Pierre Moscovici invité de la Matinale de Canal+

Pierre Moscovici était ce matin l’invité de Caroline Roux dans la Matinale de Canal+.
Retrouvez son intervention à la 27ième minute.

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Étriqué

Impossible, aujourd’hui, d’échapper au « discours de Toulon » de Nicolas Sarkozy, qui a saturé l’espace médiatique, squatté les écrans, envahi les commentaires de la presse. Il s’agissait d’une gigantesque opération de communication, cela n’a échappé à personne, mais aussi d’une profession de foi du candidat Sarkozy, non dénuée de sens. Je veux y répondre.

Je le redis ici – ce n’est pas anecdotique, mais sérieux et même grave – il est inacceptable que le premier responsable français fasse ainsi campagne, aux frais du contribuable, au mépris des lois sur le financement de la vie politique

Une évidence, d’abord, ce fut un discours de campagne, autant et plus qu’une intervention de chef de l’Etat. Nicolas Sarkozy est certes encore Président de la République pour cinq mois, il fait désormais à peine semblant d’incarner l’intérêt général et de respecter la discipline qu’impose sa fonction. Je le redis ici – ce n’est pas anecdotique, mais sérieux et même grave – il est inacceptable que le premier responsable français fasse ainsi campagne, aux frais du contribuable, au mépris des lois sur le financement de la vie politique – fort peu appliquées il est vrai s’agissant de l’élection présidentielle, comme l’a confessé hier un ancien membre du Conseil constitutionnel à propos de la validation des comptes de campagne d’Edouard Balladur en 1995. C’est à la fois une indécence, une injustice et une illégalité. Les Français, j’en suis sûr, n’en sont pas dupes, et ne l’apprécient pas. Pour ma part, j’ai été mal à l’aise de voir cette salle peuplée uniquement de militants UMP, au garde à vous, écouter un candidat critique, caricaturer la gauche sur les deniers publics. Ce n’est pas l’image que je me fais de la France et de notre République.

Toulon 2 montre l’ampleur des échecs, des approximations, des mensonges du candidat-Président.

Nous avons aussi assisté à un discours d’aveu, ou de reniement. Quelle drôle d’idée, au fond, d’être revenu à Toulon, où Nicolas Sarkozy avait prononcé, en 2008, un discours « de vérité » face à la crise, qui s’est avéré être une supercherie ! Toulon 2 montre l’ampleur des échecs, des approximations, des mensonges du candidat-Président. Celui-ci avait alors annoncé la sortie de crise et le retour de l’Etat : nous entrons en récession, et le marché triomphe, le capitalisme sans règles domine. Il avait promis la moralisation du capitalisme financier, celui-ce ne connait aucune limite : les bonus sont toujours là, les traders fous prospèrent, les agences de notation sanctionnent toujours sans contrôle. Il avait annoncé une fiscalité écologique : il y a renoncé. Il avait promis de refuser l’austérité et de partager justement les efforts : la rigueur extrême est là, et la justice sociale et fiscale n’est pas. En vérité Nicolas Sarkozy a eu tort de revenir sur les lieux du crime : il a ainsi signé sa faute.

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