Dans les médias

Carnet de campagne

Catégorie : Le Parti socialiste,Politique,Réflexions | Par pierre.moscovici | 18/03/2011 à 17:11

Dans deux jours, le 20 mars, la moitié des Français est appelée à voter pour désigner son conseiller général. Ces élections cantonales ont été presque occultées. Les médias nationaux et locaux – il est vrai occupés par une actualité internationale chargée et dramatique, de la Lybie au Japon – en ont peu parlé. Le pouvoir s’est peu exposé – il sait ne pas être attractif, mais exerce plutôt un effet repoussoir. Et le parti majoritaire, l’UMP, s’est effacé, comme s’il avait disparu, comme s’il n’y avait déjà plus en France de majorité présidentielle : la droite a tenté de localiser ces élections, semblant honteuse ou en tout cas embarrassée d’être le camp de Nicolas Sarkozy. Et pourtant, ces élections sont importantes, à la fois sur le plan local – le département est l’échelon de la solidarité – et sur le plan national – c’est la dernière occasion, sous ce quinquennat pénible, pour sanctionner la politique du Président de la République. C’est pourquoi je me suis mobilisé.

j’ai été en Seine et Marne, à Lens, à Rennes, à Caen, à Anglet, Bayonne, Biarritz, à Levallois, Charenton, Maisons-Alfort, dans le Vaucluse, à Metz et en Moselle, à Dole, dans le Rhône, la Loire, à Gonesse, sans oublier bien sûr le pays de Montbéliard

J’appartiens en effet à cette espèce, un peu en voie de disparition, de responsables politiques « à l’ancienne », qui aiment les campagnes électorales et sont disponibles pour aider les candidats de leur parti. Depuis un mois, je sillonne la France, en ayant choisi de privilégier, pour mes déplacements, les départements ciblés par la droite, ceux que le PS peut conquérir, les lieux où la gauche est divisée et ceux où la percée du FN est menaçante. Je ne me suis pas occupé, en acceptant les invitations, de l’appartenance des candidats à telle ou telle chapelle, à tel ou tel courant : j’ai été soutenir des amis, promouvoir des jeunes, intervenir dans des territoires en difficulté. C’est ainsi que j’ai été en Seine et Marne, à Lens, à Rennes, à Caen, à Anglet, Bayonne, Biarritz, à Levallois, Charenton, Maisons-Alfort, dans le Vaucluse, à Metz et en Moselle, à Dole, dans le Rhône, la Loire, à Gonesse, sans oublier bien sûr le pays de Montbéliard. A chaque fois, ou presque, j’ai soutenu plusieurs candidats, au côté des élus et responsables locaux du parti. Je n’ai pas ménagé ma peine, et ça en valait le coup : le Parti socialiste, à la base, est décidément riche de femmes et d’hommes de talent, connaissant leur territoire, animés par les valeurs républicaines et sachant gérer. Ce n’est pas par hasard si nous sommes à ce point devenus le parti des collectivités locales – je ne me résigne pas à ce que nous nous en tenions là. De ces visites, je retiens plusieurs leçons.

Les attaques contre la République – contre la liberté, l’égalité, la fraternité, la laïcité – ont atteint un niveau insupportable

La première évidence est celle du rejet du sarkozisme. Cette étiquette, je l’ai dit, est cachée parce qu’elle est devenue odieuse aux Français. Nos concitoyens, j’en suis sûr, ne veulent plus de ce Président. Quoi qu’il dise, quoi qu’il fasse, sa parole non seulement n’est plus écoutée, mais est critiquée, repoussée. J’ai donc appelé, sans état d’âme, à un nouveau vote sanction. Il y a de quoi ! La politique économique de la droite, inefficace et plus encore injuste, a creusé les inégalités, accru la précarité et le sentiment de relégation. La casse du modèle social, les coups portés au service public, à commencer par l’éducation, sont odieux. Les attaques contre la République – contre la liberté, l’égalité, la fraternité, la laïcité – ont atteint un niveau insupportable. Et notre politique étrangère – j’en ai parlé lors de mon débat à l’Assemblée nationale avec Alain Juppé, fort irrité par les critiques, comme à ses plus beaux jours – est erratique et inaudible. Bref, le changement est vital, et 2011 prépare utilement 2012.

La montée du Front national n’est pas une fiction

J’ai aussi l’intuition que la montée du Front national n’est, hélas, pas une fiction. Les causes en sont nombreuses. La première est bien la situation économique et sociale du pays, les craintes par rapport à la mondialisation, la peur du déclassement. La crise morale et politique du pays est profonde, elle saute aux yeux. Nicolas Sarkozy a aussi sa part de responsabilité, importante. Au lieu de porter haut les valeurs républicaines, il les a abimées, au lieu de cantonner les idées de l’extrême-droite, il les a installées au coeur du logiciel de l’UMP, notamment en lançant sans arrêt des débats inopportuns. Comment, aussi, ne pas être conscient de la libération, à couper le souffle, d’une parole raciste et xénophobe ? Ne nions pas, enfin, que le passage de témoin entre Jean-Marie Le Pen et sa fille permet une certaine « normalisation » de l’image du Front national. Il y a quelques mois, je ne croyais pas à l’hypothèse d’un nouveau 21 avril, elle me semblait impossible. Aujourd’hui, après ce périple en France, je ne puis vous cacher mon inquiétude : la vigilance, pour le moins, s’impose, nous devons intégrer ce facteur nouveau et préoccupant dans toutes nos réflexions.

le Parti socialiste, s’il est cohérent « en bas », est beaucoup moins serein sur son existence nationale

Où en est le Parti socialiste, enfin ? Sur le terrain, il est fort, et je crois la victoire possible dans de très nombreux cantons, tout comme la conquête de plusieurs nouveaux départements. On nous fait confiance pour gérer les collectivités locales avec générosité et rigueur, on connait nos candidats et nos équipes, nos militants sont mobilisés, les salles où je suis intervenu étaient, partout ou presque, pleines et chaleureuses. Il y a un vrai plaisir à être ensemble, à faire campagne, et c’est bon signe. Nous devrions, dimanche, faire un bon résultat, à condition de continuer jusqu’au bout à mobiliser, à lutter contre l’abstention, à appeler au rassemblement dès le premier tour, face à la fragmentation qui menace et qui pourrait, ici ou là, conduire à notre élimination au profit d’un duel entre la droite et le FN. Cela ne préjuge hélas pas de la suite des évènements. Car le Parti socialiste, s’il est cohérent « en bas », est beaucoup moins serein sur son existence nationale. Le doute n’est pas levé sur notre capacité à relever les défis qui nous attendent, à définir un projet ambitieux et crédible, à choisir notre candidat(e) dans des conditions satisfaisantes. Je peux, au passage, vous assurer que les primaires, dont le principe n’est pas discuté, inquiètent davantage qu’elles ne suscitent l’enthousiasme : j’ai dit ici, là dessus, ce que je pensais, je ne me dédis pas.

Il nous reste à l’évidence du chemin à parcourir. La victoire aux élections cantonales nous donnera en tout cas une force supplémentaire. C’est pourquoi, une dernière fois, j’appelle à voter, dès le premier tour le 20 mars, pour les candidat(e)s du Parti socialiste : la confiance qui leur est faite est méritée, la sanction du pouvoir est nécessaire, la préparation de l’avenir passe par leur succès. Et entre les deux tours, bien sûr, je reprendrai la route !

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5 commentaires

  • Quand un élu socialiste censure un débat, en obéissant ainsi au diktat d’un représentant du CRIF pour le cas ci-dessous, il il donne un signe aux électeurs de se détourner du PS. Certains de ses dirigeants croient qu’on vote bêtement pour l’étiquette d’un parti ou pour un passé.
    Personnellement je ne voterai jamais, ni au premier ni au second tour, pour un parti qui permet à ses élus qui met en péril la liberté d’expression pilier de la démocratie. C’est exactement ce que j’ai fait en avril 2002, avec des milliers d’autres pour diverses raisons, et il semble que votre parti n’en a pas encore compris les leçons. Le PS n’est pas le seul parti de gauche et peut-être ne doit-il plus être le premier pour renouveler une classe politique sclérosée et trop souvent asservie à des intérêts qui ne sont pas les nôtres.
    Censure à Ris Organgis :
    http://evry91.20minutes-blogs.fr/archive/2011/03/19/ris-orangis-sortie-nationale-du-film-gaza-strophe-palestine.html

  • guillaumeA dit :

    Les élections vont être catastrophique pour tout le monde.

    On va faire 2012 sur aucune base solide.

    Que veulent les gens?

    Aucun thème de campagnes ne vient sur la scène.

    Je vois de plus en plus un décalage entre les politisés de gauche qui sont enthousiasme car 2012 semble être la bonne et les gens qui sont dégoutés de la politique.

  • fournier dit :

    que signifie « les vrais gens » ?la gauche « incapable de porter un projet national qui redonne confiance… »?? assez de ces affirmations à l’emporte pièce ,qui ne reposent sur rien.Il y a 1 semaine,la voix de N.Hulot ns avaient réveillés : »il faut un referendum,vite,sur le nucléaire.. » Ns n’avons aucune compétence ds ce domaine,et ns devrions donner notre avis !!!le pays de Descartes & Voltaire marche sur la tête ///ce matin sur france culture,A.Finkielkraut annonce  » les nanotechnologies » ,avec E.Klein et O.Rey;la 1°question posée est :qu’est-ce que la démocratie? des échanges simples,clairs,précis,passionnants qui concernent les « vrais gens » ;on était en plein ds le vif du sujet;ns ne sommes pas scientifiques,ms ns avons tout compris;avant d’applaudir des projets qui promettent « monts & merveilles ,ns avons envie d’essayer de réfléchir,sur de vrais problèmes de société ///

  • marc morgulis dit :

    « candidat à l’ancienne »,c’est très bien, mais pour une élection « de vieux » … c’est quoi « un canton »? Peut-être est-ce aussi le rôle du politique de s’interroger, au delà de l’autosatisfaction du devoir en cours d’accomplissement, sur le sens d’une telle élection dans un pays qui doit impérativement moderniser et rajeunir sa vision du monde et ses structures d’expression politiques, faute de quoi la réalité d’une abstention majeure ici , mais aussi là (la présidentielle peut-être) continuera de susciter incompréhension et (très) mauvaises surprises

  • hamdoune fannia dit :

    campagne d’un responsable politique « à l’ancienne » : ce n’est pas à mon sens « à l’ancienne », c’est ainsi que les politiques devraient se comporter au quotidien, être au côté des vrais gens,sur le terrain , c’est la place que devraient privilégier les élus du peuple et non les médias à longueur de temps pour nous réciter des discours formatés indigestes pour les citoyens.
    Comment se réjouir d’une plus que certaine victoire de la gauche aux élections cantonales? il est certain que la gauche fera un bon score car elle excelle sur le plan local, mais par contre sur le plan national, elle reste inaudible et totalement absente.
    Les élections cantonales n’auront pas d’impact sur les élections présidentielles, car la gauche et surtout le PS n’a pas l’envergure pour porter un projet national qui rassure et redonne confiance, et une fois de plus le PS passera à côté de la grande échéance 2012.
    le PS, qui a une histoire riche sur le plan politique, n’a pas le droit de se contenter d’une victoire aux cantonales, il doit impérativement se remettre en question et assimiler le fait et la nécessité d’ouvrir le parti à de nouveaux venus, issus de la société civile, seul gage de reconstruction et de liant avec le peuple, cette évolution permettra de préparer une véritable alternance, car même si Sarko est décrié , il reste un candidat crédible à droite malgré une image désastreuse, le PS n’arrive pas à faire émerger une union crédible , trop de passif, trop de déceptions, et toujours les mêmes pour nous expliquer que « les français souffrent », oui nous souffrons de vous entendre parler et parler……continuez comme cela et le front national comblera votre absence au second tour de l’élection présidentielle.

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