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La France a renoncé sous la pression allemande

Catégorie : Actualité,Europe / International,Politique | Par pierre.moscovici | 20/08/2011 à 16:27

Le sommet franco-allemand a révélé l’incapacité du chef de l’Etat français à résister à la logique économique de Mme Merkel, qui privilégie la stabilité financière au détriment de toute solidarité.

Marianne : Quelles conclusions tirez-vous du sommet franco-allemand?

Pierre Moscovici : C’est un renoncement absolu de la part de Nicolas Sarkozy. Le sommet a, certes, permis des microavancées (la perspective d’une taxe sur les transactions financières, la mise en place d’un gouvernement économique de l’Europe), mais il a surtout été marqué par un recul fondamental, un pas en arrière extraordinaire, puisque la France et l’Allemagne ont enterré la possibilité des euro-obligations, Sarkozy participant lui-même à ces funérailles. C’était « la » mesure qu’il fallait prendre, et c’est la mesure à laquelle on a renoncé sous la pression allemande.

A quoi joue l’Allemagne en refusant le principe des euro-obligations?

P.M. : Mme Merkel veut imposer à l’Europe une logique de stabilité financière sur le modèle de sa propre pratique en matière de finances publiques. Elle refuse toutes perspectives de solidarité, de mutualisation de la dette et de relance de la croissance. C’est une logique que l’on peut comprendre, compte tenu du paysage politique allemand et du poids des conservateurs, mais que je conteste.

Quelles mesures auriez-vous proposées?

P.M. : Il aurait été possible d’accroître les moyens du Fonds européen de stabilité financière, dont on sait déjà qu’il est insuffisamment doté pour faire face à de nouvelles crises éventuelles sur l’Espagne ou sur l’Italie. Cela a été refusé. Il était aussi envisageable d’étendre les possibilités d’action de la Banque centrale européenne sur les marchés obligataires. Cela a été refusé de manière obstinée. C’est tout à fait regrettable.

En revanche, un Herman Van Rompuy à la tête d’un gouvernement économique, Hollande en rêvait, Sarkozy et Merkel l’ont fait ?

P.M. : C’est tout un petit progrès, mais ce n’est pas tout à fait de cela que nous rêvions. L’idée était de créer un véritable Trésor européen et un ministère des Finances européen avec un vrai pouvoir. Or, il semble que l’on va se contenter de réunions de chefs d’Etat et de gouvernements de l’UE sous la présidence de M. Van Rompuy, qui s’est révélé un président du Conseil européen honorable mais souvent timide.

N’est-il pas plus compliqué pour les socialistes de refuser la « règle d’or » maintenant que Sarkozy et Merkel souhaitent la voir étendue aux Dix-Sept?

P.M. : Le piège est grossier, mais je ne crois pas notre position « plus compliquée » aujourd’hui. La dette publique, c’est l’ennemi de la gauche. Mais, pour ça, pas besoin de « règle d’or » ou de réforme constitutionnelle. Il faut agir tout de suite. François Hollande propose que l’on s’engage à ramener le déficit à 3% du PIB par un amendement dès le vote du projet de loi de finances rectificative.

Les socialistes ne se lancent-ils pas ainsi dans une course à la responsabilité contre la droite?

P.M. : Il y a plusieurs chemins pour réduire les déficits. On peut le faire tout en mettant en place des politiques de justice fiscale et en dégageant des marges de maneoeuvre pour la croissance. Ce que propose Nicolas Sarkozy, lui, c’est une « règle d’or » pour une politique d’austérité qui sacrifie les services publics et maintient les cadeaux fiscaux qu’il a consentis depuis 2007.

Il va vous falloir expliquer au cours de cette campagne la différence entre rigueur de gauche et rigueur de droite. Quel type de rigueur vos camarades Papandréou et Zapatero mènent-ils?

P.M. : Je ne jette pas la pierre à mes camarades socialistes en Grèce et en Espagne. Mais ce n’est pas la situation dont je rêve pour mon pays. Le chemin que nous proposons, ce n’est pas la rigueur de gauche, c’est toujours la recherche de l’égalité, de la justice sociale et le rayonnement de la France dans l’Europe. En 2012, nous devrons proposer aux Allemands un nouveau contrat que Sarkozy a été incapable de proposer. Ce nouveau pacte a un nom: « Echange entre une politique crédible et juste en France et une politique de solidarité en Europe ». Les socialistes sont capables de convaincre Mme Merkel là où Sarkozy a baissé pavillon. Il croit nous mettre la pression avec la « règle d’or », mais, en réalité, c’est elle qui lui met la pression en refusant la politique de solidarité. La raison? La France sous Sarkozy ne lui semble pas suffisamment solide.

Propos recueillis par Gérald Andrieu et publiés dans  l’hebdomadaire Marianne du 20 au 26 août 2011.

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2 commentaires

  • Michel Richard dit :

    Quel dommage que les socialistes ne soient pas au pouvoir ! L’euro serait sauvé et l’Europe avec. La crise elle-même n’aurait qu’à bien se tenir. Car le PS sait exactement ce qu’il faut faire. Et ce qu’il faut faire, c’est tout simple : évidemment changer le régime fiscal, évidemment réduire les déficits, sans oublier de favoriser la croissance, mais c’est avant tout créer des euro-obligations.

    Or, voilà précisément ce que cet « incapable » de Nicolas Sarkozy n’a pas réussi. Pas un candidat à la primaire socialiste et pas un collaborateur de l’un ou l’autre de ces candidats n’a eu de mots assez durs pour vilipender ce président qui a abdiqué, qui a reculé, qui a renoncé : l’Allemagne d’Angela Merkel ne veut pas de ces euro-obligations et Nicolas Sarkozy est donc évidemment coupable de ne l’avoir pas fait changer d’avis.

    C’est là qu’est notre grand regret : n’avoir pas vu Martine Aubry, ou François Hollande, ou Ségolène Royal, en pleine crise boursière, déployer tous leurs charmes pour imposer ces fameuses euro-obligations salvatrices et ne faire qu’une bouchée de l’intransigeante Angela Merkel. Car il n’est pas permis de douter, ils auraient réussi. C’est Pierre Moscovici qui le dit tout tranquillement : « Les socialistes sont capables de convaincre Mme Merkel là où Sarkozy a baissé pavillon » (Marianne du 20 août). C’est trop bête, voir ce malheureux Sarkozy se colleter laborieusement avec une Allemagne qui se permet d’avoir des idées bien à elle, alors qu’il serait si facile au PS de la mettre dans sa poche. Quelle occasion manquée : on aurait vu une France séductrice, charismatique, messianique, faire oublier ses montagnes de dettes et s’imposer sans coup férir en leader d’une Europe à elle toute dévouée. Une France membre d’une Union à 27 membres et d’une zone euro à 17 pays, être néanmoins seul maître à bord. On achète tout de suite…

  • Quantronium dit :

    La « règle d’or » de Sarkozy c’est « la règle en plomb » de Mme MERKEL

    Ce qui est grave c’est qu’aujourd’hui Sarkozy avec sa « règle d’or » obéit aux injonctions de l’Allemagne…a-t-il un plan? Je l’ignore mais si ce n’est pas le cas il commet une grosse erreur par manque de courage, en effet la « règle d’or » est en vérité « une règle en plomb » qui va achever notre économie.
    Le plan de rigueur imposé par l’Allemagne n’aura pour résultat que d’amplifier le ralentissement de l’économie, chacun sait que le carburant du capitalisme c’est l’argent.
    Hors en fermant les robinets des financements publics les nations se tirent une balle dans le pied et savez-vous pourquoi?
    Parce-que l’Allemagne refuse de prendre le risque de voir le mark dévalué si dans un an ou deux il fallait revenir à la monnaie nationale, alors pour préserver le futur mark de toutes dévaluations l’Allemagne impose à l’Europe la rigueur budgétaire et refuse que la BCE décide de faire marcher la planche à billets comme l’ont fait les Américains.
    65 ans après la fin de la seconde guerre mondiale nous revoilà à la merci de l’Allemagne et cette fois sur le plan économique….aussi le courage politique voudrait que nous quittions l’euro afin de pouvoir relancer notre économie par le biais d’une monnaie plus faible et par l’utilisation de la planche à billets mais qui aura ce courage?
    Car le montant de la dette ne signifie rien, ce qui compte c’est le dynamisme économique qui seul permet de rembourser ses dettes
    *
    Dites-vous bien que la rigueur est contraire aux valeurs capitalistes qui sont fondées sur la consommation, l’argent est le seul carburant du moteur capitaliste et des échanges économiques, il faut donc ré-injecter de l’argent dans l’économie. Décider la rigueur c’est se suicider.
    *
    Est-ce que ceux qui nous gouvernent sont de faux démocrates mais de vrais dictateurs? Nous allons bientôt le savoir.

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