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Après la Rochelle : construire l’alternance

Catégorie : Actualité,Le Parti socialiste,Politique,Réflexions | Par pierre.moscovici | 30/08/2010 à 16:05

L’Université d’été du Parti socialiste, à la Rochelle, s’est achevée hier. Permettez-moi une confidence : j’ai toujours été partagé à l’approche de ce rendez-vous, jamais exonéré d’hypocrisie et parfois de coups bas – je garde un souvenir évidemment détestable de l’été 2008 – et qui risque surtout, à chaque fois, de tourner à l’exhibition d’égos bronzés, détendus, ressourcés, devant des Français qui n’ont pas tous cette chance. Il s’agit en même temps d’un moment fort de la rentrée politique, et de l’occasion de rencontrer, dans une ambiance conviviale, militants et élus pour préparer l’année qui vient. Il y a, au « festival de la Rochelle », des bonnes et des mauvaises années, des universités de déchirement – ce fut le cas à la veille du Congrès de Reims – des moments de dépression – comme en 2009, où nous sortions de la déroute des élections européennes, où régnait une atmosphère funèbre. 2010 est assurément un bon crû, placé sous le signe de l’optimisme, des propositions et de l’affichage de l’unité, ponctué par un discours final solide de Martine Aubry, la première secrétaire. Sans vouloir remettre en cause cette sensation, je voudrais ajouter trois notations personnelles, qui sont pour moi autant de convictions.

Le temps, tout d’abord, s’il est à l’embellie, ne doit pas tourner à l’euphorie. Les socialistes et la gauche ont, en cette rentrée 2010, des raisons d’être optimistes. Le Président de la République est discrédité et rejeté, sa politique économique et sociale est dans l’ornière, ses options ultra-sécuritaires n’ont pas convaincu, son camp est divisé et démoralisé, bref l’opinion se détourne de la droite et commence à prêter attention à l’offre politique d’une gauche désormais clairement favorite pour 2011. Le Parti socialiste, de son côté, a entamé son travail idéologique, avec la Convention nationale sur le nouveau modèle de développement que j’ai animée, il a engagé sa rénovation en décidant d’organiser des primaires à l’automne 2011, les rapports entre ses leaders, sans être toujours délicieux, ne sont plus des « petits meurtres » entre amis et sont au contraire décrispés. Incontestablement, ça va mieux, ça commence même à ressembler à quelque chose. N’ayons toutefois pas la mémoire courte. Il y a un an, j’écrivais « Mission impossible ? », dans un climat où chacun voyait le Président de la République déjà réélu et le Parti socialiste moribond. Aujourd’hui, tout le monde voit Nicolas Sarkozy déjà battu et la gauche aux marches du Palais – de l’Elysée. La météo politique change vite : nul ne sait ce qu’elle sera dans un an, surfer sur le seul anti-sarkozisme, vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué serait plus que de la légèreté, une faute ! Ne crions donc pas victoire trop tôt, soyons humbles et laborieux : je souscris sur ce point au discours de Martine Aubry, qui souhaite que 2011 soit pour nous l’année des propositions. C’est sur ce terrain, celui de la crédibilité, que nous sommes attendus, et pas encore assez performants.

La météo politique change vite : nul ne sait ce qu’elle sera dans un an, surfer sur le seul anti-sarkozisme, vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué serait plus que de la légèreté, une faute !

Deuxième réflexion : je crois à l’unité, je ne souhaite pas l’unanimisme. Le refrain de l’unité a été omni-présent ce week-end : tant mieux ! Celle-ci, au demeurant, n’était pas feinte : il y avait du plaisir à se retrouver, de l’envie de sortir des relations tendues, voire pire, qui peuvent parfois exister rue de Solférino. C’est plus agréable, plus productif, cela suggère davantage ce que doit être le vivre-ensemble d’une grande formation démocratique aspirant aux responsabilités du pouvoir. L’unité doit se poursuivre. C’est ensemble que nous construirons les conditions de l’alternance, et chacun doit y prendre sa part : je l’ai déjà fait au printemps dernier, je suis prêt y contribuer davantage si on me le demande, dans le cadre d’un collectif qui gagnerait à s’élargir pour faire penser, enfin, à l’esquisse d’un gouvernement. Mais l’unité n’est pas une fin en soi, elle ne vaut rien si elle est artificielle ou factice. Il y a des différences entre les socialistes, acceptons les . Ce peuvent être des différences de sensibilité, selon que l’on met davantage l’accent sur l’émancipation, sur la compassion ou sur la défense des acquis, selon qu’on croit plus ou moins à l’ardente obligation de réduire les déficits, selon qu’on s’engage avec force ou réserve dans la foi européenne, qu’on a une conception punitive ou positive de l’entreprise. Pour ma part, j’ai fait, depuis longtemps, le choix de l’option sociale – démocrate, réformiste, européenne : je la défendrai sans complexe, à chacun de nos rendez-vous, pour que le Parti socialiste définisse enfin l’ambition crédible que j’appelle de mes voeux. Il y a aussi entre nous des différences de personnalités, de générations. Il serait légitime que le candidat socialiste soit un ancien ministre de François Mitterrand, il ne serait pas absurde – c’est souvent le cas dans les grandes démocraties – qu’une figure plus neuve émerge. Le Parti socialiste a fait le choix des primaires, il ne doit pas en avoir peur. Nous pouvons nous confronter rigoureusement, mais amicalement, puis nous rassembler autour de celui ou celle qui aura été choisi(e). Abordons avec sérénité et résolution ce grand débat démocratique, sans penser qu’il est joué d’avance ou réservé à quelques uns, sans assimiler primaires et divisions mortelles. Ce sera, toujours, mon état d’esprit – loyal et libre, encore et encore.

Pour mes amis de « Besoin de gauche », enfin, est venu le temps de l’affirmation, mais pas celui de la précipitation. Nous avons tenu à « l’Oratoire » de la Rochelle notre réunion annuelle. Nous étions très nombreux – plus de 350 participants, avec beaucoup de jeunes, de visages nouveaux et divers – mobilisés et cohérents. Nos choix sont clairs. Nous souhaitons défendre au sein du Parti socialiste la voie sociale-démocrate sans complexe ni timidité : cessons de culpabiliser ou de raser les murs, d’accepter la stigmatisation de notre option comme « courant de droite » du Parti, ne soyons ni impressionnistes, ni impressionnés, avançons, ai-je lancé, suivi par la salle. Cette voix sociale-démocrate, nous l’avons décidé, sera présente dans les primaires, pour peser, se faire entendre, et surtout l’emporter. Nous soutiendrons, tout naturellement, Dominique Strauss-Kahn s’il décide de se présenter à l’élection présidentielle, mieux, nous souhaitons et espérons qu’il le fasse, parce qu’il est pour nous le mieux à même de défendre et promouvoir une crédibilité de gauche, de rassembler et rassurer un pays qui doute, divisé et brutalisé par l’expérience sarkoziste. S’il n’y allait pas, je prendrais mes responsabilités, pour relever ce flambeau et préparer l’avenir.

Nous souhaitons défendre au sein du Parti socialiste la voie sociale-démocrate sans complexe ni timidité : cessons de culpabiliser ou de raser les murs, d’accepter la stigmatisation de notre option comme « courant de droite » du Parti, ne soyons ni impressionnistes, ni impressionnés, avançons, ai-je lancé, suivi par la salle

Gardons-nous toutefois, je l’ai dit avec force, de toute fébrilité. Le temps des appels et des impatiences – compréhensibles au demeurant – n’est pas venu. Le Parti socialiste a adopté un calendrier, confirmé par la Première secrétaire : les candidatures se déclareront à partir de juin 2011, les primaires auront lieu à l’automne, il n’y a aucune raison de se précipiter, ce serait même une faute. Cela n’exclut pas, au contraire, de se structurer et s’organiser. « Besoin de gauche » va franchir un palier, se renforcer, accentuer sa présence dans nos débats – je pense aux deux Conventions nationales de l’automne – s’implanter davantage partout en France, pour devenir une force incontournable, capable d’appuyer efficacement son candidat aux primaires. Nous verrons, le moment venu, les initiatives à prendre pour choisir ou aider celui-ci. En vérité, la Rochelle a lancé la fusée de l’alternance. Nous devons nous préparer à mettre fin au sarkozisme et à proposer aux Français une politique alternative, entraînante et réaliste, qui rassemble les socialistes, la gauche, et au-delà tous les Républicains qui n’en peuvent plus de la « liquidation » en cours et aspirent, eux aussi, au changement. Je suis déterminé à participer, de toutes mes forces, à cette grande aventure, et vous appelle, si cette démarche vous intéresse, à rejoindre et soutenir « Besoin de gauche ».

Photo: CC par AndyRob

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4 commentaires

  • Bloggy Bag dit :

    Pour construire l’alternance, il faut en passer par les primaires, et manifestement, pour en passer par les primaires, il faut solder le passé des mauvaises pratiques, ce qui risque d’être compliqué et douloureux si j’en juge par les réactions du web aujourd’hui :
    > http://www.lepost.fr/extrait-du-web/2010/08/31/2201604_de-la-triche-en-faveur-de-segolene-royal-jamais-je-n-ai-demande-a-mes-partisans-de-frauder.html
    > http://www.lepost.fr/article/2010/08/31/2201763_segolene-royal-n-etait-pas-au-courant-de-la-triche.html

    Si l’on veut que les Français participent aux primaires, il faudra être capable d’acter des erreurs passées et de donner sans ambiguïtés tous les gages de confiance possibles. Il faut également envisager l’éventualité d’un procès pour les primaires de 2006 où, contrairement à Reims, la façon dont était organisée la désignation de la candidate constitue probablement une faute dolosive puisque les adhérents à 20 euros ont payé pour un « service » qui n’était pas celui « vendu » (voter démocratiquement pour désigner le candidat de son choix). Je ne sais pas jusqu’où court la prescription.

    Pour enterrer tout ce passé, il faut agir vite, fort avec le maximum de gage de moralité retrouvée. La droite ne peut sans doute pas nous battre en 2012, mais nous pouvons sans doute le faire nous même.

    • Marie dit :

      Pourquoi dans ce cas n’y a t-il pas eu un nouveau vote comme le demandait SR ?

      Votre phrase  » acter les erreurs passées  » : le TSSR en fait parti donc !

      N’oubliez pas que beaucoup votent socialistes et même sans être adhérents et même pas à  » 20 euros  » …

  • Bertrand dit :

    IL est vrai que cette réunion de « gueules bronzées » s’embrassant à tout va avant de se planter des couteaux dans le dos laisse songeur.
    Ce d’autant quand on annonce à grands cris comme le fait martine aubry des annonces fracassantes pour contrer la droite pour accoucher de vagues positions généralistes.
    Il est temps de se mettre réellement au travail.

  • guillaumeA dit :

    La Rochelle?
    Un week end pour rien ?

    Sur le plan des idées c’est un échec.
    Aucun grand leader ne voulait proposer des idées neuves pour ne pas passer pour le vilain petit Canard de ce week end.

    L’unité fait perdre beaucoup de temps a la SFIO et ensuite au PS…toujours a inventé des postures et coups tactiques pour concilier l’impossible. Dès le commencement les guedistes contre les plus réformateurs et ainsi de suite…

    Mais ce week est important car la gauche de la gauche va être unis et va être un véritable concurrent depuis 1981. Le NPA est un échec avec un leader qui veut plus faire de politique…le PC a un chef incapable de faire une campagne, lutte ouvrière est sur la voie du cimetière reste donc Melenchon. Il va faire le coup de Mitterrand en venant du PS(la gauche de gouvernements)pour transformer une multitude de mouvement politique en rassemblement cohérent capable de négocier avec le PS.

    Cette histoire va tirer le PS a gauche(alors que tout le monde attend un recentrage)et changer la donne des primaires.

    Les énormes profit du CAC40 vont peser énormément car il devient impossible de raconter qu’il n’y a pas d’argent…
    2007 avait été un records de profits mais les années 2010-2011-2012 et ainsi de suite vont être extraordinaire.
    Les grands groupes ont tapé plus fort sur les sous traitant avec le prétexte de la crise…les marges ont augmenté.
    Les grands groupes ont fait avec la crise les grandes mutations industriel prévus en 10 ans(fermer des sites de production a été plus facile,ou réduire leur taille)donc l’appareil productif va être plus rentable.
    Le financement est plus facile pour les grands groupes(contrairement au PME)car le marché des obligations est très bas en taux et les trésorerie importante rassurent les marchés(les fusions sont financé sans problème…).
    Le gouvernements a fait passer de nombreuses mesures fiscal qui vont améliorer leur rentabilité.

    Tout laisse a penser que le monde du travail va demander sa part et proposer une politique de rigueur est pas adapter.

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