Le Front national, identique et différent

Je reviens, avec un peu de retard – je passe beaucoup de temps, je l’avoue, dans l’écriture d’un livre, j’en ai du coup moins pour ce blog… – sur le Congrès du Front national, à Tours, qui a vu l’élection de Marine Le Pen à la présidence de ce parti, occupé depuis sa fondation par son père. Il existe, dans le pays, une curieuse complaisance à l’égard de Marine Le Pen : ses sondages sont élevés, très élevés – beaucoup plus que ceux de son père un an avant la présidentielle de 2002 – elle talonne dans les intentions de vote de premier tour les candidats socialistes, à l’exception notable de Dominique Strauss-Kahn, les commentaires qui l’entourent sont parfois aimables, on lui prête une « normalité » qui la sert, des qualités qui l’encouragent. Je suis pour ma part plus réservé, à l’examen des ressemblances et des différences entre le père et la fille Le Pen. Continuer la lecture

« La popularité de DSK n’est pas friable » – Les Echos

Interview de Pierre Moscovici parue dans Les échos le 18 janvier 2011

Que pensez-vous du calendrier pour les primaires adopté la semaine dernière par le PS?

L’essentiel est préservé : nous avons évité les primaires prématurées et la désignation se situera à l’automne. Je regrette néanmoins que la date de la clôture des candidatures ait été fixée au 13 juillet : cela risque d’ouvrir une campagne longue, informelle, qui se déroulerait pendant les sénatoriales, une période où nos candidats ont plutôt besoin de sérénité. Cette disposition n’est satisfaisante pour personne. Mais il faut que les socialistes apprennent à respecter les décisions collectives.

Ce timing complique-t-il la tâche de Dominique Strauss-Kahn?

Non, pas plus que celle d’un autre candidat. En revanche cela l’expose, s’il est candidat, à revenir dans ce long faux plat de l’été. Ce calendrier n’est pas optimal, mais il n’est pas dramatique non plus. La position de Dominique Strauss-Kahn dans les sondages reflète une réalité : il est le mieux à même de rassembler et rassurer une majorité des Français après un quinquennat confus et erratique, et de résoudre les problèmes économiques du pays. Rien ne doit être fait qui puisse réduire ses chances. Nous serions fous ou masochistes de faire quoi que ce soit qui mette en difficulté celui d’entre nous qui est le mieux placé pour l’emporter.

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Pierre Moscovici invité de Dimanche Soir Politique

Pierre Moscovici était hier l’invité de Dimanche Soir Politique (Dailymotion, France Inter, i>TELE, Le Monde)

Quelques extraits :

Etes-vous optimiste pour la Tunisie ?

J’ai l’optimisme de la volonté. On doit avoir un mot d’ordre et un seul : démocratie. Et ce mot est précisément celui que n’ont jamais prononcé les autorités françaises que j’accuse, car je considère que la France officielle a eu un comportement indigne. J’ai eu honte de notre diplomatie, du président de la République. Les troubles ont commencé le 17 décembre. Il y a d’abord eu le silence étourdissant du président de la République et de François Fillon. Ensuite la complaisance de Michèle Alliot-Marie, qui n’est pas ministre de l’intérieur, mais ministre des affaires étrangères, et doit porter une parole diplomatique, réaliste, mais aussi de valeur et qui n’a rien mis de tel dans ses déclarations. Penser que la France a proposé son savoir-faire en matière de maintien de l’ordre alors que se déroulait une révolte sociale, qui est devenue une crise politique… C’est un scandale ! Et aujourd’hui, on n’entend toujours pas une voix claire de la France. On a vraiment une diplomatie sans courage, sans dignité. Oui, j’ai honte de ce que j’ai vu.

Revenons à la politique intérieure. Dominique Strauss-Kahn a-t-il envie d’être candidat à la présidentielle de 2012, comme le pense Laurent Fabius ?

Mon sentiment est qu’il se rapproche petit à petit d’une candidature. A l’heure actuelle, je dirais que c’est du 70 %-30 %. Et je considère que c’est une très bonne chose. La cote de Dominique Strauss-Kahn n’est pas artificielle. Elle est durable et répond à une vraie attente des Français. Rien ne doit être fait qui puisse l’empêcher d’être candidat. Je souhaite que le Parti socialiste ait le sens de l’intérêt général.

Le calendrier des primaires a donné lieu à de vives discussions au PS. L’acceptez-vous ?

Le fait que les primaires soient prévues en octobre est une bonne chose car il n’est pas bon qu’un candidat soit désigné trop tôt. En revanche, arrêter les candidatures à la mi-juillet me parait trop tôt.

On a senti lors du choix de ce calendrier une tension entre Martine Aubry et Dominique Strauss-Kahn. Sont-ils complices ou concurrents ?

Martine Aubry est première secrétaire du Parti socialiste, elle a vraiment l’intention que la gauche gagne en 2012. Elle sait que Dominique Strauss-Kahn est une carte maîtresse. Donc elle n’a pas l’intention de l’endommager. Elle est dans cette position de l’intérêt général. En même temps, ne soyons pas naïfs. Elle est première secrétaire du Parti socialiste, elle a fait ce qu’il fallait pour le devenir au congrès de Reims. Elle est ancienne numéro 2 du gouvernement. Elle a des qualités. Il est évident qu’elle pense elle-même à sa candidature. Donc l’aspect concurrentiel existe, mais c’est une concurrence plus subtile qu’un affrontement bestial en face à face qui ne se produira pas, j’en suis sûr.

Source de ces extraits : lemonde.fr

Mitterrandisme et nostalgie

La France a un goût, une dilection même pour les commémorations, elle cultive aussi le culte des grands hommes. La semaine dernière, la droite républicaine se rassemblait autour du souvenir d’un des meilleurs parmi les siens, Philippe Séguin, personnalité attachante et ombrageuse, homme de convictions et d’emportements, grand serviteur de l’Etat. Vendredi, les socialistes – beaucoup d’entre eux en tout cas – se sont rendus à Jarnac, comme en pélerinage, à l’occasion de l’anniversaire de la mort de François Mitterrand, prélude à une célébration, que chacun devine importante, du 30ème anniversaire de la victoire de la gauche unie, le 10 mai 1981. Je n’y suis pas allé, parce que ce n’était pas ma place – cette cérémonie, me semble-t-il, appartenait surtout aux proches de l’ancien Président, dont je n’étais pas. Je veux toutefois vous livrer quelques libres réflexions sur le mitterrandisme et sur la nostalgie qu’il suscite. Continuer la lecture