Dans les médias

Côte d’Ivoire : maintenant, priorité à la réconciliation et à la justice

Catégorie : Actualité,Europe / International,Réflexions | Par pierre.moscovici | 12/04/2011 à 17:58

J’ai été, ces derniers jours, de nombreuses fois sollicité sur la situation en Côte d’Ivoire, et ce par des partisans des deux camps. Il est toujours difficile de porter une parole diplomatique et raisonnée lorsque ceux qui vous interpellent parlent drames humains et exactions. J’ai néanmoins voulu prendre ici le temps de partager avec vous mes réflexions et mes convictions.

Lors du premier tour, les résultats ont été acceptés par tous et la certification de l’ONU ne posait de problème à personne. Ceux du second, quelles que soient les préférences de chacun, étaient également clairement établis.

Tout d’abord sur l’élection elle-même. Le principe de sa tenue me semblait indispensable, dans la mesure où aucun pouvoir ne peut être légitime durablement lorsque son mandat est arrivé à terme. Laurent Gbagbo avait d’ailleurs bien compris cette nécessité en acceptant, avec tous les acteurs politiques ivoiriens, de participer à cette dynamique démocratique. Avec les accords de Pretoria, tous les candidats ont accepté le principe d’une certification des résultats par l’ONU, dans la mesure où la partition du pays rendait difficile d’atteindre une transparence suffisante si le scrutin avait été organisé par un bloc contre l’autre. Pendant la campagne, j’ai estimé qu’il n’était pas du rôle des partis et du gouvernement français de soutenir tel ou tel candidat et ai donc plaidé pour une neutralité absolue, afin de laisser les Ivoiriens décider par eux-mêmes de leur avenir. Lors du premier tour, les résultats ont été acceptés par tous et la certification de l’ONU ne posait de problème à personne. Ceux du second, quelles que soient les préférences de chacun, étaient également clairement établis.

Le travail de l’ONU m’a semblé, comme l’a également exprimé le Parti socialiste par de nombreux communiqués, très solide. Sa méthode était rigoureuse, s’appuyant à la fois sur l’observation d’un nombre élevé de bureaux de vote représentatifs de la population et dispersés sur le territoire ivoirien, et sur un examen minutieux des procès-verbaux des bureaux de vote. Dans les deux cas, et même en annulant les PV suspects, la victoire électorale d’Alassane Ouattara était très nette. La décision du conseil constitutionnel ivoirien d’annuler sélectivement les résultats dans certaines régions et de déclarer Laurent Gbagbo m’a semblé illégale, puisque la loi électorale ivoirienne précise clairement qu’en cas d’annulations de votes supérieures à l’écart de voix entre deux candidats, un nouveau vote doit être organisé.

La décision du conseil constitutionnel ivoirien d’annuler sélectivement les résultats dans certaines régions et de déclarer Laurent Gbagbo m’a semblé illégale, puisque la loi électorale ivoirienne précise clairement qu’en cas d’annulations de votes supérieures à l’écart de voix entre deux candidats, un nouveau vote doit être organisé.

Dès lors, Laurent Gbagbo, en acceptant de prêter serment en dépit de l’évidence de sa défaite, ne laissait pas d’autre choix que de demander son départ pacifique, ce que j’ai fait à de multiples reprises. J’ai également apporté mon soutien aux sanctions économiques européennes, afin d’inciter Laurent Gbagbo à accepter de partir. Rien n’y a fait. Les résolutions de l’ONU ont alors donné un mandat large à l’ONUCI et à la force Licorne pour venir en protection des populations civiles et éviter l’usage d’armes lourdes. Je trouve parfaitement justifié que les troupes françaises aient pu venir en soutien des ressortissants nationaux, européens, ainsi que d’autres pays que nous avons ainsi pu aider, alors que des civils se trouvaient pris entre deux feux.

Je trouve en revanche plus troublant que la France ait participé d’aussi près aux opérations visant à la capture de Laurent Gbagbo. Il aurait été préférable, selon moi, de concentrer l’action de la France sur les frappes aériennes contre les armes lourdes utilisées contre des civils ou des actions au sol nécessaires à la protection des populations française ou étrangère menacées. L’essentiel n’est plus là. Aujourd’hui, la Côte d’Ivoire a besoin de retrouver la paix. Le Président Ouattara doit tout faire pour assurer la sécurité de tous les ivoiriens et trouver les chemins d’une réconciliation nationale. La communauté internationale doit se mobiliser pour cela en aidant, notamment, à la formation d’une armée nationale et au désarmement de toutes les milices, ainsi qu’au redémarrage de l’économie et à l’aide humanitaire pour les réfugiés.

Je souhaite aussi que la Cour pénale internationale, conformément à la résolution 1975, enquête sans tarder sur tous les massacres commis – par les deux camps apparemment – ces dernières semaines en Côte d’Ivoire

Je souhaite aussi que, parallèlement à la commission d‘enquête annoncée par le Président Ouattara, la Cour pénale internationale, conformément à la résolution 1975, enquête sans tarder sur tous les massacres commis – par les deux camps apparemment – ces dernières semaines en Côte d’Ivoire. Car il ne peut y avoir de réconciliation sans justice. La situation ivoirienne doit en effet servir d’avertissement sur l’ensemble de la planète : le respect de la démocratie est un devoir absolu, et l’utilisation d’une violence disproportionnée sera toujours sanctionnée durement.

Enfin, je crois que ces événements montrent clairement que la multilatéralisation des opérations militaires extérieures de la France est plus que jamais une nécessité. Le face à face de la France avec des forces armées dans d’anciennes colonies crée forcément malaise et suspicion. Il est de plus en plus mal ressenti. En la matière, je crois notamment que l’Europe doit être bien plus présente : cela doit faire partie de l’indispensable rénovation de la politique étrangère de la France et de la relance, que j’espère, du projet européen.

Photo : CC DFID

Be Sociable, Share!

Tags: , , ,


8 commentaires

  • stone dit :

    2 remarques sur la Côte d’Ivoire:
    D’abord, le fait qu’Ouattara ait gagné grâce à l’intervention de forces étrangères risque de heurter le nationalisme africain.
    Ensuite, on ne peut s’empêcher de penser que Sarko s’est impliqué dans tous ces conflits pour remonter sa cote de popularité et jouer au président de guerre, dc, comme toujours, pour des raisons de basse politique intèrieure!!!…

    • Moreau Fabien dit :

      On peut le penser, mais, de là à le dire, il y a un grand pas à franchir: celui de la paranoïa!

    • Pablo dit :

      Que l’exécutif profite à un moment donné de la couverture médiatique des interventions des forces françaises à l’étranger pour s’extraire des problématiques politiques nationales, c’est possible mais absolument pas certain.

      Une intervention militaire engage la vie de nos hommes (on voit bien avec l’Afghanistan que les français y sont sensibles) ainsi que des moyens financiers importants (dans une optique de réduction du déficit, on s’en passerait bien). Et plus l’intervention s’éternise, plus le coût politique augmente.

      Plus qu’une question de popularité sondagière ou de polémiques avec l’opposition, l’intervention militaire française en Libye a été plus ou moins dictée par la couverture médiatique de ses agissements. En Côte d’Ivoire, c’est plus une question de relations historiques et d’intérêts communs.

    • vérité dit :

      Et votre génie de DSK qui fait cuire son steak à la télé, défroisse son costume en direct, c’est pas pour des raisons électorales?
      Il n’y a donc que vous, les « Dskistes », qui seraient des « purs »?
      Pour ma part, je pense que vous êtes des idéalistes à la recherche d’un père qui ne viendra pas.
      Bonne nuit.

  • SoDem dit :

    Je ne partage absolument pas ta vision des choses et surtout tes affirmations. Il a été prouvé par tous les observateurs qui ont analysé les chiffres que Ouattara a triché. La communauté internationale qui le sait a refusé d’examiner les détails. Dans certains secteurs, au delà du fait qu’il récoltait 1OO% des voix il réussissait l’exploit d’avoir 20% de plus de voix qu’il n’y avait d’inscrits.

    Je suis donc particulièrement choqué par la position du parti dans cette affaire. J’ai dès hier fait savoir que je quitte le Ps où je n’ai plus rien à faire.

    Désormais, je ferai partie des pêcheur à la ligne (j’aime ça et j’y vais au minimum é fois par semaine) le jour des élections. Un jour toi comme bien d’autres vous serez élus par 5% des inscrits, vous ne méritez pas mieux. Ce qui me choque le plus c’est que malgré le fait que vous n’apportez plus rien à la société, nous sommes condamnés à payer des impôts pour vous entretenir avec des salaires que vous ne méritez pas. Votre salaire devrait être proportionnel aux suffrages exprimés mais, si c’était les cas plus personne n’irait voter

    Si le pain de mon boulanger ne me plait pas, je change de boulangerie ou j’arrête d’en manger mais dans les deux cas je ne lui donne plus d’argent. Les politiques ont ça de formidables, ils collectent des impôts sur lesquels ils se servent grassement peu importe leur valeur ajoutée.

    Ce soir j’ai la haine. Cette affaire démontre que les politiques et la presse sont des formateurs de têtes. Il suffit de répéter en boucle « Ouattara président élu » pour que les gens pensent que c’est la vérité. Sur cette technique, Sarkozy est un maitre en la matière. Malheureusement la cote d’ivoire a tout à perdre dans cette affaire. Le camp Gbagbo sait qu’il a été volé et que Ouattara n’a pas les mains plus propres que celui qu’ils défendent. Ce pays sera ingouvernable. Les mercenaires à la solde de Ouattara, des voyoux et des assassins ont été épaulés par des troupes françaises. J’ai honte d’être français

    Après 40 ans de militantisme, de collage d’affiches et de dépôts de prospectus dans les boites aux lettres j’ai décidé d’arrêter et de rejoindre le plus grand parti de France, les pêcheurs à la ligne.

    • guillaume dit :

      Ton indignation est écoeurante. Tu oublies une chose importante: une commission électorale indépendante (CEI) avait été instaurée (avec l’aval de Gbagbo) et avait déclaré OUattara vainqueur! Ou on accepte les règles avant l’élection et on se soumet aux décisions rendues, ou ne s’y résout psa et on cherche à reporter une énième fois les élections.

      Gbagbo a nié les conclusions de la CEI, annulé les scrutins qui lui étaient défavorables (afin de renverser le score: un écart initila de 6 à 7 points quand même) et a fait valider les résultats par le cosneil constitutionnel présidé par le n°2/3 du…FPI!!!!

  • guillaume dit :

    @Pierre
    Il ne s’agit pas véritablement d’un face à face dans la mesure où l’armée française est intervenue en appui de l’ONUCI.

    Je pense également que la présence de l’armée française et de l’ONU hier à proximité du palais présidentiel était une très bonne chose…pour Gbagbo. La violence et l’intensité des combats ces dernières semaines laissaient augurer de la pire destinée pour le président sortant si aucune force « neutre » n’était présente pour s’interposer à ce qui aurait pu être un assassinat froid.

    Je ne dis pas que tout est clair et limpide dans l’intervention française, sans doute nos forces armées sont-elles rentrées dans la réssidence. Mais je considère que c’est peu de choses par rapport aux innombrables exactions qui s’égrènent depuis des semaines.

    Je pense à l’inverse de toi que le PS aurait du condamner fermement les agissements de Gbagbo depuis bien longtemps (Hollande avait commencé depuis 2004). Le PS aurait du clarifier sa position plus nettement vis à vis du FPI et de Gbagbo qui n’ets plus fréquentable depuis longtemps déjà. Le parti a été trop timoré avant le scrutin. Je pensais, mais je ne t’en tiens pas rigueur, que tu serais monté au créneau plus promptement à l’autoomne dernier. Il est impensable que des dirigeants élus de notre parti se soient rendus en CI pour soutenir ce type. Encore aujourd’hui une partie des députés du parti se mettent en marge de la position officielle. Les Emmanuelli, Loncle, Labertit (Le Guen n’est pas très clair non plus) doivent être sanctionnés. Une profonde amitié ne peut légitimer toutes les défenses.

    Gbagbo a du sang sur les mains. Ce que nous avons pu observer ces derniers mois de Gbagbo ne fait que rendre public les tendances autocratiques et les dérives dictatoriales d’un chef d’Etat qui dirige des escadrons de la mort, commandite des enlèvements et des meurtres de citoyens ivoiriens, de journalistes un peu trop curieux, accapare la rente cacaoyère, finance des milices privées et des mercenaires des pays environnats. Bref pas grand chose à voir avec le socilaisme. C’est pourquoi j’approuve ta position qui demande un jugement devant la CPI.

    • Moreau Fabien dit :

      Sauf que si, comme on le dit, le camp Ouattarra a lui aussi commis des atrocités, il faudrait le juger lui aussi…

Flux RSS des commentaires de cet article.