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De retour

Catégorie : Actualité,Réflexions | Par pierre.moscovici | 29/04/2011 à 10:31

Je reviens sur ce blog, délaissé depuis deux semaines, pour vous faire part de trois réflexions ou impressions.

Impressions du Québec, d’abord. J’y ai, comme chaque année maintenant, passé une semaine, et toujours avec le même bonheur. Après avoir représenté la fondation Jean Jaurès au Congrès du Parti Québécois, à l’invitation de mon amie Louise Beaudoin, j’ai conduit une délégation de Pays de Montbéliard agglomération, qui a noué une coopération sur la filière bois avec nos amis francophones d’Amérique. Nous avons eu, avec Martial Bourquin et Gérard Bailly notamment, de nombreux entretiens, et effectué plusieurs visites de terrain à Montréal, Saint Jérôme et Québec, où j’ai signé, au Consulat général de France, un accord de coopération décentralisée. Enfin, cette visite fut l’occasion de rencontres politiques de haut niveau, avec le Premier ministre, Jean Charrest, dont je ne partage pas toutes les options mais avec qui j’ai noué une relation amicale, et avec la Chef de « l’opposition officielle », Pauline Marois, que je ne connaissais pas personnellement, et que j’ai découverte à la fois compétente, pugnace et bonne vivante : le combat politique, entre eux, sera sans concession et disputé, dans un climat tourné vers l’aspiration à l’alternance.


Décidément, j’aime ce pays. La société québécoise est à la fois accueillante et innovante, attachée à son identité et ouverte – même si j’ai senti, là-bas aussi, un durcissement des termes du débat sur l’intégration des immigrés, l’émergence de réflexions inédites sur la laïcité. J’ai été frappé par la qualité du partenariat entre les entreprises, les universités et les pouvoirs publics, dans des domaines clés comme l’énergie ou le bois, qui permet à nos partenaires de conserver une avance technologique indéniable. Bien sûr, je ne crois pas qu’il y ait là un « modèle » transférable – les caractéristiques économiques et sociales de nos nations sont trop différentes, leurs ressources naturelles, la taille, le rayonnement, la population ne sont pas les mêmes. Mais décidément, j’aime cet art de vivre, tranquille et accueillant, modeste et ambitieux à la fois, je me sens bien au Québec, où j’ai pu partager la religion du hockey à l’occasion d’un match de « séries » des Canadiens de Montréal contre Boston, au Centre Bell. Ce pays deviendra-t-il souverain ? C’est toujours la volonté du Parti Québécois : lors de son Congrès, j’ai pu, en compagnie de Patrick Bloche qui y représentait le Parti socialiste, rappeler notre position – « ni ingérence, ni indifférence » – et notre sympathie. A suivre… Je reviendrai à Montréal !

De loin, j’ai suivi la politique française, et les mouvements de Nicolas Sarkozy. Les choses sont désormais claires, il est parti en campagne. Bien sûr, la partie sera difficile pour lui, et il le sait. Mais – comme son homologue québécois d’ailleurs – le chef de l’exécutif français est une « bête politique » – selon l’expression consacrée – qui croit en son étoile et ne renonce jamais. Ses « trucs », pour avoir été trop utilisés, ne fonctionnent plus. Il a tenté de refaire le coup du « Président du pouvoir d’achat » avec sa prime de 1 000 euros. Mais la démarche est imprécise et inégale, suscitant de nombreuses questions : de combien sera la prime ? Quand sera-t-elle mise en oeuvre, si elle l’est seulement ? Quid des PME ? Pourquoi négliger le dialogue social ? Quel impact économique ? L’électorat populaire, grugé après 2007, ne s’y laissera pas reprendre aisément.

Le Président de la République, aidé de son ministre de l’Intérieur Claude Guéant, poursuit par ailleurs son braconnage sur les terres du Front national

Le Président de la République, aidé de son ministre de l’Intérieur Claude Guéant, poursuit par ailleurs son braconnage sur les terres du Front national. Après avoir voulu suspendre les accords de Schengen, il prétend, face à l’afflux supposé d’immigrés en provenance de Tunisie via l’Italie, les modifier. J’ai été frappé par l’imprécision de la démarche : Schengen est depuis 1997 incorporé dans les traités, et ne peut être modifié unilatéralement ou par un accord entre deux pays, il faut pour cela le consentement des 27. Il n’est pas non plus exact que la France soit confrontée à une « invasion » qui menacerait l’ordre public. Tout cela est fait pour agiter l’opinion, nourrir le sentiment de xénophobie qui la taraude, ramener les électeurs perdus en faveur du Front national vers le candidat de la droite conservatrice. Silvio Berlusconi et Nicolas Sarkozy, après un moment de tension, se sont réconciliés sur le dos de l’Europe et au détriment des immigrés, et comme d’habitude il ne se passera rien : Marine Le Pen, une fois de plus, en fera son miel, en allant plus fort, plus loin encore.

Je suis au contraire frappé par le faible niveau des intentions de vote prêtées à la gauche dans son ensemble et au candidat socialiste en particulier… en dehors de l’hypothèse Dominique Strauss-Kahn

Oui, tout cela est gros, énorme, cousu de fil blanc. Ça ne marche pas, ça ne peut plus marcher, se dit-on en voyant ce spectacle un peu « cheap ». Est-ce si sûr, en vérité ? Soyons attentifs. Nicolas Sarkozy sait qu’il ne sera plus cru, qu’il n’est pas aimé, mais il peut encore tromper, dénigrer, jouer de sa position institutionnelle, abuser certaines crédulités. Sa réélection est improbable, mais elle n’est pas impossible. Et je trouve pour ma part légère la réflexion de ceux qui pensent que 2012 est joué d’avance, que la division de la droite condamne automatiquement le Président sortant, que l’anti-sarkozisme est suffisant pour l’emporter, que le candidat du Parti socialiste, quel qu’il soit, est déjà Président. C’est là ignorer l’extraordinaire résilience du champion de la droite, mésestimer la montée du populisme en France et en Europe, faire preuve d’un excès de confiance coupable. Je suis au contraire frappé par le faible niveau des intentions de vote prêtées à la gauche dans son ensemble et au candidat socialiste en particulier… en dehors de l’hypothèse Dominique Strauss-Kahn : un 21 avril n’est pas exclu, une défaite supplémentaire n’est pas à écarter.

C’est avec cette conscience que j’aborde pour ma part la période qui s’ouvre et qui va nous conduire aux primaires, au milieu des rumeurs et bruits en tout genre. La politique française, aujourd’hui, est souvent faite de « story telling ». Il faut absolument mettre en scène une bataille, une confrontation, les primaires doivent nécessairement être un combat. Hier on annonçait le conflit Dominique Strauss-Kahn/Martine Aubry, désormais on évoque la « guerre ouverte » entre le directeur général du FMI et François Hollande. Celui-ci a lancé sa campagne, il profite de la retenue de la première secrétaire et du calendrier de l’ancien ministre de l’économie et des finances de Lionel Jospin. Sa popularité progresse, il croit en son étoile, il affiche sa résolution. Sa démarche comme sa candidature sont légitimes : je n’y suis pas hostile, je n’en dirai aucun mal. Je continue toutefois de penser que nous devons traiter nos primaires avec esprit de responsabilité, ne pas céder au narcissisme ou à la frivolité, maitriser voire organiser notre débat, définir collectivement ce que Ségolène Royal appelait un « dispositif gagnant », brassant les personnalités, les sensibilités et les générations. Si nous restons, comme aujourd’hui – et je crois qu’il en ira ainsi jusqu’au bout – dans une situation où une candidature s’impose, ayons l’intelligence de nous rassembler, dans notre diversité et de proposer aux Français un projet fort et cohérent de relance économique et européenne, de justice sociale, de refondation républicaine : il y aura du travail pour tout le monde ! C’est dans cette démarche là que je veux m’inscrire, sans fébrilité ni agitation, sans petites phrases ou commentaires.

Bref, je tâcherai de jouer le rôle symétrique de celui que s’attribue Laurent Fabius, qui se voit en sage actif : je veux être un actif sage. C’est cette approche que je développe dans un livre à paraître la semaine prochaine, le 4 mai exactement, chez Flammarion : « défaite interdite ». Nous en reparlerons.

Photo : CC Parti Quebecquois

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5 commentaires

  • buy gold dit :

    Le premier y souligne son amitie personnelle avec les hommes en place a Washington et Tel-Aviv le second y affirme son alignement sur la politique des Etats-Unis et dIsrael……. Un changement qui se manifeste par l interet soudain de la presse atlantiste pour l ancien ministre des Finances…..Le Meilleur des mondes.La revue des neo-conservateurs en France…..Un signal fort est donne par la livraison d automne de la revue trimestrielle Le Meilleur des mondes creee en lien avec la Foundation for the Defense of Democracies pour servir de porte-voix aux neoconservateurs en France. Sarkozy est ministre en exercice et meme s il prend souvent des libertes avec la discipline gouvernementale il ne peut aller trop loin.

  • buy silver dit :

    Thierry Meyssan repond en revelant tout ce que la presse mainstream vous a cache depuis des annees sur les relations de DSK avec les Etats-Unis……. D un cote la presse occidentale exalte la capacite du bloc atlantiste a imposer son candidat face a celui de la Russie Josef Tosovsky d autre part elle affirme que la principale mission de M.Strauss-Kahn sera d associer plus largement les pays du Sud aux decisions c est-a-dire de mettre fin a la domination du bloc atlantiste…Avec chauvinisme la presse francaise se felicite que des Francais se trouvent aujourd hui a la tete de quatre grandes organisations internationales. Pourtant c est bien cette institution que le socialiste Dominique Strauss-Kahn a ambitionne de diriger et c est bien M.Strauss-Kahn qui a obtenu le soutien appuye des grands argentiers de la planete presses de toutes parts par les multinationales les moins scrupuleuses…Si l on laisse de cote l interet personnel de Dominique Strauss-Kahn qui devient ainsi le haut-fonctionnaire le mieux paye de Washington avec un salaire annuel de base de 461 510 dollars net dimpots l on doit se poser la question de ses objectifs politiques.

  • la vraie gauche dit :

    si la méthode consiste à proposer un programme PS attrape-tout pour qu’ensuite il se mue en libéralisme façon DSK nous serons vigilants et le dénoncerons – avec une extrême vigueur.
    Le programme 2012 doit être à gauche toute, c’est un impératif, sinon!…
    Sinon, vous ne passerez pas. Dès lors Sarkozy sera réélu. Tant pis.

    • Jonas dit :

      La vraie gauche, c’est celle qui agit dans la réalité, qui transforme, pas celle qui incante au mépris de la réalité…

  • jpb dit :

    « un projet fort et cohérent de relance économique et européenne, de justice sociale, de refondation républicaine », je dirai même plus, un projet exceptionnel, tout simplement.

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