P. Moscovici. «DSK fait paniquer la droite »

Qui fait le plus de mal à DSK. Est-ce Christian Jacob ou Jean-Luc Mélenchon?

La vie politique est dure. Et si Dominique Strauss-Kahn est candidat à l’élection présidentielle, ce que je souhaite, la campagne sera difficile. On ne peut pas demander que la campagne se déroule dans un univers de bisounours. DSK devra répondre aux attaques. Il devra montrer qu’il n’est pas un haut-fonctionnaire expatrié, mais un homme qui connaît bien la France, un homme qui a été député pendant vingt ans et maire de Sarcelles, une commune populaire. Ce que je reproche à Monsieur Jacob, c’est d’avoir placé la campagne sur un terrain plus que glissant avec des propos malsains et nauséabonds. Jean-Luc Mélenchon est à l’attaque sur un certain nombre de thèmes. Je ne l’approuve pas. Je pense qu’il se trompe et qu’il risque ainsi de dégrader la possibilité d’unir la gauche. Je crois aussi que cela ne marchera pas, parce que ses électeurs n’approuvent pas cette démarche. Mais ce n’est pas de même nature que les attaques lancées par une partie de la droite.

Après la déclaration d’Anne Sinclair, les attaques de la droite ne contribuent-elles pas à faire de DSK le candidat incontournable du PS?

De la part de la droite, ces attaques traduisent en tout cas une sorte d’inquiétude et même une puissante panique. Depuis les propos d’Anne Sinclair, on a compris à l’Élysée que la probabilité d’une candidature de Dominique Strauss-Kahn était forte, et même qu’elle allait croissante. Comme le président a montré, à l’occasion de l’émission de TF1, qu’il manquait totalement de ressort et d’énergie, il y a désormais une crainte à droite. Je pense que ce sentiment de panique se retournera contre ceux qui l’éprouvent parce qu’il conforte la possibilité d’une candidature de DSK.

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« Cela augure d’une campagne dure et malpropre »

Interview parue dans Libération le 15/02/2011

Que pensez vous des propos des responsables de droite à l’encontre de Dominique Strauss-Kahn?

Il y a eu ce week-end une offensive dont on peut difficilement imaginer qu’elle n’a pas été  concertée, et qu’elle ne vient pas de l’Elysée et du siège de l’UMP. Dans la bouche de François Baroin sur le thème -banal et contestable- de l’interêt du FMI et de la France de conserver son dirigeant . Mais aussi avec, dans la bouche de Pierre Lellouche et de Christian Jacob, des paroles extrêmement virulentes sur la gauche «libérale» «ultracaviar» ou encore le candidat qui n’est « pas le candidat des terroirs ». Cette formule fait furieusement penser à la thématique pétainiste de «la terre qui ne ment pas». C’est une rhétorique proche de celle des années 30, des dénonciations classiques de la droite sur le «parti de l’étranger» . Je vois dans tout cela une perte de sang froid liée au fait que Dominique Strauss-Kahn est le candidat le mieux placé pour l’emporter en 2012, et au ratage de l’émission télévisée de Nicolas Sarkozy. Une volonté de détruire. Cette manoeuvre, qui vise à sâlir et discréditer, rejoint certaines attaques populistes. C’est un front curieux qui se met en place.

Nicolas Sarkozy n’a-t-il pas lui aussi été l’objet d’attaques similaires en 2006-2007?

Ces attaques ne venaient pas de la gauche, mais de l’extrême droite. On peut attendre de la droite républicaines qu’elle n’utilise pas des thématiques national-populistes, avec lesquelles Pierre Lellouche et Christian Jacob ont flirté. Cela augure d’une campagne dure et malpropre. J’appelle ces dirigeants, l’un ministre et l’autre chef de l’UMP à l’Assemblée nationale, à plus de raison et à retirer ces propos.

N’est-ce pas une façon pour la droite de taper où ça fait mal en soulignant le coté «hors-sol» de DSK ?

C’est n’importe quoi ! Dominique Strauss-Kahn n’est pas un haut fonctionnaire international qui a passé sa vie à Washington, mais un homme politique expérimenté qui connaît bien son pays. Il a été député pendant plus de vingt ans, maire d’une commune populaire, Sarcelles, et ministre des Finances.

Peut-on être candidat de la gauche à la présidentiele avec un riad au Maroc et un salaire de 500 000 euros par an?

Ne soyons pas dans le fantasme. Si Dominique Strauss-Kahn est candidat, il donnera des réponses aux interrrogations des Français, il satisfera leur demande légitime de transparence, y compris sur son patrimoine. Mais  une élection démocratique doit se jouer sur les projets, pas sur des attaques personnelles. Si je le soutiens, c’est simplement parce que le pays a besoin de quelqu’un qui puisse résoudre la crise économique, relancer l’Europe, rétablir une République exemplaire et la justice sociale.

Reccueilli par Matthieu Ecoiffier

Le ressort est cassé

Elu de la nation, j’ai cru de mon devoir de regarder le « face à face » entre Nicolas Sarkozy et des Français sur TF1. Franchement, je regrette un peu d’avoir assisté, de bout en bout, à cet étrange débat. Quelques mots, toutefois, pour résumer mon sentiment.

Le format de l’émission, tout d’abord, était très factice. Je lis, ce matin, que certains de ses participants ont été « frustrés » de ce faux débat. On les comprend ! Le présentateur, Jean-Pierre Pernaut, a été fidèle à son personnage : il n’était pas là pour être gênant ou impertinent, mais pour laisser le Chef de l’Etat parler. Celui-ci, plus calme qu’à l’ordinaire, a peu écouté ses interlocuteurs, esquivé les questions les plus sensibles – j’ai été frappé par l’absence de tout discours, de toute pensée de sa part sur l’économie, l’éducation, l’innovation, qui sont pourtant au coeur des réponses à apporter à la croissance – il a récité laborieusement ses fiches, déroulant un interminable monologue. Enfin, disons-le, je n’ai pas le sentiment que ses interlocuteurs – guère mis en valeur, peut-être intimidés – aient été choisis pour le mettre en difficulté. Résultat : un ennui prodigieux, un show ringard et poussiéreux.

Le contenu de l’échange, ensuite a été d’une singulière pauvreté. Nicolas Sarkozy voulait d’abord se poser en « Président protecteur », s’expliquer, se justifier, il avait en main peu d’annonces concrètes, il ne proposait aucune inflexion ou réflexion saillantes. Tel un vieux crooner, il s’est contenté d’égrener ses vieux tubes droitiers – la sécurité, la vidéo-surveillance, les jurés populaires, l’échec du multiculturalisme et la volonté de favoriser un « Islam de France » au détriment d’un « Islam en France » : ce n’est pas de nature à convaincre son électorat, lassé de l’absence des résultats de ce mandat, mais bel et bien à aviver encore les pulsions nationales-populistes, bref à nourrir l’extrême-droite. Ses ouvertures sur la dépendance, sur la santé ou sur l’emploi étaient à la fois minces et floues, ses justifications sur la paupérisation de l’éducation – à ses yeux nécessaire compte tenu du contexte budgétaire – n’avaient aucune force. Enfin, ses appréciations sur les vacances de ses ministres étaient pour le moins faiblardes. On attend, encore, par ailleurs, le début d’une parole audible de sa part sur la poussée démocratique en Tunisie et en Egypte.

L’impression finale est donc triste, voire glauque. Je n’ai jamais sous-estimé Nicolas Sarkozy : il a des qualités indéniables, on ne devient pas Président de la République par hasard, sa fonction n’est pas facile. Il m’arrive aussi d’écrire, comme tout le monde, qu’il est un médiocre dirigeant mais qu’il sera un bon candidat. Pour la première fois, hier, je me suis interrogé. Le Chef de l’Etat paraissait lui-même s’ennuyer, il semblait las, sans énergie, sans plaisir, presque dépourvu de combativité. Son numéro, rôdé, tournait à vide, faute de conviction. La pauvreté, habituelle, de son langage, son caractère répétitif et familier laissaient transparaitre l’absence absolue de tout projet, de toute vision, de toute dimension. J’ai même cru, à observer le relâchement de son « body language » – son attitude corporelle – et la lassitude de son regard, qu’il baissait les bras, qu’il n’y croyait plus vraiment.

Evidemment, rien n’est fini, rien n’est joué. Mais je suis persuadé que ce type de prestation ne réconciliera pas Nicolas Sarkozy et les Français. Elle va au contraire exaspérer davantage ceux qu’il a trahis, irrités ou déçus. Le quinquennat se poursuit, l’élection présidentielle n’est pas jouée, la gauche doit la traiter avec sérieux. Mais ce Président est plus que prenable, il ne devrait pas être réélu : le ressort, en tout cas, est cassé.

Photo : CC fplorp

Signe

La phrase d’Anne Sinclair, publiée dans « le Point », disant qu’à titre personnel elle ne souhaitait pas que son mari, Dominique Strauss-Kahn, fasse un second mandat à la tête du FMI, a déclenché un « buzz », une frénésie médiatique incroyables. J’ai vécu hier une journée étrange, occupé du matin tôt au soir tard à commenter ce propos, à en décrypter le sens – ce n’est pas d’ailleurs l’activité la plus gratifiante de la politique. Je souhaite, à tête reposée, vous livrer les enseignements que je tire de ce déchaînement médiatique.

Soyons, tout d’abord, au clair : je ne suis pas le porte-parole de Dominique Strauss-Kahn – il n’en veut pas, et je ne me vois plus comme un « lieutenant » – et n’ai aucune information privilégiée sur son retour ou son non-retour. Mes réactions sont celles d’un ami, d’un soutien, d’un protagoniste de cette primaire qui s’est forgé une opinion sur ce que devrait être, à gauche, la présidentielle de 2012. Je n’ai jamais eu un tempérament idolâtre par le passé : mon mitterrandisme a été plus que tempéré, ma fidélité à Lionel Jospin n’a jamais été exempte de liberté de pensée. Et je pense toujours que la politique française a besoin, profondément, de renouveau, que 2012 ne peut être le « remake » de 1997 – avec les mêmes thèmes et les mêmes acteurs – bref que ma génération a un rôle à jouer dans l’avenir. C’est pourquoi j’ai pensé, et je pense encore, à une candidature aux primaires : elle a, dans le paysage contrasté du Parti socialiste, du sens. Ma réflexion est toutefois d’un autre ordre. Qu’attend, en effet, la France de la gauche socialiste en 2012 ? Gagner d’abord, réaliser l’alternance : nous avons, face à Nicolas Sarkozy, un devoir de victoire. Réussir, ensuite et surtout : cela veut dire relancer un pays qui craint le déclassement, retrouver une croissance plus forte et créatrice d’emploi, partager les efforts de façon juste, rétablir l’exemplarité républicaine, abîmé par la droite.

C’est à partir de cette analyse des besoins de la France et des Français que je me suis convaincu que la candidature de Dominique Strauss-Kahn est la meilleure dont nous disposions. Evidemment, les sondages ne font pas une élection. S’il était candidat, le combat serait dur, violent même, face à une droite prête à tout pour conserver un pouvoir qu’elle considère comme sa propriété, sa chasse gardée, mais aussi face à certaines fractions de la gauche pour qui la sociale-démocratie reste l’ennemie principale. Et une bataille électorale n’est jamais gagnée avant d’avoir été menée. En somme, il n’y a pas de sauveur suprême, pas de victoire automatique : gardons nous de la dévotion, faisons de la politique. Regardons toutefois les choses en face : il y a, aujourd’hui, une aspiration à une telle candidature, à la fois parce que l’offre déployée par le Parti socialiste ne recueille pas une adhésion massive, et parce que Dominique Strauss-Kahn, par la trace de ce qu’il a fait entre 1997 et 1999 au ministère des finances, du fait de son action stimulante à la tête du FMI, par sa personnalité aussi, inspire ce sentiment essentiel à la vie économique et politique : la confiance. C’est pourquoi, en effet, je souhaite sa candidature, et je retirerais sans hésiter la mienne s’il s’avançait, parce que je souhaite, avant tout, aider à la gauche et la France en 2012.

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