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Le malaise français

Catégorie : Actualité,Politique,Réflexions | Par pierre.moscovici | 21/12/2010 à 10:58

Comme chaque année à cette époque je vais, à l’image de beaucoup d’entre vous, suspendre mes activités quelques jours, après un dernier séjour à Montbéliard – la vie politique a ses rythmes imposés, la vie privée a ses exigences et ses plaisirs. Je m’attelerai aussi, dans les prochains jours, à la rédaction d’un livre, plus personnel qu’à l’accoutumée peut-être, sur la gauche, la décennie d’impasse qu’elle traverse, son devoir de victoire. Comme chaque année, j’en profite pour vous livrer quelques impressions sur la période écoulée et des analyses sur le temps qui vient.

Pour résumer le climat du pays, un mot me vient à l’esprit : malaise… La France, en effet, me paraît flotter entre deux eaux. L’économie, incontestablement, connait une légère embellie – ou plutôt les entreprises se portent mieux. Leurs carnets de commande – je le vois par exemple dans le secteur de l’automobile, décisif pour le pays de Montbéliard dont je suis l’élu, stratégique aussi pour la nation – sont nourris par la reprise de la demande mondiale, plus forte que prévue. L’exportation est donc le moteur d’une croissance française qui reste médiocre, car ses dynamiques internes sont atones : la consommation est minée par la stagnation du pouvoir d’achat, l’investissement privé reste prudent, l’investissement public est laminé par la politique de rigueur rigide et à contretemps menée par l’Etat et imposée aux collectivités locales. L’emploi, dans ces conditions, apparaît comme en solde, le chômage demeure très élevé, la précarité s’étend. La France est toujours un magnifique pays, dotée d’atouts indéniables, une terre d’innovation et de savoir-faire, un territoire attractif pour les investissements étrangers, mais elle doute d’elle-même, elle est inquiète, elle ne voit pas s’ouvrir des perspectives claires et mobilisatrices, le pessimisme sur l’avenir s’étend.

Les Français peuvent accepter la réforme, si elle est juste et négociée, ils n’acceptent pas l’accroissement insupportable des inégalités, ils exigent une répartition équitable des efforts.

Le malaise français est aussi social. Le mouvement contre la réforme des retraites en a été la manifestation forte, évidente. On dépeint souvent, c’est d’ailleurs l’antienne sarkoziste, notre peuple comme conservateur, hostile au changement. Je ne crois pas que ce soit vrai – en tout cas c’est très caricatural. Il y a en France, oui, un attachement viscéral à la justice sociale, à l’Etat-providence né du Conseil national de la Résistance, aux valeurs de la devise républicaine – liberté, égalité, fraternité. Cela se traduit parfois par une tendance au repli national, par des combats pour les seuls « acquis », par une crainte du futur, notamment pour des catégories sociales longtemps protégées, qui se sentent menacées par le déclassement. Mais je crois l’immense majorité de nos concitoyens lucide. Les Français connaissent, au moins intuitivement, la situation de leur pays. Ils le savent inscrit dans la mondialisation, engagé dans l’Europe. Ils sont fiers de ses forces, ils sont conscients de ses difficultés. Ils sont informés, aussi, des contraintes financières qu’il rencontre, ils sont préoccupés par la montée de l’endettement ou par les conséquences de l’allongement de la vie sur le financement des pensions. Il est faux, donc, de les présenter comme immobiles ou réactionnaires. Les Français peuvent accepter la réforme, si elle est juste et négociée, ils n’acceptent pas l’accroissement insupportable des inégalités, ils exigent une répartition équitable des efforts.

C’est parce que ces exigences n’ont pas été satisfaites, parce que la réforme proposée par le pouvoir était déséquilibrée, que le pays s’est réveillé. Le mouvement social de l’automne a été puissant, digne, soudé. Il a montré qu’une autre réforme, progressiste, était possible, proposant une retraite choisie, promouvant l’emploi des seniors, accroissant les prélèvements sociaux sur les revenus les plus élevés et sur le capital. L’unité syndicale a été, d’un bout à l’autre, exemplaire, l’opposition a su, la plupart du temps, se mettre au diapason. Ce mouvement est, j’en suis persuadé, prometteur. Il n’a pas été qu’un feu de paille, il est – ou peut être plutôt – l’annonce d’un nouveau front social, d’un dialogue de meilleur qualité entre la gauche et les partenaires sociaux. Force est pourtant de reconnaître qu’il n’a pu aboutir, que le gouvernement n’a pas fléchi. C’est logique, si l’on considère que le dernier mot, en démocratie, revient toujours au politique. C’est regrettable, si l’on pense que la marque des grands dirigeants est de savoir écouter, négocier, trouver les bons compromis. C’est une promesse pour demain, si nous savons en tirer les leçons, et entretenir la flamme. Mais c’est aussi, forcément, décevant, décourageant même pour certains si la politique – la gauche en l’occurence – ne prend pas le relais, ne trace pas des perspectives fortes.

Nous ne pouvons compter qu’à travers l’Union européenne dans un monde où la multipolarité a cessé d’être un mot d’ordre ou un slogan pour devenir, avec l’inexorable montée en puissance des pays émergents, une réalité

Le malaise français est tout autant un malaise européen. Je suis, vous le savez, un Européen passionné, plus encore que convaincu, j’ai consacré à l’Europe une large partie de ma vie politique, je ne la quitte pas. Il ne s’agit pas de témoigner de je ne sais quel européisme, je ne suis pas mû par l’amour d’une supranationalité abstraite ou par la détestation inavouée de la République : j’aime mon pays, d’autant plus que ce n’est pas celui de mes ancêtres, venus d’Europe de l’Est, mais bien celui où mes grands parents et parents ont planté leurs racines, celui qui a su leur donner – et me donner – une chance de participer à la définition de son identité. Mais je suis persuadé, depuis longtemps, qu’il n’y a pas de France forte dans une Europe faible, que nous ne pouvons compter qu’à travers l’Union européenne dans un monde où la multipolarité a cessé d’être un mot d’ordre ou un slogan pour devenir, avec l’inexorable montée en puissance des pays émergents – la Chine, l’Inde et le Brésil au premier chef – et le relatif déclin des Etats-Unis, une réalité, voire pour certains une menace. Les déterminants initiaux de la construction européenne – la paix, la démocratie – ne suffisent plus à emporter l’adhésion, la réunification – indispensable, historique – n’a pas été conduite avec les peuples et mettra du temps à prouver son bien-fondé.

L’Europe n’a pas pour autant perdu sa raison d’être. Ses économies sont trop interdépendantes pour se séparer ou s’éloigner, ses nations n’ont pas, isolément, la force nécessaire pour jouer les premiers rôles, elle porte encore des valeurs communes, elle peut et doit jouer un rôle majeur dans la régulation économique, monétaire et financière internationale et peser dans le monde. Je suis pourtant – je l’ai dit ici et je le répète à nouveau – un Européen préoccupé par l’absence de résultats économiques de la construction européenne, par la difficulté des leaders européens à définir des règles communes garantissant la solidarité entre les Etats membres de l’Union, par la montée des égoïsmes et par le désintérêt, voire la colère des opinions publiques. L’Europe n’est pas menacée de mort, mais elle s’immobilise au moment même où elle devrait, au contraire, accélérer, les Français s’en éloignent alors qu’ils devraient plutôt compter sur elle.

Derrière tous ces malaises – économique, social, européen, il y a, évidemment, un malaise politique. Je suis mêlé, à un titre ou à un autre, à la vie politique depuis plus de vingt ans, j’y ai exercé de nombreuses fonctions – membre d’un Cabinet ministériel, député européen, député, ministre, élu local… – et peux donc parler d’expérience : je ne crois pas, ou plus, à la capacité presque « magique » de la politique à régler tous les problèmes, à la volonté pure comme remède. L’Etat, c’est vrai, ne peut pas tout, nos sociétés modernes sont complexes et ne se laissent plus mener par une « verticale » du pouvoir. Mais je ne crois pas davantage à l’impuissance du politique, à l’incapacité de l’Etat, à la faillite de la volonté. Et je sais que la France est une nation, un pays politique. L’action du politique, les choix qu’il opère, les signaux adressés sont toujours d’une importance déterminante. Or les Français savent, depuis 2007, qu’ils sont mal gouvernés, ils sentent qu’ils se sont trompés en choisissant, non sans confiance et sans espoir, de porter Nicolas Sarkozy à la présidence de la République. Ils croyaient élire un Président jeune, non conventionnel, capable de faire bouger les choses après de longues années de pouvoir pépère, ils ont cru en ses promesses de remettre le pays au travail, de le défendre, de le protéger. Ils ont découvert un Chef d’Etat coupé du peuple, au comportement erratique, menant une politique de droite fortement inégalitaire et souvent populiste, inapte à incarner sa fonction avec le souci de rassembler. Leur déception, leur rejet d’aujourd’hui sont à la hauteur des attentes d’hier.

Mais un refus n’est pas, en soi, un ciment suffisamment fort pour justifier une alternance désirée. La gauche, parce qu’elle n’a pas encore su créer la confiance, n’est pas toujours perçue comme un remède au malaise français, elle y participe même parfois par ses divisions ou ses insuffisances. Je reviendrai, dans les prochains jours, sur ce paysage politique incertain.

Photo: CC par Andrew Kelsall

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38 commentaires

  • Vens dit :

    @ la gauche oui, le PS niet
    Certes la dernière présidentielle 2007 et les 47 % de notre candidate au deuxième tour, constituent une expérience pour la candidate défaite.
    Mais aussi pour le parti qui l’avait adoubée. Expérience dont il convient de tirer la leçon.
    Personnellement j’en retiens que son attraction ressortait davantage des mystères d’un indéniable charisme personnel (courage, non-conformisme, autorité, allant, séduction, une certaine éloquence) qui a cristallisé un temps l’enthousiasme de militants et de citoyens orphelins que d’une évidente capacité à conduire une campagne et à gouverner la France.
    De même il me semble qu’il faut prendre en compte son comportement entre les deux tours (épisode Bayrou), le soir des résultats (harangue de la terrasse), dans les mois qui ont suivi (démarche scissionniste) et depuis (allergie au collectif).
    J’y vois la quête, apparemment sincère, à une adhésion directe du peuple envers une personnalité prédestinée, par-dessus toutes les instances représentatives court-circuitées, à une relation quelque peu magique habillée en illusoire démocratie participative. Démarche qu’ont pu illustrer, avec plus ou moins de malheur, le brave général Boulanger, Peron, N’Krumah, Nasser, De Gaulle pour ne pas dire Castro. Le show « Fraternité » semble symptomatique de cette tendance.
    En conséquence, je ne voterai en aucun cas pour Madame Royal lors des primaires

    • La gauche, oui, le PS actuel, non dit :

      Mais tu voteras pour qui tu voudras, c’est la loi du genre.
      En 2006 40% des socialistes n’avaient pas voté pour elle lors des dernières primaires, il fallait bien qu’il y ait quelques voix pour Fabius et DSK…d’ici à parler d’hystérie collective….

  • Asse42 dit :

    S’il y a un malaise français c’est que l’on confine le peuple dans des situations qui ne lui profitent pas bien au contraire:
    http://lesouffledivin.wordpress.com/2010/12/26/la-france-devoilee/

  • jpb dit :

    « Je m’attelerai aussi, dans les prochains jours, à la rédaction d’un livre, »

    ==>

    « Lassés de la langue de bois, les Français se méfient des ouvrages publiés par les hommes politiques. Seuls les pamphlets et les mémoires de grands «sages» se vendent bien. »

    http://www.lefigaro.fr/culture/2010/12/24/03004-20101224ARTFIG00362-les-hauts-et-les-bas-des-ecrits-politiques.php

  • Rcoutouly dit :

    Je suis d’accord avec votre analyse, mais vous oubliez le malaise écologique qui est en lien, bien entendu, avec le malaise économique.
    Il est toujours dommage que les leaders socialistes oublient l’aspect écologique de nos difficultés et malheureusement, comme les autres, malgré vos grandes qualités intellectuelles, vous n’y échappez pas !
    Pourquoi considérer l’écologie comme un sous-ensemble déconnecté de l’évolution sociétale?

  • La gauche, oui, le PS actuel, non dit :

    @Vens,
    Les résultats des perdants au second tour des présidentielles sont les suivants :

    1965 Mitterrand 45% Président en 1981
    1969 Defferre 4%
    Rocard 5%
    1974 Mitterrand 49% Président en 1981
    1981 Giscard d’Estaing 48% Viré par Mitterrand
    1988 Chirac 46% Elu en 1995
    1995 Jospin 45% Laminé en 2002 Elément on ne peut moins négatif en 2007
    2002 Le Pen 18%
    2007 Royal 47%

    Mitterrand s’est présenté 2 fois à la présidentielle : en 65 et 74 avant d’être élu en 1981
    Chirac s’est présenté 3 fois à la présidentielle : en 74 (n’a pas passé le 1er tour) et en 81 et 88 avant d’être élu en 1995

    Conclusion : L’échec à la présidentielle fait partie du jeu démocratique, sans plus, et seules l’opiniâtreté du candidat et l’unité du parti autour de celui-ci peuvent mener à la victoire, le reste a été et restera destructeur.

    C’est une évidence, mais certains, à vouloir voir défendre leurs propres intérêts ont des phrases malheureuses, et oublient l’intérêt général (Jospin, Rocard, Lang, DSK, et d’autres…).

    • infox dit :

      « L’échec à la présidentielle fait partie du jeu démocratique »

      Seul bémol, Sarkozy a été élu dès la première fois. Cela pourrait bien être la règle pour la période qui vient.

      • La gauche, oui, le PS actuel, non dit :

        En 74 Giscard aussi avait été élu dès la première fois….

        • Vens dit :

          « Seules l’opiniâtreté ET l’unité de son parti peuvent mener à la victoire ».
          SR est opiniâtre, sans aucun doute, mais n’a pas, n’a plus derrière elle l’unité de son parti.
          Et  » le reste a été ET RESTERA destructeur ».

          • Vens dit :

            Accessoirement, Chirac n’a pas passé le premier tour de la présidentielle pour la bonne raison qu’il n’était pas candidat.

    • Vens dit :

      Précision, en 74, Chirac ne pouvait pas passer le premier tour car il n’était pas candidat : il soutenait VGE contre Chaban-Delmas.

      • La gauche, oui, le PS actuel, non dit :

        Oui c’est vrai, j’ai fait une erreur. C’est en 1981 que Jacques Chirac n’a pas passé le premier tour, il a fait 18%. A comparer avec Ségolène Royal qui a fait 26% au premier tour en 2007.
        Cela ne l’a pas empêché de se faire élire en 1995.
        Ce qui est vrai pour les autres ne serait-il pas vrai pour Ségolène Royal ?

        • Vens dit :

          Doit-on conclure qu’un échec, même sévère, à une élection est le meilleur critère de sélection d’un(e) candidat(e) pour le scrutin suivant ?

          • La gauche, oui, le PS actuel, non dit :

            Certainement pas, mais une expérience négative et non sévère (47%) de la présidentielle reste une expérience.
            Celle-ci est un plus et certainement pas un moins.

        • Nicolas(Nantes) dit :

          Autre erreur de chiffre.

          En 1995, Jospin ne fait pas 45%, mais 47,5%.

          Elément perturbateur en 2007 ? Ressors une phrase de Jospin pendant la campagne, trouves-en une ! Juste une.
          C’est après les présidentielles qu’il a sorti son livre, où il critique notamment Royal.

          Sinon, il n’y a pas de règle, certains ont gagné au bout de 3 fois (j’espère qu’on nous demande pas de perdre encore une fois pour avoir une chance de gagner en 2017), certains du premier coup, certains ne se sont jamais présenté (ou dans des configurations de 4e Rép., très différentes), certains ont refusé de se présenter (ex. de Rocard face à Mitterrand, ou plus illustrement de Delors qui n’approuvait pas le programme du PS à l’époque)…
          Pas vraiment de règle, mais être le bon candidat au bon moment, pas avant, pas après, mais au bon moment, et être reconnu par les gens comme capable de diriger un pays.

    • jpb dit :

      Comme s’il existait une règle sous-jacente au comportement électoral des Français, qu’il suffirait de connaitre pour toucher le jack-pot.

  • Hadrien dit :

    « Les Français connaissent, au moins intuitivement, la situation de leur pays. Ils le savent inscrit dans la mondialisation, engagé dans l’Europe. Ils sont informés…des contraintes financières qu’il rencontre, ils sont préoccupés par la montée de l’endettement ou par les conséquences de l’allongement de la vie sur le financement des pensions. »

    LA SEULE CHOSE DONT MOSCOVICI NE PARLE PAS :
    LES PRÉDATEURS ET BÉNÉFICIAIRES DU SYSTÈME QU’ILS NOUS ONT AMENÉ !

    On pourrait penser à de l’humour mal placé en lisant sur ce blog une tentative de justification européiste et mondialisante de la part du représentant d’une tendance qui s’est particulièrement illustrée dans le domaine et semble vouloir continuer, toute honte bue…

    C’est, en effet, le 15 Septembre 2008, avec la banqueroute de Lehman Brothers, que le système financier s’est écroulé. Seul l’Etat pouvait le sauver, et il l’a fait. Seul l’accroissement des dépenses publiques a permis à l’économie de ne pas s’affaisser davantage, et a contenu les effets d’un crash né des excés de la finance privée.
    L’Etat s’est fait investisseur, acheteur, emprunteur de dernier recours. Massivement et presque partout, il est intervenu pour éviter la panne générale. Il a sauvé les banques, l’immobilier, puis l’automobile. Les déficits publics ont allègrement crevé le plafond de 3% du PIB, tenu jusqu’alors pour sacrilège.
    Aux Etats-Unis, en Grèce, en Espagne et an Royaume-Uni, le seuil des 10% fut franchi, celui de 8% en France, de 6,5% en Allemagne.

    Or, les financiers s’emploient en ce moment à convaincre une partie des citoyens que cette crise provoquée par le système bancaire serait en réalité une crise de la dette publique induite par la gloutonnerie des Etats, le vieillissement de la population et la trop grande générosité des programmes sociaux. Quant à la “bulle financière”, elle aurait été enfantée par la contrainte imposée aux banques d’accorder des crédits immobiliers à des emprunteurs trop pauvres…pour que l’on gagne de l’argent avec eux autrement qu’en les rendant insolvables !

    DSK est aux avants postes sur ce créneau défensif qu’il occupait déjà par un attavisme presqu’institutionnel:
    Il n’est pas étonnant de le trouver plein d’aplomb, et comme rempli d’une satisfaction toute jubilatoire à l’idée « que les français n’ont pas donné tout leur potentiel », c’est à dire “que les Français maigrissent!” selon l’expression Raymond Barre, tout aussi peu conscient à l’époque de son involontaire humour…
    Depuis que, grâce à des injections plantureuses d’argent public, les banques ont retrouvé leurs couleurs, elles ont émergé de la crise plus concentrées, plus puissantes qu’avant, assez effrontées pour prendre les Etats qui les ont sauvées en otage, en prétextant leur solvabilité future. Le poids de l’endettement consenti sert de justification supplémentaire au démantèlement de la protection sociale, des services publics, au charcutage des administrations, etc.
    Paradoxalement, on n’encourage pas à remplir trop facilement les caisses vides:
    “Imposer le capital, une idée simpliste”, nous dit Peyrelevade (ex-socdem conseiller économique de Mauroy lors du « tournant de la rigueur »), dans:
    Le Monde | 02.11.10 | 13h33 • Mis à jour le 03.11.10 | 19h08,
    précisant plus loin: “Il n’y a pas de trésor caché”
    Puisque “Dans la répartition de la richesse nationale, les ménages ont reçu leur dû…” et “Seuls les ménages peuvent financer l’effort à consentir…”, la solution, tout comme pour DSK, est ailleurs:
    C’est “Pourquoi il faut augmenter la TVA” , 17 nov. 2010, Le Figaro :
    “Pour l’économiste, une hausse de cet impôt sur la consommation est indispensable pour réduire les charges des entreprises.”

    Pour les hauts revenus, le paysage global est miraculeux: on réduit leur contributuion, ce qui crée une impasse fiscale qu’on les incite à combler en achetant de la dette publique à un taux d’intérêt d’autant plus lucratif que celle-ci est élevée… La république apprend le “système des dépouilles”.
    Car la politique des caisses vides est d’abord une politique de classe. Pourquoi remplir ces caisses trop aisément, quand la “rigueur” imposée aux classes moyennes peut y pourvoir :
    Ils ne sont pas riches, mais ils sont si nombreux !

  • Marie dit :

    Pourquoi un article aussi pessimiste , en effet beaucoup de personnes souffrent dans notre Pays mais ont aussi besoin d’espoir, d’entendre de la part de ceux qui sont en responsabilité des propositions…

  • jpb dit :

    « la marque des grands dirigeants est de savoir écouter, négocier, trouver les bons compromis » et surtout proposer des solutions innovantes, car autrement, la phrase « La France est toujours un magnifique pays, dotée d’atouts indéniables, une terre d’innovation et de savoir-faire » serait vide de sens.

    L’innovation, c’est un cheminement basé sur des propositions simples, c’est le passage du mot au réel, c’est sort du bois et prendre le risque de la critique.

    « (Les Français) sentent qu’ils se sont trompés en choisissant, non sans confiance et sans espoir, de porter Nicolas Sarkozy à la présidence de la République. » tout comme le PS s’est trompé en se basant sur une hystérie collective et en ne choisissant pas DSK comme candidat à la présidentielle.

    Autant brosser le paysage complet.

    • La gauche, oui, le PS actuel, non dit :

      « tout comme le PS s’est trompé en se basant sur une hystérie collective et en ne choisissant pas DSK comme candidat à la présidentielle. »

      Le PS n’a fait que suivre les lois démocratiques qui le régissent. Une majorité de 60% au premier tour avait désigné Ségolène Royal.

      Jpb prend à son compte les paroles malheureuses que DSK n’a pu s’empêcher de proférer à l’ambassade des USA, comme un petit toutou.

      Ne fait-il pas preuve d’hystérie ? Non collective, heureusement.

      La démocratie ne serait-elle fondée que si le vote, à tout coup, ne désignait que celui que l’on a choisi ?

      Tout ceci est triste et ne présage rien de bon pour les mois à venir.

    • infox dit :

      « Comment ne pas ressentir ce malaise là? »

      C’est sans doute la question que se posent ceux-là mêmes qui votent de plus en plus massivement pour l’extrême droite en Europe.
      La difficulté est de ne pas confondre la cause avec les effets.

    • Christine R dit :

      Et que faire pour convaincre que le vote à l’extrême droite est une fausse réponse au malaise? On entend beaucoup dire par les analystes politiques que le vote à l’extrême droite recouvre en majorité les régions ouvrières, fortement atteintes par le chômage, les questions d’Islam et d’immigration n’étant plus le mobile déterminant.
      l’article dans son intégralité: http://tempsreel.nouvelobs.com/actualite/politique/20100929.OBS0551/dans-newsweek-europe-la-montee-de-l-extreme-droite-par-denis-macshane.html

      • infox dit :

        Question:
        « Et que faire pour convaincre que le vote à l’extrême droite est une fausse réponse au malaise? »

        Fausse réponse? La réponse est dans l’article:
        « Les discussions qui ont eu lieu entre les sociaux-démocrates sont typiques du désordre qui règne au sein de la gauche en Europe. Les leaders des partis suédois ont commencé par se parler à eux-mêmes, croyant en leur propre rhétorique, alors qu’il était évident que de moins en moins d’électeurs y croyaient »

        Il va bien falloir que la gauche trouve le moyen d’aborder LE problème que pose le vote à l’extrême-droite et qui va s’amplifier s’il n’est pas traité par les politiques, droite et gauche confondues.
        Il en va de sa survie… mais çà ne va pas être simple!

  • Retière dit :

    Vous êtes bien pessimiste comme la raison nous l’impose. Le malaise est profond effectivement. Gardons l’optimisme de la volonté rivé au coeur. Tout est possible dans notre pays si nous le voulons. Tout est possible si nous prenons les décisions respectueuses des intérêts de ceux qui jour après jour font notre pays, fondent notre pays: les forces vives de la Nation. Réunissons la Gauche, Choisissons le candidat ou la candidate qu’il nous faut: DSK ou Martine Aubry.
    Communiquons sur le Nouveau Projet Socialiste, soyons novateurs, soyons inventifs, soyons solidaires, soyons la Gauche, soyons socialistes!
    Frank-Eric Retière

    • jpb dit :

       » soyons novateurs, soyons inventifs,  »

      Je sens comme une contradictions entre une pratique partisane au PS, fondé sur un équilibre des forces internes, qui bloque toute avancée réelle en terme propositionnel, entrainant un attentisme ravageur de la part de ses représentants officiels.

  • Vens dit :

    Espérons que le prochain ouvrage de Pierre Moscovici ne sera pas une nouvelle démonstration convaincante des insuffisances présidentielles mais tracera concrètement des pistes pour l’action de la gauche revenue aux affaires.

  • Vens dit :

    Le défaut d’intégration d’une part des populations immigrées et l’épuisement de l’éducation nationale interagissent et constituent un déterminant du malaise français.

    • Vens dit :

      Pardon d’avoir énoncé une telle banalité.
      C’était une accroche, un problème parmi d’autres pour lequel on ne peut plus se contenter d’idées générales (république, fraternité, équité, …) et d’objectifs généreux (accueil, promotion, intégration) mais proposer une batterie de thérapeutiques de tous ordres (bus, flics, « boites aux lettres », toubibs sous contrats, instits, pions, volontarisme foncier, carottes, bâtons, etc, etc,).
      Car un refus n’est pas, en soi, un ciment suffisamment fort pour justifier une alternance désirée. La gauche, parce qu’elle n’a pas encore su créer la confiance, n’est pas toujours ou toujours pas perçue comme un remède au malaise français, elle y participe même parfois par ses divisions ou ses insuffisances. Une de ses insuffisances est un discours général, général, rationel … et creux.
      Exemple : le rapport de la convention sur politique extérieure : superbe analyse de la situation, objectifs vertueux, intentions impeccables, propositions vagues et inconsistantes par exemple sur l’admission de la Turquie dans l’Union.
      Tombé du ciel (des primaires) un candidat qui nous fournisse un projet, un programme sérieux et convaincant, je voudrais y croire.
      Attendons le Messie.

      • jpb dit :

        Quand on a une vision à proposer, on l’exprime immédiatement, à froid, et on l’enrichit à la demande.

        C’est en totale opposition avec un quelconque effet d’annonce : demain j’écris un livre.

        Quand on n’est pas en mesure de dégager par soi-même une vision, on mets en valeur celles qui apparaissent pour faire émerger collectivement la meilleure.

        Mais c’est passer de la culture de foot qui règne au PS, avec ses courants, sa compétition interne, pour faire gagner une équipe, à un débat d’idées portant sur le fond. Mais ça, c’est trop révolutionnaire pour être accepté, on se réfugie alors comme l’autruche, la tête dans le sable, et on répète sans cesse, le même discours vain, demain, demain, on va gagner…

      • Jonas dit :

        « Tombé du ciel (des primaires) un candidat qui nous fournisse un projet, un programme sérieux et convaincant, je voudrais y croire.
        Attendons le Messie. »
        Plus l’échéance approche, plus l’impératif de propositions-programme-projet s’intensifie… si les choses se passent bien la boite à outil sera suffisamment convenable et restera à ce que les primaires se déroulent dans de bonnes conditions, qu’il y ait de bons candidats, sérieux, solides, et que les électeurs de ces primaires fassent un choix judicieux, pour la victoire du PS puis celle de la France. C’est pas gagné, c’est sûr, mais c’est pas perdu non plus.
        Wait and see. Avant d’aller voter… 4 fois

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