La droite prise au piège du sarkozisme

Où en est la droite, à l’été 2010 ? Sa situation n’est guère florissante. Certes, elle exerce le pouvoir, elle dispose de la majorité à l’Assemblée nationale et au Sénat, elle demeure une force puissante. Mais elle vient de vivre trois années éprouvantes, et aborde la dernière ligne droite avant les échéances décisives de 2012 – et même de 2011, qui verra se dérouler des élections cantonales et sénatoriales importantes, qui pourraient déboucher sur un changement de majorité historique au sein de la haute Assemblée – dans une position très affaiblie. Depuis l’arrivée aux responsabilités de Nicolas Sarkozy, elle a perdu, et de façon très nette, toutes les élections locales – les municipales de 2008 et les régionales de 2010 ont été des « vagues roses » – la cote de popularité de l’exécutif est préoccupante, elle n’a qu’un pauvre bilan à défendre, fait d’injustice et d’échec. Bref, ses perspectives sont d’autant plus sombres qu’elle est, cette fois, désunie, Dominique de Villepin faisant naître la menace d’une dissidence aux flancs de l’UMP alors que le Front national, que d’aucuns croyaient en bout de course, prospère à nouveau. Je ne veux pas me livrer ici au petit jeu des pronostics – nous sommes trop loin de 2012 pour que cela ait le moindre sens. En revanche, je souhaite vous faire réfléchir à une idée finalement peu répandue : la droite française est, en vérité, prise au piège du sarkozysme.

Dans un ouvrage paru en 2008, qui avait connu alors un honorable succès, je m’étais opposé à celui qui semblait encore un leader invulnérable, et l’avais qualifié de « liquidateur ». Dans mon esprit, il s’agissait bien sûr d’analyser l’entreprise qu’il a lancée, dès son élection de 2007, de liquidation méthodique du modèle français, à la fois social et républicain. La suite a hélas montré que ce caméléon politique, souvent plastique et changeant, est resté fidèle à cet agenda à la fois « bougiste » et réactionnaire, qu’il est en vérité – c’est la thèse que je défendrai dans un long article à paraître fin août dans la revue « Cité » – un Président de l’a-République. Le sarkozysme est, pour la France, une expérience radicale, brutale et traumatisante. Mais, s’il est le liquidateur de notre art de vivre, Nicolas Sarkozy est aussi, plus paradoxalement, celui de… la droite, qu’il bouscule et déstabilise. Pendant sa longue campagne victorieuse, entamée en fait dès 2002 face à Jacques Chirac, le Président de l’UMP s’était fait le champion d’une droite « décomplexée ». Il voulait aider son camp à retrouver ses racines et ses marqueurs, incarner à la fois l’ordre – par l’obsession sécuritaire et la dénonciation de l’immigration – et le mouvement – par la libération de l’économie, la réhabilitation du travail, l’incitation à s’enrichir. Il entendait la réunifier au sein d’un parti sinon unique, du moins hégémonique, capable par sa force de premier tour d’emporter sans coup férir toutes les majorités. Il espérait, par l’ « ouverture » – ou plutôt par quelques ralliements payés à vil prix – assécher le camp adverse. Il avait construit un discours pauvre mais simple pour accompagner ce projet. Bien élu en 2007 face à une gauche peu consistante, il avait tout l’or du pouvoir entre les mains.

Le sarkozysme est, pour la France, une expérience radicale, brutale et traumatisante.

Ennemi de lui-même, indifférent aux intérêts collectifs de son camp, Nicolas Sarkozy a, depuis son élection, consciencieusement dilapidé tous ses atouts. Je ne veux pas, aujourd’hui, refaire son bilan – je l’ai étudié dans « Mission impossible ? » il y a un an, et mon analyse n’a pas vieilli. Mais les traits de caractère qui ont fait son succès – une énergie impressionnante, une capacité de travail forte, un goût pour la communication doublé d’un vrai talent de bonimenteur, des qualités d’organisation indéniables – sans avoir disparu, se sont estompés ou ont laissé place à d’étonnantes, d’abyssales faiblesses. Qu’est-ce, en effet, que le sarkozysme en actes ? C’est ce que je développerai dans « Cité », c’est ce que je veux peindre à grands traits maintenant en trois impressions.

Nicolas Sarkozy, tout d’abord, est un réformateur confus. Pour qui regarde attentivement son bilan, apparaît en effet une évidence inattendue : depuis 2007, la frénésie législative est la règle de conduite de l’exécutif, dans tous les domaines, mais il est impossible de dégager de cet impressionnant fatras une ligne de conduite claire, ni même une mesure phare, qui restera pour l’avenir. Il y a bien un travail de déconstruction du programme du Conseil national de la Résistance, qui structure notre vie républicaine, mais rien n’est bien consistant ou saillant, susceptible de laisser une trace. En ceci, l’interprétation du journaliste Thomas Legrand, qui vit dans l’actuel Chef de l’Etat un « Chirac en sueur », n’est pas faux : s’agiter n’est pas réformer, légiférer n’est pas transformer. C’est là, j’en suis sûr, la principale raison de l’acharnement du Président à conduire la réforme des retraites : imprimer sa marque, enfin.

Ce réformateur brouillon est aussi un autoritaire hésitant. Nicolas Sarkozy, c’est un truisme de le rappeler, n’a pas le tempérament d’un grand démocrate, adepte de l’écoute et de la participation, il n’a pas le goût des contre-pouvoirs. Arrivé à l’Elysée, il a pris le contre-pied de ses prédécesseurs, à commencer par Jacques Chirac qu’il décrivait comme un roi fainéant, et s’est saisi de la totalité des leviers politiques. Très vite, il s’est comporté en hyper ou en omni-Président, rompant avec l’ « écriture médiatique » chère à Jacques Pilhan – qu’il semble redécouvrir tardivement aujourd’hui – pour parler tout le temps, de tout. Il a cantonné son Premier ministre dans le rôle d’un simple « collaborateur » et fait de ses ministres des figurants, il a conservé la direction effective du parti majoritaire l’UMP, il intervient dans le détail de tous les dossiers et laisse peu d’espace au Parlement. A procéder ainsi, il lasse, démobilise, démotive, il affaiblit le débat démocratique, en tirant la Vème République, déjà déséquilibrée, vers ses penchants les plus contestables. Ajoutons – et c’est la troisième impression que je souhaitais souligner – que ce Président confond, comme aucun de ses prédécesseurs ne l’a fait, l’intérêt public et les intérêts privés, la défense de l’argent des plus riches avec la politique : un climat d’affairisme, d’influence et de pressions s’est développé autour de Nicolas Sarkozy, de son gouvernement, de son parti, de ses amis des affaires et des médias, qui fait effectivement système et créé un sentiment de malaise. Et pourtant, cet homme qui veut tous les pouvoirs, qui les accapare entre ses mains, est aussi cruellement indécis, et atteint du démon de la procrastination.

Nicolas Sarkozy, c’est un truisme de le rappeler, n’a pas le tempérament d’un grand démocrate, adepte de l’écoute et de la participation, il n’a pas le goût des contre-pouvoirs.

C’est pourquoi la gestion de son gouvernement est aussi calamiteuse. Le Chef de l’Etat ne laisse pas ses ministres travailler, il les diminue, les humilie, les soumet à la tutelle tatillonne d’une équipe présidentielle conduite par un Secrétaire général de l’Elysée, Claude Guéant, préfet talentueux qui agit en Vice-Président. Il blesse souvent, mais il ne tranche pas, ne punit pas, il maintient en fonctions au-delà du raisonnable des ministres usés, décrédibilisés, suspectés, et prolonge la vie d’un gouvernement qui n’a plus de jus et plus d’audience. Ce Président là ne protège pas les siens, mais il répugne à s’en séparer lorsqu’ils ont trop servi. En ceci, il est le contraire d’un « manager », son « coaching » ressemble plus qu’il ne le croit à celui de l’équipe de France de football, qu’il a tant critiqué.

Ce Président là ne protège pas les siens, mais il répugne à s’en séparer lorsqu’ils ont trop servi.

La droite française, au total, est aujourd’hui victime d’un paradoxe. Nicolas Sarkozy l’a fait gagner en 2007, alors qu’elle devait logiquement perdre au terme d’un quinquennat médiocre de Jacques Chirac, marqué notamment par l’échec du référendum sur le Traité constitutionnel européen de 2005. Aujourd’hui, le Président de la République est devenu un handicap, et nombreux sont ses amis qui en privé le critiquent sans ménagement. Il a créé, avec un acharnement presque masochiste, les conditions de la défaite de son camp en 2012, et ne fait rien aujourd’hui pour la conjurer. Et pourtant, il reste sa seule chance de victoire. Je ne crois pas, en effet, qu’il existe à droite une autre candidature sérieuse – j’observe au demeurant que Nicolas Sarkozy est le seul à disposer d’un socle électoral, certes réduit mais étonnament résistant, au sein de l’électorat UMP. Aucun de ses challengers potentiels ne convainc. Dominique de Villepin fait impression, mais construit sur du sable. Alain Juppé est toujours doué et solide, mais fait irrémédiablement figure d’homme du passé. Jean-François Copé n’est pas intéressé par 2012. Xavier Bertrand n’a encore rien prouvé. Quant à François Fillon, qui paraît a priori le mieux placé, il est trop marqué par ce quinquennat d’échec pour incarner une relève. La droite est donc en quelque sorte « prise en otage » par Nicolas Sarkozy. Elle ne l’aime plus, mais le craint toujours, elle n’a plus confiance, mais ne dispose pas d’une alternative. Elle peut grogner, mais elle ne changera pas son champion. Bref, elle n’a pas fini de trembler. Tout, en définitive, repose pour elle sur les épaules de ce chef si particulier, impossible à raisonner et imprévisible. Pour la gauche, c’est sans doute un atout. Mais attention : l’anti-sarkozysme ne suffit pas à l’alternance. J’y reviendrai la semaine prochaine.

27 réflexions au sujet de « La droite prise au piège du sarkozisme »

  1. « On n’arrivera pas à grand chose en balançant un texte de ce genre sans le suivre »

    Entièrement d’accord. Nous pourrons en reparler après mon retour en France.

    • J’ai un trou de mémoire à propos des sondages de 1940, si tant est qu’ils aient existé à cette époque.
      Pourriez-vous, JUMP, me rappeler dans quelle proportion la France a été paintiniste, antisémiste, dans quelle proportion elle a adhéré aux mesures de Vichy?

      • « paintiniste » et « antisémiste »? Je ne connais pas.

        • OK, je vais taper plus doucement, et en plus j’articule:
          pé-tai-ni-ste et an-ti-sé-mi-te(à l’oral, accent tonique sur la première syllabe), comme ça, ça vous dit quelquechose?

          Ca n’élude pas la question: l’opinion publique est-elle toujours clairvoyante?

          • « l’opinion publique est-elle toujours clairvoyante? »
            Quelle curieuse question.
            L’opinion publique c’est vous, c’est moi, c’est nous. Pourquoi serait-elle forcément clairvoyante? Et à tous coups?
            Elle réagit, si tant est qu’elle existe, à la complexité du monde et aux évènements qui en découlent en fonction de ses critères du moment. Elle EST tout simplement et n’a pas la prétention à avoir la science infuse, que je sache.
            Nous jugeons « l’opinion publique » dans l’Histoire à posteriori, ce qui est commode, avouez-le.
            Qu’aurions nous fait dans les mêmes circonstances? Nul ne sait, je crois. Faisons ce que nous pensons devoir faire. Que nous ne soyons pas d’accord est le risque de la démocratie.

    • IL faut savoir lire les brèves de comptoir de notre bruyant Président.

      1°) Le démantèlement des camps illégaux : depuis la loi du 5/07/00 (accueil des gens du voyage), il y a eu deux lois importantes. La première du 19/03/03 définit le délit de campement illicite sur une commune respectant la loi du 5/07/00 ; sanction possible : la confiscation des véhicules. La deuxième, du 7/03/07, permet aux préfets (et non plus aux juges judiciaires) d’ordonner l’évacuation des campements illicites et d’en assurer l’expulsion par la force publique. Ces deux textes sont signés Sarkozy, ministre de l’intérieur.

      En annonçant le démantèlement de camps illicites, Sarkozy nous dit en fait que les préfets, qui avaient l’instruction de ne rien faire, ont maintenant l’instruction contraire. C’est donc un très habile aveu d’inefficacité.

      2°) Pour ce qui est du retrait de la nationalité à certains criminels : je me demande combien de personnes ça peut concerner par an. Pas plus de 5, à mon sens. L’annonce n’a donc pas pour objet de lutter contre une délinquance significative. La sanction n’a pas non plus d’effet dissuasif (le type qui tue un gendarme ne va pas se retenir en se disant « et puis non, c’est trop grave, je pourrais perdre ma nationalité française »). L’annonce n’a donc pas d’autre objectif que politique. En assimilant délinquance et étranger, et en rendant suspecte pendant 10 ans une partie des naturalisés, il s’agit de donner des gages au FN. L’effet est de diviser la nation française au lieu de l’unir, et ces propos sont contraires aux devoirs du président de la Vème République.

      3°) le retrait de la nationalité française aux polygames : la CEDH interdit d’interdire à une religion de tolérer la polygamie. Comme la loi française ne peut pas faire de discrimination en fonction de la religion, on ne peut pas refuser ou retirer la nationalité française à une polygame. Ce sont donc des paroles qui ne peuvent être suivies d’effet, et je comprends qu’elles embarrassent Eric Besson. Elles ne peuvent avoir d’autre but que de diviser les Français et donner des gages au FN.

      4°) le suivi des délinquants après leur condamnation : ça existe déjà pour les criminels sexuels, mais ça pose beaucoup de questions non encore résolues sur la licéité d’une telle mesure. La généraliser posera encore plus de problème, et produire un texte capable de franchir le filtre constitutionnel et le filtre de la CEDH sera très difficile. C’est donc encore une idée agitée sans certitude de sa possibilité, ce qui a pour effet d’affaiblir les principes constitutionnels et internationaux (qui apparaissent comme des entraves à la « légitime » volonté populaire, confirmée par les sondages).

    • Votre dernière remarque, « que nous ne soyons pas d’accord est le risque de la démocratie » m’a fait sourire, j’ai peine à croire que les gens sont tous d’accord dans les autres régimes! Disons plutôt que le propre de la démocratie est de pouvoir exprimer les désaccords sans risques, quoique…
      L’opinion publique fait ce qu’elle peut, j’en fais partie et n’ai pas à la juger, je souhaiterais seulement qu’elle ne soit pas l’initiatrice des politiques à la petite semaine qu’on nous sert actuellement.
      S’il faut l’entendre il est aussi permis de la relativiser: qu’elle ait ses raisons ne lui donne pas forcément raison, puisque comme, vous dites, elle réagit en fonction des critères du moment, des émotions et des craintes, pour des conséquences à long terme.

      Peu importe ce que vous ou moi auraient fait en 1940, les comportements d’X ou Y n’ont pas de pertinence quand on parle de phénomènes sociaux, de masse par définition. Si à cette époque l’opinion publique avait été autre, les décisions et les événements auraient été différents, peut-être moins dramatiques pour une partie de la population.

      C’est un constat à postériori qui revient tout simplement tirer les leçons de l’histoire. Bien sûr, pas d’amalgame! le point commun c’est le moteur, le rejet, la peur de vivre ensemble dus à l’insécurité qu’engendre la crise, pas les proportions évidemment.
      Posée comme ça, la question de la clairvoyance n’est quand même pas si saugrenue que ça.

  2. Le mystère du texte du FMI éclairci ( http://wordpress.bloggy-bag.fr/2010/08/05/du-fmi-dans-le-texte/ ):

    Le FMI a gagné ces derniers temps une large audience lorsqu’il donne préventivement son avis sur l’état des économies nationales, surtout en France (avant, il faut bien avouer que tout le monde à part quelques économistes s’en moquaient). Et nos super-techniciens internationaux se sont donc allègrement mis à la tâche. Le problème avec les super-techniciens, c’est que leur capacité à communiquer clairement n’est pas vraiment à la hauteur de leurs compétences économiques. Le bulletin du FMI de juillet sur la France en est une bonne illustration.

    Comme ce bulletin est aussi clair qu’un matin brumeux à Londres, cela a permis aux habituels snipers de gauche de monter à l’assaut, assistés pour le coup par le dernier carré des défenseurs du sarkozysme qui, tel l’inénarrable Frédéric Lefebvre (une référence !) s’est empressé de voir dans le bulletin du FMI un satisfecit sans nuance pour la divine comédie sarkozyste, fournissant ainsi aimablement une caisse de rockets à nos gauches camarades.

    Revenons donc quelques minutes sur ce bulletin et sur une des phrases les plus mystérieusement contradictoire qui excite certains : “Outre les politiques d’activation engagées sur le marché du travail et les mesures de formation, la modération du salaire minimum devrait être poursuivie afin d’établir progressivement une échelle des salaires incitative pour les jeunes et les travailleurs peu qualifiés.”

    Tout d’abord, le texte du FMI est un drôle d’exercice, mêlant des constats (”la reprise est engagée”, “il faut assainir les finances”, …), actant de décisions (”Les autorités ont maintenant réorienté leurs efforts de la gestion de la crise”) et d’intentions (”la reprise sera plus forte et et plus durable si les autorités donnent suite à leur engagement d’assainir les finances publiques”). Certains paragraphes traitent de l’économie en général et d’autres de certains secteurs (en l’occurrence le secteur bancaire). C’est un peu le BHV et si le langage avait été moins diplomatique, sans doute le texte aurait-il relevé qu’entre les intentions et la mise en œuvre il y a comme un océan chez Sarkofillon, quant à la qualité de la mise en œuvre elle ne s’est guère illustrée par son brio depuis 2007.
    Le tout est lié par un langage technico-diplomatique qui permet à chacun de trouver les motifs de satisfaction/acrimonie qu’il cherche et d’arriver à conclure des choses du genre :

    1. Le FMI de Dominique Strauss-Kahn pour “la modération du salaire minimum“
    2. “Les potions libérales du docteur DSK au FMI !”

    Pour certains, l’occasion était trop belle de surfer sur le côté abscons du texte. Mais, titillé par la curiosité autant que par les obus gauchistes qui commençaient à pleuvoir, j’ai voulu en savoir plus sur cette phrase mystérieuse qui semblait tout à la fois vouloir dire qu’il fallait un smic incitatif (affirmation gauchistement correcte), un smic bas (affirmation libéralistement correcte), et au final qu’un smic bas était attractif (affirmation stupidement incorrecte…).
    Faisant appel à l’esprit de Marx lors d’une séance de spiritisme, activant mon réseau Bilderberg et les secrets technologiques de Roswell, j’ai fini par apprendre que cette étrange prose voulait dire la chose suivante : “il ne s’agit en rien de faire baisser le salaire minimum, ni de payer quiconque en dessous, mais simplement de faire progresser l’ensemble de l’échelle des salaires plus vite que le smic, sinon personne n’embaucherait un jeune peu qualifié si pour le même prix, on peut embaucher quelqu’un qui a une certaine qualification. Cela découle d’un constat si l’on veut inciter les entreprises a embaucher des jeunes…“

    Donc, à bon entendeur, il y a intrinsèquement dans cette phrase la volonté de faire progresser les salaires (donner du pouvoir d’achat aux salariés est bien un instrument d’une politique de gauche), mais aussi d’introduire un mécanisme structurellement incitatif pour que les salariés aient envient de progresser et que leur expérience soit valorisée (s’ils font des efforts et restent au smic, il est clair qu’ils vont vite être découragés, ça c’est plutôt un instrument de management et de RH).

    Voilà donc cher lecteur un mystère éclairci. Cela n’empêchera certes pas certains de trouver que DSK est un vilain libéral pas bô, ni Frédo Lefebvre d’être content de lui et de son chef Sarko, mais cela permet au moins aux lecteurs de bonne volonté de décrypter ce texte des Sibylles du FMI (en attendant qu’ils trouvent quelqu’un pour traduire leurs textes dans la langue du commun des mortels).

    • Bravo, ami Bloggy, tu deviens un excellent spécialiste de la langue de bois. Il n’empêche qu’au delà de ta tentative d’exégèse, le texte du FMI est parfaitement clair et s’éloigne quelque peu de la Vulgate socialiste. Il nous faut assumer cela car on ne peut pas vivre indéfiniment avec un smic qui augmente plus vite que le salaire moyen, du fait de « coups de pouce » successifs. L’analyse du FMI est rationnelle, que cela nous plaise ou pas. Considérer qu’il s’agit d’un satisfecit à la politique de Sarkozy relève d’une extrapolation que je ne cautionnerai pas.

      • L’idée de redonner du pouvoir d’achat en même temps que celle de recréer une échelle des salaires incitatives me va très bien et je n’ai pas de mal à défendre cette approche. Mais, peut-être un effet de la fatigue, ce paragraphe du FMI m’a paru particulièrement obscure et contradictoire en première lecture.

        Et accessoirement, j’ai eu l’impression de me retrouver un peu seul à assumer et défendre ce texte, sur internet au moins. On n’arrivera pas à grand chose en balançant un texte de ce genre sans le suivre (ceci dit, je ne suis pas sûr que Dominique s’attendait à ce que le texte de l’équipe du FMI amène des réactions au milieu de l’été).

    • Pour aller dans ton sens
      « Modérer », en langage de chercheur, ne signifie pas baisser mais ajuster à la hausse ou à la baisse. Il faut prendre l’expression dans le même sens que « modérer » une variable: c’est à dire en maîtriser au maximum les variables parasites, qui en économie peuvent s’appeler crise, chômage etc pour rendre le salaire moins aléatoire.
      S’il s’agit, comme dans ce contexte, « d’établir progressivement une échelle des salaires incitative pour les jeunes et les travailleurs peu qualifiés…” le mot « modération » sous entend plutôt à la hausse.
      Voilà, je ne sais pas si je suis claire, mais c’était juste pour modérer les propos de quelques détracteurs…à la baisse.

      • Cela dit ce texte ne nous aide pas et à titre personnel je préfère rappeler l’organigramme du FMI et le fait que dsk n’en est que le DG (donc pouvoir d’influence).

        Ce texte émane du CA du FMI composé des principaux contributeurs avec de fait un droit de véto des EU et des états de l’UE…Si ceux ci étaient contre la politique de Nicolas Sarkozy je pense que nous n’aurions pas à attendre la note technique du FMI sur la France pour le savoir…

        Au passage un coup de main sur le site de médiapart serait le bienvenu…le FMI, pour information est entré dans le patrimoine de Dsk…Quel homme! Méidapart titre en effet un de ses articles « le FMI de dsk et blablabla »…avec une déferlante de commentaires « plus à gauche que moi tu meures » du niveau d’un bachelier qui s’intéresserait un peu au droit et aux relations internationales….

        Et pas sûr qu’il ait son bac.

    • Au contraire, j’attends d’une analyse qu’elle me guide dans mon choix parmi de possibles conclusions. Sinon, franchement, je ne vois pas l’intérêt.

  3. « Pour qui regarde attentivement son bilan, apparaît en effet une évidence inattendue (…) il est impossible de dégager de cet impressionnant fatras une ligne de conduite claire, ni même une mesure phare »

    Lorsque l’on regarde Sarkozy avec l’oeil du manager, cela n’a rien d’étonnant en fait. Il fait partie de ces ambitieux sans substance que l’on rencontre régulièrement au travail et que l’on catalogue au registre « petit chef ». Hyper-actif, omniprésent, oppressant et accaparant la parole à défaut de la lumière, sans autre intelligence réelle que celle de se faire valoir au moment où il le faut, ce sont des boulets pour tout le monde. Ils finissent en général aigris, ulcéreux voire dépressifs et ne comprennent que rarement à temps qu’ils ne peuvent pas être à la hauteur de leurs ambitions (souvent née d’un besoin de revanche d’ailleurs) et seraient plus heureux à un rôle subalterne.

    La droite est-elle condamnée à garder Sarkozy jusqu’en 2012. Là, je serais moins formel que Pierre : l’ump (ex-RPR) est un parti qui volorise le tueur à la tête d’un groupe de putchistes. Une révolution de palais n’est pas à exclure au dernier moment, en particulier si certains se sentent assez humiliés dans leur honneur.

    • Je ne pense pas que l’équipe qui a porté Sarko au pouvoir va le tuer.
      Il a toujours bien servi cette équipe, pourquoi veux-tu que ça change ?

      *Faire appel à l’argent public quand les banques ou les entreprises vont mal et refuser toutes règles de conduite.

      *Laisser en paix les paradis fiscaux.

      *Continuer à croire que les pauvres sont moins intelligents que les riches.

      *Estimer que les salariés n’ont pas à avoir des pouvoirs dans l’entreprise.

      *Penser que Balkany est un homme estimable.

      *Croire que si l’on n’a pas de Rolex à 50 ans, on a raté sa vie.

      *etc…

      • Politiquement les ex-chiraquiens néo-villepinistes n’attendent que cela.

        Économiquement, je craints fort que nos grands patrons ne trouvent que Sarko n’ait pas été un très bon canasson au regard des ses résultats. Par ailleurs, il y a toujours l’hypothèse que l’affaire Woerth ait été déclenché par quelques grandes familles agacées des velléités du garçon à s’occuper de trop près de leurs avoirs.

        Un Pompidou convient mieux à la droite qu’un Rastignac.

  4. Que le sarkozysme soit, pour la France, « une expérience radicale, brutale et traumatisante », comment le contester ?
    Mais, qu’il soit « le liquidateur de notre art de vivre » nous n’y sommes pas encore du fait des résistances de toutes natures y compris dans son camp.

    Qu’il ait voulu incarner » l’ordre – par l’obsession sécuritaire et la dénonciation de l’immigration – et le mouvement – par la libération de l’économie, la réhabilitation du travail, l’incitation à s’enrichir », c’est exact jusqu’à la caricature, mais les faits le contraignant à réduire la vapeur sur le libéralisme à tout va, il se précipite dans le sécuritaire, certain que la peur des gens est ou sera égale à la sienne.

    Là, je ne dis pas que Sarko va faire semblant d’avoir peur des voyous la nuit dans son palais, mais lui sait que les désordres économiques et monétaires ne vont manquer de surgir avant 2012 et qu’ils seront considérables, aussi il s’organise en prévision d’une peur générale des « autres » avec l’espoir que la majorité d’un peuple, prompt à l’amalgame, se jettera dans ses bras.

    A gauche ?
    Nous n’avons pas encore trouvé la tactique qui nous fera voir sous un autre angle que celui du sparring-partner de Sarko.

  5. Excuses pour traiter ici d’un sujet sans rapport avec ton message, mais je ne sais par où faire passer ma question

    Médiapart et le gouvernement affirment que DSK apporte son soutien aux mesures envisagées par le pouvoir en matière de réforme des retraites.

    Je pense qu’ils s’appuient sur la note d’info au public du FMI (n° 10/103 du 30 juillet 2010) où l’on peut lire:
    « La réforme annoncée des retraites est un élément clé de la stratégie d’assainissement et met l’accent à juste titre sur le relèvement de l’âge de la retraite. »

    Je sais que DSK n’est pas le FMI à lui tout seul et que les positions du PS ne sont pas toujours convaincantes en ce domaine, mais il n’en demeure pas moins vrai que des arguments de défense vont devenir nécessaires.

    PS: Je passe le même texte à JJ URVOAS

    • Le contre argumentaire est relativement simple, DSK n’est que le DG du FMI.

      Il suffit de répondre, en fournissant l’organigramme de l’institution (et notamment la composition du Conseil d’administration) que l’on trouve aisément sur le site du FMI

      Réponse immédiate de nos camarades…oui, et alors, suite à cette note, a-t-il démissionné pour exprimer son mécontentement?

      Réponse ironique, « nous n’attendons que çà dans un an »!

      Cela dit cette note est comment dire…compliquée à expliquer…. et pas uniquement concernant le projet retraite.
      Elle valide toute la stratégie gouvernementale.

      • Elle est assez illisible, parfois contradictoire et un brin trop déclarative et diplomatique.

        Elle ne valide d’ailleurs pas explicitement la politique de sarkofillon, elle constaste que les intentions vont dans le sens d’une solution, mais ne préjuge ni de l’efficacité des mesures proposées ni de la probabilité qu’elles soient appliquées.

        Le FMI a gagné un droit de regard préventif sur les politiques économiques des pays, mais il n’a manifestement pas encore trouvé la bonne façon de le faire.

  6. Ping : Les tweets qui mentionnent La droite prise au piège du sarkozisme | Pierre Moscovici -- Topsy.com

  7. L’analyse est bonne comme souvent.

    Ceci dit j’aimerai qu’on reparle de plus en plus des élections de 2011. C’est vrai, la meilleure manière de les aborder est peut-être de laisser la droite s’enliser seule mais il va falloir quand même les préparer.

    Un seul mot à mon avis doit animer le Ps dans sa campagne: « offrez vous la possibilité de ne pas laisser toutes les manettes au sarkozisme ». « offrez vous un contre pouvoir ».

    Ces élections sont hyper importantes pour 2 raisons au moins.

    1) je viens de le dire un contre pouvoir au sarkozisme.
    2) une difficulté importante pour la droite en 2012 qui pourrait amener sarkozy à renoncer. Est il capable de gouverner s’il n’a pas tous les pouvoirs?

    Attention quand même, cette droite est forte. Elle vient de le démontrer avec cette capacité qu’elle a eu d’enterrer l’affaire Woerth.

    Un point quand même sur lequel on peut travailler. En recherchant des voix sur sa droite l’UMP risque de se mettre en difficulté avec son aile gauche. Pas sur que les gaullistes, les vrais, soient satisfaits des récentes prises de position sécuritaires.
    A nous, sans chercher à les récupérer (ils ne viendront pas) de les éloigner de Sarkozy et à les amener à s’abstenir. Bayrou peut aider dans ce travail.

    Attention aussi au sécuritaire. Il faudrait que l’un d’entre vous affirme que si les outrances de Sarkozy sont ridicules, il n’en demeure pas moins qu’une extrême sévérité doit s’opérer pour les actes graves. Une proposition en ce sens serait la bienvenue.

    Cordialement

  8. « La droite prise au piège du sarkozisme »

    Et si c’était la gauche?

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