à Pierre Moscovici -et je le regrette-pour s’indigner de la situation sur le tard.

  • sélène dit :

    Tiens, si la politique devient sujet de paris, cela risque d’être encore plus incertain, et peut être plus rentable que les paris sportifs!

    Amusant en tous cas!

  • baillergeau dit :

    Bonsoir Pierre,

    Rien à ajouter à ton compte rendu, si ce n’est de prendre un peu de recul sur la mêlée.

    Celui qui devait finir sur un croc de boucher, ne peut être totalement étranger à cette affaire ?
    Je ne prends pas Alexandre Adler pour un devin, mais là, il ne s’est peut être pas gouré.

    Je ne souhaite pas à Liliane de rendre les clefs demain, mais l’organisation de l’après mise en bière est peut être en cours.

    Pour ces deux raisons et pour bien d’autres que je ne peux qu’ignorer, un petit coup de tromblon en direction de la gauche est une bonne diversion.

  • bloggy bag dit :

    Voila un post qui marque de la dignite et de la hauteur dans cette affaire.

    Reste donc a savoir qui a vraiment declenche cette affaire…

  • […] Ce billet était mentionné sur Twitter par Besoindegauche, Victor Pescheux. Victor Pescheux a dit: Fragile démocratie – http://www.pierremoscovici.fr/2010/07/09/fragile-democratie/ […]

  • Victor dit :

    On demande l’avis à « Paul le poulpe » ?
    Je renvoie à cet excellent dessin de Baudry :
    http://www.rue89.com/baudry/2010/07/08/paul-le-poulpe-sait-tout-paul-le-poulpe-voit-tout-158023

    Il y aussi la question du rôle de la justice dans cette affaire. Tant qu’un juge d’instruction ne sera pas nommé pour faire la lumière et tant que le procureur Courroye mènera l’enquête, je doute d’un retour à la confiance…
    Et pareil à propos de l’Inspection générale des finances…

    L’Elysée va pouvoir mettre en avant ces deux enquêtes alors que leur conduite n’est pas assurée d’une totale indépendance !

    Le climat de défiance n’est pas prêt de s’estomper

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