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Europe : la croissance ou le déclin

Catégorie : Europe / International,Réflexions | Par pierre.moscovici | 30/03/2011 à 19:53

Préface à l’essai de Daniel Vasseur pour la fondation Jean Jaurès « Le déclin  économique de l’Europe et les nouveaux enjeux de la construction européenne »

A l’heure où l’attention médiatique se concentre sur les situations libyenne et japonaise se joue – dans une bataille plus feutrée – une partie de l’avenir de l’Europe. Le Conseil européen des 24 et 25 mars 2011 a entériné un « pacte de compétitivité » qui marque un virage conservateur inquiétant de la gouvernance européenne.

Certes, les solutions proposées par les inspirateurs du pacte constituent, pour certaines, des avancées importantes. Je pense notamment au renforcement du Fonds européen de stabilisation financière (FSEF) et à sa transformation prochaine en Mécanisme européen de stabilité. Cette institution, destinée à venir en aide aux pays en difficulté, était indispensable à la solidarité et à la pérennité de la zone euro. Il s’agit cependant de ne pas en exagérer la portée. D’une part, les sommes et les mécanismes en jeu ne sauraient suffire à écarter la peur – et les conséquences – d’un défaut final du gouvernement grec ; d’autre part, l’amélioration des conditions de prêts ne fait que nous aligner sur celles offertes depuis un an par… le Fonds monétaire international ! Le « grand effort européen de solidarité » annoncé constitue donc, en réalité, une mise à niveau mesurée.

En vérité, c’est plutôt la croissance qui permettrait de résoudre les difficultés dites « structurelles » de l’UE

Plus fondamentalement, l’assainissement budgétaire et les « réformes structurelles », consistant à aligner tous les pays sur une même norme, ne sauraient être la solution. On voudrait faire d’elles un préalable au retour de la croissance et une panacée universelle (y compris pour les pays où la consommation et l’investissement s’avèrent trop faibles !), alors que c’est précisément cette approche qui a échoué jusqu’ici ! Cela revient à prendre les choses à l’envers. En vérité, c’est plutôt la croissance qui permettrait de résoudre les difficultés dites « structurelles » de l’UE, dans le domaine des finances publiques comme de l’emploi ou de l’innovation, comme l’a bien montré la reprise de la fin des années 90.

Il faut à l’Europe une politique macro-économique offensive, qui envisage par ailleurs de manière symétrique déficits et excédents, prévenant et corrigeant les excès de demande mais aussi les cas d’insuffisance de celle-ci. Une telle approche devra être pondérée : s’il est aisé de condamner les errements grecs, il n’en va pas de même par exemple de l’Espagne qui n’a connu de dérapage ni des salaires ni des comptes publics. Celle-ci a surtout souffert de ce que l’on appelle un « décalage conjoncturel » – mais peut-on reprocher à une économie en rattrapage de ne pas croître aussi lentement qu’une Allemagne arc-boutée sur ses freins ? L’Europe a besoin d’orientations qui peuvent être complètement différentes selon les Etats et les moments, mais toujours cohérentes et coordonnées. De fait, les déséquilibres constatés aujourd’hui sont pour l’essentiel internes. Le mal est dans l’Union, le remède s’y trouve aussi.

les énormes excédents commerciaux allemands ne sont majoritairement que la contrepartie des déficits des autres pays européens

A cet égard, le nouveau dispositif de surveillance des déséquilibres macroéconomiques ou le récent « Pacte de compétitivité » apparaissent encore largement biaisés et empreints de cette dangereuse obsession de la compétitivité, qu’évoque l’économiste américain Paul Krugman. Pression à la baisse, sur les salaires, dérégulation, constitutionnalisation de la lutte contre les déficits,… la crise a paradoxalement renforcé le dogme qui l’a provoquée, tendant à généraliser un modèle de croissance allemand sensé avoir réussi – ce qui est d’ailleurs très contestable au vu, par exemple, de la faiblesse de l’investissement, de la montée de la pauvreté et des inégalités dans ce pays – mais surtout non-coopératif : les énormes excédents commerciaux allemands ne sont majoritairement que la contrepartie des déficits des autres pays européens. Un tel modèle n’est évidemment pas généralisable ! Ces nouvelles disciplines risquent donc de diviser plutôt que d’unir les Etats de l’Union, d’éloigner la construction européenne des peuples plutôt que de l’en rapprocher.

comment préparer l’avenir quand, avec 1,85% du PIB européen consacré à la recherche, notre effort est moitié moindre que ceux des Etats-Unis ou du Japon ?

C’est, au contraire, d’une politique de croissance – à la fois plus forte et plus sélective – dont l’Europe a besoin. L’urgence est là : la croissance potentielle de l’Union est désormais estimée à environ 1%, quand la croissance mondiale semble atteindre 4% et celle de la Chine près de 10% ! A ce rythme, la marginalisation de l’Europe sera extrêmement rapide. Notre continent est devenu l’ « homme malade » de l’économie mondiale. Pour inverser cette tendance, nous n’avons pas le choix : il nous faut renforcer la gouvernance et les outils de la politique économique de l’Union. J’entends notamment qu’elle reprenne en main la stratégie de Lisbonne, grande absente des débats actuels : comment préparer l’avenir quand, avec 1,85% du PIB européen consacré à la recherche, notre effort est moitié moindre que ceux des Etats-Unis ou du Japon ? Renouer avec cette vision économique nécessite une politique volontariste à l’opposé de l’attitude actuelle des gouvernements européens. Dégager le budget nécessaire à ces investissements pourrait par ailleurs donner lieu à l’émission de dette européenne ciblée consacrée à ces grands projets – à défaut d’une mutualisation plus systématique de la dette, plus compliquée à négocier avec notre partenaire allemand. Cette option, que Nicolas Sarkozy et Angela Merkel se refusent à envisager, représenterait pourtant une avancée de facto de la coordination économique européenne, et pourrait donner lieu à la création d’un embryon de politique industrielle commune.

Oui, il faut un pacte entre les Européens, mais pas celui des conservateurs.

Oui, il faut un pacte entre les Européens, mais pas celui des conservateurs. C’est le sens de la rencontre entre les socialistes européens à Athènes au début du mois, à l’issue de laquelle nombre de propositions ont été faites : politique industrielle européenne, mise en place de normes sociales minimales, renforcement de l’efficacité de la dépense publique, investissements dans les secteurs d’avenir, avancée rapide vers la conversion écologique de nos économies… J’y vois les prémices d’un autre destin pour l’Europe, plus juste et plus crédible que celui auquel s’attachent les gouvernements conservateurs. C’est un impératif économique, mais également démocratique : une impulsion en faveur de la croissance et de l’emploi constituerait le meilleur moyen de rendre l’Europe populaire et de relever le défi représenté par la poussée actuelle du populisme, qui fait d’elle une de ses cibles privilégiées. C’est ce à quoi la gauche s’emploiera à partir de 2012.

Pour télécharger l’essai complet, cliquez ici

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40 commentaires

  • […] The  full text (in French) can be downloaded here. […]

  • Moreau Fabien dit :

    @GuillaumeA
    EDF-GDF appartient encore à l’Etat à 75%. En 2008, le gouvernement a vendu 5% des actions totales pour une valeur de 3.5 milliards (de mémoire).

    • guillaumeA dit :

      Non EDF a 84%.

      GDF a 35%.

      Le problème c’est que c’est société sont gérer sur le cour terme pour le rendement financier.

  • nagom dit :

    Si on ne maitrise pas un dossier on se tait
    votre propos lapidaire et épidermique sur la Côte d’ivoire est lamentable.
    l’armée française est une armée d’occupation en Afrique francophone.

  • guillaumeA dit :

    Le programme de Aubry révélé dans le JDD est assez bon. Une sorte de trame pour tout les candidats.

    20 propositions facile a retenir et assez vendeurs.
    On peut noter que certains points sont directement fait pour nos partenaires(mix énergétique,TVA modulable pour les verts, plafonnements des salaires pour les patrons publiques pour le front de gauche)

    Le point centrale est les 300 000 emplois jeunes, la fusion IRPP et CSG inspirer de la révolution Fiscale de Picketty et la banque publique pour les PME.

    L’histoire des médecins ruraux et la police me semble destiné a l’électorat plus âgés.

    Pour les jeunes :allocations d’autonomie, effort pour l’enseignement et emploie jeune semble répondre a une demande.

    Cela me semble être une bonne base pour gagner des élections mais pas assez pour relancer le pays.

    On reste toujours dans l’idée que la fiscalité peut tout changer avec des aides pour les plus démunis.

    Je penses que le projet ne va pas au fonds des choses.

    • Nicolas(Nantes) dit :

      oui, c une base, voilà. Mais pas détaillée, juste de quoi nourrir un peu les journaux et les faire attendre l’été. Mais sur l’université et le tissu industriel…
      Il manque un fil rouge aussi, mais ça, ce sera au candidat de le faire.

      • guillaumeA dit :

        Peut être mais je penses pas que la direction du partis ira pas plus loin car cette génération est morte politiquement avec Jospin avec les privatisations.

        Ils ne veulent pas reconnaitre leur erreurs.

        Les privatisations n’étaient adapté a la France. Notre pays a toujours été sous le signe du colbertisme avec un état qui agit directement dans l’économie.
        La grande mode a été que l’entrepreneur allait prendre le relais. Hors il ne la pas fait.
        Le résultat est le privé n’a jamais pris le relais dans la recherche et le développement des entreprises nouvellement privés.

        Qui peut croire que EDF et GDF vont investir dans des technologie verte massivement si elles reste privatisé?
        Et total? Cette sociétés ne va rien investir et préfère donner des dividendes. On va la taxer plus pour l’obliger a investir? Mais elle ne payé pas d’impôt en France.

        On me parle de la voiture électrique? Renault a été vendus et le résultat est que sa production décline car l’investissement est plus la. Les usines sont fermer en France pour servir des rendements au nouveaux actionnaires. Les Fameuses PME que l’on parlent temps en France quittentle pays car le donneur d’ordre qu’est Renault délocalise et les PME installe leur unités de production a côté du donneur d’ordre.

        Et ainsi de suite…

        L’état en vendant les donneurs d’ordre(les grands groupes)a donner la possibilité de délocaliser. Le problème c’est que le donneur d’ordre entrainent un troupeau(les PME sous traitant) qui le suivent.

        On va me dire cela coute chère?
        Une cotation en bourse dépend fortement des dividendes futurs a distribué. Le cours d’une entreprise diminue fortement quand la possibilité de distribué des dividendes se restreint…
        Une banque perd de la valeur si l’état lui demande d’augmenter ses fonds propres…
        Edf perd de la valeur si l’actionnaire principal coupe la distribution de dividendes pour investir…la valeur va remonter après mais on rachète dans le creux.
        Total perd la valeur si on lui met une taxe sur ses profits, d’ailleurs total serrait tellement diminué que sa seul possibilité serrait que l’état entre dans le capital si non une OPA d’un autre pétroliers serrait engagés.

        Les transports? Aucune sociétés en France privés ne peut prendre un risque sur 10 ans pour investir dans le fret par trains. Faut il laisser la SNCF couler?

        La médecine? Les Brevets vont moins garantir les laboratoires? Les chiffres parlent d’eux même, les recherches vont diminuer car le privé ne trouvera plus assez de temps pour rentabiliser les investissements. L’état doit il prendre le relais? Sanofi doit elle devenir une branche de l’assurance maladie?
        L’électronique la france est en retrait? Doit on porter un gros programme publique pour amorcer des PME innovantes?

        Les programmes actuel ne réponde pas a cela.

        Oui cela coute chère mais l’investissement de départ va être largement couvert par les avancés technologiques et économiques.

        • Nicolas(Nantes) dit :

          ca coûte combien de racheter EDG et GDF ?

          • guillaumeA dit :

            L’état comme je l’ai dis a les moyens de faire baisser le cours de ces entreprises…
            Je vises 15Mds€ en tout pour les 2 entreprises qui dégagent entre 8-9mds€ de bénéfice.

          • guillaumeA dit :

            Pour te dire en analyse financière cela ne coute pas chère a l’état car c’est un acteur économique qui a le plus de possibilité(lois, financement, régulation, temps d’investissement, montage financier, comptabilité, pression politique )pour imposé ses vues.

            Le seul problème est la volonté.
            Nationalisé les banques ne prend que le temps de faire passé une note qui oblige les banques a augmenté leur fonds propres ce qui diminue considérablement leur prix et permet a l’état de devenir le maitre sans investir beaucoup.

            Le souverain reste l’état.

    • Moreau Fabien dit :

      Franchement, quand on en est à ce niveau de clientélisme, ça fait de la peine. De telles réflexions ont leur place dans une entreprise commerciale, pas en politique.

  • stone dit :

    Il est évident, à la lecture de ce texte, que tant que le parlement européen et la commission seront à majorité conservatrice, la construction européenne progressera peu et c’est un euphémisme! Quant au président Barroso,c’est un ectoplasme manipulé par Sarko.
    Il faudrait donc attendre 2014 pour voir une amélioration:cela nous semble un peu long!!!…

  • infox dit :

    Sur RMC Louis Bertignac traite DSK de partouzeur!
    http://www.dailymotion.com/video/xhx3lh_dsk-est-un-partouzeur-louis-bertignac_news#from=embed&start=1
    Possible que cet aspect de sa personnalité lui revienne comme un boomerang.
    Peut-être vaut-il mieux Hollande qui, à priori, parait plus « clean ».

  • guillaumeA dit :

    Le problème c’est que cela ne va pas se décrété la recherche.
    On va pas encore créer des artifices fiscaux pour pousser des entreprises a investir alors qu’elles ne pensent cas donner des dividendes.

    La France dans les années 80 avaient 50% de sa recherche et investissement de sociétés qui on été privatisé ensuite. Les nouveaux propriétaire ont utilisé ces entreprises comme des pompes a fric en utilisant leur positions dominantes sur leur marchés et en coupant dans la recherche.

    La seul solution est de reprendre ce que l’on a donné.

  • Rcoutouly dit :

    Cher Pierre,
    enfin un billet où tu ne nous parles pas de stratégie politique ou des méchants d’en-face pour t’intéresser à votre projet pour bientôt.
    Mais, le contenu est bien décevant : en résumé, la solution c’est la croissance ! Pour cela, encore faudrait-il analyser pourquoi nous en avons de moins en moins depuis 30 ans ! Car, elle ne se décrète pas, et même si l’emprunt a pu être un des outils de ce miracle, est-on bien sûr que cela suffise à la déclencher?
    Le désarroi se lit dans les commentaires :
    « avant de créer les conditions de la croissance, il est nécessaire de juguler notre déficit public abyssal. »
    En économie, c’est dans l’autre sens que ça marche: c’est pour juguler notre déficit qu’il est nécessaire de créer les conditions de la croissance,(et de la consommation) si tant est qu’on soit un peu keynésien, mais après tout la théorie a bien fonctionné dans le passé. »

    Bref, l’histoire de l’oeuf et de la poule ! C’est bien pauvre pour espérer nous en sortir !

    Les historiens qui se sont penchés sur les différentes révolutions industrielles ou économiques décrivent un cercle vertueux complexe où des mécanismes diversifiés se conjugent : un saut technologique, une nouvelle organisation sociétale, une mutation culturelle, la création d’une demande, un Etat volontariste menant des politiques publiques appropriées.

    On en est loin, mon cher Pierre, dans ton billet.

    Ah, oui ! J’allais oublier : il y a une petite lueur d’espoir dans la fin de ton texte :

    « politique industrielle européenne, mise en place de normes sociales minimales, renforcement de l’efficacité de la dépense publique, investissements dans les secteurs d’avenir, avancée rapide vers la conversion écologique de nos économies »
    Tu progresses Pierre, tu es en train de comprendre que le cocktail de la réussite contiendra de l’écologie !
    au plaisir de lire encore un billet sur la Politique, avec un P majuscule, la seule vraie, la noble, celle qui s’occupe des affaires de la Cité et non de la petite politique politicienne.

    • Moreau Fabien dit :

      Je suis d’accord avec tout ce que tu as dit je crois, mais il me semble que la politique politicienne a elle aussi sa place dans le débat, tant que ce n’est pas trop envahissant. De toutes façons, elle est présente même si on en parle pas, mais cachée, ce qui est pire, et peut-être même encore plus pregnante.

    • Christine R dit :

      Personne n »a prétendu avoir fait le tour de la question en commentant(pauvrement!) ce texte. La croissance est un des sujets abordés, c’est un élément nécessaire parmi d’autres, il ne suffit pas, chacun en est conscient.

  • Bloggy Bag dit :

    C’est quoi cette histoire de facebook (colonne de droite) :

    « Suspension de Socialistes sur Facebook
    Suite à la saisie du juge des référés de Lille par l’UMP, nous avons reçu une ordonnance de suspension du site « Socialistes sur Facebook » (www.websocialiste.fr).

    Le service juridique d’OVH. »

  • Christine R dit :

    @Moreau Fabien
    Nous n’avons pas la même vision, je ne parlais pas des traités qui ne sont que des cadres, ni spécifiquement des politiques français. Je pense simplement que les sociaux démocrates européens ont aussi leur auto-critique à faire en ce qu’ils ont manqué une occasion de construire une Europe sociale et politique quand ils étaient au pouvoir, et c’est du passé, bien avant 2008. L’expérience peut payer.

    • Moreau Fabien dit :

      Mais pour changer de politique, encore faut-il qu’ils le souhaitent, or il n’y a jusqu’à présent rien eu de social-démocrate dans la politique européenne des sociaux-démocrates, c’est ça que je voulais dire.

  • Christine R dit :

    Les conservateurs allemands pourraient bien être sur un siège éjectable, si la victoire des Verts et du SPD en Rhénanie Palatinat est signe de l’amorce d’un changement. L’UMP en France pourrait l’être aussi, j’écris « pouurait » car il reste des conditions, mais on voit des signes qui permettent d’espérer une construction européenne fondée sur d’autres bases.
    Pour ce qui est d’une politique extérieure européenne commune, en revanche, ce n’est ni pour aujourd’hui ni pour demain si on en juge par les positions face au conflit lybien. Peut-être pour les générations futures, mais actuellement trop de passif dans l’histoire de chaque pays qui détermine les positions respectives.

    • Jonas dit :

      Je pense qu’une coordination des politiques économiques est largement plus urgente qu’une politique extérieure commune.
      Une monnaie unique avec des politiques économiques et budgétaires particulières à chaque pays, c’est une économie qui ne marche pas sur ses deux jambes.

      • Alain_Gen dit :

        Jonas, comme j’aimerais que vous ayez raison ! Cependant, le souvenir de l’époque où la majorité des dirigeants de l’UE était « de gauche » (si ça a un sens…) ne pousse pas vraiment à l’optimisme…
        Certes, la crise obligera peut être à rompre avec certains réflexes hérités de l’époque où le libéralisme économique semblait marcher, mais paradoxalement, la meilleure période pour introduire des réformes ambitieuses est quand tout marche plutôt bien…

        • Christine R dit :

          Vous avez tout à fait raison, les sociaux démocrates ont tenu les rênes de l’Europe dans le passé et n’ont pas su transformer l’essai. C’est d’ailleurs ce qui alimente les critiques anti-européennes de gauche. Mais hier c’était hier…
          Par contre, je crois plutôt que c’est quand ça marche mal que les réformes subviennent. Bretton woods a été signé juste à la fin de la guerre avec des pays bien ravagés.

          • Alain_Gen dit :

            Vous avez raison car certaines choses ne se feront que sous la pression de l’urgence. Et en même temps des réformes en profondeur peuvent coûter cher (sur le plan financier et/ou en capital politique) et de plus la crise peut induire un repli sur soi des nations européennes (toutes tendances politiques confondues…).

          • Moreau Fabien dit :

            Entièrement d’accord, sauf que ce n’était pas hier! Ni Aubry, ni DSK, ni Hollande, ni – allez – Royal ne sont neufs. Tous appartiennent à cette génération qui a fait le pari de Maastricht, et qui a voté – ou soutenu – le traité de Lisbonne. Dans ce dernier cas, c’était en 2008 si je ne me trompe pas, donc c’est loin d’être dépassé. Or ces traités ont tous une essence néolibérale, donc pas sociale. Je vois pas pourquoi ils feraient demain l’inverse de ce qu’ils ont fait hier, surtout qu’il n’y a aucune remise en question – ce qui est facilité par la déconfiture de la droite.
            Et puis même si nos politiques nationaux voulaient vraiment d’une politique européenne sociale – je ne dis pas socialiste -, ils seraient bien les seuls en Europe, car le SPD, je le rappelle, est le parti qui a lancé l’Agenda 2010. Dans le genre social, on a fait mieux…

  • Pablo dit :

    @ Hamdoune et Fabien

    Les responsables socialistes me semblent, dans leur majorité, conscients que la situation dégradée de nos finances publiques nous obligera, dans l’hypothèse d’un retour au pouvoir, à mener une politique de redressement budgétaire.

    Terra Nova en a dessiné un scénario dans une de ses notes. D’autres responsables (Sapin, Muet, Hollande) insistent autant sur la nécessité d’une réforme fiscale que sur le besoin d’assainissement des finances publiques. On a du mal c’est certain à dire à l’avance quelles dépenses il faudra réduire.

    Mais si la croissance ne se décrète pas, le retour à l’équilibre budgétaire non plus, contrairement à ce que prétendent les promoteurs d’une règle constitutionnelle d’équilibre.

    La plus part des pays qui ont réussi à réduire leur déficit et dette public l’ont fait grâce à la croissance (effet boule de neige à l’envers: un taux de croissance supérieur au taux d’intérêt de la charge de la dette facilite mécaniquement la réduction du déficit), accompagné d’un plan de révision des dépenses publics (RGPP).

    La croissance seule ne suffit pas. Et un plan d’austérité de grande ampleur (genre Grande-Bretagne) quand le secteur privé n’est pas en mesure de prendre le relais du secteur public, ça ne marche pas non plus. Le FMI a dit que dans cette hypothèse (secteur privé peu dynamique), une réduction des dépenses publiques de 1% se traduit par 1 point de croissance en moins.

    L’idée d’un grand emprunt européen me semble la seule façon de nous en sortir. Investir dans l’université, la recherche, les secteurs innovants (nano et biotechnologies), sous forme peut être de pôles de compétitivité trans-nationaux, permettrait à moyen/long terme un retour de la croissance et une meilleure convergence des cycles économiques. A charge aux Etats (à certains d’entre eux), de réduire leurs déficits publics.

    • Moreau Fabien dit :

      Sauf qu’endetter l’UE revient exactement au même que nous endetter en notre nom propre, à la différence qu’il faut que tout le monde se mette d’accord sur la nature des dépenses, ce qui est impossible.
      Pour ce qui est du déficit, peut-être que sa réduction ne se décrète pas, mais le fait de ne pas lancer de nouvelles dépenses, si! Or c’est exactement ce que propose Mosco – et toi-même donc. Je vois pas en quoi créer de nouvelles dépenses peut-être compatible avec le fait de réduire le déficit.
      Pour ce qui est de la réforme fiscale, j’avoue ne pas du tout être au point à ce niveau, mais, ce qui est clair, c’est que si c’était une panacée, il y a bien longtemps qu’elle aurait été faite…

      • Pablo dit :

        « endetter l’UE revient exactement au même que nous endetter en notre nom propre »

        Pas tout à fait puisque ce sont des personnalités juridiques distinctes, les Etats-membres interviendraient comme garants en quelque sorte. A noter que je ne préconise pas pour le budget européen un recours à l’emprunt de façon permanente.

        J’ai plus dans l’idée le grand emprunt Juppé-Rocard pour un montant, un objet et une durée bien déterminée. Politiquement c’est pas encore acquis dans les instances et gouvernements européens mais c’est plus réalisable à court terme qu’un véritable fédéralisme budgétaire européene.

        Nous préconisons des dépenses d’investissements ciblés, et en partenariat avec le secteur privé (logique communautaire oblige), pour relancer l’activité, et non des dépenses sociales ou d’infrastructures classiques aux effets assurément court-termiste.

        Un plan de rigueur de grande ampleur avec un secteur privé morose, c’est courir le risque de mener une politique pro-cyclique, c’est à dire d’enfoncer d’avantage l’économie et donc d’avoir à réaliser des plans de rigueur encore plus drastiques.

        La crise a beaucoup réduit notre potentiel de croissance à moyen-long terme, autrement dit notre capacité à rembourser nos dettes et surtout à faire face à la concurrence des pays émergents.

        Mener une politique d’investissements ciblés, en conformité avec l’Agenda de Lisbonne, c’est atténuer le coût (social et économique) de l’ajustement budgétaire, mais ne nous en dispense pas !

      • Pablo dit :

        Sur la réforme fiscale, il n’est ni souhaitable politiquement, ni faisable économiquement de tout miser sur cela pour viser l’équilibre des comptes publics.

        Mais dans la mesure où nous nous sommes privés depuis une dizaine année déjà d’un certain nombre de ressouces fiscales, avec des effets incertains, une politique de redressement budgétaire ne peut faire l’économie des ressources.

        Et puis politiquement, une réforme fiscale de grande ampleur peut être l’occasion de lier effort budgétaire et justice sociale. Mias la mise en oeuvre est complexe.

    • hamdoune fannia dit :

      Un emprunt à l’échelle européenne est à mon sens totalement imprudent et irresponsable : l’inflation est bel et bien là et va aggraver les situations financières de bien des pays, ajouté à cela des marchés financiers plus qu’incertains. Il est à noter les impacts durables dans le présent et dans un futur long de la crise financière mondiale de 2008. Aussi il n’est plus possible à mon sens d’appliquer la théorie de Keynes en l’état, car avant même de penser à l’investissement pour créer une éventuelle croissance, encore faut-il que les conditions de l’endettement soient favorables et surtout supportables pour l’ensemble des pays de la zone euro, cela est loin d’être le cas, dépenser en ciblant implique d’alourdir la charge de la dette qui pèse déjà très lourdement : les conditions financières dans lesquelles nous sommes ne permettent pas un emprunt européen d’envergure, ceci tant que la banque centrale européenne restera obnubilée à maintenir un taux directeur au plus bas, alors que par exemple la banque centrale suisse l’augmentera bientôt, cela démontre combien les pays de la zone euro sont dans une stratégie économique inadaptée, tout comme la gauche française.

    • hamdoune fannia dit :

      la mécanique de réduction du déficit à l’envers : le paramètre de l’inflation est fondamental dans les projections de croissance, croissance, de plus l’endettement suppose de s’appuyer sur des ratios prudentiels, tels le ratio de solvabilité, car si emprunter ne peut se faire à risque zéro, il est vraiment archaïque de penser que la théorie de Keynes est la solution, cela est dépassé, il est nécessaire de refonder une politique économique en intégrant les effets de la crise financière. L’investissement ne peut se faire sans considérer au préalable la solvabilité des états qui souscriraient à un emprunt, la mutualisation des risques sera portée uniquement par les pays de la zone euro qui ont des budgets publics sains, et la France est très mal placée dans ce domaine, contrairement à l’Allemagne qui a inscrit depuis longtemps dans sa constitution l’équilibre budgétaire, gage efficace d’une croissance positive.

      • Pablo dit :

        Durant les Trentes Glorieures, l’inflation était plus ou moins le principal moyen de liquider la dette publique: on rembourser en monnaie de singe…

        Ce n’est bien évidement plus le cas aujourd’hui avec une BCE indépendante ayant pour objectif la stabilité des prix. A noter là aussi qu’Olivier Blanchard, économiste au FMI, préconisait de réhausser le taux d’inflation cible de 2 à 4% pour se laisser plus de marge.

        J’observe que les agences de notation sanctionnent les Etats qui ne s’engageraient pas « sincérement » dans une politique d’assainissement des finances publiques (sauf les USA mais pour combien de temps encore…) mais lorsqu’ils s’y engagent, ils les sanctionnent tout autant en raison des faibles perspectives de croissance.

        Alors il est certain que le montage juridique, financier et politique d’un grand emprunt européen ne sera pas chose aisé. Mais une telle mesure permettrait de mixer politique de réduction du déficit public et politique de croissance, toujours en ciblant les pays et les projets.

        L’Allemagne a inscrit la règle d’équilibre en 2007 et n’a que rarement dégagé d’excédents budgétaires ces dix dernières années (ça reste mieux que la France incontestablement). Son modèle de croissance n’est pas exportable. Sa généralisation au niveau européen nous conduirait à la déflation généralisée.

        • hamdoune fannia dit :

          « exporter le modèle de croissance allemande » : le propos n’est pas de plaquer un modèle unique à l’ensemble de la zone euro, seulement vu les déficits publics considérables de bon nombre de pays, dont la france qui a une dette qui je le rappelle représente 80% du PIB! aussi un emprunt européen est totalement à proscrire pour le moment, tant que les pays de la zone euro n’auront pas réduit leur déficits publics, et dans ce domaine l’Allemagne est non seulement un exemple, mais elle a une croissance supérieure à l’ensemble de l’UE, ce qui est une voie à suivre, contrairement à la proposition d’un emprunt européeen complètement déconnecté des réalités financières de la plupart des pays européens, étranglés par des dettes abyssales, des perspectives d’investissements freinés par une inflation bien présente, aussi comment la croissance peut-elle jaillir? Avant même de penser à une éventuelle croissance, il est d’abord nécessaire de réduire le poids de la dette, la crise des dettes européennes sont telles que prôner comme solution un emprunt européen est irresponsable!

          • Pablo dit :

            Il me semble inutile de poursuivre ce débat puisque chacun entend camper sur ses positions.

            Nous n’avons visiblement pas les mêmes préocupations ou la même façon de lire l’économie.

            Vous avez de la « chance », notre idée « irresponsable » est loin d’être majoritaire dans les instances et gouvernements européens.

            En attendant, on va juste se taper 10 ans de croissance atone avec un chômage élevé …

            Et comme individuellement certains pays ne seront pas capables de réduire leur dette publique, l’Europe va s’enfoncer d’avantage.

            Belle perspective en effet.

  • hamdoune fannia dit :

    la croissance : elle ne se décrète pas par un coup de baguette magique, c’est un critère de développement économique qui doit s’appuyer sur d’autres paramètres , dont le volume du déficit public, et avant de créer les conditions de la croissance, il est nécessaire de juguler notre déficit public abyssal.

    l’investissement : des emprunts ciblés c’est bien, mais prévoir des ressources permettant de couvrir la dette qui en découlera c’est mieux, et de toute façon la France n’est pas un ilôt isolé , il y a les autres pays, notamment européens dont certains sont à sauver, comme le portugal,

    Moralité : avant de penser à dépenser encore de l’argent public pour des investissements, il faut déjà s’occuper de la paupérisation des services publics!

    • Moreau Fabien dit :

      Entièrement d’accord…

    • Christine R dit :

      « avant de créer les conditions de la croissance, il est nécessaire de juguler notre déficit public abyssal. »
      En économie, c’est dans l’autre sens que ça marche: c’est pour juguler notre déficit qu’il est nécessaire de créer les conditions de la croissance,(et de la consommation) si tant est qu’on soit un peu keynésien, mais après tout la théorie a bien fonctionné dans le passé.
      Mais croissance selective, c’est la nouvelle donnée qui conditionne la préservation de l’environnement.

  • Moreau Fabien dit :

    Eh bien voilà un billet intéressant, pas tant dans ce qu’il dit, mais plutôt justement dans ce qu’il tait.
    Critiquer le pacte de compétitivité, c’est bien, mais répondre qu’au lieu d’être rigoureux il faut de la croissance, c’est vraiment ridicule! Autant dire qu’au lieu de travailler pour gagner de l’argent il faut que celui-ci tombe du ciel! Alors à moins de trouver une formule magique qui permet de décréter la croissance, il serait plus raisonnable, en attendant, de compter sur une croissance quasi nulle. Et de ce point de vue, rien.
    Sur l’UE, on aurait pu attendre une réflexion à la vue un peu plus longue, mais non. C’est un fait, aujourd’hui, que nous Français sommes isolés en Europe dans notre volonté d’une UE sociale et que l’écrasante majorité de nos partenaires défend une politique au moins libérale, pas sociale. Ce pacte de compétitivité imposé par l’Allemagne en est d’ailleurs la preuve: le nouveau chef de l’UE ne veut entendre parler ni de social, ni de dépenses, ni de service public. L’UE est en réalité devenue un problème majeur pour nous, non parce qu’elle ne serait pas bonne, mais parce que la direction que les Français aimeraient la voir prendre – il n’y a de ce point de vue pas de clivage gauche/droite – n’a jamais été l’option retenue, et que la chimère d’une Europe sociale est de moins en moins crédible.
    Dégager des ressources financières pour la recherche? Le reste de l’UE je sais pas, mais nous on a un petit souci de déficit à régler. Et quand ce sera fait – déjà on a le temps hein…-, il faudra aussi en remettre dans la justice, la police, l’éducation et surtout, surtout la santé. Donc, mettre plus d’argent dans la recherche? Quel argent?

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