Abstention

Depuis mardi, et jusqu’à la fin du mois, les militants socialistes sont appelés à débattre du thème de « l’égalité réelle ». Cette convention est la dernière étape avant la « convention des conventions », qui devrait permettre aux adhérents de dessiner les grandes lignes du projet socialiste pour 2012. J’ai eu l’occasion d’exprimer mes réserves sur le projet de texte soumis par Benoit Hamon. Je me suis donc, et mes amis de Besoin de gauche avec moi, logiquement abstenu lors du Conseil national du 9 novembre. Depuis le Chili, invité par la Fondation Jean Jaurès dans le cadre du réseau de fondations progressistes latino-américaines, je souhaite ici prendre le temps de m’en expliquer plus avant et de rétablir quelques vérités écornées par les prises de positions des uns et des autres et le battage médiatique.

Quelques mots, tout d’abord, sur la méthode. J’ai déjà fait part, ici-même, de mes réserves sur l’opacité croissante de la procédure des conventions, après une première étape sur le nouveau modèle de développement que j’avais voulue largement ouverte et collective. Force est de constater que les diverses sensibilités du parti ont peu été associées en amont à cette convention. Il en est résulté une première mouture fortement marquée idéologiquement, présentée aux membres du Bureau national la veille au soir. La petite semaine qui séparait ce dernier du Conseil national a certes permis de l’améliorer, mais dans des dimensions trop homéopathiques pour que le point d’équilibre soit atteint.

La petite semaine qui séparait ce dernier du Conseil national a certes permis de l’améliorer, mais dans des dimensions trop homéopathiques pour que le point d’équilibre soit atteint.

Le texte rassemble pourtant un certain nombre d’éléments positifs : il présente sur nombre de points, de la lutte contre les discriminations à l’égalité homme-femme, des avancées notables volontaires ; la partie sur l’école, perfectible mais essentielle, me semble relever d’une vision réformiste courageuse pour lutter contre l’échec scolaire et faire pièce au modèle prétendument méritocratique proposé par la droite.

Il bute néanmoins, et je le regrette, sur un certain nombre d’écueils. Celui de la crédibilité, d’abord, pour ne pas assez prioriser et hiérarchiser les propositions, ouvrant là la voie aux espoirs déçus et aux désillusions, lit de complications électorales majeures. Nos élus locaux ont su concilier une approche à la fois réformiste et crédible, il nous faut nous en inspirer nationalement pour convaincre des Français dont tout montre qu’ils ne nous estiment pas encore prêts à gouverner. Celui de la vision, ensuite, dont je regrette qu’elle laisse peu de place à la démocratie sociale, aux nouveaux engagements des citoyens, à l’action des élus locaux, mais également aux changements sociétaux majeurs qui ont dessiné une France fort différente de ce qu’elle était dans les années 70-80. Il en résulte une ligne directrice souvent très (trop) étatiste, dont j’ai peur qu’elle soit inadaptée aux défis de demain. Je veux au contraire que nous dessinions une vision de lutte contre les inégalités au XXIe siècle, qui s’appuie sur un Etat-socle pour garantir l’émancipation des acteurs individuels et l’autonomie des partenaires sociaux – et sociétaux. J’aurai l’occasion d’y revenir très prochainement.

Nos élus locaux ont su concilier une approche à la fois réformiste et crédible, il nous faut nous en inspirer nationalement pour convaincre les Français

Comment, dès lors, interpréter notre abstention lors du vote du Conseil national ? D’abord, et je veux insister sur point car je l’ai trop lu et entendu dans la bouche de certains, certainement pas comme une tentative de « positionnement » en vue des prochaines primaires. J’ai trop de fois clamé ici mon attachement au Parti socialiste, trop de fois choisi la voie de la mesure vis-à-vis de la direction quand une tactique personnelle m’aurait poussé à choisir la rupture, pour qu’on puisse ainsi m’accuser de sacrifier l’intérêt du parti sur l’autel de futures échéances. Je suis, tout autant que d’autres, attaché à l’unité du parti, pour ne pas retomber dans des querelles intestines stériles sur le fond et désastreuses dans l’opinion ; mais je suis, peut-être plus que d’autres, attaché à ce que vive dans notre parti le débat démocratique, à ce que des sensibilités diverses puissent s’exprimer afin qu’émerge un projet qui soit – réellement – celui de tous les socialistes.

je suis, peut-être plus que d’autres, attaché à ce que vive dans notre parti le débat démocratique

Il ne s’agit pas davantage de l’affirmation d’une « droite » du parti ou d’une atteinte à son unité. Être réaliste, ce n’est pas entraver le progrès, c’est en permettre l’avènement. Faire des promesses que l’on sait ne pas pouvoir tenir, ce n’est pas aider la gauche à réussir, c’est préparer son échec. Élu du Pays de Montbéliard, je connais la sensibilité des milieux populaires, du monde ouvrier. Ils sont socialement exigeants, mais lucides sur la situation économique et financière du pays : ils ne croient pas en des engagements dénués de réalisme. Je n’accepte donc ni les faux procès, ni les leçons hypocrites qui font de ceux qui osent plaider pour la crédibilité des droitiers ou des adversaires de l’unité, bref des ennemis du parti. Là est la véritable posture, autoritaire, vulgairement tactique et de mauvaise foi, qui mène à de sévères désillusions.

Élu du Pays de Montbéliard, je connais la sensibilité des milieux populaires, du monde ouvrier. Ils sont socialement exigeants, mais lucides sur la situation économique et financière du pays

Mon attitude, la nôtre, est au contraire dictée par la responsabilité. Conscients de cette nécessité d’unité, du caractère positif de beaucoup de propositions, mais également des quelques modifications qui ont été apportées au texte – particulièrement à son introduction – entre sa version première et celle qui est présentée aux militants, nous avons préféré l’abstention à une fin de non-recevoir. Celle-ci ne préjuge pas de notre position sur le texte final, si les adhérents devaient sensiblement le remanier et si la direction acceptait, enfin, de prendre pleinement en compte nos propositions. Elle renvoie surtout le débat sur la hiérarchisation des mesures et le choix des priorités budgétaires à la convention sur le projet, qui devra là nous doter d’un programme à la fois ambitieux, réformiste et crédible.

Notre abstention renvoie le débat sur la hiérarchisation des mesures et le choix des priorités budgétaires à la convention sur le projet

Je souhaite donc que, dans les semaines et les mois qui viennent, puisse vivre le débat pour qu’émerge de points de vue parfois contradictoires un projet socialiste porté par tous devant les Français. Nous aurons plus à gagner de cet échange que de postures unanimistes dont l’ambigüité se construit au détriment de la clarté et de la crédibilité.

30 réflexions au sujet de « Abstention »

  1. BLA-BLA-BLA sur l’égalité réelle…, et inégalités bien réelles:

    Pierre Moscovici dit « expliquer » ici sa position lors du vote du texte PS sur « L’égalité réelle »: Abstention !
    Mais on ne sait toujours rien sur sa conception personnelle en la matière.
    Sans doute, comme son maître à penser DSK qu’il ne faut pas trop s’attarder sur la « redistribution », mais aller à la « racine » (petit clin d’oeil à l’équité Rawlesienne qui permet tous les renoncements).

    Pendant ce temps certains anciens de sa tendance, ou se déclarant tels, montrent leur vrai visage. Ainsi, Jean Peyrelevade, conseiller économique de Mauroy lors du « tournant de la rigueur 82/83, et qui se dit toujours socdem aprés son passage au modem, dont on peut lire le dernier billet sur son blog « La refondation du capitalisme », retranscription de son article dans le Figaro:
    17 nov. 2010 Le Figaro
    Pourquoi il faut augmenter la TVA !
    Sous titre: Pour « l’économiste », une hausse de cet impôt sur la consommation est indispensable pour réduire les charges des entreprises.

    Un précédent article était l’objet de l’avant dernier billet:
    Imposer le capital, une idée simpliste !
    LEMONDE | 02.11.10 • Mis à jour le 03.11.10 | 19h08

    Malgré son âge (71 ans), Jean Peyrelevade est trés utile dans le paysage actuel, car il montre ce que peut être le credo socdem lorsque l’on se lache sur ses réelles convictions aprés une vie « d’économiste » consacrée aux milieux financiers.
    Gageons que nous en saurons autant de la part de DSK lorsque celui-ci aura toute latitude pour abandonner, lui aussi, sa langue de bois actuelle.

    • C’est ainsi que fut concocté et parut (durant le mois de la faillite de Lehmann Brothers dont il ne dit mot) un livre d’une tout autre inspiration:
      Sus aux salariés et aux ménages, c’est là qu’est le mal !

      ——————————————————————————————————————-
      AVANT-PROPOS:
      “La réforme de l’Etat…elle se traduit par des décisions qui sont loin de la dimension du problème de finances publiques que nous avons à traiter:
      23000 agents de l’état en moins au budget 2008, soit une diminution de un pour mille. Non pas beaucoup de bruit pour rien, mais beaucoup de bruit pour pas grand chose, du moins dans l’ordre des chiffres” (p.9)

      CHAPITRE 1
      “On ne parle plus que de la répartition de revenus dont on ignore la provenance: la répartition de droite (en faveur des riches), aujourd’hui mise en oeuvre, s’oppose à la répartition de gauche (contre les riches) qui le fut hier. Pendant ce temps, faute de s’occuper vraiment de la santé de son appareil productif…la France recule.” (p.24)

      CHAPITRE 2 (Le pouvoir d’achat) :
      “La promesse d’amélioration du pouvoir d’achat faite pendant la campagne électorale devient une injure aux citoyens si elle ne peut être tenue… Or, elle n’est pas près de l’être. Dans la répartition de la richesse nationale, les ménages ont reçu leur dû et même un peu mieux.” (p.35)

      CHAPITRE 3 (Le mal français) :
      “ – Relever la part des salaires par rapport aux profits pour à la fois armer et équilibrer notre économie, ce serait une façon de redonner aux Français des repères !
      Drôles de repères qui ont pour effet d’égarer. Quel malaise de voir Nicolas Sarkozy et Lionel Jospin professer les mêmes erreurs: démagogie de droite et démagogie de gauche, également ancrées, se rejoignent.Ce qui montre à quel point le mal est profond. A quoi sert de changer nos dirigeants s’ils professent tous les mêmes inepties? ” (p.71)

      CHAPITRE 4:
      ” C’est aux bénéficiaires et à eux seuls de payer par leurs impôts et leurs cotisations les prestations qu’ils reçoivent. Les personnes physiques, les ménages, sont les seuls concernés, les seuls à être malades ou à prendre leur retraite. Que vient faire ici l’entreprise qui ne connaît pour elle-même ni droit à pension ni droit à assurance santé? Demander une contribution au système productif n’a comme sens que de masquer l’ampleur de l’effort nécessaire et comme seul effet de peser sur sa compétitivité.” (p.103)

      CHAPITRE 5 (Les fausses solutions) :
      “Un Etat impécunieux est un Etat impuissant, on ne renforce pas une économie qui a un problème d’offre en allégeant les impôts des ménages, et les plus beaux gadgets ne peuvent pallier l’absence d’une vraie pensée macroéconomique . Si l’on veut trouver un sentier de croissance plus favorable, le transfert doit se faire dans l’autre sens. Seuls les ménages peuvent financer l’effort à consentir en faveur des entreprises.” (p.144)

      CHAPITRE 6 :
      “Pascal Lamy à Rivoli…, moi-même à Matignon servions de relais entre nos patrons politiques respectifs [Jacques Delors aux Finances, Pierre Mauroy Premier ministre]” (p.158-159)
      “C’est ainsi que fut pris le virage de politique économique de Juin 1982, puis mars 1983, vers ce que Lionel Jospin, alors premier secrétaire du parti socialiste, crut bon d’appeler la parenthèse de la rigueur, commettant ainsi une erreur de forme et de fond… (p.151)
      “Il y eut dans notre action, pour une part significative, comme une sorte de relicat de correction Barriste…Une hausse temporaire des prélèvements obligatoires sur les ménages fait partie intégrante de tout plan de redressement digne de ce nom (155-156):”
      “De 1982 à 1984, le taux de croissance de l’économie française fut divisé par deux (de 2,4 à 1,2%)… Simultanément, en 1983 et 1984, le pouvoir d’achat des ménages subit une légère diminution (-0,1 puis -1,1%), ce qui était conforme à la politique suivie.” (p.156-157)

      CHAPITRE 7 (Les voies du redressement) :
      “Libérer le travail:
      La première mesure consiste à libérer le travail…je veux dire le libérer vraiment en mettant fin aux trente cinq heures, sans avoir à payer pour cela des milliards d’euros d’argent public.” (p.169)
      “Rétablir les finances publiques:
      L’objectif central est de déplacer de quelques points, trois à quatre, en faveur des entreprises et donc au détriment provisoire des ménages, le partage de la valeur ajoutée…
      Année aprés année, avec une sorte de tranquillité opininiâtre, il convient de modifier à la marge la répartition de la valeur ajoutée, du PIB, de façon à en laisser une part un peu plus fournie aux entreprises, un peu moins grande aux ménages.” (p.169-171)
      “Diminuer l’impôt sur les sociétés:
      On peut ainsi réver à une sorte d’utopie fiscale. Supposons que l’on réduise à rien l’impôt sur les sociétés qui est actuellement du tiers du bénéfice imposable. Les marges brute et nette de l’entreprise sont augmentées du montant de l’impôt supprimé.” (p.179-180)
      “Cette utopie permettrait de résoudre au passage l’énigme déjà rencontrée de l’arbitrage fiscal entre le travail et le capital…Vaut-il mieux imposer les revenus du capital ou ceux du travail? L’arbitrage fiscal, à partir du moment où l’on n’y mêle plus les entreprises, exercé au sein de la catégorie des seuls ménages, prend alors tout son sens, économique et politique.” (p.181-182)
      ——————————————————————————————————————-

      Tout cela dans son livre:
      « Sarkozy: L’erreur historique », Plon, 2008, par Jean Peyrelevade

      Quand on lit « Regretterons nous Sarkozy [aprés le passage des socdems]? » dans http://www.marianne2.fr/Face-a-l-austerite-liberaux-et-socialistes-se-confondent_a199777.html
      on se dit qu’ils ne sont pas si loin de la vérité !

  2. Le texte « Égalité réelle » contient une expression assez forte : « génération sacrifiée », il manifeste une insistance louable sur l’éducation et sur l’emploi des jeunes, et formule l’idée que l’entreprise indique au nouvel embauché clairement les conséquences du contrat de travail conclu en matière de retraite. Mais en écoutant le sociologue Louis Chauvel (1) ce matin sur France Culture, je me demande s’il ne faut pas insister encore plus sur le problème des inégalités intergénérationnelles. Et fournir des stratégies concrêtes. Si on écoute Louis Chauvel il semble qu’il faille changer la durée de la politique, en introduisant le très long terme (la France dans 50 ans) dans le débat politique : il dit que les Suisses ou les Chinois le font. Il y a aussi une parité jeunes-vieux qui est au moins aussi importante que la parité hommes-femmes, qui doit être recherchée, pas forcément par des processus contraignants. Louis Chauvel prend pour les rapports générationnels l’image de Rama Yade, en CDD vite virée, comparé au CDI inoxydable de Michèle Alliot-Marie.

    (1) qui vient de publier une mise à jour 2010 de son livre « Le Destin des générations ».

  3. Toujours à propos de la petite enfance, j’ai trouvé cet article : http://www.rue89.com/restez-assis/le-rapport-bentolila-sur-les-maternelles-offensive-reactionnaire

    et je pense que le projet socialiste présente les mêmes risques que le gouvernement Sarkozy. On ne devrait jamais dire « école » maternelle, mais uniquement « jardin d’enfant ». L’enfant à cet âge devrait être dégagé de toute exigence de compétition, et de travail. Je crois qu’on est au coeur de la problématique « Surveiller et punir » de Michel Foucault. Les bureaucrates ont découvert que l’enfant avant l’école échappe à leur surveillance, et ça ne leur plait pas. C’est du totalitarisme.

  4. Que ce passe t-il ? La bataille des primaires à commencer et on me dit rien?

    Je n’ai pas lu en entier toute les propositions faites par Hamon mais franchement je ne vois pas de quoi en faire une maladie.

    Et puis les deux défauts qu’on brande ici et là, il faut vraiment ne pas avoir la notion du temps pour les invoquer.

    -Concernant la hiérarchisation, je m’en moque complètement, je pense que c’est le rôle du candidat de le faire, chaque candidat devrait avoir ses propres priorité si on leurs enlève ça aussi cela veux bien dire que les primaires ne servent absolument à rien. Ce ne sera qu’un concours de beauté.

    -Concernant le financement la aussi, c’est aux candidats selon leurs projets respectifs et selon leur priorité d’en estimer le coût. Sachant que quelque part ca ne sert pas à grand chose dans le fond sinon éviter les exces puisque une politique c’est avant tout une dynamique. S’il y a dynamique, croissance, diminution des inégalités alors le/la candidat(e) qui sera président(e) pourra aller même au delà de son projet, si ce n’est pas le cas, il sera extrêmement difficile d’appliquer un quelconque programme fut il modeste.

    Donc ce qui compte c’est les primaires, les candidats, leurs projets et leurs stratégies. Tout le reste n’est que littérature, ça permet d’amuser la gallerie pour ceux qui ont du temps à perdre.

    Je pense toujours que l’erreur monumentale du PS c’est d’avoir accepter que les primaires se fassent après les vacances d’été car vu les noms d’oiseaux qui commencent à fuser de partout, il parait assez peu probable d’être ressembler et crédible pour 2012.

  5. En matière de fracture numérique, je pense qu’il faudrait définir une obligation de technologie ouverte au minimum pour les services publics. Il n’est pas normal que le site internet par exemple de France Culture recourre à des vidéo « Windows Media Player » ou « Real Player » ou « Macromedia Flash » qui ne sont pas des standards ouverts et restent à la merci d’évolutions logicielles avec lesquels les propriétaires de technologie peuvent décider de rendre le service inaccessible sur les ordinateurs plus anciens qui ne sont pas compatibles avec les dernières versions de la technologie. Obligeant les gens à jeter le vieil ordinateur pour en racheter un neuf.

    Vous allez me dire, si c’est que le site de France Culture et celui de France 5… Mais si un jour c’est le site pour les déclarations d’impots, le site pour les inscriptions à l’université, etc… qui devient prisonnier des technologies propriétaires ???

    Le site Legifrance : l’accès à la loi pour tous c’est important non ? Alors pourquoi les lois françaises EN VIGUEUR aujourd’hui mais votées avant 1947 ne sont toujours pas en ligne sur internet aujourd’hui en 2010 !!! Il y a un retard en matière de numérisation de la loi qui est accablant !

  6. Je suis en train de lire le texte, et dès les premières phrases, je bloque.

    « rendre la scolarité obligatoire dès 3 ans » ? Ca se base sur quoi ? La raison pour laquelle on a rendu l’école obligatoire c’est que les enfants travaillaient. Y a-t-il aujourd’hui des familles en France qui font travailler leurs enfants de 3 à 4 ans ??? !!!

    Qu’est-ce qu’en pensent les psychologues de la petite enfance ?

    Je comprendrais qu’on crée un droit à l’école maternelle pour tous les parents qui seraient libres d’utiliser cette possibilité ou pas. Mais pourquoi arracher les enfants à leur famille lorsque l’un des parents ne travaille pas ou lorsqu’il y a une grand-mère ou que sais-je comme solution pour s’occuper de l’enfant à cet âge ?

    Derrière ce texte c’est la défiance vis à vis des familles. Les familles créent les inégalités, donc arrachons les enfants à leur famille, pensent probablement les initateurs de ce texte. Pourquoi pas arracher les enfants à leur mère dès la naissance et créer des pouponnières Ceausescu pour tous ?

    Le plan du texte n’est pas associé à une numérotation des pages.

    « L’ordonnance de 1945 a été constamment durcie ces dernières années » : non le problème est qu’elle a été allégée.

    Aimé Césaire est cité, mais ça m’étonnerait qu’il se reconnaisse dans le parti-pris anti-indépendantiste du texte. De toutes façons, si aimé Césaire était socialiste il aurait pris la carte du PS, non ? Alors pourquoi vouloir le « récupérer » post mortem ?

    Le texte constitue un reniement des accords de Matignon (1988) et Nouméa (1998) pourtant négociés par des premier ministres socialistes ! Pour la Nouvelle Calédonie l’indépendance est prévue dans tous les domaines sauf la défense, la politique étrangère et le pouvoir judiciaire.

    Je n’ai pas beaucoup d’expérience sur ce nouveau site « Pierre-Moscovici », mais je trouve que c’est une régression par rapport à l’ancien que de ne pas pouvoir prévisualiser un message avant de le valider.

    • Ben

      je comprends effectivement vos doutes sur cette proposition.

      Perso, je ne sais pas trop quoi en penser mais si elle est proposée, c’est parce que les inégalités scolaires commencent extrêmement tôt, entre 4 et 8 ans en gros. Après, c’est limite trop tard pour rattraper les différences.

      L’idée de la scolarisation à un très jeune âge, ce n’est pas d’arracher les enfants aux familles, faut pas abuser :). C’est de créer un cadre éducatif supérieur pour les familles où les enfants ne bénéficient justement pas des meilleures conditions.

      Je vais peut-être choquer en disant ça, je sais pas. On verra bien :)
      Mais des enfants qui parlent très mal le français quand ils arrivent en CP, il y en a pas mal, et ceux-là, il sera très difficile de leur faire rattraper leur retard. C’est comme un boulet aux pieds dès le départ. L’idée est donc de leur offrir un cadre mieux adapté. Maintenant, selon quelles modalités, c’est à réfléchir, mais c’est une idée comme une autre et qui a une finalité très intéressante. Ne la rejetons pas trop vite.

      Le but est vraiment de permettre que les jeunes enfants aient un niveau scolaire de base, notamment au niveau de la langue, suffisant pour pouvoir poursuivre le primaire sans être handicapé dès le départ. C’est un gros gros problème actuellement.

  7. vous reprochez au texte de cette convention, entre autre de ne pas hierarchiser les priorités, soit ,mais sur la coopol, on propose justement aux militants de faire cette hierarchie ,pour amender ce texte qui sera mis au vote , en decembre !

    pour tenir une « position » originale, mieux vaut etre un adepte du
    slalom geant ,j’ai deja remarqué , que vous avez de reelles dispositions pour cette discipline.

  8. Ping : Les tweets qui mentionnent Abstention | Pierre Moscovici -- Topsy.com

  9. Je balance entre le découragement liés à l’expression d’idées généreuses mais non financées, et donc peu crédibles, et le stoïcisme en me disant que cela ne sert à rien de tempêter dans un verre d’eau…attendons un projet et un candidat, il sera alors temps de s’exprimer efficacement.

  10. LA VOIX DE SON MAÎTRE

    Comme à l’habitude, Pierre Moscovici nous gratifie de ses circonvolutions verbales pour justifier une position, celle de son maître, que tout le monde connaît et qu’il ne perd pas de vue: « L’égalité réelle, c’est pas bien! »
    Il aurait eu plus vite fait de citer ces extraits de Dominique Strauss-Kahn:
    « La redistribution est près d’avoir atteint ses limites, en même temps que certains de ses objectifs »[1]
    « La fin que poursuit le socialisme, n’est pas de réaliser une conception formelle de l’égalité… »[1 bis]

    [1] et [1 bis]: Dominique Strauss-Kahn (La Flamme et la cendre, Grasset 2002) reprend là, à son compte une formule de Monique Canto-Sperber qui n’est autre que le projet du libéralisme. Cette dernière sera nommée directrice de l’ENS par Jacques Chirac en 2005.

    • Le concept d’égalité réelle est développé des lustres par DSK.

      Sinon, la critique ne concerne pas les propositions en tant que telles, car elles sont nombreuses à être très intéressantes dans ce projet.
      Mais quand on lit la longue liste des propositions formulées, on se dit : la vache, comment on paie ça. On commence par quoi.

      Et on cherche le chapitre sur le sujet et on trouve rien, donc voilà, la critique sur ce point est fondé. Ca veut pas dire qu’on est pas ok avec les propositions.

      Maintenant, Aubry a dit que la hiérarchisation et le financement seront définis début 2011. Donc on va être patient.
      A moins que ce ne soit le candidat qui sera chargé de hiérarchiser, ce qui serait en fait assez pertinent.

    • « La redistribution est près d’avoir atteint ses limites, en même temps que certains de ses objectifs »

      Il n’en déduit pas pour autant qu’il faut arrêter de faire de la redistribution. Ca c’est un pas que votre mauvaise foi vous fait franchir un peu précipitement.

      Comme le dit Nicolas, DSK a beaucoup écrit sur l’égalité réelle et a notamment avancé l’idée d’un socialisme d’émancipation centré sur la lutte bien en amont contre les inégalités.

      Je rappelle que l’idée d’une conférence sur les salaires avec les partenaires sociaux était une idée de DSK en 2006. Idem pour le service public de la petite enfance (là ça vient même de la social-démocratie suédoise). Au moins deux idées qu’on retrouve dans le texte de la convention.

    • Puisque on est dans les citations, autant ne pas sortir des petites phrases de leur contextes, ça évite de faire dire aux gens n’importe quoi:

      « Face au creusement des inégalités de marché, j’en appelle au renforcement du « socialisme de la redistribution ».
      Le programme historique de la social-démocratie, c’est la redistribution. Ce n’est pas le moment de fléchir, au moment où le marché accroît sa pression inégalitaire. Au contraire, il faut rendre le système plus redistributif : c’est nécessaire si nous voulons stabiliser les écarts de revenus disponibles entre les plus aisés et les plus modestes, alors que l’éventail des revenus avant redistribution s’écarte… »
      DSK, « Pour l’égalité réelle, éléments pour un réformisme radical »

    • Bah oui, les citations à moitié citées, c connu comme stratégie :)

      L’égalité réelle, c’est justement le stade ultérieur à la redistribution.
      Redistribuer, c’est essayer de corriger les inégalités qui se sont naturellement ou pas créées.
      L’égalité réelle, c’est agit avant qu’elles se créent, ou en tous cas donner les moyens pour qu’un minimum d’inégalités se créent, et in fine avoir moins besoin de redistribuer.

      Donc ça veut pas tout dire l’arrêt de la redistribution.
      La redistribution c’est le médicament pour guérir ou lutter contre le problème.
      L’égalité réelle, c’est le vaccin pour éviter ou limiter le problème.

      Dire que le premier n’est manifestement pas efficace à 100% (loin de là) ne veut pas dire qu’on veut arrêter la redistribution, mais chercher un moyen pour efficace.

      Mais bon, contre la mauvaise foi, difficile de discuter…

  11. comme le soulignent certains ,ce texte presente les orientations possibles sur 5-10-15 ans
    a ce stade , les chiffrages ne sont pas primordiaux , comme sur les precedentes conventions
    dans les medias , nombreux ceux qui se positionnent selon leurs
    ambitions , y compris P.Moscovici.
    si tout cela reste dans un certain cadre , OK, sinon……

    • bah si, la hiérarchisation est primordiale, car dans un monde de communication, il suffit que les médias listent toutes les propositions pour démontrer le côté « paradisiaque » utopiste de ce projet.
      Convaincre, c’est aussi communiquer intelligemment. Il est quand même possible de dire : voilà ce qu’on souhaite sur effectivement 5/10 ou 15 ans, et voilà dans quel ordre on compte le faire, et avec quels moyens ou quelles marges de manoeuvre. Ca devient là crédible.

      Sinon, ça fait comme en 2007, une simple liste de bonnes volontés, auxquelles les gens n’adhèrent pas !

      Faut communiquer intelligemment !
      Mais ça veut pas dire qu’on est pas OK avec les propositions.

      • Je comprends ton point de vue Nicolas, mais je regrette que cette exigence de priorités ne se soit pas appliqué aux textes issue des conventions sur le nouveau modèle économique et les questions internatonales/européennes.

        Communiquer intelligement, c’est certain que le PS a des progrès à faire à ce niveau. :)

        • ce sera au candidat de hiérarchiser et d’apporter sa touche personnelle.

          Après tout, c’est assez pertinent. Mais c clair, les listes de propositions, aussi intéressantes soient-elles, ça ne convainc plus.

  12. comme le soulignent certains ,ce texte presente les orientations possibles sur 5-10-15 ans
    a ce stade , les chiffrages ne sont pas primordiaux , comme sur les precedentes conventions
    dans les medias , nombreux ceux qui se positionnent selon leurs
    ambitions , y compris P.Moscovici.
    SI TOUT CELA

  13. Le fonctionnement des conventions est franchement à revoir:
    – le tempo est trop rapide et ne laisse pas le temps au débat.
    – tout se décide au sommet, la base n’est là que pour valider ou refuser le texte (le pouvoir d’amendement semble se résumer à rajouter un mot ou changer de place une virgule)
    – les textes ne sont que des grandes orientations et ne constituent en rien le projet socialiste.

    A un moment donné, il faut sortir des faux semblants.
    – Soit, on va jusqu’au bout de la logique participative et on laisse plus de temps et plus de place aux militants pour faire le texte.
    – Soit on va au bout de la logique représentative, et on confie la rédaction du texte à une commission représentative des motions et le Parlement du Parti se charge d’adopter le texte.

    Sur la position de Pierre Moscovici (et de quelques autres), je ne suis convaincu ni par l’argument de la hiérarchisation, ni par celui du chiffrage/ du devoir de responsabilité.

    D’une part, les autres textes n’étaient pas plus clairs sur les priorités que sur le chiffrage des mesures proposées.

    D’autre part, ces textes ne sont que des orientations générales et ne constituent pas notre programme pour les prochaines élections. On nous l’a suffisament répété.

    Ces des arguments de principe. Ils auraient plus de poids s’ils pointaient d’avantage les propositions douteuses.

    A titre personnel je doute au moins de la faisabilité de la constitution de ce pôle public de l’énergie au regard du droit communautaire. Quant à sa pertinence, j’ai pas assez d’éléments pour me prononcer.

    Franchement le texte n’a rien de décapant: les propositions avancées restent dans la lignée de nos précédents programmes. J’y retrouve des éléments autrefois avancés par DSK.

  14. Ce projet est trop long,donc soporifique et ennuyeux et ce n’est pas un défaut mineur !… On constate un empilement de propositions valables en elles-mêmes,mais trop nombreuses et dont la cré dibilité financière est pour le moins douteuse.
    En l’état actuel,je m’abstiendrai sauf si on peut soutenir des amendements issus de B.2.G.

  15. Cela fait longtemps que je n’étais pas revenu sur ce blog, occupé par ailleurs; J’y retrouve une certaine rigueur du raisonnement, comme d’habitude, et peut-être un peu plus de fond. Pierre, vous seriez-vous décidé à cesser de commenter pour proposer?

  16. Bravo pour votre prise de position courageuse. ON va vous jeter l’unité à la figure, mais entre cacophonie et consensus mou et désincarné il y a un juste milieu

  17. C’est justement le manque de réalisme de certains qui me dérange le plus dans ce parti, comme si on ne pouvait pas être socialiste et réaliste à la fois. Si on veut faire dans le populisme, comme en 2007, en promettant tout et son contraire, Sarkozy a encore des beaux jours devant lui, car en matière de populisme, Marine le Pen saura faire beaucoup mieux que n’importe quel prétendant à la candidature socialiste.

  18. Pouvez-vous Mr Moscovici prendre le temps de faire un post sur les votes d’abstention et sur les votes de parti ?
    Vous n’etes pas pour le texte mais pour x raisons vous choisisez de vous abstenir plutot que de voter contre. Pourquoi ?
    De meme, pour certains vote a l’assemble vous alez voter comme l’a indiquer le parti plutot que de prendre position et faire valoir votre independance. Pourquoi ?

    ps : je ne fais pas specifiquement allusion a cette problematique d’egalite reelle mais plutot de facon general sur, me semble t il, une mauvaise habitude francaise.

    D’avance, merci.

  19. Ping : Les tweets qui mentionnent Abstention | Pierre Moscovici -- Topsy.com

  20. Ping : Twitted by PierreMoscovici

Les commentaires sont fermés.