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En route vers l’année décisive

Catégorie : Actualité,Réflexions | Par pierre.moscovici | 26/07/2010 à 16:42

Le temps de prendre des vacances approche pour moi – pour la plupart d’entre vous, il est déjà là ou est pour bientôt, je l’espère. Ces congés seront cette année un peu plus longs que d’habitude. L’année écoulée a en effet été particulièrement chargée. Entre l’écriture et la parution de « Mission impossible ? », la Convention nationale sur le « nouveau modèle de développement », le tour de France des retraites, plusieurs déplacements à l’étranger – au Québec, en Chine, aux Etats-Unis – mon activité locale, qui reste pour moi essentielle entre toutes, j’ai « bossé comme une bête » et ai besoin d’une vraie coupure, d’un vrai repos. Celui-ci sera d’autant plus nécessaire qu’il s’agira, durant cet été, de préparer l’année 2010/2011, qui s’annonce décisive, et exigera des forces intactes. Quelles en seront les étapes – dont beaucoup sont connues ?

Cette année sera la dernière année « utile » – disons plutôt active – du sarkozisme. Le Président de la République dans une interview au « Figaro Magazine », a déjà annoncé la couleur : il y aura, à partir de l’automne 2011, une « pause » dans le travail gouvernemental. Cette précision a pu sembler curieuse, elle a sa logique. Quoiqu’il en dise, quelles que soient ses postures, les interrogations qu’il laisse filtrer sont feintes : le Chef de l’Etat est candidat à sa réélection. A dire vrai, il ne peut guère faire autrement. D’un seul mandat de 5 ans, dans sa perspective, ne resterait qu’un champ de mines, fait de réformes brutales, mal conduites, rejetées. Et il semblerait fuir le combat, confesser son échec. Il est donc contraint à se représenter – je suis par ailleurs certain qu’il le souhaite, car la politique est sa vie. Je ne suis pas convaincu qu’il puisse, en fait, y avoir une véritable pause : la crise et l’agenda international ne le permettent pas. Mais reviendra alors le temps des promesses.

Quoiqu’il en dise, quelles que soient ses postures, les interrogations qu’il laisse filtrer sont feintes : le Chef de l’Etat est candidat à sa réélection.

D’ici là, c’est le temps des efforts – mal partagés – et des échecs qui s’imposera. Nicolas Sarkozy a décidé de jouer sa crédibilité sur la réforme des retraites. Je suis persuadé que ce combat – en tout cas dans l’opinion – est déjà perdu pour lui. Parcequ’Eric Woerth, qui demeure chargé de mener ces débats avec les partenaires sociaux et au Parlement, n’est plus en état de jouer ce rôle avec efficacité : son image est trop abimée, il est trop questionné pour aborder ce dossier avec la sérénité et la hauteur de vue nécessaires. Ensuite parce que la majorité des Français est hostile, non pas au principe d’une réforme, mais aux modalités, injustes, de celle qui est avancée par le pouvoir. La gauche devra être très présente sur ce thème, avec des propositions, elle doit être combative, aux côtés du mouvement social et dans l’enceinte du Parlement : elle le sera. J’ai la conviction qu’il est possible de faire reculer la droite, en particulier sur la pénibilité, qui doit être définie de manière collective et non individuelle.

Commencera ensuite l’examen du budget. Ce sera un budget de rigueur, susceptible de freiner encore une activité économique déjà déprimée. Ce sera pour nous le moment de critiquer – la situation dramatique de nos finances publiques n’est pas due à la seule crise, elle est bien davantage le produit d’une gestion inefficace et inéquitable – mais aussi d’avancer dans la définition d’une politique économique alternative. L’examen du projet de loi de finances se fera sans doute avec un nouveau gouvernement – avec ou sans François Fillon. Le remplacement de celui-ci sera un casse-tête pour le Président : le Premier ministre est trop populaire à droite pour être facilement suppléé, il est trop usé et marqué par la première phase d’un quinquennat raté pour être conservé. C’est dire qu’à mes yeux un nouvel élan est improbable pour la droite, qui a peu de ressources disponibles. Michèle Alliot-Marie n’est pas à vraiment parler une figure neuve, Jean-François Copé ne veut pas s’exposer, les autres « premiers-ministrables » sont plus fragiles encore. Ne nous y trompons toutefois pas : la droite, certes dans la douleur, se remettra en ordre de marche, derrière son champion, qu’elle n’aime plus mais qui la domine encore.

Décisive pour la droite, l’année qui vient l’est davantage encore peut-être pour la gauche et pour le Parti socialiste. Il s’agit, pour nous, d’une étape essentielle dans la préparation de l’alternance en 2012, que tant de Français attendent, qui n’est plus une « mission impossible », loin s’en faut, mais qui reste à construire. Notre calendrier est connu, lui aussi. Il sera d’abord marqué par la suite de la série de Conventions nationales lancée par Martine Aubry. Après la définition de notre « nouveau modèle de développement », après la rénovation de notre parti, nous aurons à traiter de trois sujets : la politique internationale et l’Europe, en septembre, l’égalité réelle – et les politiques sociales – à l’automne, la synthèse de nos idées au printemps. Il faudra prendre ces rendez-vous au sérieux – je le ferai. Car l’unité du Parti est nécessaire – j’ai montré lors de la première convention que j’y étais attaché, en faisant pour cela les compromis souhaitables – elle n’est pas une fin en soi. Nous ne pouvons transiger avec l’internationalisme ou avec notre engagement européen, nous ne pouvons accepter une conception étatiste ou archaïque des problèmes sociaux et éducatifs, nous devons élever notre degré d’intelligence collective au moment de la rédaction de notre programme. Il faudra donc contribuer utilement à la réussite de chacune de ces conditions. Je m’y efforcerai.

Il s’agit, pour nous, d’une étape essentielle dans la préparation de l’alternance en 2012, que tant de Français attendent, qui n’est plus une « mission impossible », loin s’en faut, mais qui reste à construire.

Notre autre tâche principale est de préparer avec les primaires. J’en ai suffisamment parlé ici pour ne pas y revenir aujourd’hui longuement : les primaires auront lieu, quels que soient les sentiments des uns et des autres, qui peuvent être plus ou moins mitigés. Je veux toutefois exprimer une préoccupation. Les primaires sont une novation radicale dans la vie politique française – et au premier chef pour le Parti socialiste, qui ouvre la voie. Ne sous-estimons pas la difficulté – la complexité en tout cas – de leur organisation. Si l’on veut éviter la répétition des « primaires Canada Dry » de 2006 et être à la hauteur des attentes de tous ceux – nombreux – que cette perspective nouvelle intéresse, il faut répondre à de nombreuses questions : quelle liste électorale ? Quelle mobilisation des sympathisants socialistes et de gauche ? Quel maillage des bureaux de vote ? Quelle information en direction des Français ? Quel dispositif – financier, médiatique, politique… – pour une campagne équitable, intéressante et digne ? Mon sentiment est que nous avons à peine, à travers les rapports du groupe de travail réuni autour d’Arnaud Montebourg, à travers quelques test mollement effectués dans quelques fédérations, pas nécessairement volontaires au demeurant – réfléchi à tout cela. Puisque le Parti socialiste et ses militants ont choisi d’organiser des primaires, il est maintenant indispensable – et obligatoire – de consacrer les moyens et de trouver l’énergie nécessaires pour les réussir. Le temps presse, si nous voulons éviter le simulacre, le bricolage ou le ridicule.

Je vous l’ai déjà dit, je serai un acteur de ces primaires. Je vais donc me préparer pour la rentrée, réfléchir davantage, au-delà du quotidien, à cette année décisive, et surtout aux besoins de la gauche, à ceux du pays, et pour cela recharger les accus. Comme j’en ai pris l’habitude, je ne délaisserai toutefois pas tout à fait ce blog pendant l’été – je sais que beaucoup d’entre vous y sont sensibles – et y posterai quelques papiers un peu « froids », sur la situation de la droite et sur celle de la gauche, ainsi que sur les idées de progrès et la réforme. Je vous souhaite, en attendant, un bel été. A bientôt.

Photo: CC par Wolfgang Staudt

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12 commentaires

  • guillaume dit :

    Pierre,
    Je comprends bien ta volonté de représenter une alternative dans le cas où DSK renoncerait à se présenter. Néanmoins je pense que ta stratégie sera délicate à organiser, étant donné le calendrier du directeur du FMI.
    A mon avis, ce dernier déclarera sa candidature au dernier moment (je peux me tromper). Je comprends les injocntions lui demandant d’envoyer un signe au début de l’année 2011 sur ses intentions. Je les comprends mais je souhaite également qu’il se déclare plus rapidement qu’avant la cloture des candidature à la primaire. Le risque est de créer un sentiment d’exaspération et de découragement chez ses soutiens. On connaisse d’ailleurs à voir poindre quelques dissonances au sein de la « strauss-kahnie » (cf Camba vs Patriat). Je crois pourtant qu’il va attendre le dernier moment pour ne pas donner l’impression d’un désintérêt du FMI alors que les réformes cruciales sont en cours; et pour créer un mouvement très fort (emballement médiatique) au cours de l’été en vue des primaires.

    Cette stratégie te placerait dans une position délicate. Attends-tu sa déclaration pour annocner la tienne? Ou organises-tu ta candidature au risque de la retirer au dernier moment? La première solution est périlleuse car elle ne te permet pas de t’installer dans le paysage de la primaire et d’affirmer et de poser ton discours par rapport aux autres candidats (il sera par ailleurs difficile de se démarquer de personnages comme Hollande et Valls lorsque tu proneras un discours de responsabilisation, réformiste et européen). La seconde méthode est également dangereuse dans la mesure où elle génère de la frustration chez tes partisans, et empêche à la fois une forte mobilisation des militants pro-dsk qui attendent le retour de l’homme de Washington pour s’impliquer sérieusement dans la bataille. Nous avons d’ailleurs connu ce scénario lors des primaires lorsque tu as retiré ta candidature au dernier moment.

    J’imagine que tu as déjà réfléchi à tout cela voire que tu en as discuté lors de ton passage à washington.

    Mon sentiment est que bien que tout à fait sincère ta position est difficilement tenable… Il faudra que tu fasses un choix définitif en début d’année prochaine si jamais DSK ne se prononce pas: lancement et maintien irrévocable d’une candidature, ou concours au retour de DSK et/ou soutien indéfectible au candidat le mieux placé pour défnedre l’étendard socialiste lors de la présidentielle de 2012 afin de battre Sarkozy.

  • JUMP dit :

    Pour partir en vacances, un peu de lecture. Il s’agit de politique fiction. Passi irréaliste que çà après tout. Qu’en pensez-vous?
    http://www.latribune.fr/actualites/politique/20100726trib000533797/octobre-noir-pour-nicolas-sarkozy.html

  • Bloggy Bag dit :

    Je crois lire un départ en vacances nettement plus optimiste que l’an dernier.

    C’est bien. Bonne vacances !

  • Nathalie dit :

    ouf…enfin un responsable politique qui réfléchit en …..responsable politique.

    Oui, au delà du « fun » des primaires, des élections sont un acte administrativement complexe, d’autant lorsqu’il s’agit d’un choix intuitu personne.
    Je ne suis pas certaine non plus que nous attachions suffisamment d’importance à leur organisation formelle.
    La moindre anicroche serait catastrophique. Nous savons combien, dans notre grand élan démocratique fort sympathique, nous sommes collectivement enclins à ne pas tenir compte des conséquences d’une consultation ratée. Nous devrions nous rappeler combien la chute est difficile (confère le référendum interne sur le TCE).

    Concernant les conventions, penses-tu qu’il serait possible d’en rajouter une sur nos institutions. Celles ci ont été tellement mises à mal par le gouvernement Fillon et la pratique de Nicolas Sarkozy, qu’une réflexion de fond de semblerait nécessaire. Quelle place pour l’Etat? Quelle place pour les collectivités territoriales? Quelle place pour le Parlement? La définition de la fonction présidentielle? Le rôle du gouvernement et du premier ministre? l’indépendance de la justice? La répartition des pouvoirs….

    Sarkozy a tellement tordu la Constitution dans tous les sens que notre République en a perdu son identité. Dans quel type de régime sommes-nous aujourd’hui?

    Mais où sont donc nos professeurs de droit constitutionnel….pourquoi sont-ils tellement inaudibles?

    Sorte de féodalité élective….

    • maurice-alain baillergeau dit :

      Je ne pense pas que l’heure soit venue de mobiliser la gauche sur un changement de constitution en France, même si c’est nécessaire.

      Pour aujourd’hui et demain, la seule mobilisation pouvant avoir un effet sur le cours des choses, c’est l’Europe qui peut vite mourir de ses divisions.

      Le texte de la Présidence du PSE du 10 juin et le compte rendu de la conférence du 16 juin ne peuvent réjouir personne.
      Je ne suis pas certain que la situation réelle soit bien perçue ou alors, c’est que la volonté de l’unanimité à tout prix conduit à produire de l’eau chaude.

      • Nathalie dit :

        Je n’ai pas proposé de « mobiliser la gauche » sur un changement de Constitution, juste que nous, socialistes, réfléchissions à nos institutions, en vue, éventuellement, d’en changer si nous gagnons au terme échu les élections présidentielles et législatives…ou de répondre à une situation de crise.

        Nous ne pouvons pas faire comme si Sarkozy n’avait pas bouleversé notre rapport aux institutions.

        Ce qui n’est pas incompatible avec une réflexion concernant les institutions européennes (ce sont bien également nos institutions non?)

        • maurice-alain baillergeau dit :

          L’urgence européenne est pathétique.
          Fin août, nous pouvons ne plus avoir d’Euro!
          Nos affaires hexagonales risquent d’être sans solution, si l’Europe explose.

          ça n’arrivera pas ! ça s’arrangera ! Zarko est mauvais, mais pas à ce point !

          En 1940, on a publié,
          Buzzati: Le Désert des Tartares.
          Graham Greene: La Puissance et la Gloire
          Hemingway: Pour qui sonne le glas.

          Alors, dormez en paix.

  • […] Ce billet était mentionné sur Twitter par Antoine Bayet, Besoindegauche, Besoindegauche, Helene Favier, Pierre Moscovici et des autres. Pierre Moscovici a dit: Sur mon blog : En route vers l’année décisive http://bit.ly/9fS1DK […]

  • Kainto dit :

    Bonjour Pierre,

    Je partage, comme souvent, une grande partie de cette analyse des échéances à venir, mais une nouvelle fois c’est sur ta position et ton organisation pour arriver à tes fins que j’ai des questionnements.

    Les primaires installent une situation de rapport de force au sein du Parti et dans cet exercice certains sont biens mieux armés, n’ayant pas désactivé la logique de leur courant et bénéficiant d’agents dormants (et pas seulement à cause de leur age) qui reprendront le travail de sape qu’ils ont démontré pour la candidature de Ségolène Royal.

    Tu veux aller au combat, très bien, nous sommes nombreux à le vouloir. Pour moi Pierre ou Dominique ce n’est pas bonnet blanc et blanc bonnet. Il y a une différence d’approche et une constance de terrain, l’un ne vaut pas l’autre.

    Il te faudra des aides et des appuis, j’espère que ces vacances te donneront des idées pour dynamiser et rendre conviviale l’action de Besoin de Gauche. En tout cas je te souhaite de passer du bon temps avec les tiens et t’attend pour la rentrée.

    Adishat,

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