Dans les médias

Un socle commun

Catégorie : Le Parti socialiste,Politique,Réflexions | Par pierre.moscovici | 05/04/2011 à 18:26

Le projet des socialistes a été adopté ce matin par le Bureau national. Le contenu en a été, d’ores et déjà, analysé par la presse, le texte va être en ligne sur le site du parti, je ne vais donc pas en commenter le contenu, mais insister plutôt sur l’esprit des travaux, la logique de la démarche, son sens pour la période qui vient, afin de vous expliquer pourquoi j’ai voté et voterai ce texte.

Ce projet de changement est l’aboutissement du travail entrepris depuis deux ans par le Parti socialiste. Martine Aubry et sa direction ont repris à leur compte le processus que nous avions expérimenté avec Lionel Jospin entre 1995 et 1997 – j’étais alors le secrétaire national aux études du PS et l' »architecte » de cette élaboration. Trois Conventions nationales se sont tenues depuis un an ; la première sur le « nouveau modèle de développement », que j’ai animée, la deuxième sur la politique étrangère et européenne, confiée à Laurent Fabius, la dernière, sur l’égalité réelle, sous l’impulsion de Benoit Hamon. De nombreux forums – sur l’agriculture, la justice, la sécurité, les institutions… – ont été organisés. Le « Laboratoire des Idées » de Christian Paul a consulté think-tanks et intellectuels. Tout ceci a débouché sur des textes, certes de qualité inégale, n’ayant pas tous opéré les choix nécessaires, mais dont le mérite a été de garnir la « boite à outils » – ou plutôt à idées – du Parti socialiste.

l’exercice a été accompagné d’une volonté de crédibilité

La « Convention des conventions », chargée de préparer le projet du parti, est la conclusion de ces travaux. Elle fait plus que les résumer, elle les organise, tente de dégager la cohérence qui manquait, sélectionne des propositions phares, veut proposer un « récit » de gauche à la France. Ce projet a été réalisé sous la houlette de Guillaume Bachelay, entouré par un groupe de rapporteurs : ils ont beaucoup travaillé, et doivent en être remerciés. Il a été discuté, à toutes les étapes, par le Conseil politique, regroupant les principaux dirigeants du parti, mis en place par Martine Aubry – un peu à ma suggestion – après les difficultés rencontrées lors de la préparation de la Convention sur l’égalité réelle : ces discussions ont été utiles, tant il est vrai que la seule existence du dialogue, de l’échange des points de vue, contribue à rapprocher les positions. Enfin, les propositions examinées ont été chiffrées, au même titre que les marges de manoeuvre. Il reste des débats sur ce point, mais l’exercice a été accompagné d’une volonté de crédibilité .

J’avoue pour ma part avoir apprécié, avant tout, que le texte parle de la nécessité de relancer l’appareil productif, de soutenir l’investissement, l’éducation, la recherche, l’innovation sous toutes ses formes

Les médias insistent sur les mesures contenues dans le projet : pour ma part, je privilégie sa logique, sa dynamique. Je ne commenterai pas ici telle ou telle proposition : je suis enthousiaste sur certaines, plus tempéré sur d’autres. Il ne me semble pas, toutefois, qu’il y ait d’énormités dans le programme suggéré, accepté par tous : globalement celui-ci est réformiste ou social-démocrate. Il est toutefois marqué par un diagnostic et une ambition. Le diagnostic est celui du déclin perçu de la France, des difficultés de l’Europe dans la mondialisation, au sentiment de déclassement qui étreint de nombreux Français, issus des couches populaires et des classes moyennes : c’est à ce défi là, posé par la crise, amplifié par l’échec du sarkozisme – ou au contraire par son travail de sape contre le modèle français, à la fois économique, social et républicain que nous devons répondre. L’ambition est triple : redresser le pays, en lui redonnant l’espoir, réintroduire de la justice sociale dans toutes les politiques publiques – la fiscalité joue ici un rôle essentiel – tout en promouvant une social-écologie – le texte propose bien le « rééquilibrage maitrisé » de notre offre énergétique dont je me suis fait ici l’avocat -, refaire une République exemplaire. D’aucuns insistent plutôt sur telle ou telle mesure « sociale » – je suis prêt à défendre le texte sur ce projet. J’avoue pour ma part avoir apprécié, avant tout, que le texte parle de la nécessité de relancer l’appareil productif, de soutenir l’investissement, l’éducation, la recherche, l’innovation sous toutes ses formes. C’est ce « socialisme de la production », que nous avions pensé avec Dominique Strauss-Kahn dans le cadre d' »A gauche en Europe », qui s’affime aujourd’hui : on ne peut redistribuer que ce qu’on a produit, la gauche est à la fois attachée à l’efficacité et à la recherche de l’égalité réelle.

Reste la question, certes pas centrale mais non négligeable, du lien entre le projet du parti et celui de son candidat. Certains semblent postuler une sorte de mandat impératif : le candidat devrait appliquer le programme du PS en bloc, sans nuances ni liberté, il en serait, en quelque sorte, le porte-voix. Ce n’est pas tout à fait ma thèse. Qu’on me comprenne bien : je ne livre pas ce texte à la critique rongeuse des souris, je ne le néglige pas, je reconnais son importance. Nous avons en outre appris qu’un candidat socialiste devait porter un projet socialiste, qu’il avait besoin d’un parti et d’élus mobilisés. Ce projet devra donc inspirer tous les candidats possibles du Parti socialiste, il leur fournit un cadre solide, des idées partagées. Il a le mérite, alors que la droite s’enfonce dans un anti-islamisme obsessionnel, qu’elle ne cesse de dériver sur le terrain identitaire, de fixer le débat sur les questions économiques et sociales, essentielles aux yeux des Français.

Le candidat du PS doit partir à la rencontre des Français armé du projet de son parti, mais aussi de ses propres idées, de sa propre vision

Mais ce texte – Martine Aubry l’a elle-même affirmé avec réalisme et sagessse – n’empêche personne, n’oblige personne. Le candidat du PS – c’est la moindre des choses en Vème République – doit partir à la rencontre des Français armé du projet de son parti, mais aussi de ses propres idées, de sa propre vision. Il pourra hiérarchiser encore les priorités, écarter peut-être certaines propositions ou les repousser dans le temps, en proposer d’autres de son cru. L’intelligence du document soumis à partir du Conseil national du 9 avril au vote des militants est de pouvoir servir à tous, d’être un socle commun. C’est déjà énorme : n’en faisons pas un carcan ou une contrainte. C’est pourquoi, pour ma part, je le soutiendrai et ne m’interdis pas, avec mes amis de Besoin de gauche, de l’enrichir.

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7 commentaires

  • stone dit :

    Ce programme,résultat de longs travaux avec de nombreuses personnalités qualifiées, paraît plutôt satisfaisant puisqu’il est le fruit d’un compromis et ne promet pas la lune.Bien sûr,on pourra y apporter des amendements ou des précisions sur certains points.Les candidats y mettront évidemment leur touche perso ,ce qui est naturel!..Il serait donc irresponsable de la part des adhérents de ne pas l’approuver le 19 mai quelqu’en soit le prétexte…

  • Pablo dit :

    Quand le projet comporte 100 propositions, on dit qu’il est illisible. Quand il n’en fait que 30, on dit qu’il est bien pauvre. Il y aura toujours des insatisfaits…

    • Moreau Fabien dit :

      Qui a dit que trente n’était pas assez? Je crois que c’est plus la qualité que la quantité qui est mise en cause, alors autant éviter les faux débats^^

  • Patricia dit :

    Cher Pierre,

    Je viens de lire les 30 propositions du PS, je ne suis pas emballée, car je ne sens pas de moteur à ces propositions,
    quand je parle de moteur, je veux dire je n’y vois pas la force
    qui nous rassemblera tous et toutes sur ce projet.
    Impression que ce projet a été baclé dans le fond et la forme.
    Quelle pauvreté dans sa formulation.

    Le projet nous parle de mariage homosexuel, d’accord,
    mais ou sont les mesures par exemple pour les handicapés ?
    Comment cet oubli est il possible ?

    Je suis déçue, le parti socialiste vaut mieux que ces mesurettes si il veut rassembler, fédérer et créer l’espoir et pour que nous soyons
    tous et toutes ensemble devant.

    Fraternellement.

  • Moreau Fabien dit :

    Très franchement ce projet colle vraiment à l’esprit des motions de Reims, c’est-à-dire qu’il n’a aucun intérêt. Je ma doutais que je serais déçu mais je pensais pas que ce serait à ce point sans intérêt…

  • Moreau Fabien dit :

    J’avoue que le point du « projet » parlant de « légaliser le mariage pour tous les couples » mais ne disant pas « homosexuels » m’intrigue… Est-ce pour bien montrer qu’il s’agit d’égalité ou est-ce à cause de l’homophobie persistante?

  • Rcoutouly dit :

    Cher Pierre,
    je suis tout à fait d’accord avec cette philosophie : un programme n’a de sens que si il est le point d’étape d’une construction plus complexe en lien avec le réel et les hommes qui doivent le mettre en place.

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