Rigueur : les mots et les choses

Ça y est, le « gros mot » est lâché. François Fillon, qui n’en parle jamais à Paris, a fini par le dire à Tokyo, devant un parterre d’investisseurs japonais et sous le regard heureux de Christine Lagarde : le véritable nom de la politique économique française est la rigueur. « De tous les budgets de l’Etat, le seul qui échappe à la rigueur, c’est celui de l’Enseignement supérieur et de la Recherche », a-t-il avoué dans un plaidoyer pour la zone euro. Quitte à surprendre, je confesse préférer cette franchise aux circonvolutions embarrassées, aux trouvailles sémantiques inventées pour contourner le mot, et la chose. Cela mérite toutefois de s’y arrêter un instant, pour chercher le sens caché de cette déclaration, qui ne peut être anodine, à laquelle je vois trois explications, et qui appelle, de la part de la gauche, une réflexion. Continuer la lecture

Plaidoyer pour de vraies primaires

Crise politique aidant, je n’ai pas eu l’occasion de revenir sur la rénovation du Parti socialiste, entérinée par notre Convention nationale du 3 juillet. Celle-ci a été éclipsée par le tourment qui secoue la droite, décrédibilise le Gouvernement, atteint le Président de la République, qui s’est exprimé hier soir – hélas seulement pour se poser en victime et exposer son auto-satisfaction, alors que les Français attendaient un changement de cap et d’équipe. Pourtant, le sujet n’est pas anodin, et le changement n’est pas mineur : nous avons modifié profondément notre règle de fonctionnement, introduisant un zeste de logique majoritaire dans nos congrès, et avancé vers le non-cumul des mandats, fût-ce dans une certaine ambiguïté. Ce débat – trop court, il faudra vraiment que les prochaines conventions nationales, à l’automne, laissent davantage de temps aux militants pour échanger et amender – n’a pas passionné les foules : il transforme tout de même significativement le paysage. Continuer la lecture