Forum Libération de Lyon : construction européenne et idéal démocratique ?

Drapeau européen

Pierre Moscovici était le 25 septembre l’invité du forum Libération de Lyon (en partenariat avec la Fondation Jean Jaurès) pour participer au débat débat « Construction européenne et l’idéal démocratique  ? ».

Chers amis,

Je remercie la Fondation Jean Jaurès et Libération de m’avoir invité à ce forum. C’est à chaque fois un réel plaisir pour moi d’être parmi vous, et je tiens à les féliciter pour la qualité de leurs forums dont, je crois, il n’existe aujourd’hui pas vraiment d’équivalent en France.

Il était d’autant plus important pour moi d’être parmi vous aujourd’hui qu’il s’agit d’un sujet qui me tient à cœur, celui de l’Europe. Ancien MA européennes, ancien membre de la Convention européenne, ancien membre du parlement européen, aujourd’hui député, ancien VP de la Commission des affaires européennes… l’Europe est presque mon métier. J’y ai consacré 13 ans de ma vie politique. Je tâcherai donc de vous donner le point de vue d’un acteur, engagé, partial, sans doute, ni aveugle, ni prosélyte.

Construction européenne et idéal démocratique ? Vous remarquerez que tout est dans le point d’interrogation, à tel point que certains esprits chagrins verront dans cette formulation un oxymore.

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Confirmation ou simulacre ?

Je vous parlerai peu des manifestations d’hier et de la réforme des retraites. Comme beaucoup d’entre vous, j’ai défilé – pour ma part, dans les rues de Montbéliard. La mobilisation ne faiblit pas, elle est puissante, elle va se poursuivre. Cela suffira-t-il pour ramener le pouvoir à la sagesse, l’amener à modifier son projet ? Ce n’est pas, on le sait, la tendance de Nicolas Sarkozy, qui souhaite imposer sa réforme, pour se parer des attributs d’une victoire sur la gauche et sur le mouvement social. Si victoire il y a, elle sera à la Pyrrhus. Les socialistes se battront, au Parlement, pour obtenir des inflexions. Et si, au final, celles-ci ne sont pas au rendez-vous, il faudra tout remettre sur le métier en 2012. Cet engagement sera tenu. En réalité, je ne souhaitais pas spécialement écrire aujourd’hui. Les déclarations de Claude Bartolone sur France Inter, refusant des primaires de désignation pour souhaiter qu’elles se réduisent à une confirmation, m’y obligent. Continuer la lecture

Vichy

Je suis, vous le savez – certains me le reprochent même parfois – un homme pondéré, qui s’efforce de réfléchir avant de s’exprimer, au tempérament tolérant. Ce week-end, j’ai dérogé à ma réputation de modération, et provoqué une polémique, en évoquant un climat « très pourri, très Vichy ». Les réflexions indignées d’Eric Besson ou Gérard Larcher ne me gênent pas, au contraire. Quand le Président du Sénat déclare mes propos « inacceptables », je souris, parce que je sais où se niche, vraiment, l’inacceptable, chez le Chef de l’Etat qu’il soutient – du bout des lèvres au demeurant. Mais je sais que des amis se sont interrogés sur cette phrase. Pour eux, pour vous, je veux m’en expliquer.

Faut-il s’excuser d’un propos abrupt et qui fait débat ? La politique contemporaine est devenue, à certains égards, très aseptisée. Il est loin, le temps des polémistes, où celui qui voyait les politiques, à l’image d’un Clemenceau, à la fois homme de mots et grand duelliste, s’expliquer sur le pré . Une parole un peu dure, une comparaison un peu osée provoquent aujourd’hui très vite des indignations aussi vertueuses que factices. Le « politiquement correct » règne en maître. J’ai moi-même souvent tendance à brider mon verbe, parfois à l’excès, par respect des autres, par tempérament aussi. C’est pourquoi je ne déteste pas, de temps à autre, cliver, brusquer, sortir de mes gonds : une personnalité trop polie et plissée finit, à la longue, par être suspecte ! Cela dit, il faut manier avec prudence les comparaisons historiques. A le faire de manière hâtive, imprécise au pire manipulatoire, on risque de se tromper, voire de choquer les consciences. Il en va surtout ainsi à propos de la Seconde guerre mondiale, de la Shoah et de l’occupation – de la guerre d’Algérie aussi. Le sujet est plus que douloureux, il réveille des blessures que je sais inguérissables.

Rien, jamais, ne se comparera à ce crime contre l’humanité que fut la Shoah, rien, jamais ne se rapprochera dans l’ignominie de cette période sombre

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