« Les écologistes ont franchi un palier »

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Le député du Doubs, possible candidat à l’investiture socialiste pour les prochaines présidentielles, analyse le sondage « Terra eco »/OpinionWay sur les écologistes et l’élection de 2012.

Terra eco : Notre sondage montre qu’Eva Joly bénéficie d’une cote d’amour élevée auprès des sympathisants socialistes, plus haute même que dans les propres rangs écologistes. Comment l’expliquez-vous ?

Pierre Moscovici : « J’accorde assez peu d’importance à ce stade à des sondages sur la prochaine élection présidentielle. Mais pour répondre à votre question, cela peut peut-être s’expliquer par le fait que les électeurs de gauche ne la connaissent pas bien. C’est aussi l’expression d’un désir d’ailleurs pour un électorat qui est souvent insatisfait, toujours exigeant. Mais je le répète, pour l’instant, cette cote de popularité de la candidate écologiste a assez peu de signification. Tout dépendra de la façon dont elle mènera sa campagne. Est-ce qu’elle fera un flop ou un tabac, il est trop tôt pour le dire. »

Des électeurs de gauche tentés par le vote écologiste, dans un contexte où le débat sécuritaire domine, cela vous inquiète ? Y a-t-il un risque de « 21 avril bis » avec un PS qui ne franchit pas le premier tour ?

« Non, je ne suis pas inquiet. Le PS est maître de son destin. Il y a dans le pays aujourd’hui une volonté d’alternance qui ne peut être incarnée que par un socialiste. En même temps, il demeure une part de doute. Une question de confiance reste posée à l’égard du PS. On voit bien que les Français expriment une envie forte de nous voir gagner le second tour des présidentielles, mais que l’envie de nous voir réaliser un bon score au premier tour est plus mesurée. Les sondages nous créditent de 16 à 25% au premier tour. 16%, c’est un niveau impossible. 25%, c’est insuffisant. Il est clair que le rapport de force au premier tour pèsera. Mais notre problème, ce ne sont pas les Verts. Ne nous préoccupons pas de la concurrence, occupons-nous de l’offre. Soit le PS déçoit sur son programme pendant la campagne, et le candidat écolo sera fort. Soit il convainc et on peut compter sur le réflexe du vote utile. »

Aux universités d’été des écologistes à Nantes, auxquelles vous étiez invité, vous avez laissé entendre qu’un écologiste pouvait prétendre à d’autres fonctions que celle de ministre de l’Environnement. Un écologiste Président de la République, vous y croyez ?

« Ce que je crois, c’est que les Verts ont franchi un palier. Comme le montre votre sondage, on ne les voit pas encore exercer les fonctions suprêmes du pouvoir, mais ils ont gagné en crédibilité. C’est devenu un partenaire majeur pour le Parti socialiste. Une force politique globale, qui doit d’ailleurs être mieux représentée à l’Assemblée nationale. »

Justement, dans la perspective de 2012, comment rassembler la gauche sans que ce soit une redite de « la gauche plurielle » des années Jospin, qui avait montré ses limites ?

« Il faut aller beaucoup plus loin, établir un vrai contrat de gouvernement. A l’époque de la gauche plurielle, j’étais chargé des discussions avec Yves Cochet et Dominique Voynet, mais nous n’avions fait que quelques concessions aux écologistes. Là, il nous faut trouver un accord plus structuré et durable, sur un programme commun. J’ai demandé à Martine Aubry de pouvoir ouvrir ce chantier. »

7 réflexions au sujet de « « Les écologistes ont franchi un palier » »

  1. Bonjour,
    j’observe avec sympathie vos déclarations, mais je voulais vous interpeller sur deux points- sachez toutefois auparavant que je suis membre du PS-:
    1)D’abord nous n’allons pas au fond des choses en matière de libertés publiques et d’institutions. Ainsi nous critiquons le président mais nous ne posons pas la vraie question: comment un pouvoir personnel aussi fort a été possible et comment faire en sorte que cela ne puisse plus se reproduire? Nous devons proposer une pratique et des modifications institutionnelles diminuant le pouvoir de tous les futurs présidents et augmentant celui du Premier ministre et du Parlement, mais nous ne le faisons pas. Nous donnons l’impression de nous intéresser seulement à la conquête du pouvoir-voir le beau livre de V Duclert-. Or on sent au contraire en E Joly la volonté de changer les institutions.

    De même on est dans un pays paradoxal: l’insécurité et les actes de violence croissent, mais il y a une inflation inquiétante des gardes à vue. Nous avons été muets sur les gardes à vue-il a fallu que les avocats s’y collent- et c’est seulement très récemment que nous avons pris conscience de la nécessité d’un plan structuré pour lutter contre l’insécurité.

    2) En matière économique il me semble que nous faisons fausse route sur des dossiers essentiels.
    Ainsi nous avons contribué à saboter l’idée d’une taxe carbone, qui était une réforme fondamentale.
    Ainsi nous faisons fausse route sur les retraites.
    Je crois pour ma part que le report de l’âge légal est inéluctable et sans entrer dans le débat technique il faut remarquer que dans presque tous les pays d’Europe on prend sa retraite à partir de 65 ans. Nous aurions pu , nous aurions dû, au moins proposer un allongement progressif des durées de cotisations à 43 ans par exemple, et opposer ce projet à celui de la droite en montrant qu’il était rigoureux mais plus juste pour les plus modestes, mais ne nous ne l’avons pas fait!

    Par ailleurs nous prétendons résoudre le problème de la dette publique par la croissance et l’augmentation des impôts, mais dans un pays comme le nôtre dans lequel le ratio dette sur PIB va atteindre 90% il y aura très peu de croissance- voir de nombreuses études comme celles de K Rogoff- et s’il y a des marges de justice fiscale que nous avons raison d’explorer, augmenter trop le niveau global des prélèvements risque d’affaiblir encore notre compétitivité externe qui a déjà décliné depuis 10 ans. La réduction des dépenses publiques et sociales est donc indispensable pour inverser l’évolution de notre dette publique mais nous refusons de l’assumer.

    Au total je crains que ce refus d’aller au fond des choses et ce qu’il faut bien appeler un manque de rigueur puissent coûter cher à notre candidat en 2012.
    Vous trouverez que je suis trop sévère . Non, car je crois qu’il vaut mieux dire les choses maintenant que dans deux ans quand nous aurons perdu! j’espère que des responsables plus jeunes que nos dirigeants actuels et s’affichant comme sociaux démocrates sauront proposer dans le proche avenir les inflexions nécessaires tout en demeurant fidèles à nos valeurs.

    Bien à vous.

    • nous avons du bien mal nous exprimer pour que tu crois que nous sommes contre la taxe carbone !le projet sarkozyste a ete combattu parce qu il ne respectait ni les imperatifs de justice ni d efficacite.
      sur le principe les socdems defendent l idee d une fiscalite qui oriente les choix et comportements vers une prise en compte des imperatifs ecologistes.

    • « nous n’allons pas au fond des choses en matière de libertés publiques »

      Aurélie Filipetti vient de faire de la protection des sources des journalistes un « droit fondamental ». C’est un droit tout à fait relatif qui se limite par l’obligation de secret qu’ont certaines professions et certains fonctionnaires. La conséquence c’est qu’on se dit que si un jour un vrai droit fondamental (un des droits listés dans le préambule de la constitution) était menacé, elle serait capable de ne pas s’en apercevoir ou de ne pas savoir le défendre. Le parti socialiste franchit chaque jour des palliers de cancritude.

    • Monsieur,
      je dois dire que je partage en partie, et en partie seulement, votre analyse.
      Quant à votre première problématique sur les institutions, il me semble faux de dire qu’aucune réflexion n’a été menée sur le sujet. Certains socialistes, tels qu’Arnaud Montebourg, plaide pour un renouvellement en profondeur de nos institutions et ce, depuis bien longtemps. Et, me semble t-il, des conventions sont prévues sur ce sujet dans le but d’établir notre programme pour 2012. Ce débat est-il fondamental? En tant que juriste, je réponds : certainement. Ce débat est-il prioritaire pour l’ensemble des français ? Certainement pas. Loin de moins l’idée de penser que les français sont idiots, que les français ne comprennent pas ce débat, qu’il les dépasse, mais au jour où l’on annonce un hiver rude par une hausse incroyable du prix des aliments de base, savoir si nous devons nous tourner vers un régime présidentiel, semi présidentiel ou parlementaire ne me semble pas la première des priorités du candidat socialiste en 2012 même si nous nous devons d’avoir un projet solide à ce sujet.
      Pour ce qui est de la réforme des retraites, je ne peux vous suivre. Où avez vous lu que les socialistes étaient tous pour la retraite à 60 ans, à taux plein pour tous ? Les socialistes prennent la démographie en compte, mais d’une manière plus juste que le gouvernement. Selon moi ils se rapprochent d’ailleurs du point de vue, judicieux, de F. Chérèque qui est de préconiser non pas un report de l’âge légal de la retraite (qui est une abération pour les personnes ayant travaillé jeunes) mais un allongement progressif de la durée de cotisation qui paraît plus juste. On va alors dire pourquoi ce dogme des retraites à 60 ans ? Mais pour donner la liberté (et non pas l’obligation) pour des personnes de partir à la retraite quand ils le désirent, même si ce n’est pas à taux plein (et Dieu sait que je connais du monde dans ce cas). Ce n’est que justice de laisser une personne partir à la retraite quand elle le désire. La prise en compte de la pénibilité (non pas cette mascarade du gouvernement qui confond invalidité et pénibilité), la participation de tous les revenus et même des retraités les plus riches. N’est-il pas insupportable que des retraités richissimes payent moins de cotisation notamment sur la CSG que des salariés qui ont du mal à boucler leur fin de mois ? Il faut cesser d’écouter la propagande gouvernementale Monsieur.
      N’est ce pas d’ailleurs M. Fillon lui même qui disait pouvoir envisager la mise en place d’un système de retraite par point ? La prise en compte des durées de cotisation me semble plus juste et logique (comme dans de nombreux pays européens qu’on ne cesse de citer à tout va) que l’allongement arbitraire de l’âge légal de la retraite. Et ça monsieur, ce sont les socialistes qui le proposent, et personne d’autre.
      C’est sur ce point qu’en 2012 nous devons prouver, lors de la campagne que notre projet est juste, est équilibré. Il faut approfondir cette réflexion et ne pas concéder à l’extrême gauche une retraite à taux plein à 60 ans pour tous qui nous ferait perdre notre crédibilité, comme la généralisation des 35 heures ou le SMIC à 1.500 euros l’ont fait en 2007.

      Cordialement.

  2. Si les écologistes ont franchi un pallier statistique, il est temps que nous franchissions nous-même, non pas un pallier, mais le rubicond en accélérant notre mutation.

    Je mets un lien sur un texte que j’ai écrit en réponse à mon analyse des défis qui rendaient indispensable une évolution idéologique profonde de notre parti : http://bloggy-bag.fr/documents/eveil_du_dormeur.pdf

    Après l’avoir écrit, il m’est venu une image amusante pour résumer ce texte : un flux libéral dans un tuyau marxiste. Je me doute que certains ne retiendront que le mot libéral, d’autres le mot marxiste et qu’il sera difficile de dépasser nos habitudes et contradictions.
    Je ne sais pas quel avenir peut avoir cette réflexion, mais je suis sûr qu’il est impératif de ne pas rester endormi en rêvant à un 2012 gagné d’avance.
    Il est temps pour le dormeur de se réveiller, et pour le militant de se lever.

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