Salut à Georges Frêche

Georges Frêche est mort : la nouvelle frappe, émeut, suscite les commentaires. Comme c’est souvent le cas, la mort fait ressortir l’essentiel. Ainsi, Martine Aubry et François Hollande ont-ils employé les mêmes mots pour le définir : « bâtisseur et visionnaire ».

Bâtisseur et visionnaire, c’est en effet la bonne définition de l’élu Georges Frêche. Je le connaissais depuis 1982, lorsque, jeune élève stagiaire de l’ENA, j’ai passé un an à Montpellier, à la Préfecture de l’Hérault puis au Conseil général. Nous n’avons pas toujours eu des relations faciles. J’avais en effet commis le « crime » d’entretenir des relations affectueuses avec son ennemi intime d’alors, le Président du Conseil général Gérard Saumade. Mais ces rapports s’étaient apaisés et améliorés. Surtout, j’ai toujours eu de l’admiration pour l’édile municipal et régional. Je me souviens de Montpellier au début des années 80, 25ème ville de France, belle endormie un peu languissante, je vois la 8ème ville de France en 2010, devenue une Métropole attractive, plus que dynamique sur les plans démographique, économique, culturel. Il a construit cette ville, avec une ambition urbaine exceptionnelle. Il a aussi développé et fait connaître sa région. Chapeau !

Bien sûr, l’homme était un paradoxe vivant. Il était, chacun le sait, provocateur, et ses excès, parfois inacceptables, ses dérapages même sur les harkis ou sur les noirs avaient conduit à son exclusion du Parti socialiste. Ils m’avaient heurté, comme beaucoup : il ne s’agit pas, aujourd’hui, de les excuser même si certains procès qu’on lui a fait étaient exagérés. Il était, par exemple, tout sauf antisémite. J’ai regretté – et je l’ai dit – que nous n’ayons pu gérer de manière plus flexible l’approche comme les suites des élections régionales de 2010, où la grande majorité des socialistes du Languedoc-Roussillon – ils le sont restés, même hors du parti – le soutenaient. En même temps, Georges Frêche était aussi un grand orateur, immensément cultivé, spirituel et drôle, populaire, un chef charismatique capable d’être brutal et cruel pour celui qui le gênait mais aussi très généreux et sensible. Ses convictions de gauche, certes particulières, devenues ces dernières années plus que critiques du Parti socialiste, sa famille, étaient incontestables.

C’est un artiste de la politique, une personnalité hors du commun qui nous a quittés. Je le salue comme tel. Il ne sera pas facile de lui succéder, mais il laisse une trace, un sillon à ceux qui reprendrons le flambeau. Le temps de la réconciliation est venu.

4 réflexions au sujet de « Salut à Georges Frêche »

  1. La citation de Léon Blum dit tout, Georges Frêche est toujours allé jusq’au bout, en ayant, au vu de la stature de l’homme, conscience des heurts auxquels il pouvait se confronter.
    La mort a l’étrange « pouvoir » de rassembler, en tout cas d’apaiser… souhaitons-le. QU’il repose en paix, comme tous ces connus et inconnus partis récemment…
    Bel hommage de votre part.

  2. LA GAUCHE EN PRENDRA PLEIN LA GUEULE

    Je vais m’appuyer sur les propos que tu tiens sur Frêche, pour dire que nous allons perdre.
    Quand je dis perdre, ce n’est pas en 2012 – les sondages nous sont favorables, alors on va accepter, comme si on ne s’était pas déjà fait prendre à ce jeu, enfin on va y croire une fois encore.
    Nous perdrons après et définitivement.

    Avant l’économie, il y a les convictions avec lesquelles on n’est pas de gauche, si on joue avec.
    Les propos racistes et insultants de Frêche ne peuvent pas être effacés par ses réussites économiques. En d’autres temps et d’autres lieux, tu aurais trouvé un tel «arrangement» insupportable.

    En économie, on voit qu’Obama ne défend pas assez les politiques progressistes auxquelles il croit, par trouille des banquiers et il risque de le payer très cher.

    Quand la gauche sera aux affaires, elle héritera d’une économie, plus en ruines qu’elle ne le pensait.
    Personne ne voudra plus se souvenir que les grosses crises financières sont généralement suivies d’une longue période de chômage très élevé.
    Comme pour Obama, l’optimisme des prévisions sur la capacité de l’économie à se remettre toute seule sera sans limite.
    Ce que nous voyons aux USA, c’est que l’insuffisance de la relance a été une catastrophe.
    Pourquoi la gauche ne ferait pas les mêmes erreurs ?

    Aller plus loin est certainement nécessaire et rejoint ma critique du dossier Frêche, les pratiques frauduleuses ou déloyales des banques doivent faire l’objet d’un violent combat de survie dont les règles du jeu me dépassent – limite de mon inculture économique ! mais d’autres savent, comme toi ou DSK.

    http://legueduyabboq.blog.lemonde.fr/

  3. Merci Pierre pour ces mots qui iront droit au coeur des militants socialistes montpelliérains, héraultais et du Languedoc-Roussillon.

  4. Que des gaullistes (ou des umpistes, je ne fais pas dans le détail) aient pu monter en épingle sa prise de bec avec deux harkis (et non pas avec les harkis en général), c’est tout de même fort de café, à moins d’oublier les responsabilités écrasantes du pouvoir gaulliste dans l’abandon des harkis sur le sol algérien (sans doute 50.000 morts, atrocement massacrés) et dans la discrimination peu reluisante des survivants passés en métropole, toutes choses pour lesquelles, dans une république moins bananière, De Gaulle et Messmer seraient passés en Haute Cour. Les ténors du PS, infiniment moins cultivés que Frêche, furent particulièrement nuls sur ce coup-là, et sur plusieurs autres.

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