Plié ?

La rentrée politique s’effectue, et connaîtra un temps fort avec l’Université du Parti socialiste à la Rochelle ce week-end, à laquelle je participerai bien évidemment. Je ne reviendrai pas sur le climat social et moral du pays en cette fin d’été – en ayant parlé ici. La conjoncture politique est quant à elle assez claire. Une batterie exceptionnelle de sondages tous azimuts, allant de la cote de l’exécutif aux souhaits de candidatures pour 2012, en passant par des intentions de vote en vue de la présidentielle, ou encore par les pronostics et les envies de victoire, montre une tendance extrêmement nette : Nicolas Sarkozy est rejeté avec violence, la gauche est largement favorite sans pour autant susciter d’ores et déjà l’espoir, l’hypothèse d’une candidature de Dominique Strauss-Kahn est fortement dominante. Est-ce à dire que nous connaissons déjà l’issue de la prochaine échéance, le nom du prochain Président de la République et le camp gagnant ? Les élections à venir sont elles déjà jouées ? La messe est-elle dite ? Le match est-il, comme on le dit dans le langage populaire, « plié » ? Les choses sont, évidemment, plus compliquées, même si la situation s’est incontestablement décantée. Commençons par les éléments les plus solides, les plus robustes de l’opinion. Continuer la lecture

Vérité et réformisme : pour que l’engagement des socialistes soit celui de l’espoir en 2012 – Le Monde

Photo par LALLA - ALI

Après seulement trois années de pouvoir de Nicolas Sarkozy, nos concitoyens vivent un malaise profond aggravé par la perte de confiance envers la direction politique de la France. Et ce malaise devient une crise de l’espoir.

C’est sur sa capacité à faire face aux défis économiques et aux transformations sociales qu’est jugé tout gouvernement. En la matière, les Français savent bien les difficultés à venir, ils connaissent l’état des finances du pays. Ils sont conscients que des mesures urgentes et radicales sont nécessaires, tant pour des raisons conjoncturelles – la crise économique – que pour des raisons structurelles liées à l’affaissement de l’Etat-providence. Ils constatent que celui-ci ne parvient plus à corriger a posteriori les inégalités générées par le marché tandis que de nouveaux besoins sont apparus avec l’évolution de nos modes de vie. Continuer la lecture

« Le PS doit eviter le conservatisme et ne pas se contenter de la compassion » – Le Monde

Photo : Victor Pescheux

Tribune parue dans le journal le Monde daté du 26 août 2010

Il y a, dans la vie d’un pays, des moments cruciaux où se dessine et se construit l’avenir. Le rôle des hommes et des femmes politiques, c’est de savoir comprendre les défis qu’ils posent, et d’y répondre en écoutant les attentes des Français. Y répondre, c’est travailler sans relâche pour élaborer des propositions concrètes, inventives et crédibles. C’est tout le sens du Discours sur la réforme prononcé par Jean Jaurès lors du Congrès de Toulouse en 1908. « Nous aurons beau indiquer, dit-il, à une grande nation un but admirable, elle ne se risquera pas derrière nous si nous n’avons pas, par de larges échappées, tracé le chemin qui doit la conduire ». Ce chemin, l’heure est venue de le tracer. Continuer la lecture

Qu’est-ce que la réforme ?

En guise d’ouverture du débat idéologique et intellectuel qui se déroulera pendant l’année qui vient, je veux ici poser une question essentielle, car préalable à l’approche de l’ensemble des projets qu’il appartiendra à la gauche de proposer aux Français : qu’est-ce que la réforme ? Pour ce faire, je reprendrai ici l’essentiel des propos que j’ai tenus lors des « Etats généraux de la gauche », organisés à Grenoble par « Libération » et le « Nouvel Observateur », le 19 juin 2010.

Cette question, bien sûr, est déterminante pour la gauche. Car la réforme est son patrimoine, sa raison d’être. Car réformer est la tâche, le rendez-vous que nous aurons peut-être avec le pays en 2012. Force est de constater que la gauche est, sur ce terrain, confrontée à une entreprise de captation idéologique par une droite sarkozyste qui a conservé ses fondamentaux – qui veut incarner l’ordre et la sécurité, joue avec la xénophobie… – mais qui tente aussi de s’approprier le mouvement, l’intervention de l’Etat, prétend promouvoir la régulation et défendre la justice. Il y a là un challenge qu’il nous appartient de relever, auquel nous devons apporter des réponses, fournir des répliques. Pour ce faire, commençons par dire ce que la réforme n’est pas, et pour être clair qu’il n’y a pas de réformisme de droite probant. Pour cela, il suffit d’évoquer l’histoire. Celle-ci montre à l’envi que toutes les avancées sociales de ce pays – les 40 heures puis les 39 et les 35 heures, la Sécurité sociale et l’Etat-providence, la progressivité de l’impôt, plus près de nous l’APA, la CMU, le RMI, la CSG… – ont été – à l’exception peut-être du RSA – décidées à l’initiative de la gauche – qu’il s’agisse de la mise en oeuvre du programme du Conseil national de la Résistance, ou de l’action des gouvernements de Pierre Mauroy, Laurent Fabius, Michel Rocard, Lionel Jospin. Continuer la lecture

« Il faut travailler sur un programme avec les écologistes, pas seulement sur des accords » – Lemonde.fr

Article paru sur lemonde.fr le 20 août 2010

La question des négociations avec le PS est un des thèmes des journées d’été d’Europe Ecologie, où le camp écologiste est divisé sur la question. Le député socialiste Pierre Moscovici, présent vendredi 20 août à Nantes pour un débat, estime que le programme est aussi important que les « simples accords d’appareil ».

Certains écolos comme Yannick Jadot espèrent discuter rapidement avec le PS de répartition de circonscriptions aux législatives, sans conclure d’accord sur le programme. Etes-vous prêt ?

Les deux choses sont liées. Il faut se mettre d’accord sur le contenu et la plate-forme de convergence est large. Le but : fonder une base de gouvernement alternatif durable. Rien n’empêche de discuter de circonscriptions, d’un groupe parlementaire. Mais il faut travailler sur les deux plans, dans une volonté d’unité. Et le PS est sorti du vieil hégémonisme vis-à-vis de ses partenaires. Voyez l’exemple de Rambouillet, où le PS, dans une circonscription symbolique, a soutenu la candidate écolo au premier tour aux législatives.

On ne peut discuter des circonscriptions sans discuter programme commun ?

Non. Il ne s’agit pas de gommer nos différences de fond. Mais nous ne pouvons laisser des flous de programmes ou nous reposer sur de simples accords d’appareil. Il faut bâtir une alternative à Sarkozy, avec un fonctionnement commun qui soit différent de celui de l’ancienne gauche plurielle.

Quelle différence peut-il y avoir par rapport à la gauche plurielle ?

Il faut que les partenaires de la formation aient leur liberté. Et que la base de programme soit plus puissante et poussée, plus approfondie. Si on laisse des points de flou, il y a des frustrations, cela crée des discordances dans le gouvernement. C’etait le cas à la fin du gouvernement Jospin. La pluralité s’est mue en cacophonie et il y a eu à la fin le 21 avril 2002, un drame.

Quels sont les thèmes sur lesquels PS et écologistes divergent ?

D’abord, il faut parler de la convergence, qui est solide. Le socialisme écologique. Le PS a fait sa conversion écologique, même s’il existe des nuances par rapport à l’écologie défendue par les Verts et Europe Ecologie. Nous sommes pour la production et la consommation, et le maniement de l’outil fiscal pour orienter l’économie. On peut aussi citer la construction européenne et l’attachement aux libertés, contre le tout-sécuritaire.

Et les divergences ?

Sur la croissance. Nous ne sommes pas pour la décroissance. Il existe également des désaccords sur les transports ou l’énergie. Mais le sentiment, c’est que sur l’essentiel, nous pouvons nous rassembler. Nous ne sommes pas là pour nous pacser, pour faire un parti unique. Mais nous avons une responsabilité commune de ne pas donner un nouveau bail à Sarkozy.