Forum Libération de Lyon : construction européenne et idéal démocratique ?

Drapeau européen

Pierre Moscovici était le 25 septembre l’invité du forum Libération de Lyon (en partenariat avec la Fondation Jean Jaurès) pour participer au débat débat « Construction européenne et l’idéal démocratique  ? ».

Chers amis,

Je remercie la Fondation Jean Jaurès et Libération de m’avoir invité à ce forum. C’est à chaque fois un réel plaisir pour moi d’être parmi vous, et je tiens à les féliciter pour la qualité de leurs forums dont, je crois, il n’existe aujourd’hui pas vraiment d’équivalent en France.

Il était d’autant plus important pour moi d’être parmi vous aujourd’hui qu’il s’agit d’un sujet qui me tient à cœur, celui de l’Europe. Ancien MA européennes, ancien membre de la Convention européenne, ancien membre du parlement européen, aujourd’hui député, ancien VP de la Commission des affaires européennes… l’Europe est presque mon métier. J’y ai consacré 13 ans de ma vie politique. Je tâcherai donc de vous donner le point de vue d’un acteur, engagé, partial, sans doute, ni aveugle, ni prosélyte.

Construction européenne et idéal démocratique ? Vous remarquerez que tout est dans le point d’interrogation, à tel point que certains esprits chagrins verront dans cette formulation un oxymore.

I) Rapide état des lieux / le dernier eurobaromètre

Il y a, à vrai dire, deux manières de comprendre cet intitulé.

La première renverrait aux valeurs démocratiques véhiculées par la construction européenne dans le monde. Celles-ci sont indubitables. Depuis 1957, la construction européenne a permis des succès indéniables : d’un continent dévasté par les guerres et les conflits fratricides, les Européens ont su faire un espace de paix, de sécurité, de droits et d’échanges, porteur d’une certaine conception des droits de l’Homme dans le monde – dont on peut discuter l’efficacité mais certainement pas la réalité.

La seconde manière de voir les choses – celle qui dans les faits nous intéresse ce matin – renvoie à la question de la construction de l’Europe politique, au rapport entre les citoyens européens et l’Union. En d’autres termes, la construction européenne est-elle un idéal de démocratie pour ses propres citoyens ?

Il faut bien reconnaître qu’ici le bât blesse : l’Europe politique, démocratique, connaît des difficultés, et ce depuis quelques années déjà.

Au mois d’août derniers sont sortis les résultats du dernier sondage Eurobaromètre sur l’état de l’opinion dans l’Union. La première question, désormais classique, posée aux citoyens européens choisis parmi un panel représentatif, était de savoir si ces derniers pensent que l’adhésion de leur pays à l’Union Européenne a été une bonne ou une mauvaise chose.

Le soutien à l’appartenance à l’Union a reculé à 49 %, soit un recul de 4 points depuis l’automne 2009, passant symptomatiquement sous la barre des 50% et se rapprochant des niveaux planchers enregistrés au cours de la dernière décennie. La proportion d’Européens selon lesquels l’appartenance de leur pays à l’Union est une mauvaise chose se situe aujourd’hui à 18 % alors qu’elle était de 15 % à l’automne 2009. Mais c’était avant la crise de l’euro et avant l’effondrement de l’économie grecque.

Symptomatiquement, le recul de bonnes opinions est particulièrement net en Allemagne (-10 points à 50% d’opinions positives) ou en Grèce (- 17 points), soit les deux extrêmes de la chaîne de solidarité qui a été nécessaire pour secourir la Grèce. La solidarité européenne ne s’est pas faite sans dégâts collatéraux.

Cette crise de confiance de l’Union Européenne n’est pas propre aux pays membres : les Islandais, candidats à l’adhésion, ne sont ainsi que 19% à juger que l’adhésion  à l’UE serait une bonne chose.

Plus intéressant encore pour la question qui nous concerne : la signification de l’Union européenne pour ses citoyens. Ils sont de plus en plus nombreux à lui associer le gaspillage d’argent (23% +2) ou la bureaucratie (21% +1) et de moins en moins nombreux la paix (24% -4) ou la démocratie (19% -7). Ce recul des fondamentaux de ce qu’était la construction européenne est selon moi ce qui est le plus inquiétant, car elle dessine malheureusement plus structurellement la perception de l’Europe qui s’installe doucement au sein des Européens.

II) Comment en est-on arrivé là ?

Comment a-t-on pu passer du plus beau rêve démocratique du XXe siècle, inspiré par les pères fondateurs, à une désillusion d’autant plus cruelle qu’elle semble aujourd’hui profondément enracinée ?

Il faut à mon sens y voir la conjonction de trois facteurs.

a. Le poids des circonstances

Il y a, tout d’abord, le poids des circonstances: la tourmente économique de la deuxième moitié des années 1970, la montée du chômage, l’incompréhension des phénomènes de mondialisation ou la peur du déclassement sont une toile de fond qui ne concourt pas à la popularité d’une Europe politique. Tout comme la côte de popularité des gouvernants est fortement corrélée à la santé économique du pays, celle de l’Europe n’échappe pas aux aléas de la conjoncture.

C’est d’autant plus vrai que l’Europe sociale tarde à se mettre au niveau de l’Europe économique, creusant là le fossé qui la sépare des citoyens européens. Rappelons que ce n’est qu’en 1974 que le Conseil a adopté le premier programme d’action sociale – la date en dit long: l’Union est trop souvent dans la réaction, elle ne se construit politiquement que dans la crise, dans l’urgence, dans la difficulté. Elle ne s’approfondit que lorsqu’elle est vraiment en danger.

b. Le déficit démocratique

Le deuxième facteur est celui qu’on appelle de manière vague mais commode « le déficit démocratique » de l’Union. Il s’agit là d’un lieu commun, maintes fois répété, mais qui n’en est pas moins réel. Ce déficit, de fait, sape les efforts des partisans de l’Europe politique, parce qu’il s’attaque à la crédibilité et la légitimité mêmes de la construction communautaire.

Il trouve pour partie son origine dans un sentiment populaire, plus fort en période de crise, qui voit dans l’Union un appareil bureaucratique inefficace, inapte à répondre aux défis économiques contemporains et à renforcer la cohésion sociale, incapable de mobiliser des ressources budgétaires au demeurant faibles pour répondre réellement aux préoccupations des citoyens de l’Union, mais également dans la question du de la construction et du fonctionnement des institutions européennes.

L’Europe, on le sait, s’est construite par des traités. Ceux-ci sont négociés lors de conférences intergouvernementales dont les travaux se déroulent loin des populations, qui ne se trouvent associées – quand c’est le cas – qu’au seul moment de leur ratification soumise à un référendum.

De même, les organes qui assurent le fonctionnement de l’Union paraissent depuis longtemps éloignés – politiquement et physiquement – des citoyens européens, accréditant l’idée d’une bureaucratie lointaine et déconnectée des réalités politiques et sociales. Cette incompréhension perdure.

Ces éléments sont connus, mais je veux ici en quelques mots en rappeler quelques-uns :

  • L’importance du rôle de la commission européenne, organe indispensable mais technocratique et surtout non élu, dont la composition échappe largement à la logique d’élection et de représentativité politique.
  • Le rôle du Conseil européen. Certes, à titre individuel, chacun des ministres qui composent ses diverses formations (affaires générales, agriculture, environnement, etc.) fait partie d’un gouvernement, lui- même responsable devant son Parlement. Mais, en tant que tel, le Conseil est un organe hors sol, qui n’est contrôlé par aucune assemblée, par aucun pouvoir législatif.
  • La culture européenne du compromis, inconnue en France, qui ne facilite pas l’appropriation politique des débats européens.
  • Enfin et surtout, l’absence d’un espace politique européen. Les élections se font aujourd’hui sur des bases territoriales nationales par ailleurs difficilement compréhensibles (le système des grandes régions ne renvoyant à aucune réalité concrète), avec des listes nationales et sur des thématiques quasi-unanimement nationales.

L’Union européenne a été incapable de faire émerger un espace politique de débat et d’élection à l’échelle européenne. Elle n’est pas en cela aidée par le peu d’appétence des hommes politiques pour les débats européens et par l’attachement des états membres à leur souveraineté.

Pour compléter la « big picture » comme disent nos amis anglo-saxons, il faut rappeler que si le déficit démocratique dans l’UE est réel, celle-ci n’en a pas la propriété exclusive. Contrairement à ce que peuvent affirmer certains souverainistes, les citoyens européens n’ont pas davantage confiance en leurs institutions nationales. Dans le dernier eurobaromètre, s’ils sont 47% à affirmer n’avoir pas confiance en l’Union, ils sont 66% à ne pas avoir confiance dans leur gouvernement national, et 62% dans leur parlement national. En clair, si le parlement européen inspire moins confiance qu’auparavant aux citoyens, les institutions nationales sont totalement désavouées.

Il faut donc replacer ce désamour dans une crise plus large des institutions représentatives et de la légitimité démocratique, caractérisée entre autres par l’érosion continue de la participation électorale. Je vous renvoie sur ce sujet aux travaux de Pierre Rosanvallon. Dans ce cadre, l’Europe, l’institution la plus lointaine, est aussi la plus touchée.

c. La perte du souffle européen

C’est là, selon moi, la raison principale de l’érosion d’un idéal démocratique européen.

La construction et l’idéal européen ont – à leur origine – été portées par une génération marquée par les deux guerres mondiales. Les hommes et les femmes qui en ont été à l’initiative ont vieilli, quand ils n’ont pas disparu. La génération politique qui a aujourd’hui pour mission de porter la construction européenne ne porte plus les stigmates du passé que par procuration.

Ce changement de génération – donc de priorités, s’est accompagné d’un essoufflement de l’idéal européen. Au fur et à mesure de l’adoption des nouveaux traités, la construction d’une Europe politique et démocratique a été laissée de côté. Le rêve européen a disparu. Au fil des petits pas, l’Europe des renoncements a pris le pas sur celle des pères fondateurs.

La realpolitik à la Bruxelloise a ainsi eu raison du rêve fédéral, longtemps l’horizon de l’idéal démocratique européen. C’est vrai – empiriquement – à droite et notamment chez Nicolas Sarkozy, dont la conception d’une Europe des chefs d’Etat laisse peu de place à la construction d’une Europe parlementaire, et donc d’une Europe des peuples. Mais c’est également vrai à gauche, j’en veux pour preuve la dernière tribune d’Hubert Védrine dans Libération, publiée en préalable au forum qui nous accueille aujourd’hui, et qui fait du fédéralisme le responsable de l’euroscepticisme.

Je veux à ce sujet politiser quelques instants le débat, et rappeler la responsabilité qui est celle de la gauche dans ce débat sur l’idéal démocratique européen. L’Italien Raffaele Simone, dans son dernier ouvrage Le Monstre doux. L’Occident vire-t-il à droite ?, montre bien comment la droite a parfaitement compris son époque, consommatrice, individualiste et pressée, rompue au pragmatisme et au « court-termisme ». Cette droite s’accommode parfaitement de ce qu’est devenue l’Europe, froide, désincarnée mais pragmatique dans sa bureaucratie. Face à elle, la gauche, trop occupée à étouffer ses déchirements internes du Traité constitutionnel, a rendu les armes et abandonné l’idéal européen, particulièrement l’horizon fédéraliste. Sur ce sujet, le prochain projet de texte du parti socialiste sur l’international et l’Europe manque singulièrement de souffle.

Ce souffle, nous avons pourtant le devoir de le retrouver, à travers cette grande ambition européenne, cette vision de long terme et ces projets d’envergure qui seuls pourront réenchanter l’Europe.

III) Comment sortir de cette situation ?

Renouer avec l’Europe politique n’est pas qu’une lubie démocratique. La crise actuelle, loin de mettre en cause la construction européenne, montre l’urgence de définir la finalité politique que nous lui assignons. Nous devons renouer avec l’esprit des pères fondateurs et redonner à la construction européenne tout son sens politique au service des citoyens.

a. Embaucher un bon communicant : l’Europe avance, mais en silence

C’est un euphémisme, l’Europe souffre de sa communication. Promouvoir l’idéal démocratique et réincarner l’Europe politique requiert d’être bien plus incisif sur les apports et les avancées de l’UE, largement inconnus de ses citoyens : dans le fond, l’Europe avance sur des choses essentielles et, sur la forme, le traité de Lisbonne contient des avancées significatives.

Pour être trop silencieuse, la réalité de l’action européenne dans le quotidien des européens ne se discute pas. Libre circulation, transport, emploi et affaires sociales, consommation, santé publique, recherche, culture, sécurité alimentaire, éducation, environnement, … l’Europe n’est pas qu’une construction bureaucratique, elle s’illustre par des réalisations concrètes.

A titre d’exemple, dans ce dernier domaine, celui de l’environnement, l’Europe a pris au cours des quinze dernières années des décisions d’avenir. Sans elle, nombre d’avancées au niveau international seraient restées lettre morte. Je pense par exemple, au-delà de la lutte contre le réchauffement climatique, aux décisions prises en matière d’impact des activités industrielles sur l’environnement. Depuis 1996, les industriels européens doivent ainsi contrôler eux-mêmes leurs impacts polluants sur l’environnement. Depuis 2005 et l’accord « Reach », les entreprises qui veulent vendre des produits chimiques susceptibles de présenter un risque pour l’environnement et la santé humaine vont devoir progressivement en établir, à leurs frais, l’innocuité. Deux principes clairs, exigeants, combattus en leur temps par de puissants lobbys, et qui sur le fond sont une vraie avancée pour la santé publique.

Il est également  intéressant de noter que dans le domaine de l’économie et l’emploi, première préoccupation des européens, l’Europe est encore plus active que les parlements nationaux. D’après une étude récente, 60% de la législation européenne concerne l’action économique et 12% les politiques d’emploi et d’immigration. A titre de comparaison, les mêmes secteurs économiques ne représentent que 14 et 5% de la législation française.

Sur la forme, l’Europe se construit, différemment de nos démocraties nationales où la Nation a joué un rôle central, mais elle se construit et avance néanmoins – trop lentement, trop faiblement, mais indéniablement. Le traité de Lisbonne représente ainsi une avancée considérable.

  • L’institutionnalisation du Conseil européen, qui n’était jusque là qu’une instance décisive, mais informelle;
  • La fin de la présidence tournante du Conseil européen, pour garantir une certaine cohérence et une certaine stabilité aux orientations communautaires et donner un visage à l’Union à l’extérieur;
  • La création d’un haut représentant pour la politique étrangère et de sécurité : quasi-ministre des Affaires étrangères, également vice-président de la Commission, destiné à coordonner l’action extérieure de l’Europe
  • La reconnaissance d’une valeur juridique contraignante à la Charte des droits fondamentaux, en tout cas pour 25 des Etats membres, qui pourrait – si la volonté politique suit – servir de base juridique à de nouveaux pans pour la législation communautaire, plus tournés vers le politique et le social;
  • L’élargissement des objectifs de l’Union, pour « recentrer » un peu l’axe de la construction communautaire, s’éloigner peut-être de l’impératif d’intégration économique pour mettre l’accent sur les dossiers plus politiques;
  • La personnalité juridique accordée à l’Union, avec ce que cela ouvre comme possibilité d’actions élargie et de représentation dans les instances internationales, sans compter la simplification de nombre de procédures;
  • L’extension de la codécision, qui devient la procédure de « droit commun », ce qui doit permettre de « démocratiser » davantage le processus de prise de décision, notamment en matière politique et donner un rôle accru au Parlement européen;
  • Le renforcement des pouvoirs du Parlement avec l’extension de la codécision à plus de 40 nouveaux domaines, notamment en matière de justice et affaires intérieures, mais aussi en matière budgétaire, dans l’approbation des accords internationaux et dans sa fonction de contrôle politique de la Commission. Il en élit désormais le Président, sur proposition du Conseil qui devra « tenir compte des élections au Parlement européen ». Les droits et obligations des parlements nationaux sont par ailleurs confortés, en particulier à travers le contrôle de l’application du principe de subsidiarité.
  • La création du droit d’initiative citoyenne qui permet aux citoyens européens, dès lors qu’ils réunissent un million de signatures au moins provenant d’un nombre significatif d’États membres, demander à la Commission de proposer un « projet de loi ». Est également reconnue l’importance du dialogue entre les citoyens, les associations de la société civile et les institutions de l’Union (en particulier la Commission), renforçant ainsi la possibilité donnée aux organisations et aux associations de la société civile de prendre part aux décisions européennes.

Toutes ces modifications – qui étaient d’ailleurs dans le TCE – peuvent permettre, j’en suis sûr, de donner un vrai coup d’accélérateur à une Europe politique qui semblait pourtant plongée dans l’impasse pour une durée indéterminée depuis 2005.

Il faudra aller encore plus loin. Car le Traité de Lisbonne se veut comme un texte essentiellement technique et pragmatique, loin de tout grand dessein et de grande ambition. Il nous faut retrouver des accents lyriques, en tout cas redonner une vision et un corps à l’Europe.

b. Aller plus loin dans la « démocratisation » des institutions et la construction d’un espace politique européen

Les avancées de Lisbonne ne sont qu’une première étape dans la démocratisation des institutions et la construction d’un espace politique européen. D’autres progrès sont nécessaires, parmi lesquelles :

  • Renforcer le rôle du Parlement européen qui, élu au suffrage universel, est le cœur démocratique de l’Union.
  • Faire du Président de la commission européenne l’émanation directe de la majorité parlementaire. Il faut à ce titre accorder de l’attention à l’initiative de primaires ouvertes proposées par certains pour désigner le prochain candidat socialiste à la présidence de la Commission, qui conduirait donc les listes du PSE. Cette initiative peut contribuer à « percer » le silence médiatique sur les questions européennes et ranimer l’intérêt des citoyens pour ces élections.
  • « Européaniser » l’élection du parlement européen à travers l’institution de listes  paneuropéennes

Plus prosaïquement, la question d’une Europe réincarnée démocratiquement n’est pas indépendante de celle de ses moyens – économiques, politiques – pour mener une politique efficace.

  • Je pense ici à la question du « budget européen », plafonné aujourd’hui à 1% du PIB communautaire,  et à son corollaire possible : un impôt européen. Je suis persuadé que le jour où les finances seront décideront à Bruxelles, la politique se décidera à Bruxelles.
  • Je pense également bien sûr à la construction de l’Europe sociale. Ce n’est pas ici le lieu pour rejouer le vieux dilemme entre construction économique et Europe sociale, mais il semble évident que la définition d’une plate-forme sociale commune à l’ensemble de la zone UE ne peut avoir que des effets positifs à long terme sur la construction démocratique de l’Union.

Enfin, et plus généralement, l’Union et les parlementaires européens n’échapperont pas à la remise en question qui touche l’ensemble du fonctionnement politique autour des évolutions de la démocratie représentative. Sur ce sujet, Les innovations – parcellaires, imparfaites mais réelles et innovantes – de l’administration Obama dans son utilisation des nouvelles technologies pour prendre en compte l’avis des citoyens, évoluer vers plus de transparence du fonctionnement institutionnel et expliquer didactiquement ses politiques et leurs effets dans le quotidien doivent nous servir d’exemple.

c. Réincarner l’Europe dans le quotidien des européens et renforcer le sentiment de citoyenneté européenne

Au-delà de la dynamique institutionnelle, le renouveau de l’idéal démocratique européen nécessite de réinscrire fondamentalement la perspective européenne dans le parcours personnel des citoyens européens et de tendre à la construction d’une citoyenneté européenne.

Sur ce sujet, de nombreuses propositions existent, je pense notamment au travail d’associations telles que Sauvons l’Europe. Je veux ici vous en proposer quelques-unes.

  • Accorder le droit de vote aux citoyens de l’Union pour les élections législatives (présidentielles) de leur pays de résidence
  • Relancer la dynamique Erasmus en rendant obligatoire un semestre d’étude dans l’Union – pourquoi pas l’étendre au secondaire.
  • Développer l’idée d’un service civil européen, creuset d’une identité européenne. Il nous faut sur ce sujet profiter des interrogations qui existent, en France, sur la réintroduction d’un service civil obligatoire et, en Allemagne, sur la fin du service militaire.

d. Retrouver une « mystique européenne »

Plus largement, je l’ai déjà évoqué, c’est avec une véritable « mystique européenne » qu’il nous faut renouer pour redonner corps au projet européen.

Pour s’incarner, ce rêve européen a besoin de grands projets. Je veux ici en citer un deux

Celui de la perspective d’une union franco-allemande. La relance du couple franco-allemand, mis à mal par Sarkozy, est un impératif. Ce moteur indispensable pour l’Union tend de plus en plus à caler. Or, dès lors que l’on admet le principe d’une  » tête de pont  » à l’Union européenne, la France et l’Allemagne sont incontournables. Elles s’imposent par leur légitimité historique, leur poids économique et démographique et, surtout, leur capacité à s’accorder – enfin, avant. La France et l’Allemagne partagent en effet un projet pour l’Europe remarquablement proche et ont développé, depuis 50 ans, des pratiques constantes de dialogue, d’écoute mutuelle et de partenariats. Mais pour retrouver une légitimité et redevenir moteur dans l’Union la France et l’Allemagne doivent faire preuve d’imagination et d’exemplarité : elles doivent respecter les partenaires – y compris les nouveaux et les petits – mais surtout proposer des initiatives concrètes et pas seulement des symboles et des slogans.

L’objectif d’une union franco-allemande est une de ces initiatives ambitieuses et porteuses. Elle pourrait pourtant être génératrice d’idées nouvelles, de démarches plus ambitieuses pour une intégration européenne plus poussée. Surtout, elle me semble susceptible de porter de nouveaux espoirs et un nouvel horizon au sein de la population européenne et de ses partis politiques.

Je suis enfin convaincu qu’il n’existe pas d’approfondissement durable, et donc démocratique, de l’intégration européenne sans l’affirmation de l’objectif d’une forme d’Etat fédéral, c’est-à-dire où la souveraineté s’exerce de manière indépendante de l’appartenance nationale, cela pour les domaines qui le requièrent, et dans le respect du principe de subsidiarité. Le dépassement de la contradiction entre fédéralisme et nation ne peut plus passer par une complexité institutionnelle toujours accrue : une telle approche risque de dissoudre la légitimité démocratique de la construction européenne et les peuples ne sont pas dupes.

Je pense pour ma part qu’un projet fédéral, s’il reste une perspective de long terme, doit continuer d’inspirer les socialistes européens et ré-enchanter un projet d’unification du continent, aujourd’hui confisqué aux peuples d’Europe par la bureaucratie bruxelloise.

IV) Conclusion

Quelles conclusions tirer de ce long diagnostic d’ensemble ? En tant que député d’une circonscription où l’industrie automobile tient une place de premier rang dans l’économie locale, je ne peux m’empêcher, pour résumer ma pensée, de comparer l’Europe à une voiture. La mécanique s’est quelque peu enrayée et notre véhicule manque de direction. Le Traité de Lisbonne a beau avoir mis un peu d’huile dans son moteur, il ne lui a pas donné un GPS, il ne l’a pas dotée de la vision fédératrice, d’un sens.

Le nouveau tandem exécutif de l’Europe Van Rompuy-Ashton le montre bien : l’enthousiasme premier suscité par la désignation du premier président du Conseil européen choisi par ses pairs, pour deux ans et demi renouvelables, ainsi que la première « haute représentante » pour la politique étrangère et de sécurité commune (PESC), innovations majeures du Traité de Lisbonne, est retombé comme un soufflé, s’est transformé en rendez-vous manqué, car phagocyté par la dérive intergouvernementale et conservatrice de l’Europe politique, que la nouvelle composition du Parlement européen ne va qu’accentuer.

Il nous faut donc continuer sans relâche, ne pas nous laisser gagner par le scepticisme ambiant. L’Europe politique n’a jamais été une évidence ou un acquis, mais bien plutôt une ambition, un combat. L’idéal démocratique est au bout du chemin.

Photo CC par rockcohen

7 réflexions au sujet de « Forum Libération de Lyon : construction européenne et idéal démocratique ? »

  1. Ping : Twitted by lauradagg

  2. « Accorder le droit de vote aux citoyens de l’Union pour les élections législatives (présidentielles) de leur pays de résidence » Sur ce point, je vous soutiens à 200 % cher ami ! Grecque d’origine, élevée en Allemagne et active en France depuis 1991, c’est mon vœux le plus cher qui se réaliserait si vous arrivez à mettre ça en place.

  3. Encore un très long texte de Moscovici. L’assistant parlementaire doit cravacher…

    J’ai une question à poser à Pierre Moscovici.

    Quelle légitimité a t-il pour nous infliger cette leçon ex-cathedra, lui qui est membre du Cercle de l’Industrie, semble-t-il depuis plusieurs années et même, peut-être, pendant qu’il était député européen ?

    Le Cercle de l’Industrie, nous dit Wikipedia « une idée de Dominique Strauss-Kahn et Maurice Lévy, patron de Publicis »…

    Il « rassemble une vingtaine de présidents de grandes entreprises françaises intervenant dans tous les secteurs industriels ainsi que des hommes politiques.

    Les entreprises membres du Cercle de l’industrie représentent en 2004 un chiffre d’affaires cumulé d’environ 600 milliards d’euros et 2 millions d’emplois dans le monde. La majorité d’entre elles sont cotées au CAC 40.
    Le Cercle de l’industrie se distingue par sa spécificité industrielle, son engagement pour la construction européenne et son bipartisme politique [Un vice-président de gauche, et un de droite], la promotion de l’image et des intérêts de l’industrie auprès des institutions publiques nationales et européennes. »

    Bref, c’est un organisme de lobbying, qui promeut le Marché primant sur toute autre considération dans un esprit et une pratique ralliant l’UMP-PPE et le PS-PSE.

    Je vois là, pour ma part, dans cet pratique, cette alliance contre nature, la dynamique du fonctionnement « marchandisé » et « autoritaire » de l’UE.

    Accessoirement, Moscovici et DSK montre là qu’ils font exactement comme Juppé et autres, qu’ils apportent leur soutien à des intérêts strictement privés, dont la logique et les pressions de lobbying sont totalement contraire à l’intérêt général.

    • Etre social-démocrate et nier la nécessité des échanges avec les entreprises les plus importantes du marché est une pratique électoraliste du PS qui pourrait enfin changer.
      Dire que dans les échanges, les structures politiques ne sont pas de dimensions comparables à la puissance des certaines entreprises (ou ententes!) du CAC 40 devrait être notre préoccupation.
      La présence de DSK et de Lamy au FMI et à l’OMC, ne devrait pas nous lever la peau, à condition de bien saisir le fonctionnement de ces institutions et de connaitre les rapports de force en leur sein.

  4. Ping : Twitted by UEF_France

  5. Ping : Twitted by Rondoclaire

Les commentaires sont fermés.