Dans les médias

Silence ordinaire

Catégorie : Actualité,Réflexions | Par pierre.moscovici | 22/10/2010 à 18:08

Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-Moon, prononçait mardi dernier un discours devant le Parlement européen à Strasbourg, discours dans lequel il appelait les Européens à ne pas faire des immigrants musulmans des boucs émissaires dans une période où les tensions économiques et sociales faisaient le lit de dérives extrémistes.

Sa parole était d’autant pertinente qu’elle intervenait au lendemain d’un événement, traité de façon à peine incidente dans la presse, qui pourtant dénote la gravité de la situation morale et le dépérissement actuel de la cohésion sociale dans notre pays. Dans la nuit de dimanche à lundi dernier, la Mosquée de Haguenau, dans le Bas-Rhin, a été la cible d’une tentative d’incendie volontaire. Je veux ici, en ces jours où l’actualité médiatique se focalise – avec raison – sur la réforme des retraites, prendre le temps de quelques commentaires.

D’abord, pour dénoncer bien sûr l’acte en lui-même. Les dégâts seraient certes limités, mais la volonté est là, et aucun acte d’une telle portée ne saurait être banalisé. Ensuite, pour m’inquiéter du climat délétère qui s’installe peu à peu dans notre pays. Je m’étonne à ce titre que ceux-là même qui sont prompts à dénoncer la « chienlit » qui secouerait nos rues se sont jusqu’ici montrés remarquablement muets sur le sujet. Je n’y vois pas l’effet d’une volonté, plutôt la manifestation d’un ordre de priorités dont on voit trop bien les ficelles électorales. Qu’en aurait-il été si la presse s’était faite l’écho de l’incendie volontaire – plutôt que d’un lieu de culte musulman – d’une maison de retraite ?

Ce silence est d’autant plus répréhensible qu’il intervient à la suite d’une séquence où le tropisme populiste et sécuritaire du gouvernement désignait – implicitement ou explicitement – « l’étranger » à la vindicte populaire. Par « étranger », j’entends bien sûr les roms mais également les musulmans, fussent-ils Français. Car, et c’est un phénomène nouveau au sein de la droite de gouvernement, se développe de plus en plus la thèse d’une contradiction de l’Islam avec les valeurs de la République, alimentée par l’amalgame si répandu entre Islam et fondamentalisme. S’il ne souscrit pas explicitement à cette thèse, le gouvernement joue trop souvent sur la fibre qui la sous-tend – des moutons égorgés dans les baignoires au phénomène Lies Hebbadj, que l’on pourrait croire inventé ou taillé sur mesure pour alimenter les positions de la droite dure – pour ignorer ce qui se trame.

Chacun doit pouvoir exercer son culte ou sa libre pensée en toute sérénité. Et tout Français doit se sentir en danger lorsqu’une mosquée, un cimetière juif, une église ou un temple est victime d’un acte violent.

Nous devons au contraire être extrêmement fermes : ces confusions doivent cesser. C’est la seule voie pour rétablir le lien nécessaire entre tous les Français, quels que soient leur origines, leur religion, leur sexe. Catholique, musulman, juif, protestant ou athée, chacun doit pouvoir exercer son culte ou sa libre pensée en toute sérénité. Et tout Français doit se sentir en danger lorsqu’une mosquée, un cimetière juif, une église ou un temple est victime d’un acte violent.

Le gouvernement a plus que failli dans sa mission de protéger les citoyens. Il les dresse les uns contre les autres, quitte, au passage, et parce que c’est plus simple, à proposer de priver certains de leur nationalité. Ce n’est pas l’idée que je me fais de la France. Et il m’est tout particulièrement pénible de penser qu’une communauté se trouve, en tant que telle, l’objet de récriminations et d’attaques, insidieuses mais de plus en plus ouvertes désormais, vêtues des atours de la laïcité républicaine. C’est une méprise sur les valeurs fondamentales de la République, qui unit et ne stigmatise pas.

Photo: CC par داود

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