Sauver l’Europe

Quittons, si vous le voulez bien, le débat stérile sur les primaires socialistes, désormais émaillé de sondages quotidiens qui ne veulent rien dire – on ne connaît ni le corps électoral, ni les candidatures effectives, l’échéance est très lointaine – et de déclarations approximatives. Martine Aubry a rappelé, utilement, notre calendrier : déclaration de candidatures en juin, primaires à l’automne. Chacun sait, maintenant, qu’il ne sera pas bousculé : c’était ma position, j’en suis donc satisfait. Prenons plutôt conscience que l’inquiétude de nos concitoyens est ailleurs, que leurs préoccupations sont tournées vers des questions plus essentielles – la précarité, qui explose, les inégalités, qui s’aggravent, le chômage, qui perdure, bref les difficultés économiques et sociales du pays, qui nous assaillent tous les jours, et dont la résolution sera le vrai sujet des échéances politiques à venir. C’est là-dessus, d’ailleurs, que les aspirants-candidats devraient concentrer leur effort.

C’est l’Europe, c’est la régulation financière et monétaire internationale que la crise appelle, c’est à cette échelle que doivent s’élaborer les réponses exigées par les peuples

La crise française a bien sûr des composantes nationales, elle renvoie toutefois aussi à la mondialisation et à l’Europe. Je ne minimise pas, au contraire, l’impact délétère des politiques suivies par la droite française depuis 2002, et plus encore depuis 2007. Les allégements fiscaux à contretemps et favorisant la rente ont à la fois dégradé considérablement les finances publiques de notre pays et laissé croître un puissant sentiment d’injustice, l’Etat a perdu l’essentiel de ses capacités d’investissement et ne fait plus face à la demande, légitime, de services publics dans les domaines essentiels – sécurité, éducation, justice – l’effort de relance a été mince et ses effets sont lents à se faire sentir. Il faudra, dans la conduite de la politique budgétaire, retrouver demain des marges de manoeuvre, reconstruire une redistribution plus équitable, redonner la priorité à la préparation de l’avenir, à la justice sociale, au travail. Nous reparlerons de tout cela. Chacun sent bien, toutefois, que toute solution purement nationale a ses limites, que le protectionnisme – qui tente certains, même à gauche – n’apporte aucune solution, que le repli sur soi n’est pas une issue. C’est l’Europe, c’est la régulation financière et monétaire internationale que la crise appelle, c’est à cette échelle que doivent s’élaborer les réponses exigées par les peuples, choqués des dérives de l’hyper-financiarisation de la fin du 20ème siècle et du début de ce millénaire.

Or c’est là, précisément, où le bât blesse. L’Europe, vous le savez, est au coeur de mes engagements, j’y ai consacré une grande partie de ma vie politique, je l’ai fait avec conviction, avec passion. Je suis aujourd’hui un Européen préoccupé. Car l’Europe va mal. Elle ne se porte pas bien sur le plan économique : elle est devenue, dans un monde où grandit l’influence des pays émergents, où la Chine et l’Inde prennent une place chaque jour plus considérable, une zone de croissance faible, donc de chômage élevé, elle est contestée dans son leadership en matière d’innovation et de recherche. Ses relations sont distendues avec son partenaire américain – l’administration Obama est remarquablement indifférente à notre continent. Elle est politiquement affaiblie, du fait de la dispersion de ses centres de décision et de l’inefficacité de ses dirigeants, tentés par une fuite en avant dans l’inter-gouvernementalisme, elle n’a plus de grands projets. Elle est confrontée au doute de ses peuples, qui savent qu’il n’y a pas d’alternative à la construction européenne, mais ne se contentent pas du statu quo. Surtout, elle est secouée par la tempête monétaire et financière qui a atteint l’Irlande après la Grèce, qui menace l’Espagne et le Portugal, dont les embruns n’épargnent pas la France. Les Européens, j’en ai parlé ici à propos de la crise grecque, ont réagi tardivement et en ordre dispersé à ces difficultés, ils l’ont fait laborieusement – mais ils l’ont fait. Chacun sent bien, pourtant que le point d’équilibre final n’a pas été trouvé.

La gauche doit être responsable, elle doit porter une ambition européenne et défendre l’euro, elle ne peut se contenter de prôner une rigueur peinte en rose.

Comment sauver l’Europe ? Comment la relancer ? Ces questions sont vitales. Elle concernent d’abord la zone euro. J’approuve, pour ma part, les signaux – tardifs peut-être, hésitants sans doute au démarrage, mais finalement nets – donnés aux marchés et aux spéculateurs, aussi bien par les institutions européennes ou les gouvernements que par la Banque centrale européenne (BCE) : la spéculation n’emportera pas l’euro, la solidarité s’imposera. Je reste en effet persuadé que la défaisance de l’euro – qui tente Nicolas Dupont-Aignan, mais aussi Jean-Luc Mélenchon – serait dramatique, et appauvrirait encore les pays concernés, tout en recréant de la spéculation entre les monnaies nationales, entre celles-ci et l’euro. La gestion de la monnaie doit être politique, elle le devient enfin : tant mieux. Soyons toutefois conscients, comme citoyens et comme responsables de gauche, que le discours dominant n’est pas convaincant, et surtout qu’il est profondément erroné : il ne peut pas, ne doit pas être le nôtre. Car, comme l’ont justement expliqué Michel Aglietta et Lionel Jospin, l’austérité, la rigueur généralisée, prônées par les gouvernements conservateurs qui dominent aujourd’hui l’Europe, comme par la BCE, ne sont pas une bonne réponse. Elles risquent – comme l’a montré le FMI – eh oui, celui-ci n’est pas l’ « affameur des peuples » que certains caricaturent, il porte aussi une logique keynésienne – de faire mourir le malade guéri. Leur impact sur la croissance, l’emploi et in fine le rétablissement des finances publiques, menacé par le tarissement des rentrées fiscales, est délétère, elles condamnent la zone euro à la stagnation au mieux, c’est à dire à un recul réel dans un monde qui change. La gauche doit être responsable, elle doit porter une ambition européenne et défendre l’euro, elle ne peut se contenter de prôner une rigueur peinte en rose.

Nous devons au contraire proposer une vision à la fois plus ambitieuse et plus généreuse. Je n’ai pas la place, dans ce blog, de développer largement celle-ci. J’envisage plutôt de lui consacrer une large place dans un livre dont je commence la rédaction, à paraître en avril. Mais elle comporte, pour moi, cinq axes, elle implique cinq grandes propositions, que je soumets à votre jugement :

  • la solidarité européenne doit être sans faille. La création, maintenant décidée, d’un Fonds monétaire européen doit être accélérée, celui-ci doit être doté des ressources nécessaires pour lui permettre de faire face aux attaques portées contre les Etats-membres de la zone euro. Il est également souhaitable que la politique monétaire de la BCE, sans céder au laxisme ou encourager la résurgence de l’inflation, montre une détermination de la même nature. J’ai soutenu et je soutiendrai toute initiative allant dans cette direction.
  • la dette publique est l’ennemi de l’efficacité et de la justice, l’ennemie de la gauche. Elle interdit toute stratégie de développement et compromet la pérennité des services publics. La fuite en avant dans l’endettement est à la fois vaine et erronée, elle débouche toujours sur ce qu’elle vise à conjurer : le rationnement économique et financier. C’est pourquoi la gauche, doit être, avec force, l’ennemie de la dette. Si nous revenons aux responsabilités en 2012, nous devrons désendetter le pays – évidemment en envisageant un partage de l’effort radicalement différent de celui qu’imposent Nicolas Sarkozy et la droite.
  • la gauche doit aussi proposer la relance de la demande européenne. Pour éviter l’enlisement, l’Europe doit rallumer les moteurs de la croissance – la consommation, qui dépend du partage des revenus, et l’investissement public. Les choix budgétaires et fiscaux nationaux, comme à l’échelle de l’Union européenne, doivent être adaptés à cette finalité.
  • la coordination des politiques économiques est plus que jamais à l’ordre du jour. L’Europe a sans arrêt eu un coup de retard dans la gestion des crises qui ont affecté telle ou telle de ses nations. Elle n’a ni anticipé, ni même réagi avec promptitude et efficacité. Le temps d’une coordination renforcée, reposant sur une gouvernance économique – un gouvernement économique, pour tout dire – de la zone euro est venu.
  • Enfin, la gauche devra proposer une nouvelle étape dans la construction de l’Europe politique. Il ne s’agit pas tant, à mes yeux, de reprendre le débat institutionnel – qui nous a fait beaucoup de mal – que de mieux habiter les nouvelles institutions européennes, de les aider à définir à nouveau de grands projets mobilisateurs – je pense aux droits sociaux, à la culture, à l’écologie, à la défense… – et de renouer le lien avec des citoyens auxquels l’Union se contente de demander une adhésion passive sans leur offrir de motif de mobilisation et d’enthousiasme.

Bref, vous m’avez compris : la gauche, en 2012, devra s’armer d’une proposition européenne forte, nouvelle et complète. A défaut, elle sera condamnée à agir à la marge, à subir le courant dominant et donc à échouer ou réussir petitement. Je reviendrai sur ce thème – mais serais heureux de recueillir votre avis.

Photo: CC par tiseb

13 réflexions au sujet de « Sauver l’Europe »

  1. L’EURO ANNONCE L’ÈRE DE L’EUROPE, par Dominique STRAUSS-KAHN :

    (Tribune de M. Dominique Strauss-Kahn, ministre de l’économie des finances et de l’industrie, dans « Nihon Keizai Shimbun », le 4 janvier 1999, sur les effets favorables de la naissance de l’euro et sur le rééquilibrage des relations monétaires internationales)

    Ce 4 janvier 1999 voit la naissance de l’euro, pour 11 pays de l’espace européen…
    Les avantages de l’euro sont multiples:
    Il apporte la stabilité à l’espace européen (ON A VU DEPUIS QUE C’EST AU CONTRAIRE LA DIVERGENCE DES ECONOMIES SOUS L’EURO QUI S’EST MANIFESTÉE!), et renforce les capacités de nos économies (DONT LA CROISSANCE N’A JAMAIS ÉTÉ AUSSI FAIBLE, TOUT EN CROULANT SOUS LES DETTES, FAUTE DE NON-MONETISATION PAR LA BCE).
    Il a déjà permis à l’Europe de résister aux turbulences de ces derniers mois (EN 1998 COMME EN 2008, C’EST AU CONTRAIRE LA RIGIDITÉ DE L’EURO QUI A FAIT DES PARTENAIRES DE L’ALLEMAGNE LA CIBLE DES MARCHÉS) et de faire jouer à notre continent son rôle de moteur de croissance (TOMBÉE À ZERO, DEPUIS LORS!).

    C’est désormais à l’ensemble des acteurs européens de faire fonctionner au mieux les institutions communes, afin que, dans un contexte non inflationniste, l’euro contribue à stimuler la croissance (ON A VU COMMENT) et à combattre le chômage (QUI VIENT DE FRANCHIR LES 10%!)
    L’euro s’inscrit dans le cadre institutionnel d’une Banque centrale européenne indépendante dont l’autonomie est garantie plus solidement que partout ailleurs dans le monde (A TEL POINT QU’ELLE EST OBLIGÉE DE RACHETER LES OBLIGATIONS D’ETAT SUR LES MARCHES À TAUX USURAIRE, C’EST À DIRE EN ENRICHISSANT LES BANQUES!)
    En outre, le traité instituant la monnaie unique intègre un code de politique budgétaire qui met l’accent sur le besoin de politiques responsables en matière de finances publiques ; nous avons élaboré les textes qui assureront le respect de cet engagement par les Etats membres.
    (ÇA, ON NOUS L’AVAIT CACHÉ, MAIS ÇA RESSORT EN CE MOMENT!)

    La monnaie unique va devenir un instrument de réserve important et contrebalancer le poids du dollar (QUI, LUI, VOIT MONÉTISÉES LES DETTES US PAR LA FED, TOUT EN S’ADAPTANT AINSI AU YUAN, CONTRAIREMENT À L’EURO PIÉGÉ PAR LA BCE)…
    Mais ce nouveau rôle de rééquilibrage du système monétaire international, l’euro ne doit pas être seul à le jouer (OH, QUE NON…!)
    Il y aura de la place pour d’autres devises majeures dans ce nouvel ordre monétaire international, notamment en Asie (LE YUAN, PAR EXEMPLE!)…
    Le Japon est la première puissance économique de la zone asiatique, il tient une place essentielle dans les plans de soutien aux économies de la zone et sa place financière est la première de la région. La devise japonaise pourrait donc, conjointement avec la devise américaine et la devise européenne, être un partenaire majeur de l’ordre qui est en train de se créer (TU PARLES D’UN PARTENAIRE MAJEUR EN TRAIN DE SE CRÉER…! DÈS APRÉS CE DISCOURS ET DEPUIS 10 ANS, LE JAPON S’EST ENFONCÉ DANS SA PIRE RECESSION DE L’APRÉS-GUERRE, ET SA DETTE ATTEINT LES 200%!)

    LES JAPONAIS LECTEURS DU « Nihon Keizai Shimbun » DOIVENT SE FÉLICITER TOUS LES JOURS DES DIVINATIONS DU Dr Srauss-Kahn !

    IL EST VRAI QUE LES FRANÇAIS NE SONT PAS MIEUX LOTIS, QUI SONT PRIÉS DE S’ENTHOUSIASMER SUR CE BLOG À LA LECTURE D’AUSSI CLAIRVOYANTS BILLETS QUE « Dominique Strauss-Kahn ne se laissera pas enfermer dans une image de droite! ». La vérité oblige à dire qu’il n’a besoin de personne pour s’y enfermer tout seul…et qu’on n’en est plus à discuter l’image, mais bel et bien la compétence économique (cf Manifeste des économistes attérés!).

  2. « Nous devons au contraire proposer une vision à la fois plus ambitieuse et plus généreuse. Je n’ai pas la place, dans ce blog, de développer largement celle-ci. »

    Allons donc…

    Lancer l’idée du salaire citoyen universel personnalisé pour le social et la création d’une nouvelle capitale économique,culturelle et politique, pour relancer la création de richesses, ne prend que quelques lignes.

  3. sangaku c’est la réponse la plus intelligente que quelqu’un ait lancé sur ce forum qui est plein d’europhobes

    • Il existe au moins un autre « europhobe »: Maurice ALLAIS

      Ci-dessous, extraits de deux livres :
      La Mondialisation, la destruction des emplois et de la croissance (éd. Clément Juglar, 2007).
      L’Europe en crise. Que faire ? (éd. Clément Juglar, 2005
      et de:
      La Lettre aux Français CONTRE LES TABOUS INDISCUTÉS,
      le cri d’alarme du seul prix Nobel d’économie français,
      (parue dans Marianne n°659, 5 décembre 2009)

      Toute la Construction européenne et tous les traités relatifs à l’économie internationale (l’Accord Général sur les Tarifs douaniers et le Commerce, la Convention relative à l’Organisation de Coopération et de Développement Economique, etc.) ont été viciés à leur base par une proposition enseignée et admise sans discussion dans toutes les universités américaines – et à leur suite dans toutes les universités du monde entier :
      « Le fonctionnement libre et spontané des marchés conduit à une allocation optimale des ressources. »
      C’est là l’origine et le fondement de toute la doctrine libre-échangiste. Son application aveugle et sans réserve à l’échelle mondiale n’a fait qu’engendrer partout désordres et misères.

      D’abord, une libéralisation totale des échanges et des mouvements de capitaux ne me paraît possible, souhaitable, que dans le cadre d’ensembles régionaux groupant des pays au développement économique et social comparable.
      Ensuite, pour toute organisation régionale – et je pense bien sûr ici à l’Europe –, le choix n’est pas entre l’absence de toute protection et un protectionnisme isolant totalement l’économie de l’extérieur. Il est dans la recherche d’un système qui permette de bénéficier d’une concurrence effective et des avantages de nombreux échanges avec l’extérieur, mais qui protège également l’économie communautaire contre tous les désordres et les dysfonctionnements qui caractérisent chaque jour l’économie mondiale.

      Tôt ou tard, les faits finiront par l’emporter, mais probablement dans les plus mauvaises conditions. Plus on attendra, et plus les obstacles seront difficiles à surmonter.
      Il faut, de toute nécessité, remettre en cause les politiques mises en œuvre par l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC). Et il est nécessaire de réviser les traités fondateurs de l’Union Européenne tout particulièrement quant à l’instauration d’une préférence communautaire. La politique commerciale de Bruxelles a peu à peu dérivé vers une politique mondialiste libre-échangiste, contradictoire avec l’idée même de la constitution d’une véritable Communauté Européenne. Cette hâte pour réaliser une Europe mal définie, sans institutions appropriées, sans objectifs précis, est fondamentalement malsaine. Elle ne peut que mener à des situations économiquement et politiquement intenables.

      Si le lecteur voulait bien reprendre mes analyses du chômage, telles que je les ai publiées dans les deux dernières décennies, il constaterait que les événements que nous vivons y ont été non seulement annoncés mais décrits en détail. Pourtant, ils n’ont bénéficié que d’un écho de plus en plus limité dans la grande presse. Ce silence conduit à s’interroger.

  4. Comment retrouver des marges de manœuvre pour l’innovation et relancer la consomnation, alors que la priorité est de se desendéter ?

    Une solution évidente existe : mutualiser les coûts entre Etat Européenn: une seule armée, une seule diplomatie exteieure, un investisseur R&D, un gouvernemant éco,…

  5. ALAIN COTTA : « Sortir de l’euro ou mourir à petit feu », Plon, 2010
    FREDERIC LORDON: « Ce n’est pas la Grèce qu’il faut exclure, c’est l’Allemagne! », Blog « la pompe à phynance », 29.03.10

    Le livre, récent, a mis l’accent sur la non-monétisation de la dette par voie de Banque centrale, malheureusement scellée chez nous par les traités de Maastricht et Lisbonne, et qui nous livre pieds et poings liés aux desiderata de l’Allemagne…
    Au même moment, un article fort à propos lui donnait la réplique sur les blogs du Diplo…

    L’euro était censé assurer l’équilibre des finances publiques. Dix ans aprés, les déficits publics sont devenus trés supérieurs à ce qu’ils sont d’ordinaire, même dans les pays qui en ont toujours été friands.
    Cette différence n’est pas la plus significative des évènements actuels. La plus fondamentale, de trés loin la plus préoccupante, réside dans le financement de ces déficits.
    Depuis 2008, depuis sa hausse trés significative à un niveau voisin de celui de la France…, le Trésor américain emprunte auprés de la Banque centrale et non des épargnants américains qui eussent été et sont toujours incapables d’un tel effort. Le déficit américain comme le déficit des finances publiques chinois est, en termes plus techniques « monétisé ». On crée [en échange de bons du trésor non commercialisés] de la monnaie dont on fait cadeau à l’Etat fédéral ou à l’Etat chinois, sans d’ailleurs que cette monétisation soit suivie d’inflation.
    Pour les pays européens, il en va tout autrement. Pour deux raisons: l’orthodoxie financière affirmée d’une Banque centrale sous contrôle allemand – on ne donne pas le mark sans droit de suite – et, bien sûr, l’existence d’une épargne abondante [on verra chez qui!]…
    L’essence même de la non-monétisation – condition de l’Allemagne à l’euro – conduit à augmenter le montant des obligations d’Etat au niveau exact de la somme des déficits budgétaires des pays de l’euro, soit aujourd’hui prés de quatre trillions (4000 milliards) d’euros qui, ajoutés au montant de l’endettement privé, porte le total de l’endettement des pays de l’euro à presque 9 trillions d’euros, soit à peu prés 100% du produit (national) de la zone…
    A dette publique, créanciers privés… Cette montée continue de la rente en Europe est concomittante à la faiblesse de l’investissement et à la quasi-stagnation qui l’accompagne. Cette vieille relation – négative, plus la rente est élevée, plus l’investissement est faible – s’est d’ailleurs accentuée avec la mondialisation. Les entreprises privées qui s’endettent en Europe le font pour investir « ailleurs », en Asie essentiellement… »

    Alain COTTA poursuit sur l’impossibilité du statu quo dans la monnaie unique actuelle:

    La voie officielle, politique: l’euro doit demeurer la monnaie -unique- d’un ensemble de nations qui devront observer, pour atteindre cet objectif, plusieurs conditions dont le bouquet ressemblerait à l’adoption de la fleur allemande par chacune… contenir les salaires, accroître les impôts indirects sur le consommateur et non sur les entreprises, etc…
    Elle aurait toutes chances d’être adoptée et suivie, si deux contraintes ne l’empêchaient de danser ensemble et en rond.

    – D’abord la situation économique actuelle de la plupart des pays de l’euro, celle-ci ayant pour origine essentielle la non-monétisation, à l’allemande des déficits publics: la croissance dans la plupart de ces pays a fait place à une recession affirmée en 2008 (France, Grande-Bretagne, Italie, Espagne…) suivie d’une quasi-stagnation en 2009. Il est donc impossible de baisser les déficits publics d’une façon significative, de 2% à 4% par exemple, dans les deux ou trois ans à venir (2013), encore moins dans l’année qui vient. Toute diminution de ces déficits provoquerait dans certains pays, dont la France, le retour à la recession et l’accroissement du chômage. Beaucoup plus déterminantes seraient des réactions sociales qui suivraient sans aucun doute toute politique d’austérité en Espagne où le chômage est de 20% et 30% chez les jeunes, et en France où ces deux taux atteignent 10% et 20%…
    Comme la fameuse rigueur ne saurait être administrée qu’à petites doses, contraintes de durer longtemps, l’Allemagne pourrait avoir comme dessein justifié et à peine secret d’expulser de la zone euro des nations peu ou trop peu receptives à ses recommandations via Bruxelles et Francfort. Cette menace allemande de l’expulsion, pour l’instant de leur seul fait, ne fait que donner du champ et justifie l’intervention permanente et encore plus menaçante de la fameuse spéculation. La menace d’expulsion ne peut donc qu’accroître l’instabilité des marchés obligataires des pays menaçés, accélérer sans doute leur expulsion, donc détricoter dans l’urgence des crises locales l’euro actuel.

    – Même sans désordres convaincants, une résistance purement politique à la généralisation des programmes d’orthodoxie néolibérale aurait toute chance de se manifester… Les politiques savent qu’on ne sépare pas un peuple de ses racines, sa composition se fût-elle modifiée depuis un demi-siècle au nom d’un fédéralisme sans autre justification qu’économique, d’autant qu’elle s’est révélée un alibi grossier à des choix purement politiques et qu’elle cède aujourd’hui sous le constat d’une stagnation qui menace d’être durable – au mieux.
    D’ailleurs, abandonner les prérogatives fiscales et budgétaires au profit d’une instance administrative (ou non), aprés l’avoir fait pour la souveraineté monétaire, condamnerait les représentants du peuple à devenir, comme le suggère Pagnol dans Topaze, des décideurs de la localisaton des pissotières, sans doute mises auparavant sur de commodes roulettes. A quoi se réduirait, en effet, un Parlement national dépouillé de ses pouvoirs monétaires, de change, de fiscalité et de dépenses publiques (Sécurité sociale et collectivités locales incluses) ? Pourquoi conviendrait-il de continuer à rémunérer ces « représentants » réduits à essayer d’impressionner ou de corrompre les fonctionnaires communautaires ? L’indifférence et l’ignorance des « citoyens » ont des limites.

    Frédéric LORDON se pose la même question, mais en ouvrant une autre possibilité: celle de rester dans une zone euro aux statuts modifiés, dont l’Allemagne minoritaire s’exclurait d’elle-même. (Les dettes de la zone resteraient ainsi en euros dévalués, et l’Allemagne récupèrerait une monnaie réévaluée lui facilitant le remboursement des siennes):

    Si la crise de la dette grecque, et toutes celles qui s’annoncent à sa suite, pouvaient avoir la moindre utilité, il faudrait la trouver, au-delà des plans de circonstances comme celui qui a été péniblement conclu lors du sommet européen du 25 mars, dans l’opportunité de poser à nouveau des questions dont les traités européens proclament avoir donné définitivement les réponses, alors même que les événements actuels portent au grand jour toutes leurs insuffisances, question des modalités de financement des déficits publics, mais aussi plus fondamentalement encore question de la possibilité d’une coexistence – avec l’Allemagne.

    Énoncer la possibilité de l’« exclusion » de l’Allemagne – qui n’est…, on l’a compris maintenant, que l’idée de la possibilité de faire sans l’Allemagne – pourrait donc être un assez bon moyen de garder l’Allemagne, mais dans d’autres conditions, des conditions qui ne seraient pas exclusivement les siennes (en tout cas en matière de monnaie et de politique économique).
    Et si ces nouvelles conditions n’avaient pas le bon goût de lui agréer et qu’elle décidait à son tour de s’exclure de l’Union – ou d’exclure le reste de l’Union ! – il n’y aurait plus qu’à lui souhaiter bonne route avec le cas échéant un dernier avertissement amical, symétrique exact, d’ailleurs, de l’une des objections que ne manqueraient pas de soulever ceux pour qui l’idée du « sans l’Allemagne » est la déraison pure. Car, à ces derniers, la cause est entendue : version apocalyptique, l’euro ne s’en remettrait pas ; version simplement catastrophique, sa dévaluation est certaine. Si la première version délire – on ne voit pas pourquoi une monnaie commune à une zone économique qui reste de première importance (même sans l’Allemagne) ne serait pas viable en principe –, on achètera volontiers en revanche la seconde, mais en en tirant des conclusions exactement opposées. Car, spécialement, en temps de crise sévère, la dévaluation de fait de la monnaie européenne, est ce qui peut nous arriver de mieux ! Il est vraisemblable en effet que, l’Allemagne quittant la zone euro, plus encore sur un différend doctrinal relatif à l’orthodoxie de politique économique, verrait son de-nouveau-deutschemark immédiatement réévalué. Et pourrait expérimenter quel effet ça fait de s’imposer des années d’efforts pour constituer un avantage compétitif à coup de déflation salariale… et le voir ruiné en une semaine d’activité sur les marchés des changes célébrant la sonderweg retrouvée.

    Les accidents de la vie collective n’ont pas toujours le caractère dramatique qu’on croit. On peut se séparer bons amis, plus encore quand il ne s’agit que d’une séparation partielle puisque, abandonnant la zone euro, l’Allemagne n’en resterait pas moins membre de l’Union elle-même (sans doute pourrait-elle pousser la superbe jusqu’à sortir de l’Union également, mais gageons qu’elle y pensera à deux fois : l’essentiel de son commerce international s’y réalise…). Envisager ce genre de séparation sans drame aide à mieux voir ce que la compulsion irréfléchie de l’union pour l’union obscurcit fatalement : à savoir que, parmi ses conditions de possibilités, la constitution d’une communauté requiert des complexions qui désirent s’assembler un minimum de compatibilités mutuelles et que, ce minimum non satisfait, la communauté n’est pas en état d’accommoder les tensions auxquelles une situation critique la soumettra un jour ou l’autre.

    Pour en savoir plus:
    http://blog.mondediplo.net/2010-03-29-Ce-n-est-pas-la-Grece-qu-il-faut-exclure-c-est-l

  6. Les commentaires de « Pour une social-écologie – Terra Eco » (26/11/2010) étant fermés je risque un hors-sujet ici en signalant l’émission de France 3 d’hier soir « Pièces à conviction » sur les plastiques, en trois parties, dont la deuxième portait sur l’organisme para-public mais en fait totalement contrôlé par les industriels privés : « Eco-Emballages ». Il semblerait qu’on soit passé d’un principe pollueur-payeur au principe pollueur-taxeur, l’Etat se défaussant vers le privé pour exercer une mission régalienne qui est l’impot. L’industrie considère que c’est le consommateur qui pollue et qui doit payer. Alors qu’en réalité les moyens d’action du consommateur sur les choix des matériaux d’emballage sont beaucoup plus limités que ceux des industriels. Il faut renforcer l’étiquetage de la composition des emballages, pour que le consommateur puisse savoir ce qu’il achète. Et pour cela il faut des normes européennes. Donc finalement je ne suis peut-être pas si hors-sujet.

  7. Pas d’accord avec l’analyse donc forcement je ne peux pas être convaincu par les solutions.

    Pourquoi il n’y a pas ou plutôt plus de solidarité entre européen eh bien parce que tout simplement parce que les institutions ont fait évoluer l’Europe d’une Europe politique en une Europe technique, les fonctionnaires font fonctionner l’UE et non plus les politiques ou en tout cas de moins en moins aujourd’hui même les marchés ont plus en plus de poids dans les décisions européenne.

    Cette situation c’est que l’Europe est vu comme une institution lointaine du coup chaque gouvernement cherche ses propres intérêts au lieu de rechercher le bien de tous. Il faut arrêter et remettre les européens au cœur du processus et qu’on le veuille ou non, le meilleur moyen de remettre le citoyen au cœur de cette construction c’est une constituante, c’est de mettre beaucoup plus de démocratie ce qui donnerai déjà une grande bouffée d’oxygène à cette construction. Cela permettrait aux citoyen de sentir plus concerner

    Concernant les US, je ne pense pas qu’ils soient indifférent au contraire, c’est juste qu’une crise de l’Euro leur convient très bien puisqu’ils rêvent d’un grand marché transatlantique qui leur permettrait aussi de sortir du gouffre en espérant que plus d’européens aillent investir chez eux, et qu’ils puissent aussi profiter de l’épargne des européens et fait abolir les frontières économique entre les rives.

    Dernièrement Obama à déclarer qu’il peux prêter à l’Europe via le FMI si besoin est, à croire que son budget à lui est équilibré. En fait il recherche ses intérêt en accroissant l’influence des USA en Europe comme se fut le cas il y a plus d’un demi siècle avec le plan Marshall.

    Concernant les marchés, il n’y a pas de demi mesure à avoir, il faut remettre les point sur les i.

    1-La BCE doit pouvoir prêter au pays comme elle prête aux banques.

    2- Les agences de notation ne devraient plus noter les dettes souveraines. S’il y a notation cela devrait être fait par un organisme international sous tutelle de l’ONU de préférence d’ailleurs même si c’est utopique je pense que le FMI doit être une agence de l’ONU tout comme la banque mondiale, l’OMS ou l’UNESCO.

    3- Il faut mettre en place une taxe Tobin comme l’a demandé Adair Turner président de l’autorité britannique des services financiers.Ce qui ferait baisser la spéculation.

    4- Arrêter la commercialisation des dérivé de crédit et autre produit financier complexe que personne ne comprend, même Warren Buffet pense que ces produits sont une aberration

    5- Demander aux banques de mettre en place un fond commun ou une assurance qui leur permettrait de s’en sortir sans avoir recours à l’argent du contribuable.

    La situation financière est telle que les demis mesures ne suffise plus, le recours aux FMI par l’Europe est inacceptable même si celui ci n’est pas « l’affameur des peuples », il leur fait beaucoup de mal et créer pas mal d’injustice.

    Je ne suis pas Mélenchoniste mais je pense que Jacques généreux quand il parlait des états de l’UE( et de leur capitulation aux marché juste après leur réunion suite à la crise grec,) avait raison de citer Churchill: « Vous avez eu le choix entre la guerre et le déshonneur, vous avez choisi le déshonneur, vous aurez aussi la guerre « 

    • « La BCE doit pouvoir prêter aux pays. » ?
      Si c’est sans contrepartie, ça ne veut rien dire

      « Les agences de notation ne devraient plus noter les dettes souveraines. » ?
      Non, L’analyse de leur capital montre que leur « moralisation » est possible.
      Qui contrôlera ton organisme international ? L’ONU ? Tu y crois ?

      « Il faut mettre en place une taxe Tobin » ?
      C’est une idée, mais ça reste une idée, aucune des mesures de faisabilité n’est envisagée.

      « Arrêter la commercialisation des dérivé de crédit et autre produit financier complexe que personne ne comprend ».?
      Paul Jorion est très au fait de ce sujet, mais personne ne l’écoute, sauf France Cu…

      Pour Warren Buffet, il a refusé d’être en charge des finances de BO, la situation est trop shitty.

      « Demander aux banques de mettre en place un fond commun »
      Qui va payer ce fond ? Seule la loi peut leur interdire certaines pratiques avec une aggravation des peines prévues pour les banques dans le code pénal – idem que pour le grand banditisme –

      Pour le FMI, il vaut mieux analyser ses actions présentes, surtout en Afrique,que de le diaboliser – Le monde en aura toujours besoin ! hélas !

      GENEREUX était un analyste lucide, Mélenchon est notre Marchais-bis
      Pour les « mots justes », il faudrait qu’on trouve des gens de gauche, parce que Churchill…

  8. Où sont les mesures pour que la crise financière comme celle que nous vivons ne se reproduise pas ?
    Quelles pratiques financières interdire ?
    Quels projets pour détruire les paradis fiscaux qui nous entourent ?

  9. Ping : Les tweets qui mentionnent Sauver l’Europe | Pierre Moscovici -- Topsy.com

  10. FAUSSES REPONSES A DE FAUSSES QUESTIONS:

    HENRIK3 se lamentait dans le billet précédent sur une question bel et bien européenne, comme on va le voir: « Le service de la dette est d’environ 44 milliards et augmente de 3 à 5 Milliards par an. C’est catastrophique.
    Le prochain président…devra solutionner ce problème. Pour l’instant j’ignore qui en est capable. »

    A celui qui semble avoir bien appris la chanson inculquée par les médias, rappelons que les 5 milliards annuels représentent à peine le bénéfice net des banques à chaque appel d’offre de l’Etat, sur le renouvellement du service de la dette: l’opération porte en effet sur une tranche de 250 milliards environ, chaque année, où les banques facturent 3% ce qu’elles peuvent obtenir, et obtiennent, à moins de 1% auprés de la BC, le tout dans un jeu d’écriture qui doît être réglementairement cloturé en moins de trois jours par les salles de marché… Bénéfice net: plus de 5 milliards vont nourrir les banques chaque année, pour un « service » hors intérêt dont le coût est quasiment nul et qui se résume à un échange entre ordinateurs… Ça fait cher le clic !

    Le lecteur interessé pourra se rapporter à l’ouvrage du Cercle des Economistes Citoyens: « La dette, une affaire rentable », aux editions Yves Michel.
    Il y est notamment indiqué que, depuis 1973, où fut proclamée en France la loi Pompidou/Giscard interdisant à l’Etat de se financer auprés de la Banque Centrale le bénéfice cumulé servi aux banques correspond sensiblement à notre dette totale ! En d’autres termes, l’emprunt ne sert chaque année qu’à payer le « service » d’une dette qui serait inexitante sans cela !
    Elle a donc été entièrement fabriquée, un an avant son décés, par celui (Pompidou) qui fut le fondé de pouvoir du groupe Rotschild, et qui a ainsi laissé un beau cadeau à ses anciens maîtres, en prévision sans nul doute de l’Europe de Maastricht et de Lisbonne.
    C’est la raison pour laquelle, les banques aujourd’hui auraient tort de s’en priver. Elles continueraient à souscrire de tels emprunts, même au dixième du prix, puisque c’est tout bénéfice. Quant aux risques allégués, on a vu avec quelle célérité les « gnomes » de Bruxelles, Paris ou Washington accourrent pour secourir les banquiers à la moindre alerte…
    Car, tout comme pour la Grèce et l’Irlande, c’est moins les Etats que les créanciers que l’on protège avec l’argent du contribuable, pour qu’ils puissent continuer leur petit jeu de Casino où tous les coups sont gagnants!

    Sans doute est ce la raison pour laquelle Pierre Moscovici, dit LA VOIX DE SON MAÎTRE, répondait à la question posée cette semaine par le « Monde », dans sa rubrique Economie, et rapportée par Sina 2 décembre 2010 à 18:11 : « Que faut-il faire concrètement pour en finir avec la crise des dettes européennes? » :
    « nous demandons la création d’un fonds monétaire européen »…, ce dont une bonne âme (guillaume) s’empressait de préciser les contours:
    « Cette structure permettrait également d’émettre des obligations Euro sans distinction de nations afin de lever des fonds sur les marchés financiers »
    c’est à dire auprés des salles de marché…des banques ! Et l’on repart ainsi pour un tour, en passant à nouveau à la caisse des banques.

    Décidément, on n’arrête pas le progrés…!
    Napoléon disait déjà de ces initiateurs de la banque moderne que furent les britanniques: « il y a chez tout anglais une âme de boutiquier ». Nathan Rotschild était anglais, mais n’a pas tardé à faire des émules: ses descendants des branches allemandes et françaises en attestent…jusqu’à fabriquer un politique dont de Gaulle lui-même fit les frais, « à l’insu de son plein gré ».
    Il aurait pourtant dû s’en douter car Pompidou, puisqu’il s’agit de lui, était déjà celui qui, dans la foulée du Grenelle de 68 qui décida de la mensualisation des salariés, imposa subrepticement que ces salaires soient versés sur un compte bancaire. Cette mesure fera la fortune des grandes banques…toutes privatisées plus tard, d’abord par son ancien chef de cabinet Balladur, puis par cet autre financier proche des banques qu’est Strauss-Kahn.
    Chez les banquiers, on a de la suite dans les idées !

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